- il y a 19 heures
BFM BUSINESS PARTENAIRE - Ce samedi 11 juillet, Eric Bouteiller, professeur associé à CEIBS et cofondateur de Jumo Partners, et Caroline Jacquin, directrice générale de Cheplapharm France, étaient les invités dans l'émission Check-up Santé, présentée par Fabien Guez. Check-up Santé est à voir le samedi sur BFM Business.
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00:04BFM Business présente Check-up Santé avec Fabien Guaise.
00:11Bonjour à tous, ravi de vous retrouver sur BFM Business dans Check-up Santé,
00:14dernière émission avant la pause estivale.
00:17Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera.
00:20Les plus anciens reconnaîtront le livre d'Alain Perfit, écrit il y a plus de 60 ans.
00:24Et oui, il avait raison, la Chine s'est bien réveillée, en particulier dans le monde de la santé.
00:28Mais plutôt que de trembler, nous devrons plutôt associer coopération et compétitivité.
00:33Pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir un des plus grands spécialistes de l'univers santé chinois,
00:39Eric Bouteillet, professeur à la China European International Business School à Shanghai
00:44et cofondateur de Jumeaux Partner.
00:46Enfin, pour revenir en Europe et en France, nous ne le savons pas assez,
00:50une grande partie des médicaments que nous utilisons tous les jours sont des produits matures,
00:54c'est-à-dire commercialisés depuis longtemps et dont les gros laboratoires se séparent
00:59pour avoir un peu plus d'investissement dans la recherche.
01:02Et ce sont ces produits matures qui sont commercialisés par le laboratoire chez Plafarm,
01:07leader dans ce domaine.
01:08Caroline Jacquin, sa directrice générale France, va nous dire pourquoi il est si important
01:12de les avoir pour notre santé et qu'ils sont malgré tout sous-évalués.
01:17Check-up santé, c'est parti.
01:20Check-up santé, au cœur de l'innovation santé.
01:24Eric Bouteillet, bonjour.
01:25Bonjour.
01:26Ravi de vous avoir dans le Check-up santé.
01:28Vous êtes professeur à la China European International Business School, CEIBS, à Shanghai
01:34et vous êtes cofondateur de Jumeaux Partner.
01:36Vous avez également dirigé l'association de l'industrie pharmaceutique étrangère en Chine.
01:41Vous êtes un des éminents spécialistes de l'univers santé chinois.
01:46Alain Perfit, c'était vraiment un visionnaire ?
01:48Je pense qu'il avait tout à fait raison.
01:49La Chine était un grand pays et il est encore plus.
01:52Aujourd'hui, dans le monde pharmaceutique, c'est le deuxième marché au monde, mais très loin derrière les États-Unis.
01:59Mais quel changement quand même en 30 ans.
02:00C'est à peu près 30 ans, c'est ça, non ?
02:02Oui.
02:03Je ne m'en pas l'avoir été en Chine en 1989, la première fois.
02:06C'est un autre monde.
02:07C'est la vraie histoire.
02:09Absolument.
02:09Moi, j'ai travaillé.
02:10J'ai eu la grande chance de pouvoir représenter un laboratoire pharmaceutique français, Ibsen,
02:13puisque j'ai travaillé plus de 17 ans pour eux.
02:17Donc, la première année où je suis arrivé, en 2001, l'ensemble du paysage urbain, etc.
02:24était effectivement totalement différent.
02:28Aujourd'hui, pour que ce soit Pékin, Shanghai, Tchernobyl, les grandes villes, ce sont les villes les plus développées au
02:33monde.
02:33Alors, est-ce que justement la santé des Chinois, leur bien-être, elle s'est vraiment améliorée ces dernières années
02:39?
02:40Écoutez, les chiffres parlent d'eux-mêmes.
02:44L'espérance de vie aujourd'hui en Chine est supérieure à l'espérance de vie aux États-Unis.
02:49Donc, quand on parle États-Unis, Europe, Chine, et je suppose tous les sujets dans lesquels vous voulez rentrer,
02:55c'est tout à fait évident que la Chine a fait énormément, a énormément travaillé sur ce côté-là.
03:00Mais elle a doublé, même si en un siècle, elle a doublé l'espérance de vie, en un siècle.
03:05– Oui, effectivement, et c'est le résultat du développement économique du pays,
03:10autant que des politiques de santé du Parti communiste.
03:14– Et une mortalité infantile en baisse aussi ?
03:16– Qui a, là aussi, qui est supérieure, enfin, qui est inférieure plus exactement à celle des États-Unis.
