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  • il y a 18 minutes
D'après Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, 40 000 personnes" subissent déjà "des coupures d'eau au robinet" à cause de la sécheresse. A Figeac, dans le Lot, on continue de pomper le Célé, la rivière qui traverse la ville, pour obtenir de l'eau. Mais la situation est préoccupante et l'édile pourrait prochainement solliciter des citernes pour se faire approvisionner depuis l'extérieur. Charlène Descollonges, ingénieure hydrologue, et Philippe Landrein, maire de Figeac, sont les invités de Stéphane Boudsocq dans RTL Matin.
Regardez L'invité de RTL Matin avec Stéphane Boudsocq du 17 août 2026.

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Transcription
00:00RTL Matin, Stéphane Gutzok.
00:03Il est 8h17, c'est la fin annoncée de cet énième épisode de canicule avec une baisse des températures et
00:09le retour annoncé de la pluie.
00:10Les nouvelles sont donc meilleures et pourtant ça ne va pas forcément s'arranger tout de suite, loin de là,
00:16sur le front de la sécheresse.
00:17La quasi-totalité des départements de métropole sont soumis à des arrêtés de restrictions d'eau.
00:23On ne peut plus y arroser son jardin ou laver sa voiture.
00:25Et c'est encore pire par endroits parce que c'est l'eau potable qui menace de manquer.
00:31Pour en parler avec nous ce matin sur RTL, deux invités.
00:35Tout d'abord, Charlène Descolonges, bonjour à vous.
00:38Bonjour.
00:38Vous êtes ingénieure hydrologue, spécialiste de la gestion des ressources en eau.
00:43En direct aussi, Philippe Landrin, bonjour.
00:47Bonjour.
00:48Vous êtes le maire de la commune de Figeac, sous préfecture du Lot.
00:51Je vais commencer par vous parce que chez vous la situation devient critique.
00:55Vous avez appelé les habitants à ne plus utiliser l'eau que pour un usage essentiel.
01:01Ça veut dire quoi, concrètement ?
01:03Ça veut dire qu'effectivement, notre situation est une situation de crise absolue.
01:07C'est-à-dire que pour l'instant, nous nous arrivons encore à pomper dans la rivière.
01:11C'est notre seule source d'approvisionnement, la rivière Le Cellé.
01:15Et que celui-ci est bien évidemment tout proche d'une situation de crise absolue
01:22et qui ne nous permettrait plus de pomper.
01:23Donc, on commence effectivement depuis plus d'un mois et demi maintenant.
01:27On a demandé aux gens de réduire un certain nombre de consommations.
01:31On était parmi les premiers à prendre malheureusement ce type de décision.
01:35Alors, il y a une illustration très concrète.
01:37C'est que dans les jours qui viennent, je crois, vous allez vous approvisionner à l'extérieur de la commune.
01:41C'est-à-dire que ce sont des camions-citernes qui vont amener de l'eau,
01:45ou qui amènent d'ailleurs peut-être de l'eau, vous allez nous le dire à Fijac.
01:47Ça coûte cher et j'imagine que ça ne couvre pas les besoins de vos 10 000 habitants.
01:52Alors, clairement, on n'est pas encore dans la phase de citernage.
01:56On a eu un orage qui a permis de limiter, en tout cas de permettre de continuer à pomper pour
02:02l'instant.
02:03Mais effectivement, si on était obligé de passer par du citernage,
02:06on serait obligé de réduire très très fortement les consommations.
02:08parce que le citernage, c'est 30 mètres cubes dans un camion
02:12et il nous en faut à peu près 2 000 à 2 500 par jour.
02:15Donc, vous comprenez bien que techniquement, on est en incapacité de fournir 2 500 d'eau de citernage.
02:20On a nos voisins de Decazeville, d'autres communes aux alentours qui nous aident,
02:26qui sont prêts à nous aider.
02:28Mais de toute façon, on sera limité par la partie technique de pompage dans les camions pour alimenter les réseaux.
