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Avec Emmanuelle Place, présidente de l’association des victimes du bal de Crépol
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Transcription
00:008h18, c'est donc l'heure du grand entretien. Le 23 juillet dernier, les juges d'instruction qui ont enquêté
00:06sur la mort de Thomas Acrépole en 2013 ont estimé que la mort du jeune garçon a pu lui être
00:12donnée, je cite,
00:13« en raison de la circonstance aggravante de racisme et de son appartenance à la race blanche et à la
00:18nation française ». Voici les termes précis utilisés par les juges.
00:22Les juges d'instruction ont retenu cette qualification contre les 14 personnes mises en examen après deux ans et demi
00:27d'enquête. Oui, mais voilà.
00:28Voilà. Le parquet, lui, s'y est opposé. On est avec Emmanuelle Place. Vous êtes présidente de l'association des
00:33victimes du bal de Crépole de 2023.
00:35Merci d'être avec nous. Quelle est votre réaction à ce revirement ? Il faut bien le dire, c'est
00:43un revirement. C'est le processus normal de la justice, mais le parquet contre lui, les juges d'instruction.
00:50Bonjour. Écoutez, en fait, pour nous, ce n'est pas trop une surprise non plus parce que le procureur, dès
00:56le début de cette affaire, nous a bien fait comprendre que, de toute façon, il n'irait pas dans ce
01:04sens-là.
01:05Donc, voilà, nous, on n'est pas surpris par le réquisitoire du procureur qui avait déjà fait un réquisitoire dans
01:12ce sens-là.
01:13Maintenant, c'est les juges qui font le travail. Donc, voilà, les juges, eux, ont vu le dossier, ont vu
01:18le dossier en main, ont mené l'enquête.
01:21Donc, voilà, c'est les juges qui auront certainement le dernier mot. On espère juste qu'ils continuent dans leur
01:28lignée et qu'il n'y ait pas un revirement des juges, quoi.
01:32Le parquet, si je comprends bien, laisse entendre que cette notion de crime raciste repose sur quelques témoignages et pas
01:41tous.
01:42Et disent-ils, ou dit-ils plus exactement, il s'agit du parquet, sur des témoignages fragiles. Est-ce que
01:50vous aussi, vous rejoignez cette idée-là ou pas ?
01:54Non, je ne rejoins pas du tout cette idée-là. Parce qu'alors, quelques témoignages minoritaires, comme ils disent, c
01:59'est-à-dire qu'en fait, je ne sais pas combien il veut de témoignages, le procureur en lui-même.
02:03Parce que, à la sortie, dans cette affaire, quand il y a eu l'agression, dehors, il y avait peut
02:09-être 30 personnes, grand max de crépoles.
02:12Et encore, ils n'y étaient pas tous. Donc, si vous comptez 16 témoignages sur 30, je trouve que c
02:17'est déjà pas mal. Ça fait 50%.
02:19Donc, voilà. Donc, là, je ne sais pas ce qu'il demande. S'il veut que toute la salle des
02:23fêtes ait entendue alors que ça s'est passé dehors, ce n'est pas possible.
02:26En fait, il y a eu quand même trois blessés graves, plus un décès, des coups de couteau qui ont
02:33été portés à des endroits différents,
02:34en l'espace de peut-être cinq minutes. Donc, en fait, évidemment que tout le monde n'a pas entendu
02:40les paroles et n'a pas vu la même chose.
02:43C'est logique. On n'était pas tous au même endroit, au même moment.
02:46Emmanuel Place, présidente de l'Association des victimes du bal de crépoles 2023. On essaye d'y voir clair sur
02:51cette contradiction judiciaire.
02:54Certains diront, mais c'est le cours normal des choses. La justice ne parle pas forcément qu'en une seule
02:59voix.
03:00Il y a les magistrats du siège et ceux du parquet.
03:02Oui, mais quand même, Emmanuel Place, est-ce qu'on n'a pas le sentiment que le procureur de la
03:07République fait, si je puis dire, de la résistance face à ce que nous disent les juges d'instruction ?
03:14Si, complètement. Alors, je ne sais pas pour quelles raisons, pourquoi, pour qui. Je ne vois pas l'intérêt qu
03:20'il a à ce...
03:20Soyons directs, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il est dans une décision ou une posture politique
03:26?
03:27Ça, je ne peux pas vous le dire. Je ne suis pas à sa place et je n'irai pas
03:31sur ce terrain-là.
03:32Voilà. Mais en attendant, ça pose question. Oui, ça pose question. Mais depuis le début.
03:37Donc, en fait, comment vous dire ? Voilà. Nous, on est bien conscients que le procureur, dès le début, nous
03:44a bien fait comprendre que ça,
03:45dix jours après, quand on a vu la première fois, il nous a bien fait comprendre que non, ça, il
03:50ne voulait pas l'entendre.