03:22C'est-à-dire que le parallèle montre bien l'évolution entre une société qui a, on va dire, des
03:30valeurs collectives,
03:32alors que les États-Unis, tout ça reste très individualiste,
03:35et il y a une partie de la population qui n'a juste pas d'accès au système de santé
03:40et aux produits pharmaceutiques.
03:41– Alors, on parle de santé, mais qui dit santé dit aussi infrastructures.
03:44En santé, les hôpitaux, les cliniques, est-ce que là aussi, ça s'est vraiment développé,
03:48c'est le jour et la nuit par rapport à il y a 20 ans, 30 ans ?
03:50– Alors, la structure reste la même, c'est-à-dire que c'est une structure qui est extrêmement centrée
03:55sur les grands hôpitaux publics.
03:58Il n'y a pas de médecine générale, donc il manque.
04:01En fait, la Chine, aujourd'hui, manque d'un système, on va dire, de prise en charge primaire.
04:05Mais le reste est extrêmement bien installé.
04:08Les très grands hôpitaux des plus grandes villes chinoises
04:11ont un niveau d'équipement et un niveau de savoir-faire
04:14qui est équivalent à ce qu'on trouve dans les meilleurs hôpitaux dans le monde,
04:17en Europe ou aux États-Unis.
04:19– J'imagine que quand on décide de construire un hôpital en Chine,
04:22ça va plus vite qu'en France ?
04:24– Je pense que le Covid nous a montré…
04:26Mais aujourd'hui, ils ne construisent plus de nouveaux hôpitaux en dur.
04:30Un des domaines dans lesquels la Chine est en avance,
04:36c'est aussi tout ce qui est digital.
04:37Aujourd'hui, on parle d'hôpitaux digitaux.
04:39Donc, ils essayent pour réduire justement l'accès,
04:46diminuer la pression sur les grands hôpitaux en dur.
04:49Ils essaient de les développer en digital avec de vrais succès.
04:54– Mais sinon, les chinois bénéficient quand même un peu d'une couverture maladie ?
04:58– Un des éléments qu'on a notamment développés dans notre livre ici avec Annie.
05:04– Je rappelle quand même votre livre, quand même,
05:06qui est écrit en anglais, mais ça, ce n'est pas grave.
05:08– Écoutez, on parle…
05:10– En France, on parle très très bien anglais, c'est connu.
05:11– C'est un ouvrage destiné à la profession des gens de santé sur le plan global
05:19où justement, je pense que c'est intéressant pour notre débat d'aujourd'hui,
05:23on a mis tous les pays dits développés ensemble
05:27et on a rajouté la Chine.
05:29Parce que de notre point de vue, la Chine fait partie des pays des opétites.
05:32Ce n'est plus un pays en voie de développement.
05:34– Pour revenir justement à cette couverture maladie, elle existe maintenant ?
05:36– Elle est tout à fait robuste.
05:39Alors, la Chine, ce n'est pas un long fleuve tranquille.
05:41Les 30 ans dont vous parliez tout à l'heure,
05:43on a bien vu il y a deux à trois décennies,
05:46une volonté politique de laisser partir la santé.
05:50Pour eux, la santé était un produit commercial comme les autres.
05:53Et puis juste pour donner un chiffre,
05:55le reste à charge des différents services médicaux, pharmaceutiques, etc.
06:02était de l'ordre de 60% de la facture pour l'individu.
06:05C'est évidemment pas soutenable.
06:07Et ils ont changé d'optique.
06:10Et donc, en 30 ans, ils sont allés complètement de l'autre côté.
06:13En fait, on a une approche beaucoup plus proche, on va dire,
06:16de l'Europe ou de la France, où le reste à charge est aujourd'hui en moyenne à 30%.
06:21Donc, vous voyez, il y a eu un cumul d'un certain nombre de facteurs.
06:26On aimerait bien que nos patients français le sachent un peu.
06:29Pardon ?
06:29On aimerait bien que nos patients français, enfants gâtés, le sachent.
06:32Mais nos compatriotes ne se rendent pas compte qu'ils sont dans un des meilleurs systèmes au monde.
06:38Et que la comparaison avec la Chine le montre.
06:42C'est-à-dire que là, le reste à charge en moyenne, il doit être de 10% en France.
06:46On peut dire beaucoup de choses, mais les résultats de la France sont exceptionnels.
06:51Il y a un élément qui pourrait impacter ses progrès.
06:54Je ne parle pas de la pollution, mais qui sont en train de gérer petit à petit.
06:57C'est le vieillissement de la population.
06:59Alors, la Chine connaît une accélération de son développement et de l'ensemble des indicateurs.
07:06Donc, elle a en fait un vieillissement accéléré qui fait qu'une partie très importante de la population,
07:11notamment la population urbaine, est déjà en train de vieillir.
