00:01Et on commence ce focus du jour évidemment avec un coup d'œil sur la tendance sur le CAC 40.
00:07Le CAC 40 qui progresse de 0,14% à 8338 points.
00:11Le DAX qui est lui aux alentours de l'équilibre, plus 0,02% à 25123 points.
00:16On voit que ces deux grands marchés européens hésitent encore sur la tendance à prendre après les performances de près
00:22de 1% hier pour le CAC 40 et le DAX.
00:26L'Eurostox qui lui reste proche de l'équilibre, moins 0,1% à 6278 points.
00:32Le focus du jour c'est avec vous Julien Marcilli, bonjour.
00:35Bonjour.
00:35Vous êtes chef économiste de Global Sovereign Advisory.
00:38On peut commencer avec un focus sur le stress de cette semaine.
00:43C'était mercredi, c'était la hausse des cours du pétrole avec notamment le baril de Brent qui a touché
00:49les 80 dollars,
00:50le WTI qui a touché les 76 dollars avec pour cause l'arrêt du cessez-le-feu entre l'Iran
00:55et les Etats-Unis.
00:57Aussi l'instauration, la reprise de sanctions commerciales sur le pétrole iranien.
01:02Comment est-ce que vous comprenez cette séquence ?
01:04On a l'impression que ça a été un stress très contenu dans le temps.
01:07Les marchés actions ont à peine réagi dans un sens qu'ils ont rattrapé leur perte dès le lendemain.
01:14On voit qu'il y a un petit peu d'hésitation à l'ouverture ce matin.
01:17C'était une parenthèse cette semaine ou c'est quand même de nature un peu à venir inquiéter les marchés
01:22dans les prochains jours ?
01:23Si on essaie d'avoir une vision un peu plus longue, il faut se rappeler quand même du constat qui
01:27est connu sur le marché du pétrole.
01:30C'est-à-dire que le détroit d'Ormouz et son blocage...
01:34Et toujours bloqué à l'heure actuelle.
01:36...pénalise, on a pénalisé plus de 20 millions de barils de pétrole par jour sur un peu plus de 100
01:43millions de consommation mondiale.
01:44On sait que sur ces 20 millions, il y en a à peu près un tiers pour lesquels les exportateurs
01:50ont trouvé des routes alternatives.
01:52Donc ce qui nous laisse un problème pour 13 à 14 millions de barils par jour.
01:56Et là-dessus, comment on compense ça ?
01:58Il y a eu différentes choses de faites.
02:00C'est-à-dire que d'autres producteurs ont compensé un peu, à peu près à hauteur de 4 millions.
02:06Mais pour les 10 autres millions de barils, vous avez deux gros points d'interrogation.
02:10C'est-à-dire que le premier, c'est qu'il y a eu moins de demandes, très clairement, au
02:15niveau mondial.
02:15Donc on s'organise autrement ?
02:16On s'organise autrement, mais aussi, il faut se dire que certains de ces achats ont sans doute été différés.
02:23Ce qui veut dire qu'il y en aura plus dans les mois à venir.
02:26Et ce qui peut expliquer aussi cette hausse.
02:29Et la deuxième chose, dont on ne parle peut-être pas assez, c'est le déstockage.
02:34C'est-à-dire que, sous l'égide de l'Agence internationale de l'énergie,
02:38beaucoup de pays se sont accordés pour déstocker au moment du stress.
02:43On est toujours dans ce...
02:44Pour limiter l'impact sur les cours du pétrole.
02:46Exactement.
02:46Mais là aussi, ça ne peut pas durer.
02:48Et donc, on est dans une situation où les niveaux de réserve stratégique et de stock sont très bas,
02:54notamment aux États-Unis.
02:56D'accord.
02:56Et donc, en fonction du rythme de reconstitution de ces stocks à partir de peut-être l'année prochaine,
03:02ça viendra aussi poser sur la demande.
03:04Donc là, détroit d'Hormuz, fermé ou presque, puisqu'il y a quand même un petit peu de passage,
03:10mais très peu, avec un baril de Brent à 76 dollars, un WTI à 71 dollars,
03:15c'est des prix du pétrole en trompe-l'œil par rapport aux vrais prix du pétrole
03:19qu'on verra quand justement ces pays recommenceront à constituer des stocks et des réserves.
03:23Oui, tout à fait. C'est toujours difficile de faire une prévision précise sur les prix du pétrole,
03:27mais il y a quand même beaucoup de raisons qui laissent penser que les prix du pétrole
03:30resteront durablement plus élevés qu'ils ne l'étaient avant la crise.
03:35D'autant plus qu'au-delà du cas des États-Unis,
03:37beaucoup de pays ont annoncé depuis le début du mois de mars, face à leur vulnérabilité,
03:43qu'à l'avenir, ils chercheraient à détenir davantage de réserves et de stocks
03:48des pays comme l'Australie, le Pakistan, l'Indonésie, etc.
03:50Donc tout ça mis bout à bout, effectivement, voudra dire de la demande supplémentaire.
