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  • il y a 8 heures
Dis-moi ce tu manges, je te dirais pour qui tu votes ! Des petits pois de Charles de Gaulle au cordon bleu d'Emmanuel Macron en passant par les crevettes de Nicolas Sarkozy, ce grand documentaire décortique les gamelles présidentielles. Depuis le début de la Vème République, la politique en France se joue aussi au restaurant. L'art de la politique et de la diplomatie se pratique devant une blanquette de veau fumante ou entre la poire et le fromage. De grandes décisions politiques, des accords syndicaux, des traités de paix et même des alliances de partis ont été décidés sur le coin d'une nappe blanche dans des restaurants ou dans des hauts lieux de pouvoir. Entre les images d'archives et les grands témoins, les Tables du Pouvoir fait la démonstration que l'art de gouverner et la gastronomie font souvent Très Très bon ménage.
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Transcription
00:00:00En France, on n'a pas de pétrole, mais on a de l'appétit.
00:00:06L'art de la table, ça fait partie du pacte républicain, liberté, égalité, bonne bouffe.
00:00:13Je connais peu d'hommes politiques qui aient des appétits d'oiseaux.
00:00:15Je n'ai pas d'expérience de repas passé avec des hommes ou des femmes politiques qui mangent peu.
00:00:20Ni des femmes, ni des hommes.
00:00:21La France est une république dont les cuisines font office de chancellerie
00:00:25et les menus de l'Elysée sont parfois plus fournis que les comptes rendus de l'Assemblée.
00:00:32Pour régner sur le royaume des fromages, il faut avoir l'estomac bien accroché et maîtriser le mijoté.
00:00:38Plus que jamais, la table est un art premier et l'agroalimentaire, une poule aux os d'or.
00:00:47Il y a un rapport personnel à la chose qui marque un style.
00:00:51En France, il y a un lien spécifique, une identité régalienne autour de la table
00:00:58et qui remonte à l'Ancien Régime et à ce qu'on appelle la monarchie républicaine.
00:01:03Le chef de l'État est très lié à sa manière aussi de vivre et de manger.
00:01:10Que ce soit le monarque soit Chirac et qu'il aime la Boustifaille,
00:01:13que ce soit Sarkozy qui aime les chocolats ou Mitterrand qui aimait le thé à l'hibiscus.
00:01:20Je crois qu'un homme politique qui exprime son appétit, il est toujours plus sympathique.
00:01:24Parce que justement, on se dit, cet homme qui a du pouvoir est capable de jouir de la vie,
00:01:30est capable de se lâcher, est capable de savourer les plats.
00:01:33Et donc, il y a l'idée aussi qu'il a du goût.
00:01:36Alors, est-ce que je pourrais voter pour quelqu'un qui est amateur de bonne bouffe ?
00:01:41Oui, un peu.
00:01:43Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es.
00:01:46Chez les chefs d'État, cet aphorisme de Bria Savarin donnerait plutôt
00:01:50Dis-moi ce que tu manges, je te dirai comment tu gouvernes.
00:01:54En 70 ans, l'histoire de la 5e République s'est aussi jouée à table.
00:01:59En décortiquant l'assiette des présidents, on comprend mieux leur manière de gouverner.
00:02:03Que nous dit leur régime alimentaire de leur régime politique ?
00:02:09Voici pour la première fois déclassifiées les recettes qui ont permis à 8 hommes et 8 hommes seulement
00:02:15d'avoir leur ronde serviette à l'Elysée.
00:02:55Oh, magnifique !
00:02:57Ah, alors voilà !
00:02:58C'est superbe !
00:02:59Alors le chef nous a préparé une recette emblématique de la gastronomie française.
00:03:08Merci, c'est magnifique !
00:03:09Je pense, chef, que cette langouste en Bellevue a été servie de nombreuses fois sur les tables de l'Elysée.
00:03:16Je crois que vous en avez une illustration parfaite.
