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Ce vendredi 10 juillet, la progression du CAC40 à l'ouverture et les tensions provoquées par le conflit au Moyen-Orient sur le prix de l'énergie ont été abordés par Julien Marcilly, chef économiste de Global Sovereign Advisory, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:01Et on commence ce focus du jour évidemment avec un coup d'œil sur la tendance sur le CAC 40.
00:07Le CAC 40 qui progresse de 0,14% à 8338 points.
00:11Le DAX qui est lui aux alentours de l'équilibre, plus 0,02% à 25123 points.
00:16On voit que ces deux grands marchés européens hésitent encore sur la tendance à prendre après les performances de près
00:22de 1% hier pour le CAC 40 et le DAX.
00:26L'Eurostox qui lui reste proche de l'équilibre, moins 0,1% à 6278 points.
00:32Le focus du jour c'est avec vous Julien Marcilli, bonjour.
00:35Bonjour.
00:35Vous êtes chef économiste de Global Sovereign Advisory.
00:38On peut commencer avec un focus sur le stress de cette semaine.
00:43C'était mercredi, c'était la hausse des cours du pétrole avec notamment le baril de Brent qui a touché
00:49les 80 dollars,
00:50le WTI qui a touché les 76 dollars avec pour cause l'arrêt du cessez-le-feu entre l'Iran
00:55et les Etats-Unis.
00:57Aussi l'instauration, la reprise de sanctions commerciales sur le pétrole iranien.
01:02Comment est-ce que vous comprenez cette séquence ?
01:04On a l'impression que ça a été un stress très contenu dans le temps.
01:07Les marchés actions ont à peine réagi dans un sens qu'ils ont rattrapé leur perte dès le lendemain.
01:14On voit qu'il y a un petit peu d'hésitation à l'ouverture ce matin.
01:17C'était une parenthèse cette semaine ou c'est quand même de nature un peu à venir inquiéter les marchés
01:22dans les prochains jours ?
01:23Si on essaie d'avoir une vision un peu plus longue, il faut se rappeler quand même du constat qui
01:27est connu sur le marché du pétrole.
01:30C'est-à-dire que le détroit d'Ormouz et son blocage...
01:34Et toujours bloqué à l'heure actuelle.
01:36...pénalise, on a pénalisé plus de 20 millions de barils de pétrole par jour sur un peu plus de 100
01:43millions de consommation mondiale.
01:44On sait que sur ces 20 millions, il y en a à peu près un tiers pour lesquels les exportateurs
01:50ont trouvé des routes alternatives.
01:52Donc ce qui nous laisse un problème pour 13 à 14 millions de barils par jour.
01:56Et là-dessus, comment on compense ça ?
01:58Il y a eu différentes choses de faites.
02:00C'est-à-dire que d'autres producteurs ont compensé un peu, à peu près à hauteur de 4 millions.
02:06Mais pour les 10 autres millions de barils, vous avez deux gros points d'interrogation.
02:10C'est-à-dire que le premier, c'est qu'il y a eu moins de demandes, très clairement, au
02:15niveau mondial.
02:15Donc on s'organise autrement ?
02:16On s'organise autrement, mais aussi, il faut se dire que certains de ces achats ont sans doute été différés.
02:23Ce qui veut dire qu'il y en aura plus dans les mois à venir.
02:26Et ce qui peut expliquer aussi cette hausse.
02:29Et la deuxième chose, dont on ne parle peut-être pas assez, c'est le déstockage.
02:34C'est-à-dire que, sous l'égide de l'Agence internationale de l'énergie,
02:38beaucoup de pays se sont accordés pour déstocker au moment du stress.
02:43On est toujours dans ce...
02:44Pour limiter l'impact sur les cours du pétrole.
02:46Exactement.
02:46Mais là aussi, ça ne peut pas durer.
02:48Et donc, on est dans une situation où les niveaux de réserve stratégique et de stock sont très bas,
02:54notamment aux États-Unis.
02:56D'accord.
02:56Et donc, en fonction du rythme de reconstitution de ces stocks à partir de peut-être l'année prochaine,
03:02ça viendra aussi poser sur la demande.
03:04Donc là, détroit d'Hormuz, fermé ou presque, puisqu'il y a quand même un petit peu de passage,
03:10mais très peu, avec un baril de Brent à 76 dollars, un WTI à 71 dollars,
03:15c'est des prix du pétrole en trompe-l'œil par rapport aux vrais prix du pétrole
03:19qu'on verra quand justement ces pays recommenceront à constituer des stocks et des réserves.
03:23Oui, tout à fait. C'est toujours difficile de faire une prévision précise sur les prix du pétrole,
03:27mais il y a quand même beaucoup de raisons qui laissent penser que les prix du pétrole
03:30resteront durablement plus élevés qu'ils ne l'étaient avant la crise.
03:35D'autant plus qu'au-delà du cas des États-Unis,
03:37beaucoup de pays ont annoncé depuis le début du mois de mars, face à leur vulnérabilité,
03:43qu'à l'avenir, ils chercheraient à détenir davantage de réserves et de stocks
03:48des pays comme l'Australie, le Pakistan, l'Indonésie, etc.
03:50Donc tout ça mis bout à bout, effectivement, voudra dire de la demande supplémentaire.