03:50Donc, voilà. Alors que, dès dix jours après, déjà, les témoignages étaient déjà là, les familles avaient déjà demandé ce
03:57que ce soit pris en compte,
03:59et ça ne l'a jamais été. On a attendu patiemment jusqu'au premier équisitoire en se disant, bon, les
04:05choses ont avancé, ça n'a pas été le cas.
04:07D'où maintenant, un peu notre... Le fait de ne plus se taire, de dire les choses, de... Voilà.
04:14À un moment donné, il faut arrêter de se fermer, de se voiler la face, quoi.
04:18Donc, il y a des choses qui ont été dites, il y a des choses qui ont été faites, on
04:22l'a déjà dit, redit.
04:24Enfin, voilà. Après, ce n'est pas parce que la défense nie ce qui s'est passé que c'est
04:31parce que...
04:31Enfin, voilà. Le procès est fait avant le procès, en gros.
04:34Parce qu'en fait, le procureur ne nous laisse même pas le temps d'amener ce sujet au procès pour
04:39dire de...
04:41Effectivement, de vérifier les dires ou pas.
04:43C'est la question que j'allais vous poser. C'est évidemment à la cour, et ce sera au procès,
04:50de déterminer si la qualification avait lieu d'être retenue ou pas.
04:57C'est là où on est étonné, finalement, qu'il ne laisse pas le cours normal de la justice être
05:02retenu.
05:04D'une certaine façon, parce que si les juges d'instruction laissent entendre qu'il peut y avoir le qualificatif
05:10de crime raciste contre la race blanche,
05:13c'est qu'il y a des éléments pour le dire.
05:15Donc, si ces éléments sont fragiles et on en a connu d'autres lors d'autres procès, ils tomberont au
05:21procès, comme on dit.
05:23Exactement. Et c'est là où on se pose la question de pourquoi nier ce fait-là, pourquoi faire blocage,
05:33alors qu'effectivement, si au procès, finalement, le fait de racisme doit être démonté, il sera démonté.
05:42Si le travail est fait, et puis les juges, c'est eux qui ont mené l'enquête, donc c'est
05:47eux qui ont tous les témoignages,
05:48c'est eux qui ont vu les personnes. Le procureur, personnellement, nous, on ne l'a jamais vu.
05:53En tant que victime, on l'a vu une fois. Donc, en fait, je ne sais pas sur quoi il
05:57se base.
05:58Je suppose qu'il a dû lire le dossier, j'espère.
06:01Évidemment.
06:01Mais on se pose des fois la question de, est-ce qu'il a vraiment lu dans toutes ses lignes
06:09?
06:09Parce que, certes, c'est un gros dossier, je... Voilà.
06:12Il aura probablement, peut-être, l'occasion, en tous les cas, de préciser ses pensées.
06:18Qu'est-ce que disent les victimes du bal de Crépole ?
06:23Parce que vous êtes donc présidente de l'association et vous regroupez l'ensemble des victimes.
06:30Est-ce que tout le monde est à l'unisson ? Est-ce qu'il y a débat chez vous
06:33ou pas ?
06:34Non, il n'y a pas de débat chez nous. On est tous à l'unisson à se dire,
06:37« Maintenant, c'est bien, mais pourquoi le procureur ne retient toujours pas cette qualification ? »
06:43Hier, je vous avoue qu'on a eu des messages dans tous les sens,
06:46à savoir qu'est-ce qu'il fallait faire, s'il fallait mettre la pression.
06:50Non, ce n'est pas le but, mais en fait, on ne sait plus, nous, victimes, on ne sait plus
06:54quoi faire.
06:54Parce qu'en fait, à chaque fois, c'est notre parole qui est mise en doute.
06:58En fait, le procureur, c'est ce qu'il ne se rend pas compte.
07:00C'est qu'à chaque fois, c'est la parole des victimes qui est mise en doute.
07:04Celle des mises en examen n'est jamais mise en doute.
07:07Vous avez le sentiment qu'à chaque fois, on cherche à fragiliser en réalité ce que vous avez à dire
07:10?
07:11Mais complètement. C'est complètement effacé.
07:14Là, vous voyez, les victimes ont dit, on avait une petite victoire en se disant,
07:20« Bon, c'est bon, les juges carrément l'ont reconnu parce qu'eux, ils l'ont vu. »
07:25Il ne faut pas être bête, il faut lire le dossier.
07:26Voilà, c'est marqué en noir sur blanc, ça a été dit, ils ont tué quelqu'un d'ailleurs.
07:32Ils ont tué quelqu'un, ils sont arrivés à leur fin.
07:34Voilà, je veux dire.
07:36Et en contrepartie, on a, ben voilà, oui, effectivement, les mises en examen ont nié le fait qu'eux.
07:44Alors, ils ont nié, donc ils ne l'ont pas dit quoi.
07:47À un moment, pourquoi leur parole à eux serait plus importante que notre parole à nous ?
07:53En fait, il y a deux poids, deux mesures, et c'est vraiment le ressenti qu'on a, nous, en
07:59tant que victime.