00:03:18Le travail a été de faire une espèce de chimère entre le homard et la langouste
00:03:22et de s'imaginer que la langouste vient d'être pêchée mais elle est encore dans les fonds marins.
00:03:26Donc là, les pinces ont été décortiquées et les médaillons ont été légèrement givlifiés
00:03:32avec un bouillon réduit de tête de langouste et de homard.
00:03:43C'est vraiment exceptionnel, digne des plus grandes tables du monde.
00:03:48C'est somptueux.
00:03:49Et puis alors, il y a cette mayonnaise au corail qui est assez relevée, qui est vraiment majestueuse.
00:03:55C'est un vrai bonheur.
00:03:58Il y a un message très politique à travers la nourriture.
00:04:03Dis-moi ce que tu manges, je te dirai comment tu gouvernes.
00:04:06Chirac avait l'habitude de dire, j'étais à la table, il pouvait décider seul.
00:04:10Il pouvait décider seul de ce qu'il allait manger.
00:04:13C'est le seul moment où je décide seul.
00:04:15Dans l'alimentation, tout est symbole.
00:04:17Au-delà de l'aspect strictement nutritif et alimentaire, tout est symbole.
00:04:21Parmi les menus officiels où on trouve la langouste Bellevue, il y a un des derniers repas du président Félix
00:04:27Faure
00:04:27qui n'est fait que de plats aphrodisiaques et les crustacés le sont.
00:04:30Il va en mourir.
00:04:31Donc merci de nous faire revenir quelques décennies en arrière pour goûter cette gastronomie.
00:04:36J'espère qu'elle ne nous sera pas fatale.
00:04:39Le président Félix Faure, qu'on a surnommé pour se moquer de lui le président Soleil,
00:04:43parce qu'il voulait en imposer autant que le roi Soleil au XVIIe siècle,
00:04:47il a voulu qu'à l'Élysée, les chefs d'État, les monarques étrangers soient très bien reçus, très bien
00:04:53traités
00:04:54et voient que la France, qui avait été en plus vaincue, humiliée en 1870-1871,
00:05:00s'était relevée, était redevenue une grande puissance.
00:05:04S'inscrivant dans cette glorieuse tradition,
00:05:06nos présidents se servent de la diplomatie de la bonne chair
00:05:09pour que la France garde son siège à la table des grands.
00:05:15De Gaulle a attaché déjà une grande importance à la représentation de la France
00:05:20à travers la table de l'Élysée.
00:05:22La gastronomie, les plats, c'est la marque de l'attention
00:05:28que vous portez à votre hôte étranger.
00:05:31Mais c'est aussi le moment où vous allez, entre guillemets, vendre la France.
00:05:41On voit bien dans le rapport qu'était celui du général de Gaulle avec John Fitzgerald Kennedy
00:05:47quand il est venu en France à l'Élysée,
00:05:49il y avait quelque chose, une sorte d'esbrouf, en tout cas, de réputation de la France
00:05:54qu'on était en train d'étaler auprès de celui qui était l'homme le plus puissant du monde
00:05:59mais qui n'avait pas derrière lui toute cette culture, ce raffinement
00:06:04qu'on retrouvait aussi, par exemple, dans la haute couture.
00:06:06Il y avait quelque chose là qui montrait à quel point la France, politiquement,
00:06:12se positionnait grâce à son art de la table.
00:06:16La France n'est la France que dans la grandeur, disait le général.
00:06:19Et dans la cuisine au beurre, ajouterait Bourville.
00:06:25Quoi qu'il en dise, de Gaulle n'aime pas que la France.
00:06:28Il a aussi de petits péchés mignons, comme les petits pois.
00:06:37En 1958, c'est en militaire et héros de la résistance
00:06:40que de Gaulle devient le premier président de la Vème République.
00:06:44Ses habitudes culinaires en sont le symbole même.
00:06:48S'il s'installe à l'Élysée, ce n'est pas pour boire le thé,
00:06:51mais pour imposer à la France un régime plutôt roboratif.