07:14Ce n'est pas pour rien que la Chine pousse autant vers les robots, par exemple.
07:18Il y a une pénurie de professionnels de santé, comme en Europe ?
07:21Alors, on va dire, oui, pour les médecins généraux, parce qu'il n'y a pas de généralistes en Chine.
07:26Le concept est très peu développé et à l'intérieur des différentes catégories extrêmement importantes
07:32de ces professionnels de la santé, il y a très peu d'infirmières.
07:37Le ratio en Chine doit être une infirmière pour un médecin, quelque chose comme ça,
07:41ce qui n'est évidemment pas suffisant, en tout cas par rapport à notre façon de faire
07:45et la prise en charge des patients.
07:47Mais également toute une série de métiers comme les kinés, par exemple,
07:52qui n'existent pratiquement pas comme catégorie de la médecine, on va dire, occidentale.
07:58Il y a beaucoup de choses qui se font au niveau des masseurs, si vous voulez,
08:02des pratiques de la population, de la médecine traditionnelle chinoise.
08:05J'ai vu qu'il y avait un certain retour à la médecine traditionnelle.
08:08Un certain retour, évidemment.
08:10Pour plusieurs raisons.
08:11D'abord parce que les Chinois aiment bien ce qui vient de chez eux,
08:13quelque part, c'est normal, mais aussi parce que ça coûte beaucoup moins cher.
08:17Donc je pense que les autorités ont une volonté de pousser à la fois la pharmacie traditionnelle,
08:23les masseurs dont je vous parlais tout à l'heure,
08:25tout ça parce que ça coûte moins cher.
08:28Alors, tu sais, c'est la raison du progrès, évidemment, dans le domaine de la santé,
08:31c'est que la Chine a véritablement investi des sommes colossales, justement,
08:35dans ces nouvelles technologies.
08:38Alors, la réponse est oui, bien sûr, mais quand on dit ça,
08:41pour mener un chiffre là aussi très simple,
08:44aujourd'hui, on estime qu'un tiers des études cliniques dans le monde
08:49sont réalisées par des entreprises, des organisations dont le siège est en Chine.
08:54Il y a des entreprises chines.
08:55Bien sûr.
08:55C'est effectivement tout à fait conséquent.
08:58Ce que l'on sous-entend derrière, c'est que c'est l'État chinois qui fait tout ça.
09:02En fait, c'est faux.
09:03L'État chinois est évidemment un État entrepreneur,
09:07donc qui investit par lui-même énormément,
09:09mais il crée les conditions d'investissement.
09:12Et donc, une grande partie de ces fonds viennent d'entreprises privées,
09:15tout aussi privées, on va dire, que des Américains ou des Européens.
09:19Donc, la Chine, collectivement, investit massivement,
09:22ce qui veut dire que d'ici quelques années,
09:24on peut supposer, on peut en déduire,
09:27qu'un tiers peut-être de l'innovation dans la pharma viendra.
09:32Donc, des nouvelles molécules, des nouveaux médicaments, des nouveaux...
09:34Ou de nouvelles indications, selon les cas.
09:38En intelligence artificielle ?
09:41Est-ce qu'on peut imaginer qu'on sera dans la situation de l'automobile
09:45en Europe maintenant, dans quelques années ?
09:47Alors, pour avoir une précédente question,
09:49oui, aujourd'hui, on est avant la vague, on va dire ça comme ça.
09:54Alors que là, pour le véhicule électrique, on subit la vague de plein fouet.
09:59Dans la pharma et les biothèques, on la voit venir.
10:02Donc, on a encore le temps d'agir pour tirer parti de la chose et s'organiser.
10:10Oui, l'EI est extrêmement soutenu par les autorités,
10:15mais ça s'appuie sur un travail de fond, sur le digital.
10:21Avant de parler de l'EI, avant de parler de la partie supérieure de la pyramide,
10:24il faut voir ce qui se passe à la base.
10:26Et donc, il y a un travail très conséquent
10:29qui a été fait pour harmoniser les dossiers,
10:32pour obliger tous les hôpitaux,
10:34qui sont chacun d'entre eux des petits royaumes,
10:37à travailler ensemble avec des formats identiques, etc.
10:40Donc, il y a un travail de mise en forme de la donnée,
10:43de préparation de la donnée.
10:44D'interopérabilité, d'informisation ?
10:46Qui, maintenant, leur permet d'accélérer avec l'EI.
10:48Donc, l'EI ne se fait pas dans un petit nuage,
10:51si on peut permettre l'expression.
10:53Vous avez parlé des nouvelles molécules,
10:54il y a aussi la télémédecine,
10:56vous disiez que la digitalisation, c'est important.