03:54Donc des prix du pétrole en trompe-l'œil, si je comprends ce que vous nous dites,
03:57des taux qui se sont tendus cette semaine, qui se détendent légèrement,
04:00mais qui restent quand même sur des niveaux qui montent quand même une certaine prudence
04:04ou un certain attentisme même sur ce qui pourrait se passer,
04:09puisqu'on voit que le 10 ans français a presque touché les 4%,
04:13il est aux alentours des 3,82, l'OAT 30 ans est à 4,63,
04:17il était à 4,70 il y a deux jours, c'était des niveaux qu'on n'avait pas connus
04:21depuis près de 20 ans, le 10 ans américain est lui à 4,52,
04:25le 30 ans américain est à 5,04, et Bloomberg remarquait même que
04:28lors de l'adjudication du Trésor américain sur le 30 ans américain hier,
04:34on était à 5,07, voire même 5,09 en tout début de séance,
04:37c'était le rendement le plus élevé depuis 2006.
04:40Qu'est-ce que nous racontent les marchés alors que globalement sur les marchés actions,
04:44on a l'impression qu'il y a des questionnements sur les semi-conducteurs,
04:47mais le stress a été très vite digéré quand même ?
04:50Oui, mais là vous citiez les exemples de marchés matures,
04:55donc États-Unis, Europe, on pourrait parler du Japon,
04:58mais c'est la même chose partout en fait, c'est même la même chose dans les pays émergents,
05:01c'est-à-dire que toutes les banques centrales ont vraiment changé leurs anticipations
05:05avec le début de cette crise, mais elles ne l'ont pas changé dans l'autre sens
05:09avec l'annonce de cet accord qui finalement semble peut-être déjà tomber à l'eau.
05:16Pourquoi ?
05:16Donc ils ont peut-être bien fait d'attendre un peu ?
05:18On sait qu'il y a toujours énormément d'incertitudes au niveau géopolitique,
05:22et puis il y a d'autres risques qui se matérialisent aussi,
05:26notamment pour beaucoup de pays émergents en ce moment,
05:28il y a toute la question des prix alimentaires qui comptent beaucoup plus même
05:32que celles des prix de l'énergie,
05:35étant donné le poids de l'alimentation dans le panier du consommateur.
05:39Il y a un lien quand même.
05:39Oui, tout à fait.
05:41Donc beaucoup de banques centrales, beaucoup de banques centrales de pays émergents
05:44n'ont pas finalement revu à la baisse leurs anticipations de taux,
05:50malgré l'accord qui a été décidé en juin.
05:54D'accord, donc ça veut dire qu'au-delà effectivement de ce qu'on regarde régulièrement,
05:57c'est-à-dire la BCE qui a augmenté ses taux lors de sa dernière réunion de politique monétaire,
06:03la Fed qui ne l'a pas fait, mais qui laisse entendre qu'elle pourrait le faire,
06:05en tout cas c'est ce qu'on découvre dans les minutes publiées cette semaine,
06:09les banques centrales de pays émergents,
06:11elles restent sur un scénario où il faut agir face aux risques inflationnistes
06:16de ce conflit entre l'Iran et les États-Unis.
06:20Et elles le font même plus rapidement souvent que la Fed ou la BCE.
06:23Et c'était déjà le cas en 2022,
06:25c'est-à-dire qu'historiquement on a l'habitude de dire que les banques centrales de pays émergents
06:29réagissent avec retard par rapport à leurs homologues aux États-Unis et en Europe,
06:33mais depuis 2022 ce n'est plus le cas.
06:35Elles sont même plus rapides pour le faire.
06:36Pourquoi ? Parce qu'elles ont peur en fait de perdre la crédibilité
06:39qu'elles ont durement acquise depuis une vingtaine d'années.
06:42Ce qui veut dire que par exemple la BCE d'Indonésie a dû augmenter ses taux,
06:46ce qui n'était pas anticipé, pour défendre sa devise.
06:51Et au global, dans le monde émergent, ce qu'on voit depuis le début du mois de mars,
06:55c'est que vous avez à peu près un tiers des banques centrales
06:57qui ont augmenté leurs taux alors qu'elles n'anticipaient pas de le faire
07:02avant le début de la crise, et deux tiers qui ont anticipé des baisses de taux importantes
07:06et qui ont revu l'ampleur de ces baisses de taux.
07:09C'est le cas notamment au Brésil par exemple.
07:11Quel scénario sur les marchés actions du coup aujourd'hui ?
07:15Julien Marcy, est-ce qu'ils vivent en autonomie en se réfugiant sur les semi-conducteurs et la tech
07:24dès qu'il y a le moindre questionnement économique, géopolitique ou inflationniste ?
07:27Ou est-ce qu'il y a quand même une corrélation à aller chercher entre l'un et l'autre
07:32?
07:33Il y a très clairement des vents contraires, parce qu'on le voit un peu en Asie, aux Etats-Unis,
07:38même au niveau macro, les chiffres sont très bons en ce qui concerne les secteurs
07:42qui sont liés de près ou de loin à l'intelligence artificielle.
07:47Donc ce n'est pas seulement un phénomène de bulle.
07:49Donc il y a très clairement des vents contraires sur les marchés actions,
07:53mais il ne faut pas oublier tous ces risques liés à l'inflation
07:56et puis surtout à la dette publique qui devraient aussi jouer dans les mois à venir.
08:02Merci beaucoup Julien Marcy de nous avoir accompagné dans Good Morning Market,
08:05dans le focus du jour de Good Morning Market.
08:07Je rappelle que vous êtes chef économiste de Global Sovereign Advisory.
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