00:06:55C'était un militaire qui est attaché aux plats de résistance,
00:06:59puisque ça a été le chef de la résistance,
00:07:01mais également les plats de résistance étant des plats généralement copieux,
00:07:04à base de viande, de légumes et de pommes de terre,
00:07:07et qui permettent de tenir longtemps sur le terrain
00:07:09face aux éventuelles aléas de la vie, face à l'adversité.
00:07:13De Gaulle, il a une relation de militaire à la table.
00:07:16C'est l'intendance.
00:07:17L'intendance suivra, c'est ce qu'on dit dans l'armée.
00:07:20Son sujet, c'était que le repas commence à 13h10
00:07:22et qu'il soit terminé à 13h55.
00:07:29Le général n'aimait pas qu'on lui impose de manger du poisson le vendredi.
00:07:33Le général considérait qu'un militaire, ça mange de la viande,
00:07:37parce que c'est ça qui donne de la force.
00:07:39Il y a évidemment l'idée d'une société un peu patriarcale
00:07:43qui pousse à manger de la viande pour être fort,
00:07:46pour prendre de la place, pour aller au combat.
00:07:48Il pensait à ce coup de téléphone qu'il avait donné le matin même
00:07:51au boucher de Colombes.
00:07:56Ce matin, j'ai préparé une tête de veau pour le général de Gaulle.
00:08:00Il aime bien la tête de veau, tu crois ?
00:08:01Oui, il aime bien la tête de veau.
00:08:03Et puis surtout, le samedi soir, quand il arrive,
00:08:05il nous fait réserver une queue de bœuf.
00:08:07Aussi pour faire le pot-au-feu en anglaise, pour le dimanche.
00:08:16Le général, le souvenir que j'ai, moi, c'est que le général aimait la soupe.
00:08:21Et que quand vous avez 14, 15, 16 ans, 17 ans, vous n'aimez pas la soupe.
00:08:26Et que j'ai un souvenir d'un repas où le général se tourne vers Madame de Gaulle et dit
00:08:32« Je crois que ces enfants veulent un peu plus de soupe. »
00:08:37Et je sens le regard de mes parents, il faut dire oui.
00:08:40Et mes frères et moi, oui, mon général.
00:08:43Et on a eu une deuxième assiette de soupe.
00:08:45Autour du général de Gaulle, on pouvait servir des petits pois en conserve.
00:08:52Il aimait effectivement les petits pois.
00:08:53Il envoyait tant Yvonne, donc la femme du général,
00:08:57il envoyait chercher sa boîte de conserve de petits pois favorites
00:09:00chez un épicier de la Rue Rambuteau, me semble-t-il.
00:09:04Parce que c'est là qu'on trouvait les meilleurs petits pois de Paris.
00:09:06Les petits pois, je peux totalement comprendre.
00:09:08Parce que moi, je peux me faire une ventrée de petits pois à 4h du matin.
00:09:11Parce qu'il y a un petit côté, un plaisir gourmand, un peu sucré.
00:09:14Des bons petits pois, évidemment.
00:09:16Il y avait peut-être aussi derrière ça une idée de ne pas dépenser d'argent pour ça.
00:09:20Mais bon, quand même, pour recevoir les gens.
00:09:22Il fallait quand même changer un petit peu de façon de faire.
00:09:26En 1968, c'est le Cantalou Georges Pompidou, longtemps Premier ministre,
00:09:30qui succède à Charles de Gaulle et prend la tête des cuisines de l'Elysée.
00:09:38Comme le général, Pompidou aime beaucoup André Malraux.
00:09:41Enfin, moins pour sa littérature que pour le pigeon farci au foie gras qui porte son nom.
00:09:48Pompidou s'attribue les services d'un grand chef et agrémente les réserves de l'Elysée de quelques mets variés.
00:09:57Pompidou arrive avec toute la faconde du limousin, de l'envie de bien manger, des plats en sauce, des plats
00:10:04canailles.
00:10:05Pompidou était un mangeur aussi.
00:10:07Il adorait la cuisine rustique, le pote au feu à la royale le dimanche.