10:58Les robots ?
10:59Absolument.
11:00Dans le monde de la santé, oui.
11:01Là aussi, tous ces DM, tous ces dispositifs médicaux
11:05qui avancent et qui vont finir par,
11:07peut-être, nous envahirons.
11:08On l'a vu, je l'ai vu récemment à Vivatech,
11:10la plupart des robots, c'est des robots chinois.
11:12Bien sûr, il n'y a aucun doute.
11:16Et le rattrapage, ou plus exactement,
11:19le développement, l'accélération chinoise,
11:21elle se voit beaucoup plus au niveau des dispositifs,
11:24se voit beaucoup plus au niveau des équipements
11:26que de la pharma traditionnelle.
11:29Là, on est en train de prendre conscience
11:30au niveau de la pharma,
11:31mais en fait, au niveau des dispositifs et des équipements,
11:33la Chine est d'ores et déjà tout à fait en avance.
11:39Le Strasse et la période Covid,
11:41ça a boosté certaines choses ou pas ?
11:44Peut-être les vaccins ?
11:45Alors, le SARS, oui.
11:46Le SARS, il y a plus de 20 ans,
11:48et je parlais tout à l'heure de l'inflexion
11:50de la politique de santé chinoise,
11:51c'est clairement un des marqueurs,
11:52si vous voulez, à partir du moment où ils se rendent compte,
11:54que tout cela, c'était des affaires collectives.
11:57À l'époque, le ministre de la Santé disait,
11:59écoutez, le SARS, ce n'est pas mon affaire,
12:01moi, je gère, au niveau central, 40 hôpitaux,
12:0520 000 autres.
12:06Et là, ils se sont rendus compte
12:07qu'il y avait un problème de silos, etc.
12:09Donc, ils ont vraiment remis de l'ordre
12:11dans leur système.
12:14Le Covid, évidemment, a été un autre milestone.
12:20Alors, je disais, plutôt que de se faire bouffer,
12:22c'est peut-être mieux de collaborer,
12:24sauf qu'il serait bien d'avoir une certaine réciprocité
12:29entre les allées et venues de l'Europe de Chine.
12:31Absolument, aujourd'hui, on parle des dispositifs médicaux.
12:34Cela fait une petite dizaine d'années
12:37qu'il y a une politique systématique
12:38de remplacement, de substitution
12:41des dispositifs médicaux étrangers
12:43vendus en Chine, par la Chine.
12:46Elle souhaite utiliser des produits
12:51« made in China »,
12:52mais plus que « made in China »,
12:54« made by Chinese »,
12:55donc fabriqués par des entreprises chinois.
12:57Donc, il y a une politique extrêmement construite
13:00et les entreprises,
13:02qu'elles soient américaines ou européennes,
13:04ont beaucoup de mal.
13:05La part de marché des entreprises internationales
13:08se réduit.
13:09Donc, vous parlez de réciprocité.
13:11Aujourd'hui...
13:11Qui n'existe pas encore, pour l'instant.
13:13Mais elle n'est pas...
13:15Il n'y a pas de réciprocité organisée,
13:18on va dire ça comme ça.
13:19C'est quoi ? C'est un manque de courage ?
13:22Je pense que c'est...
13:23On peut dire ce qu'on veut, dans l'émission.
13:25Avec carte blanche.
13:26Très certainement.
13:27C'est d'abord un manque de transparence
13:30sur les faits.
13:30Il faut le dire.
13:32Aujourd'hui, les produits chinois,
13:33que ce soit du dispositif ou de l'équipement,
13:36progressent en Europe.
13:38Et parce que ce sont en général
13:39de bons produits, à des bons prix.
13:41C'est pas de la camelote qui ne vaut rien.
13:44Donc, c'est quelque chose qui est tout à fait...
13:46Est-ce qu'il y a une différence entre les taxes,
13:47des taxes, entre la Chine et l'Europe,
13:50et l'Europe et la Chine ?
13:51Oui, mais je pense que c'est pas...
13:53La solution n'est pas qu'au niveau des taxes.
13:55Donc, si je finis mon idée,
13:56c'est-à-dire que ces produits qui arrivent en Europe,
13:59qui répondent à un besoin de la part de nos professionnels de santé
14:02et de nos patients,
14:05eh bien, il faut prendre la mesure de cette évolution
14:08et de constater que dans le même temps,
14:09il y a une réduction de l'espace qui est laissé aux entreprises européennes
14:13en Chine.
14:14Donc, oui, quelqu'un, les autorités françaises ou européennes,
14:17doivent veiller à cet équilibre.
