00:01Romain Aumont, macroéconomiste et stratégie chez Natixis IM.
00:04Bonjour Romain, le dollar est ce matin sur des plus hauts de 13 mois.
00:10Alors ça se voit notamment sur l'euro dollar, mais c'est sur un panier de devises que le dollar
00:14s'est renforcé.
00:15On est ce matin sous les 1,14 sur la parité euro dollar 1,1355,
00:21avec depuis quelques jours maintenant un marché qui est en train de refaire ses calculs.
00:26Est-ce que c'est le cas aussi chez vous, chez Natixis, depuis la réunion de Kevin Warch,
00:30en tout cas sur de probables hausses de taux, non pas d'ici à la fin de l'année,
00:34mais peut-être même dès septembre, en tout cas probabilité 70% sur le baromètre Fedwatch ?
00:39Absolument, donc par rapport à cette paire euro dollar,
00:41on aurait pu croire qu'avec la décélération ou la baisse des prix des matières premières énergétiques,
00:46on allait avoir une appréciation de l'euro, dans la mesure où l'Europe est vraiment dépendante énergétiquement,
00:51et donc on sait qu'il y a une corrélation qui est tout à fait significative entre l'euro dollar
00:55et le prix des matières premières énergétiques.
00:58Maintenant, qu'est-ce que ça signifie derrière ?
01:00Si vous avez des matières premières énergétiques qui baissent et un euro dollar qui baisse,
01:04ça veut dire qu'il y a quelque chose d'autre.
01:05Ce quelque chose d'autre, on l'interprète de deux manières chez Natixisiem.
01:10Premièrement, on a un facteur croissance qui va expliquer cette dynamique,
01:14et un facteur politique monétaire que vous avez souligné.
01:16Sur le facteur croissance, on a finalement un différentiel de croissance qui commence à être de plus en plus tangible.
01:21On a ce choc énergétique de la guerre au Moyen-Orient qui a finalement détruit de la demande interne en
01:26Europe,
01:27ce qui finalement crée une sorte de petite dépression,
01:31ou au moins une chape de plomb sur la croissance européenne.
01:35Et vous avez de l'autre côté une économie américaine dont la demande finalement bénéficie
01:41en grande magnitude de l'investissement dans l'IA.
01:44On a finalement des consommateurs américains qui bénéficient d'un effet de richesse grâce à leur exposition au marché actions.
01:50Et donc on sent qu'il y a une dichotomie sur les croissances de part et d'autre de l
01:54'Atlantique.
01:55Et ensuite, vous rajoutez une couche de politique monétaire,
01:58où vous avez globalement une BCE qui semble vouloir mettre de l'eau dans son vin concernant la restriction monétaire,
02:05dans la mesure où on observe la baisse des prix des matières premières énergétiques.
02:09Et vous avez de l'autre côté de l'Atlantique un monsieur Warch dont on ne connaît pas vraiment encore
02:14trop les intentions.
02:15Mais globalement, on a eu droit à une conférence de presse très épurée de la part du nouveau gouverneur de
02:21la réserve fédérale,
02:22qui n'a pas voulu donner son avis en termes de forward guidance.
02:25Et donc le marché, qu'est-ce qu'il a regardé ?
02:27Il a regardé finalement le Summary of Economic Projections,
02:31donc ce résumé des visions macroéconomiques des membres du FOMC.
02:35et que nous disent ces membres du FOMC ?
02:37Eh bien, il faudra peut-être augmenter jusqu'à une fois les taux d'intérêt du côté américain
02:42pour pouvoir juguler l'inflation qui est en train d'intervenir de ce côté de l'Atlantique.
02:47Et donc, on a un marché qui est en train de réévaluer finalement les postures de politique monétaire
02:53et on a cet impact tout à fait significatif sur la devise.
02:56Si la Fed remonte ces taux, ça serait peut-être une mauvaise nouvelle pour le marché.
03:00A l'inverse, si la BCE s'arrête là, là ça serait vraiment un ouf de soulagement,
03:04notamment pour les marchés européens qui sont pénalisés depuis le début de ce conflit
03:09par cette guerre et par les anticipations de resserrement monétaire.
03:13Nous, on pense que c'est positif que la BCE n'aille pas plus loin dans sa restriction monétaire
03:18parce que c'est une économie, l'économie européenne,
03:21qui n'a pas besoin à l'heure actuelle d'avoir une couche de restrictions monétaires supplémentaires.
03:25Donc oui, dans un certain sens, c'est positif pour les actions européennes.
03:28Maintenant, la question c'est de savoir si Mme Lagarde finalement change d'avis
03:33et on a juste une hausse symbolique, on peut se demander finalement où va la croissance européenne.
03:38Est-ce qu'au second trimestre, on va avoir une croissance telle que l'imagine la BCE ?
03:45Pour un petit rappel, dans le scénario central de la BCE,
03:48on a une croissance en zone euro qui serait de l'ordre de 0,8% cette année.
03:53On a un acquis à l'heure actuelle de 0,1% avec le mauvais chiffre
03:57qui était en partie dû à l'Irlande, certes, du premier trimestre.