00:10:13C'était vraiment quelqu'un qui appréciait la cuisine du terroir.
00:10:18Avec retenue et modération, comme le général de Gaulle.
00:10:22Après le vin du Rhin et la bière de Munich, il goûtera les fromages de Hollande.
00:10:28Avec bonhomie, comme Georges Pompidou.
00:10:31On a deux styles totalement différents.
00:10:33Il y a un côté plus moderne chez Pompidou, un côté plus traditionnel chez de Gaulle.
00:10:38Pompidou aime bien les grands restaurants, etc.
00:10:41Pompidou était très attaché à la qualité culinaire de la France à travers de grands vins.
00:10:46Les Bourgognes, les Médocs, etc.
00:10:48Les vins du Val-de-Loire aussi.
00:10:49A l'époque où de Gaulle est président, les appartements privés du général sont d'un côté, les cuisines sont
00:10:54de l'autre.
00:10:55Il faut traverser tout l'Elysée par un couloir souterrain pour amener les plats qui arrivent froid à la table
00:11:01du général.
00:11:01C'était préparé dans la grande cuisine et les cuisines d'époque se dépêchaient d'emmener ça aux appartements au
00:11:07fond et ça arrivait pas toujours très chaud.
00:11:10Et donc la première chose que fait Pompidou, il a deux premières choses.
00:11:13Il refait les cuisines et c'est lui qui a modernisé la cuisine de l'Elysée.
00:11:16Et il refait la salle à manger et enfin les plats arrivent chauds sur la table du président.
00:11:22C'est une petite révolution.
00:11:23Pompidou qui est un bon mangeur, un bouffeur, qui est un auvergnat et qui montre ce côté auvergnat et bon
00:11:29vivant.
00:11:30On mangeait encore, je dirais, à la fois qualitatif et quantitatif.
00:11:35Pompidou, qui effectivement, lui était le patron des transgloriens sur eux.
00:11:40C'est les années qu'il redécouvre le bien manger, c'est-à-dire en l'occurrence le beaucoup manger.
00:11:47Manger à sa faim.
00:11:48Là, il y a encore une sorte de naïveté.
00:11:51C'est bon et tout le monde est content de voir quelqu'un qui se régale.
00:11:53On se retrouvait toujours dans des déjeuners incroyables.
00:11:56Et on lui disait, mais comment vous faites, monsieur le président, avec tous les déjeuners ?
00:11:59Et il répondait, écoutez, c'est simple, je ne mange que quand c'est bon.
00:12:05Puis il s'arrêtait, il avait un silence.
00:12:06Le problème, c'est que c'est souvent bon quand même.
00:12:13Au beau milieu des Trente Glorieuses, se faire plaisir est un droit presque constitutionnel pour celui qu'on appelle pompon.
00:12:20Arrêtez d'emmerder les Français, disait-il, en montrant l'exemple avec un sacré coup de fourchette.
00:12:37Bon vivant, le président Pompidou a lui aussi un péché mignon.
00:12:41Les soirées champagne.
00:12:43Pompidou était attaché au Garden Party à l'Elysée.
00:12:46Il recevait beaucoup.
00:12:47Il aimait être entouré de gens de haute qualité qui étaient en vue dans la société française.
00:12:52Que ce soit des personnalités du cinéma, également de la chanson.
00:12:57Ce qui a entraîné certaines frictions d'ailleurs à ce niveau-là.
00:13:00De Gaulle n'aimait pas beaucoup trop le côté mondain, je dirais, un peu matuvu qui pouvait exister chez Pompidou.
00:13:07Du fait que Pompidou était un homme qui avait été plutôt discret dans une partie de sa vie.
00:13:12Et d'un seul coup, il s'est retrouvé au premier plan, donc ébloui, je dirais, par le monde qu
00:13:16'il côtoyait.
00:13:17C'est son rival, l'aristocratique Valéry Giscard d'Estaing, qui lui succédera.
00:13:22Les deux hommes incarnent deux visions de la gastronomie politique.