02:34Charlène Descollanges, vous aussi, vous êtes en direct avec nous ce matin, ingénieur hydrologue.
02:38On en parle depuis ce matin 6 heures avec Marina Giraudeau.
02:42La pluie va revenir dans les jours qui viennent.
02:45Combien de temps va-t-il falloir attendre pour que le niveau des nappes phréatiques, par exemple,
02:50ou des cours d'eau redeviennent acceptables ?
02:53Alors, évidemment, c'est très dépendant des conditions géologiques, hydrologiques.
03:01Avec le type de sol en fonction du type de nappe, on n'aura pas les mêmes remplissages.
03:07Et de toute manière, on peut imaginer que la crise sécheresse va s'étaler jusqu'à la fin du mois
03:14minimum.
03:15Et on sait que les étiages, donc les périodes de base d'eau, elles, se terminent en septembre.
03:21Donc, même si on a quelques orages, ça pourra imbiber un peu la végétation, les sols,
03:26mais pas de quoi recharger de manière notable les aquifères.
03:32Avec, en plus, j'imagine, le risque que ces orages se déversent sur des sols qui sont rendus extrêmement durs
03:38par la sécheresse,
03:38avec, donc, de potentiels autres dégâts, finalement.
03:42Oui, on peut avoir des risques de ruissellement, érosion des sols.
03:48Alors, à ce stade, même si les orages peuvent être violents, il n'y a pas de risque d'inondations,
03:54à part dans les villes, qui sont des zones très imperméabilisées,
03:58où on peut avoir des inondations par pluie d'orage,
04:01des débordements aussi, des réseaux d'assainissement qui peuvent polluer les rivières.
04:07Donc, on peut avoir d'autres problématiques dès lors qu'on a des orages, effectivement.
04:12De toute façon, on sait qu'avec le changement climatique,
04:15ces épisodes vont se répéter, s'intensifier, autant sur les sécheresses que les fortes pluies.
04:21Donc, on a besoin de voir au-delà, si je puis dire, de la crise,
04:26apprendre de ce qui nous a manqué, finalement.
04:29Pourquoi est-ce qu'on en est arrivé là ?
04:31Et comment est-ce qu'on peut s'adapter dans les années à venir ?
04:34Parce que ces événements vont, de toute façon, se reproduire.
04:39Justement, Philippe Landrin, vous êtes, je le rappelle, le maire de Fijac,
04:43dans le Lot où la situation est vraiment critique, vous nous le disiez il y a quelques instants.
04:46Vous avez été élu en mars dernier.
04:48Est-ce que cette sécheresse historique, et puis celle qui s'annonce sans doute,
04:53est-ce que tout ça, ça bouscule votre programme, vos engagements auprès de vos administrés ?
04:58Clairement, est-ce que ça devient la priorité, ou en tous les cas, une priorité ?
05:02Alors, j'étais, moi, élu minoritaire dans la mandature précédente,
05:06donc le sujet de l'eau était déjà un sujet qui avait fait l'objet de beaucoup de discussions et
05:10de débats,
05:11mais finalement, on était tous assez d'accord pour dire que cette problématique était forte.
05:16Là, on a eu une très forte accélération de la problématique,
05:20et on mesure complètement l'intérêt de l'interconnexion,
05:24parce que nous, en fait, on n'a pas d'interconnexion.
05:26Notre seule ressource d'eau pour 80% de la population est la rivière.
05:30Donc déjà, sécuriser l'eau, l'arrivée d'eau, par une interconnection au lot,
05:37mais aussi, bah oui, effectivement, il va falloir prévenir aussi,
05:41et on va commencer à le faire, que tout ça va coûter très cher.
05:44On parle d'un budget entre 6 et 10 millions d'euros pour aller s'interconnecter au lot,
05:50qui sécuriserait d'une certaine façon notre approvisionnement.