04:00Donc finalement, on a quand même une croissance européenne
04:02qui va pâtir de ce choc énergétique
04:04et il se peut que finalement, le choc sur les intrants détériore plus que prévu
04:09les marges des entreprises européennes.
04:11En tout cas, le Bund, le 10 ans allemand, est à 2,90 ce matin.
04:15Il revient sur ses niveaux de début mars.
04:18Alors, on ne revient pas encore sur les niveaux d'avant-conflit
04:20puisque quand vous regardez fin février, début mars,
04:24on était aux alentours des 2,65 sur cette référence
04:28en ce qui concerne le marché obligataire et le marché souverain.
04:31Dans ce contexte, aujourd'hui, ça ressemble à quoi l'allocation
04:34chez Netixis IM Romain Aumont ?
04:37Plusieurs fois sur ce plateau et avec ma brogue Chez Toine,
04:39vous pilotez un petit peu les allocations.
04:41Vous étiez très confiant sur la tech.
04:43Alors, c'est bien, ça marchait.
04:44On voit depuis quelques jours maintenant des interrogations.
04:47Hier, le Nasdaq a perdu 2% sans grande raison.
04:49Hier, c'était le Cospi qui a cédé du terrain.
04:52Il a repris une partie ce matin.
04:54Mais en tout cas, ce segment des semi-conducteurs continue de tirer la cote
04:58mais continue également d'attirer et surtout de tirer la volatilité sur les marchés.
05:02Absolument.
05:02Ce qu'on a observé sur le secteur technologique,
05:05c'est que globalement, on a des investisseurs, des hedge funds,
05:08des investisseurs institutionnels qui commencent à se demander
05:10est-ce qu'il n'y a pas un danger d'avoir finalement
05:12une telle concentration sur les marchés ?
05:14Quand on regarde la cote coréenne, c'est tiré par deux entreprises.
05:17Et donc, quand ces deux entreprises font face à un mode risk-off sur une journée,
05:21ça entraîne approximativement toute la thématique IA à travers le globe.
05:26Nous, on reste convaincus qu'on a de la croissance bénéficiaire
05:29qui est encore dans les tuyaux
05:31et que c'est ce qui va finalement tirer la performance de ces indices
05:34sur le reste de l'année.
05:35Il y a un coût d'opportunité à ne pas être exposé à ces indices.
05:40Et donc, vous avez bien évidemment de la volatilité,
05:42mais vous avez derrière finalement une performance qui vous rétribue.
05:44Donc, quand vous regardez le couple rendement-risque,
05:47eh bien, vous n'êtes pas nécessairement mis à mal dans ce genre d'allocation.
05:51Maintenant, nous, pour répondre à votre question,
05:54on a un petit peu allégé l'exposition aux actifs risqués américains.
05:59On s'est remis à la neutralité sur les actifs européens
06:02en pensant que finalement, cette libération du détroit d'Ormouz
06:06allait être bénéfique notamment du point de vue des matières premières énergétiques.
06:10Donc, on reste quand même globalement très positif
06:12sur la croissance mondiale cette année.
06:14Et on pense que rester exposé aux actifs risqués,
06:17dans tous les cas, ça reste une allocation qui est tout à fait rationnelle.
06:21Et on a tendance, vous parliez du marché des taux souverains,
06:24on a tendance à vouloir quand même rester sur une duration assez faible
06:29dans la mesure où on s'attend à ce qu'il y ait toujours de la volatilité
06:31sur la partie longue de la courbe souveraine,
06:33que ce soit en Allemagne ou aux États-Unis,
06:35parce que vous avez des thématiques,
06:37la question de la posture des banques centrales,
06:39vous avez la thématique de la question de l'espace fiscal
06:42dont disposent les États.
06:43Et donc, globalement, ce qu'on va chercher peut-être à faire,
06:46c'est aller s'exposer sur du crédit d'entreprise bien noté
06:49et de faible duration.
06:51Et sur la partie action, les secteurs qui vous intéressent,
06:53en dehors de la tech, vous parliez là de l'Europe,
06:56vous avez revu un petit peu vos allocations sur l'Europe.
06:58Est-ce qu'il y a des secteurs qui ont été massacrés ou oubliés
07:02ou vous dites, tiens, il y a peut-être des points d'entrée ?
07:04Eh bien, dans ce contexte, on a observé finalement
07:06un aplatissement de la courbe depuis le début de l'année
07:08sur la courbe européenne, en sachant que les taux européens courts
07:11ont monté plus que les taux européens longs.
07:14Et qui bénéficie d'une repentification potentielle
07:18si on a une banque centrale européenne
07:20qui finalement met de l'eau dans son vin ?
07:22Eh bien, vous avez les financières et les bancaires
07:24qui pourraient tirer leur épingle du jeu,
07:25qu'on a mis un petit peu de côté durant cette année
07:28et qui pourraient revenir sur la base d'une BCE
07:31beaucoup plus accommodante.
07:32C'était le secteur phare de 2025
07:34et c'est vrai qu'il a retrouvé des couleurs
07:35depuis le début du mois,
07:36avec bon nombre de valeurs dans ce secteur
07:38qui ont retrouvé leur plus haut historique.
07:40Merci beaucoup Romain Aumont
07:41qui nous a raccompagné ce matin.
07:42Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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