00:13:26De Gaulle s'était d'ailleurs amusé à les rassembler à table dix ans plus tôt dans la brasserie Lippe.
00:13:36C'est un peu un théâtre, Lippe.
00:13:38Et tous les jours, on remplit notre salle avec des artistes, dans tous les sens du terme.
00:13:44Et c'est assez incroyable de pouvoir côtoyer, je vous le disais, de Bill Clinton à François Mitterrand,
00:13:50mais en passant par les plus belles actrices, par les plus beaux acteurs de cinéma.
00:13:59Il y a cette anecdote célèbre, mais qui est véridique, au sujet de la mésentente de M. Pompidou et de
00:14:06M. Giscard d'Estaing
00:14:06lorsqu'ils étaient ministres sous le général de Gaulle.
00:14:10Le général de Gaulle, on a entendu parler d'une forme de concurrence ou de petite tension qui existait entre
00:14:16Georges Pompidou et mon père.
00:14:18Et il dit à son premier ministre « Montrez que vous avez des bonnes relations ».
00:14:23Et Georges Pompidou organise ce dîner à la brasserie Lippe, où généralement, les repas se faisaient de façon relativement confidentielle.
00:14:30Et là, comme par hasard, il y a un photographe qui passe pendant le dîner,
00:14:34qui prend une photo qui est publiée dans Paris Match et dans François à l'époque.
00:14:37Et donc, Georges Pompidou envoie cette photo à mon père, avec, au dos, le texte suivant.
00:14:46À Valéry Giscard d'Estaing, en souvenir d'un dîner dont la cordialité n'a pu surprendre que, entre guillemets,
00:14:53les autres.
00:14:59À la mort de Pompidou en 1974, Valéry Giscard d'Estaing s'empare du fauteuil élyséen.
00:15:04C'est, dans la gastronomie du moins, une véritable révolution qui attend les Français.
00:15:09La présidence de Giscard est marquée par la naissance de la nouvelle cuisine,
00:15:13avec un grand plat signé Paul Bocuse à base de truffes.
00:15:17On l'appelle, en toute simplicité, la soupe VGE.
00:15:21Giscard arrive avec sa modernité.
00:15:24Et donc, Giscard rompt avec les plats en sauce.
00:15:26Pourquoi ? Parce que c'est vieille France, pour lui.
00:15:28Et donc, il va épurer la cuisine et il va l'emmener vers la gastronomie.
00:15:34Là où Pompidou est vers la France canaille, vers la France terrienne,
00:15:40Giscard va vers la gastronomie, voire la haute gastronomie.
00:15:43Il y a un déjeuner très célèbre, qui est le déjeuner dans lequel on remet la légion d'honneur à
00:15:48Paul Bocuse,
00:15:49dans lequel tous les plus grands représentants de cette nouvelle cuisine se retrouvent autour,
00:15:53certains font la cuisine, d'autres mangent.
00:15:55Il fait appel, pour la première fois, à des chefs extérieurs à celui de l'Élysée, pour les mettre en
00:16:01valeur.
00:16:02C'est la fameuse soupe Bocuse.
00:16:05Alors, qu'est-ce qu'il faut ? Il faut des truffes, du foie gras, une matignon de légumes, du
00:16:10mec de bœuf, un consommé de bœuf double et du feuilletage.
00:16:14Alors voilà.
00:16:18C'est mis dans un petit bol en tête de lion, on appelle ça, avec une pâte feuilletée.
00:16:23Quand ça a été servi au président, le président, il dit, mais on mange ça comment ?
00:16:30Et Paul Bocuse dit, et c'est très simple, monsieur le président, on casse la croûte.
00:16:35Quand le président a vu ça devant lui, c'était la première fois qu'il voyait ça, il me dit,
00:16:39monsieur, comment ça se mange ?
00:16:41Et à le président, je lui ai dit, on casse la croûte.
00:16:43Voilà.
00:16:45Moi, j'étais jeune à l'époque, mais c'était prestigieux.