05:52Donc effectivement, il va falloir qu'on prévienne la population,
05:56mais tout ça ne se fera pas l'année prochaine, il y a 4 à 5 ans au moins de
06:00délai,
06:00et il va falloir effectivement qu'on apprenne à vivre avec un niveau d'eau l'été qui sera très
06:06faible,
06:07et sans doute aussi un travail à faire avec nos amis agriculteurs,
06:10avec nos amis industriels, pour travailler sur des process
06:14qui font que nous consommons aussi moins d'eau collectivement.
06:18C'est un message qui est facile à faire passer à vos administrés,
06:21c'est-à-dire leur annoncer, au-delà de la situation terrible, là en ce moment chez vous,
06:25qu'il va falloir continuer à faire des efforts ?
06:28Non, c'est compliqué, puis c'est assez difficile,
06:30parce qu'en réalité, tant que l'eau coule au robinet,
06:34les gens ont du mal à comprendre qu'il faut faire des économies,
06:39et finalement, il n'y aurait que ce que certains appellent des coupures pédagogiques,
06:45pour faire comprendre, mais on ne peut pas le faire, c'est trop compliqué, trop dangereux,
06:49pour le matériel et aussi pour les systèmes,
06:52donc on ne s'aventurera pas à ce genre de choses,
06:54donc on continue à faire de la pédagogie,
06:57cette pédagogie est nécessaire,
06:58de toute façon, je vous parlais d'interconnexion avec le lot,
07:01le lot, s'il n'y avait pas de lâcher de barrage,
07:03il serait dans la même situation que le scellé aujourd'hui,
07:05et donc s'il n'y a plus d'eau, il n'y aura plus d'eau.
07:08Charlène Descolonges, vous qui êtes ingénieur hydrologue spécialisé dans la gestion de l'eau,
07:13vous nous le disiez, il va falloir changer de comportement,
07:15faire de la prévention, réfléchir à l'avenir,
07:18mais ça ce sont des engagements, il faut le faire évidemment,
07:21mais très concrètement, là, si vous aviez une mesure
07:25qui puisse être appliquée partout en France,
07:27puisque la quasi-totalité du pays est concernée,
07:29ce serait laquelle ? C'est quoi la priorité des priorités ?
07:33Vous savez, dans le plan eau de 2023,
07:37le plan qui a été annoncé après la sécheresse de 2022,
07:40qui a été battu cette année,
07:43et bien dans le plan eau, il n'y avait aucune mesure,
07:46strictement aucune mesure, sur les usages agricoles.
07:49Or, les usages agricoles concentrent 80% des besoins en eau en été.
07:54Donc, si on avait quelque chose à faire en priorité,
07:58ce serait de s'intéresser à comment accompagner l'agriculture,
08:04les modèles agricoles, de sorte à consommer moins d'eau en été.
08:08Et donc, on parle du stockage,
08:10mais il va falloir prendre conscience qu'on ne va pas pouvoir stocker partout,
08:14et il va falloir donc repenser la gestion de l'eau dans notre modèle agricole.
08:19On a parlé aussi, M. le maire a parlé des usages industriels,
08:22qui sont aussi des forts consommateurs en eau dans certaines périodes.
08:26Donc, tout le monde est concerné.
08:29Il ne peut pas y avoir de régime de dérogation sur un certain type d'usage,
08:33d'autant plus sur celui qui consomme le plus d'eau.
08:36Donc, les modèles agricoles, ils sont assez simples.
08:39Si on avait une mesure à faire, ce serait de développer l'agroécologie partout.
08:42Plus on a des sols riches en matières organiques,
08:46plus ils sont capables de stocker de l'eau.
08:48On a aussi plein d'autres mesures à mettre en place,
08:51restaurer les zones humides,
08:52tout ce qui permet à l'eau d'être ralentie, d'être stockée naturellement.
08:55Mais ça, ça demande un courage politique.
08:57Et vaste chantier, en effet.
08:59Charlène Descolonges, ingénieure.
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