03:54Donc des prix du pétrole en trompe-l'œil, si je comprends ce que vous nous dites,
03:57des taux qui se sont tendus cette semaine, qui se détendent légèrement,
04:00mais qui restent quand même sur des niveaux qui montent quand même une certaine prudence
04:04ou un certain attentisme même sur ce qui pourrait se passer,
04:09puisqu'on voit que le 10 ans français a presque touché les 4%,
04:13il est aux alentours des 3,82, l'OAT 30 ans est à 4,63,
04:17il était à 4,70 il y a deux jours, c'était des niveaux qu'on n'avait pas connus
04:21depuis près de 20 ans, le 10 ans américain est lui à 4,52,
04:25le 30 ans américain est à 5,04, et Bloomberg remarquait même que
04:28lors de l'adjudication du Trésor américain sur le 30 ans américain hier,
04:34on était à 5,07, voire même 5,09 en tout début de séance,
04:37c'était le rendement le plus élevé depuis 2006.
04:40Qu'est-ce que nous racontent les marchés alors que globalement sur les marchés actions,
04:44on a l'impression qu'il y a des questionnements sur les semi-conducteurs,
04:47mais le stress a été très vite digéré quand même ?
04:50Oui, mais là vous citiez les exemples de marchés matures,
04:55donc États-Unis, Europe, on pourrait parler du Japon,
04:58mais c'est la même chose partout en fait, c'est même la même chose dans les pays émergents,
05:01c'est-à-dire que toutes les banques centrales ont vraiment changé leurs anticipations
05:05avec le début de cette crise, mais elles ne l'ont pas changé dans l'autre sens
05:09avec l'annonce de cet accord qui finalement semble peut-être déjà tomber à l'eau.
05:16Pourquoi ?
05:16Donc ils ont peut-être bien fait d'attendre un peu ?
05:18On sait qu'il y a toujours énormément d'incertitudes au niveau géopolitique,
05:22et puis il y a d'autres risques qui se matérialisent aussi,
05:26notamment pour beaucoup de pays émergents en ce moment,
05:28il y a toute la question des prix alimentaires qui comptent beaucoup plus même
05:32que celles des prix de l'énergie,
05:35étant donné le poids de l'alimentation dans le panier du consommateur.
05:39Il y a un lien quand même.
05:39Oui, tout à fait.
05:41Donc beaucoup de banques centrales, beaucoup de banques centrales de pays émergents
05:44n'ont pas finalement revu à la baisse leurs anticipations de taux,
05:50malgré l'accord qui a été décidé en juin.
05:54D'accord, donc ça veut dire qu'au-delà effectivement de ce qu'on regarde régulièrement,
05:57c'est-à-dire la BCE qui a augmenté ses taux lors de sa dernière réunion de politique monétaire,
06:03la Fed qui ne l'a pas fait, mais qui laisse entendre qu'elle pourrait le faire,
06:05en tout cas c'est ce qu'on découvre dans les minutes publiées cette semaine,
06:09les banques centrales de pays émergents,
06:11elles restent sur un scénario où il faut agir face aux risques inflationnistes
06:16de ce conflit entre l'Iran et les États-Unis.
06:20Et elles le font même plus rapidement souvent que la Fed ou la BCE.
06:23Et c'était déjà le cas en 2022,
06:25c'est-à-dire qu'historiquement on a l'habitude de dire que les banques centrales de pays émergents
06:29réagissent avec retard par rapport à leurs homologues aux États-Unis et en Europe,
06:33mais depuis 2022 ce n'est plus le cas.
06:35Elles sont même plus rapides pour le faire.
06:36Pourquoi ? Parce qu'elles ont peur en fait de perdre la crédibilité
06:39qu'elles ont durement acquise depuis une vingtaine d'années.
06:42Ce qui veut dire que par exemple la BCE d'Indonésie a dû augmenter ses taux,
06:46ce qui n'était pas anticipé, pour défendre sa devise.
06:51Et au global, dans le monde émergent, ce qu'on voit depuis le début du mois de mars,
06:55c'est que vous avez à peu près un tiers des banques centrales
06:57qui ont augmenté leurs taux alors qu'elles n'anticipaient pas de le faire
07:02avant le début de la crise, et deux tiers qui ont anticipé des baisses de taux importantes
07:06et qui ont revu l'ampleur de ces baisses de taux.
07:09C'est le cas notamment au Brésil par exemple.
07:11Quel scénario sur les marchés actions du coup aujourd'hui ?
07:15Julien Marcy, est-ce qu'ils vivent en autonomie en se réfugiant sur les semi-conducteurs et la tech
07:24dès qu'il y a le moindre questionnement économique, géopolitique ou inflationniste ?
07:27Ou est-ce qu'il y a quand même une corrélation à aller chercher entre l'un et l'autre
07:32?
07:33Il y a très clairement des vents contraires, parce qu'on le voit un peu en Asie, aux Etats-Unis,
07:38même au niveau macro, les chiffres sont très bons en ce qui concerne les secteurs
07:42qui sont liés de près ou de loin à l'intelligence artificielle.
07:47Donc ce n'est pas seulement un phénomène de bulle.
07:49Donc il y a très clairement des vents contraires sur les marchés actions,
07:53mais il ne faut pas oublier tous ces risques liés à l'inflation
07:56et puis surtout à la dette publique qui devraient aussi jouer dans les mois à venir.
08:02Merci beaucoup Julien Marcy de nous avoir accompagné dans Good Morning Market,
08:05dans le focus du jour de Good Morning Market.
08:07Je rappelle que vous êtes chef économiste de Global Sovereign Advisory.
Commentaires