00:16:47Moi, j'étais le commis de Paul Bocuse, quand même, c'était pas rien, quoi.
00:16:50Donc, j'avais été chercher, je me rappelle, le poisson dans son coffre de voiture.
00:16:54Je ne connaissais pas la soupe aux truffes.
00:16:55Et c'est vrai que c'était quand même une belle invention, parce que tout ce qui est intérieur, c
00:16:59'est très bon.
00:16:59Et puis, la présentation, pour des formats de jusqu'à 25 couverts, 30 couverts, on a resservi la soupe aux
00:17:05truffes VGE.
00:17:06Oui, oui, tout à fait.
00:17:06On a participé à l'évolution de la société, on s'est un petit peu calqué à ce qui se
00:17:11faisait à l'extérieur.
00:17:12Si la soupe Bocuse reste confinée à la cuisine d'élite, un plat offert à Valéry Giscard d'Estaing par
00:17:18un autre chef 3 étoiles entrera dans les mœurs.
00:17:23Un des invités de cette cérémonie, c'est un des frères 3 gros qui vient et qui emmène son plat
00:17:28emblématique,
00:17:29plat emblématique de la nouvelle cuisine, parce que simple, parce que le produit est mis en valeur
00:17:33et qui vient déposer dans la scène du président son plat emblématique d'une époque qui est le saumon à
00:17:39l'oseille.
00:17:39Je vais vous préparer le saumon à l'oseille, grande spécialité de la maison.
00:17:43Alors, pour préparer cette recette, il vous suffit d'un beau saumon.
00:17:46J'ai ici une sauce faite à base de traduction d'échalotes, vin blanc, fumée de loissons,
00:17:52dans laquelle je vais jeter une poignée d'oseille, que voici.
00:17:59Et à votre bonne santé.
00:18:01La nouvelle cuisine, au fond, c'est l'expression par la cuisine, par l'assiette,
00:18:06du changement fondamental de la France qui quitte, on va dire, ses traditions
00:18:10et qui vient et qui devient une France urbaine.
00:18:12Donc, c'est une cuisine urbaine, moderne, ouverte sur son temps.
00:18:16C'est la cuisine de l'homme moderne, la cuisine, la nouvelle cuisine.
00:18:28Bonjour.
00:18:29C'est bon monsieur, j'ai regardé le cadre.
00:18:31Merci monsieur. Au revoir.
00:18:39Les oeufs brouillés aux truffes étaient, je crois, son plat favori.
00:18:43C'est très nourrissant.
00:18:44Rien que ça, c'est oeufs brouillés aux truffes, c'est...
00:18:51J'aurais dû ne pas déjeuner, en fait.
00:18:53C'est ça l'astuce.
00:19:02Valéry Giscard d'Estaing avait toujours une habitude de déjeuner,
00:19:05souvent seul, entre le travail du matin et de l'après-midi.
00:19:08Et donc là, on arrivait dans des choses toujours, les fameuses oeufs brouillés.
00:19:12C'est vrai qu'on en a servi énormément.
00:19:15Ce que l'on retient du plus fin gourmet de la 5e,
00:19:17c'est une vision d'ingénieur et un régime minceur.
00:19:21Alors, un passage à grande vitesse du bien confit au juste saisie.
00:19:25La modernité, ça s'est appliqué sur la cuisine, quand même,
00:19:29puisque la modernité, mon père la met en oeuvre
00:19:31à travers, effectivement, une évolution sur les choix qui sont plus diététiques,
00:19:36donc moins riches en calories, donc moins de sauce, du poisson, des viandes grillées.
00:19:42Ça, c'était effectivement une façon de faire évoluer, finalement, la cuisine
00:19:46pour accompagner l'idée qu'on n'était pas destiné à rester à table 3 heures.
00:19:52Dans l'assiette, on va être sur le poisson cuit rose à l'arête,
00:19:56la nouille al dente, le haricot vert pareil, le magret saignant, etc.
00:20:02Donc, des temps de cuisson raccourcis.