14:20Et je pense que, dit clairement et négocié clairement
14:22avec les autorités chinoises,
14:24on a une possibilité de s'entendre.
14:27Mais en tout cas, il faut en faire un sujet d'abord d'information
14:32et après de négociation au plus haut.
14:35Quand on parle en France, en Europe, de souveraineté,
14:37c'est un petit peu utopique.
14:38Quand on pense que la plupart des matières premières viennent de Chine ?
14:42Alors, dans la pharma, oui, on dit qu'entre l'Inde et la Chine,
14:4570% des EPI, donc des matières premières,
14:48viennent de ces pays-là.
14:50En soi, ce n'est pas mal.
14:53Je veux dire même, c'est même plutôt bien
14:54parce que c'est des produits qui sont de qualité et moins chers.
14:58Donc, il faut partir de ce fait-là
15:00et que c'est le résultat de décennies de politiques de santé
15:05où on a cherché à chaque fois à avoir au moindre coût.
15:07Et donc, ça a poussé nos industriels.
15:09Ce n'est pas les Chinois ou les Andes qui sont venus prendre le business.
15:11Ce sont nos industriels qui ont été forcés par nos politiques de santé
15:15à aller fabriquer dans les endroits
15:18où c'était possible, notamment moins cher.
15:23Donc, ça, c'est une réalité.
15:25On ne peut pas l'escamoter.
15:26Donc, il faut prendre le problème à la base
15:29d'une manière complète.
15:31Donc, il y a une question de coût
15:32puisqu'en fait, le problème est basé là-dessus.
15:36Enfin, il est basé sur une question de coût.
15:37Est-ce qu'il ne faut pas, pour des produits vitaux, stratégiques,
15:42revoir les coûts et donc permettre à des industriels de rester ici ?
15:46On me dit aujourd'hui que, par exemple,
15:48la Tchèquie a envie, un besoin de développer une industrie chimique.
15:53Et donc, la Tchèquie a le faire
15:54en imposant peut-être des prix qui soient un peu plus favorables.
16:00Et là, on parle de très peu de prix.
16:01On parle de quelques cents pour des produits
16:04qui valent 1, 2, 3 euros.
16:06On ne parle pas de la pharmacie innovante.
16:11Et il y a également le fait
16:13qu'il faut avoir une analyse extrêmement fine
16:16des produits sur lesquels on veut se bagarrer.
16:18On n'a pas besoin de tous les produits.
16:20On n'a pas besoin de tout ramener.
16:21Il faut en fait être très fin.
16:23Il faut du ciblage sur certains produits.
16:26Et enfin, je dirais, une troisième idée
16:31pour essayer de réfléchir à tout cela,
16:33encore une fois, vu de loin,
16:35c'est évidemment le fait d'imposer plusieurs fournisseurs.
16:38Parce que que l'on ait un fournisseur pas cher,
16:42c'est très bien.
16:42Mais si on en a deux, c'est encore mieux.
16:43C'est-à-dire que s'il y en a un qui vacille,
16:45quelle que soit la raison,
16:46qu'elle soit politique ou technique
16:49ou avec tous les problèmes de chaîne d'approvisionnement
16:51qu'on a aujourd'hui,
16:52eh bien, il y a possibilité de se retourner
16:54vers un deuxième, voire un troisième fournisseur.
16:57Donc, il faut le penser et l'organiser
16:58de cette manière-là, me semble-t-il.
17:01Très rapidement, une boîte française peut s'intégrer en Chine ?
17:03Sans aucun problème.
17:04Aujourd'hui, toutes les considérations
17:05type John Venture obligatoire, etc., ont disparu.
17:09Dernier élément avant de terminer,
17:11c'est évidemment qu'on parle de souveraineté,
17:13on parle aussi de transfert technologie,
17:14on parle de sécurité des données,
17:17propriété intellectuelle.
17:19Qu'en pensez-vous ?
17:21Alors, vis-à-vis de la Chine,
17:22les questions de propriété intellectuelle
17:24a énormément évolué,
17:25c'est pour ça que la pharmacie internationale
17:27s'intéresse autant aujourd'hui à la Chine
17:29et à ses biotech,
17:30c'est que la propriété intellectuelle
17:33a bien évolué,
17:34est en fait pratiquement équivalente
17:36à ce qu'on trouve dans nos pays.
17:38Donc, c'est ça la base,
17:39la Chine l'a complètement compris.
17:41Certains autres pays,
17:42on parle souvent de l'âne par exemple,
17:44ne l'ont pas compris.
17:45Donc, c'est là où il y a une vraie différence
17:47et on voit la qualité de la prise de décision chinoise
17:51pour construire son industrie
17:52sur le long terme.