07:59Je ne dis pas que c'est le cas, mais c'est quand même le ressenti que nous avons.
08:04Donc, pour se reconstruire, je vous avoue, c'est très compliqué.
08:08Emmanuel, vous en avez discuté, j'imagine, avec la famille de Thomas, de tout cela ?
08:12Qu'est-ce qu'ils vous disent ?
08:12On n'en a pas vraiment discuté, parce que la famille de Thomas, ils sont en plein travail en ce
08:17moment,
08:17et que je pense que, pour eux, c'est très compliqué à chaque fois de se remettre dans cette affaire.
08:23Voilà, c'est la période estivale, une période, normalement, où on se repose un peu, où on oublie.
08:30Je ne sais pas qu'on oublie, mais voilà.
08:32Et là, ça fait depuis le mois de juin, où à chaque fois, tous les mois, on remet ça sur
08:37le tapis.
08:37Et pour eux, c'est très compliqué.
08:39Donc, non, on n'en a pas.
08:41Oui, mais je...
08:43Allez-y, mais...
08:45Non, mais je sais que, pour eux, c'est aussi une bataille, quoi.
08:50De toute façon, ils ne veulent pas fermer les yeux là-dessus, quoi.
08:54C'est une chose...
08:56Oui, on l'imagine, bien sûr.
08:59Quelles sont les prochaines étapes, pour qu'on ait bien tout en tête ?
09:03Est-ce qu'on a la date de l'audiencement du procès ?
09:07Quelles sont les prochaines étapes judiciaires ?
09:09Non, pour le moment, non, on n'en sait pas plus.
09:11Non, ben là, je pense que nos avocats vont faire d'autres observations par rapport à ce réquisitoire,
09:15ce qui est tout à fait logique.
09:17Voilà, ils vont...
09:19De toute façon, nos avocats sont là pour insister sur les faits qu'il est fait, quoi.
09:25Donc, il va y avoir des observations, et puis après, on verra comment ça se passe.
09:30Pour vous, les faits sont incontestables sur cette question de crime raciste anti-blanc.
09:35On a l'impression qu'il y a une retenue, qu'il y a quelque chose de très politique.
09:38Je ne parle pas de vous, de votre positionnement à vous,
09:41mais que dans le pays, il y a une retenue,
09:44et qu'on n'ose pas prononcer ce terme de crime raciste anti-blanc.
09:47Est-ce que vous aussi, vous avez ce sentiment-là ?
09:51Oui, tout à fait, on a ce sentiment-là,
09:53et on l'a vécu depuis trois ans,
09:55à ne pas devoir faire de vagues, comme on nous a dit.
09:59Voilà, donc on a bien compris que c'était un jeu politique,
10:02et qu'il ne faut pas en parler en France,
10:06alors que c'est quand même un problème,
10:08et un problème qui fait des morts.
10:10Donc, en fait, à un moment, il faut arrêter de fermer les yeux,
10:14et puis peut-être faire avancer les choses, oui.
10:16On ne dit pas que tout le monde est raciste,
10:19il y a des racistes de tous les côtés,
10:20voilà, mais tous les racismes doivent être combattus de la même façon,
10:24il n'y a pas un racisme plus important que l'autre.
10:26Et les juges d'instruction, je le rappelle,
10:27ont retenu cette qualification
10:29contre les 14 personnes mises en examen
10:31après deux ans et demi d'enquête.
10:34Auparavant, les suspects étaient seulement, entre guillemets,
10:37poursuivis pour meurtre en bande organisée.
10:40Ça change considérablement les choses,
10:42y compris en termes de peine encourue, on est bien d'accord ?
10:46Oui, oui, après, si la bande organisée
10:49avait été aussi retenue,
10:51là, il y a maintenant concomitance,
10:53donc voilà, ça alourdit aussi les peines,
10:55mais nous, ce qu'on veut, c'est juste que notre parole soit entendue,
10:58et que les faits soient les faits,
11:00et que les gens soient jugés pour les faits.
11:02Et voilà, c'est tout ce qui nous importe,
11:04c'est que la justice soit la même pour tous,
11:06qu'il n'y ait pas de différence.
11:08Et voilà, après, que les peines soient plus lourdes,
11:11effectivement, les peines sont plus lourdes,
11:13mais c'est vraiment de reconnaître la parole des victimes,
11:16en fait, c'est tout ce qu'on demande.
11:17Merci beaucoup, Emmanuelle Place,
11:19organisatrice et, pardon,
11:23présidente de l'association des victimes du bal de Crépole
11:25en 2023, Emmanuelle Place,
11:27et je rappelle donc que, dans un premier temps,
11:30les juges d'instruction avaient,
11:31je cite, expliqué
11:33qu'il y avait des circonstances aggravantes
11:36de racisme et d'appartenance
11:38à la race blanche et à la nation française,
11:39c'est un terme qui n'est donc pas suivi
11:41par le parquet.
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