00:20:04On a avec Giscard l'émergence de la technocratie dans la société française,
00:20:08avec des valeurs qui sont mises en avant de la technocratie,
00:20:11qui sont la vitesse, la légèreté.
00:20:13Et n'oublions pas que c'est lui qui décide le TGV,
00:20:15c'est lui qui va faire beaucoup d'autoroutes,
00:20:19donc la vitesse comme signe du pouvoir.
00:20:21On disait que pour certains dîners,
00:20:24il exigeait que personne ne soit en face de lui,
00:20:26pour bien montrer ce qu'était la prééminence présidentielle.
00:20:31Et par ailleurs, dans ce qui était très important pour sa communication,
00:20:37quelqu'un qui voulait se rapprocher des Français,
00:20:39on sait comment il se faisait inviter très régulièrement par des Français moyens.
00:20:46Mais VGE n'est pas qu'un docteur S-Gastronomie.
00:20:50Anticipant la télé-réalité,
00:20:52il se plaît à venir déguster à domicile la cuisine encore très traditionnelle de nos terroirs.
00:20:58Il est invité par ce qu'on pouvait appeler les Français moyens,
00:21:02enfin des personnes qui lançaient des invitations pour recevoir chez eux le président de la République.
00:21:06Là, c'était dans la salle à manger,
00:21:08où en général il y avait la télé qui était dans le coin de la salle,
00:21:12et en général ils étaient un peu serrés,
00:21:15et c'était un repas familial qui était servi par la maîtresse de maison,
00:21:19qui évidemment mettait les petits plats dans les grands.
00:21:23Alors sur le menu, parfois, après c'est des questions de goût.
00:21:26Mon père n'était pas un grand adepte des plats en sauce,
00:21:30de viande et de plats en sauce,
00:21:32ce n'était pas trop son mode favori de cuisine.
00:21:34Je pense qu'il y avait une dimension de vraie curiosité des Français
00:21:39de pouvoir échanger directement avec le président de la République
00:21:42et lui poser des questions un peu plus personnelles sur son mode de vie.
00:21:49Alors qu'est-ce que mon père a mal digéré dans sa vie ?
00:21:535, 4, 3, 2, 1...
00:21:58François Mitterrand est élu président de la République.
00:22:01Mitterrand !
00:22:02Vous n'avez pas le monopole du coeur,
00:22:05dit Giscard à Mitterrand lors de la campagne en 1974.
00:22:08Vous n'avez pas celui du palais,
00:22:10et dans les deux sens du terme,
00:22:12aurait pu répondre le premier président socialiste,
00:22:147 ans plus tard,
00:22:16après sa victoire du 10 mai 1981.
00:22:21Les mandats de François Mitterrand sont jalonnés de scandales culinaires.
00:22:25Les orgies de caviar,
00:22:26la messe noire des ortolans
00:22:27et ce fameux soufflet à l'absinthe qui porte son nom
00:22:30et qui lui fut servi alors que la fée verte était encore interdite.
00:22:35Dans la première partie de sa vie politique jusqu'en 1981,
00:22:40François Mitterrand n'est pas connu pour être un gastronome extraordinaire.
00:22:46Il habite l'hôtel à Château-Chinon,
00:22:49ce n'est pas un trois étoiles Michelin.
00:22:50Mitterrand était à Château-Chinon,
00:22:51j'ai passé la soirée du 10 mai 1981 avec lui.
00:22:54Je crois me souvenir qu'on avait mangé un petit bout avant de repartir,
00:22:57mais Mitterrand est resté à Château-Chinon tard.
00:22:59Donc nous, tout ce qui était parisien,
00:23:01Mitterrand et son premier cercle,
00:23:03on n'a rien vécu de la Bastille, de l'orage à la Bastille,
00:23:05des restaurants boffingés ou autres.
00:23:07On est arrivé à Paris à une heure du matin au siège du Parti Socialiste
00:23:10où il y avait encore un monde fou de Russell Ferrino
00:23:13et on était une quarantaine de personnes là.