17:58Merci beaucoup.
17:59Oui, dites-moi, si vous aviez...
18:00Non, non, mais la deuxième partie de votre question,
18:02c'était...
18:03C'était sur la propriété intellectuelle.
18:05Non, non, vous avez répondu.
18:05La première partie ?
18:06Sur les transferts de technologies.
18:09Les transferts de technologies.
18:10Très rapidement, il nous reste 30 secondes.
18:12Oui, non, non, les transferts de technologies,
18:14c'est un élément très fort.
18:16Et la Chine s'est développée
18:17parce qu'elle a construit en fait
18:19une stratégie de transfert de technologies
18:22à partir de nos entreprises.
18:24Et c'est comme ça qu'elle a pu développer
18:26une industrie du device,
18:31de l'équipement,
18:32et aujourd'hui de la pharmacie.
18:34Il est peut-être temps aussi,
18:36de notre côté,
18:37lorsque l'on constate des avancées
18:38très fortes dans certains domaines,
18:41de demander la même chose
18:42aux entreprises chinoises
18:43qui viennent en Europe.
18:44Pourquoi ne pas demander
18:46voire des joint ventures,
18:47voire des transferts de technologies
18:48pour avoir accès
18:50à nos marchés publics ?
18:51On pourrait vous écouter
18:52pendant deux heures
18:53sur la Chine.
18:54Merci beaucoup Éric Bouteillet.
18:55On va à présent accueillir
18:57Caroline Jacquin
18:58qui est directrice générale France
18:59chez Plafarm.
19:05Caroline Jacquin, bonjour.
19:06Bonjour.
19:07Bienvenue dans Check-up Santé.
19:08Vous terminez la saison.
19:09C'est pas beau ça quand même,
19:10on termine en beauté la saison ?
19:11Exactement.
19:12Alors vous êtes pharmacienne,
19:14vous avez longtemps sévi
19:15dans l'industrie pharma,
19:16MSD, Sanofi Pasteur
19:17et vous dirigez
19:18chez Plafarm depuis deux ans,
19:20c'est ça ?
19:20Deux ans, exactement.
19:21Deux ans.
19:22Alors, Check Plafarm,
19:22c'est une boîte familiale,
19:23c'est ça, allemande ?
19:24Alors c'est une boîte,
19:25comme il y en a peu,
19:27c'est une boîte allemande,
19:29familiale,
19:30un frère et une sœur,
19:31très jeunes,
19:32et qui ont repris
19:33cette maison
19:34qui avait été initiée
19:35par leurs parents
19:37mais avec une idée,
19:38je trouve,
19:39très smarte,
19:41c'est-à-dire de se concentrer
19:42sur des produits
19:43que tout le monde
19:44met un peu de côté,
19:46c'est-à-dire les produits
19:47matures.
19:48Les produits matures.
19:49Donc vous êtes un peu leader
19:49quand même,
19:50un peu dans ce domaine ?
19:51Voilà, exactement.
19:52Alors justement,
19:52vous disiez,
19:53vous alliez dire,
19:54vous distribuez des médicaments
19:55dits matures,
19:56donnez-nous juste la définition
19:57très rapidement.
19:58Un produit mature,
19:58c'est extrêmement simple,
19:59c'est un produit
20:00qui a été commercialisé,
20:02qui est à la limite
20:03ou a déjà passé
20:04la péremption de son brevet.
20:05Donc généralement,
20:06c'est à ce moment-là
20:07qu'arrivent les génériques.
20:08Mais je vais parler,
20:09moi,
20:09de produits matures,
20:11Princeps,
20:11c'est-à-dire la molécule
20:12originelle qui a été lancée
20:13par le laboratoire.
20:15D'ailleurs,
20:15on n'a pas idée
20:15combien de médicaments
20:16sont produits
20:17et distribués
20:18chez Plafarm.
20:19Donc ces médicaments,
20:20ils appartenaient en général
20:21aux gros labos,
20:22qui étaient des blockbusters
20:23en général,
20:24des blockbusters.
20:25Ils s'en séparent pourquoi ?
20:26Alors,
20:26ils s'en séparent
20:27parce qu'aujourd'hui,
20:28ils sont vraiment,
20:29ces gros labos
20:29en vraie réorientation stratégique
20:32pour se concentrer
20:32sur les produits innovants.
20:34Et c'est normal.
20:35Ils sont,
20:36et ça a été dans leur ADN
20:38depuis des années,
20:39de driver l'innovation
20:40pour faire reculer
20:41les maladies
20:42et faire que les patients
20:44gagnent en qualité de vie.
20:45Donc ça,
20:46c'était toujours
20:47leur principe de vie.
20:49Et aujourd'hui,
20:50effectivement,
20:51ils sont encore obligés
20:52de continuer dans cette voie.
20:54Et pour aller dans cette voie,
20:55aujourd'hui,
20:56la législation est de plus en plus
20:58complexe
20:58et nécessite
20:59pour arriver
21:00avec des nouveaux produits
21:00beaucoup plus d'investissement
21:02qu'avant.
21:02Donc,
21:03il faut récupérer de l'argent
21:04et c'est pour ça
21:05qu'ils se réorientent
21:06et généralement,
21:09désinvestissent ces produits.
21:10Et donc,
21:11plus de 150 produits,
21:12les produits,
21:12infroyable,
21:13on n'imagine pas
21:13que c'était distribué
21:15par vous,
21:15150 produits,
21:1630% fabriqués en France
21:18et 98% en Europe,
21:19c'est ça ?
21:19Oui.
21:20Nous,
21:20en fait,
21:20l'engagement vraiment
21:21de chez Plafarm,
21:22c'est de se battre
21:22sur cette souveraineté.
21:23Je pense qu'elle est essentielle.
21:25Ces produits matures,
21:26aujourd'hui,
21:26c'est la colonne vertébrale
21:28du système de santé.
21:29C'est des produits,
21:30je suis sûre que vous prescrivez.
21:31Que je vienne,
21:31bien sûr.
21:32J'ai vérifié,
21:32j'ai vérifié hier,
21:33pas mal de produits
21:34que je prescris.
21:34Donc,
21:35effectivement,
21:35c'est des produits
21:36que vous utilisez
21:37dans votre quotidien.
21:38Donc,
21:38ces produits matures
21:40aujourd'hui correspondent
21:41à la colonne vertébrale
21:43de la santé des Français.
21:44Pourquoi ?
21:45Dans les années 80,
21:46vous aviez,
21:47les grands laboratoires
21:48avaient sorti,
21:49à ce moment-là,
21:50il fallait prendre en charge
21:51le diabète,
21:52l'hypertension,
21:53pas mal de traitements
21:55en neurologie.
21:56Donc,
21:56tous ces traitements
21:58sont arrivés sur le marché,
21:59ont été ce qu'on appelle
22:00des blockbusters
22:01et ont révolutionné
22:02et il faut dire ce qu'il y a,
22:03c'est-à-dire prise en charge
22:04de ces patients
22:05qui sont aujourd'hui
22:06qui vont bien.
22:07Mais ces brevets
22:08de ces produits-là
22:09aujourd'hui sont donc
22:10dans le domaine public,
22:11mais néanmoins,
22:11on a une population
22:13qui vieillit,
22:13des gens de plus de 65 ans,
22:14bien sûr,
22:15il y a des hypertendus,
22:16bien évidemment,
22:17il y a du diabète
22:17et tous ces traitements sont...
22:19C'est pour ça que je vous parle
22:20de colonne vertébrale
22:21du santé...
22:21Et vous avez des fabricants
22:22qui fabriquent pour vous
22:24ces produits matures.
22:25comme nous,
22:26en fait,
22:26on est une sorte,
22:27il faut voir ça
22:28comme une plateforme
22:29qui est capable
22:29de récupérer
22:31n'importe quel produit.
22:32Donc,
22:33on a une expertise
22:33extrêmement forte
22:35sur la qualité,
22:37la pharmacovigilance,
22:39le réglementaire
22:40pour maintenir
22:41ces produits
22:42comme il se doit,
22:43avec toute la technicité
22:44derrière
22:44et l'expertise derrière
22:45et aussi
22:47une structure
22:48assez simple
22:49pour commercialiser
22:51ces produits.
22:51Ce n'est pas à vous
22:52que je vais expliquer
22:53comment vendre
22:53le Sotalex.
22:54Donc,
22:54je n'ai pas besoin
22:55de force de vente,
22:56c'est des produits
22:56que je mets à disposition.
22:57Et c'est un modèle,
22:58on a un modèle
22:59assez atypique
23:00dans notre composition.
23:03Et effectivement,
23:03comme nous rachetons
23:04ces produits,
23:05ces produits,
23:06moi,
23:06je ne suis pas capable
23:06de vous dire,
23:07demain,
23:07ça va être plus
23:08de l'injectable,
23:08des comprimés.
23:09Donc,
23:09on ne peut pas avoir
23:10des usines en propre,
23:11on ne serait pas assez rapide.
23:12Donc,
23:12on fait appel
23:13au tissu industriel européen
23:15parce que c'est vraiment
23:16un engagement du groupe
23:17d'avoir,
23:18de faire appel
23:19à ce tissu industriel européen
23:20pour des problèmes
23:21de souveraineté.
23:23Et un tiers
23:24de nos produits
23:25sont produits en France
23:26et je me bats
23:26au quotidien.
23:27Sauf que vos laboratoires,
23:29les laboratoires comme le vôtre,
23:30sont un petit peu
23:30étranglés financièrement
23:31par nos gouvernants
23:33par une certaine réglementation.
23:34Dites-nous pourquoi.
23:36Très rapidement.
23:36Très simple,
23:38tout le monde a,
23:39dans l'intellect collectif,
23:41se dire que les produits
23:42pharmaceutiques sont très chers.
23:43Je pense qu'il faut
23:44se battre
23:45quand cette idée est reçue
23:46et sortir de la myopie
23:47de la moyenne.
23:48On en parlait tout à l'heure
23:49avec Éric Boutillier.
23:52Effectivement,
23:52en France,
23:53vous avez 2000 produits
23:54qui sont vendus
23:55à moins de 10 euros.
23:56Donc,
23:57on n'est pas en train
23:57de parler de prix
23:59extrêmement chers.
24:00Pour certains,
24:01à 1 euro même.
24:02Alors oui,
24:03le Solupred,
24:03un produit que tout le monde prend,
24:05globalement,
24:06nous,
24:06on le commercialise
24:07à 1 euro.
24:08C'est moins cher
24:08qu'une baguette de pain.
24:09Donc,
24:10on a un vrai sujet
24:11parce qu'en fait,
24:11ce qu'il faut savoir,
24:12c'est que vous avez
24:13les prix des produits
24:14sur la boîte,
24:14mais aussi,
24:15on nous demande régulièrement
24:16des baisses
24:17de ces prix-là.
24:18Donc,
24:19sur des produits comme ça,
24:20on ne cesse de recevoir
24:21des demandes de prix
24:22à la baisse
24:24obligatoire.
24:25Et en parallèle,
24:26nous avons...
24:26Vous êtes une variable
24:26d'ajustement.
24:27Mais oui,
24:28mais en fait,
24:29il faut voir que depuis
24:30de nombreuses années maintenant,
24:31le médicament était
24:32la variable d'ajustement
24:33pour maintenir une enveloppe
24:36du système de santé.
24:37J'entends
24:38que cette enveloppe
24:39doit être contenue.
24:39Je ne suis pas en train
24:40de dire qu'il faut
24:41exploser les budgets.
24:43néanmoins,
24:43pour des produits
24:44qui sont vendus
24:44à 1 euro,
24:45ça devient plus soutenable.
24:47Et dans mon portefeuille,
24:48j'ai 10 références
24:49qui sont en dessous
24:50d'un seuil...
24:51Enfin,
24:51qui sont en négatif.
24:53Alors,
24:53justement,
24:54pour finir,
24:54vous avez 30 secondes.
24:55Pour finir,
24:55donc le risque,
24:56c'est quoi ?
24:56C'est la vente à l'étranger,
24:57la pénurie,
24:58le départ à l'étranger ?
24:59Le risque,
24:59c'est ce que M. Bouteiller
25:01expliquait dans son intervention
25:02juste avant.
25:03C'est-à-dire que
25:04comme les prix ont été contenus,
25:06eh bien,
25:06qu'est-ce qu'ont fait
25:06les laboratoires ?
25:07Ils ont commencé
25:08à s'ouvrir
25:08pour aller chercher
25:09la matière première,
25:10l'IPA à l'étranger,
25:12en Asie,
25:13qui font des matières premières
25:15d'extrêmement bonne qualité.
25:16Et puis,
25:17on voit un glissement,
25:17effectivement,
25:18de la production
25:18qui part loin de l'Europe.
25:21Je pense qu'on a tous
25:22vécu le Covid.
25:23Je pense que dans ces contextes-là,
25:24il faut qu'on soit
25:24extrêmement prudent
25:26et qu'une prise de conscience
25:27pour une réindustrialisation
25:29et encore une fois,
25:30pas pour tout,
25:31pour des produits
25:33choisis
25:34d'utilité quotidienne
25:35pour les Français.
25:36Eh bien,
25:37on en parlera,
25:37nos candidats
25:38à la présidentielle.
25:40Avec grand plaisir.
25:41Merci beaucoup,
25:42merci beaucoup,
25:43merci beaucoup,
25:45Caroline Jaquin
25:46de chez Plafarm.
25:47Voilà,
25:47c'est la fin
25:47de cette émission.
25:48C'est aussi la fin
25:49de cette saison.
25:50On se retrouve
25:51après la pause estivale
25:52début septembre.
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