00:23:16Il a bu un verre d'eau et il est reparti à une heure et demie ou deux heures du
00:23:19matin.
00:23:20Les résultats qui me sont communiqués à l'heure où je m'exprime
00:23:29annoncent que les Françaises et les Français ont choisi le changement que je leur proposais.
00:23:36On avait un président Mitterrand qui était là sur son affiche
00:23:40et qui posait un patriarche, un homme de la terre
00:23:43et qui avait derrière lui une église, un petit village français
00:23:46qui avait été pris dans le Morvan.
00:23:47Ça, c'était l'image faite par Séguéla de l'élection de Mitterrand.
00:23:52Mitterrand, dit le Sphinx, est un président tout en symboles.
00:23:55On retient de ses premières années à l'Elysée
00:23:57les tablées à la bonne franquette,
00:23:59la rusticité des charentes
00:24:01et le goût des choses simples.
00:24:03Mitterrand, il aimait bien la table, mais pour des choses simples.
00:24:06Je me souviens, quand on est arrivé à l'Elysée,
00:24:08il a dit assez vite au chef que sa cuisine était trop sophistiquée.
00:24:12C'était les goûts de Giscard qui se reproduisaient.
00:24:15Et Mitterrand, je me souviens, devant moi, il lui a dit un jour,
00:24:17un très bon steak frites, si c'est bien fait, si c'est bien préparé avec des bons produits.
00:24:23C'est au moins aussi bon que tout ça.
00:24:24Le président Mitterrand voulait retrouver la cuisine de sa mère.
00:24:27Quand on disait tout à l'heure que la meilleure cuisine du monde,
00:24:29c'est la cuisine de sa mère, il voulait retrouver cette cuisine familiale
00:24:32qu'il avait connue dans son enfance.
00:24:34Il y avait une sorte de rusticité paysanne, au fond,
00:24:37qui ressemble assez au président marcheur, à l'homme de la Charente, etc.
00:24:41Et lui, en tout cas, le Mitterrand que j'ai connu, c'était la passion des fruits de mère.
00:24:47Il avait d'ailleurs inventé un plat, parce qu'en général, en Charente,
00:24:49on mélange les huîtres avec une sorte de saucisse de porc,
00:24:53qui s'appelle la crépinette.
00:24:54Et ce mélange entre du chaud et du froid, du planté et du neutre est très intéressant,
00:25:00mais il avait inventé autre chose.
00:25:02Il avait remplacé la crépinette par des merguez.
00:25:04Et donc, ça donnait des huîtres merguez, et c'était absolument succulent.
00:25:08Et il avait une vraie conception de sa liberté personnelle
00:25:11qui faisait vouloir absolument éviter l'enfermement dans les murs de l'Elysée.
00:25:16Le samedi, c'était devenu un rituel quand il était à Paris.
00:25:19On déjeunait tous les trois.
00:25:21Parfois, Georges Kiegeman venait se gendre à nous.
00:25:23Parfois, Anne Lauvergeon, toujours dans la même table,
00:25:25de ce restaurant chez Lulu, dans le 14e arrondissement.
00:25:28On parlait beaucoup de politique, on parlait beaucoup de littérature,
00:25:31on parlait beaucoup de ces deux jeunes femmes qui étaient toujours dans le coin du restaurant
00:25:35et qu'on regardait parce qu'elles étaient jolies, les deux.
00:25:39Il y a des lettres magnifiques de Mitterrand qui l'écrivait à sa maîtresse
00:25:42qui sont des lettres qu'on pourrait écrire à un gigot d'agneau, c'est-à-dire avec le plaisir,
00:25:47le plaisir d'avoir cette chair en fait, parce que c'est le plaisir de la chair dans tous les
00:25:52sens du terme.
00:25:52Quelqu'un qui a le plaisir de la chair, je l'aime bien.
00:25:55Il y avait des restaurants de François Mitterrand parce que c'était pour lui une manière de sortir de l
00:26:00'Elysée.
00:26:00Aller déjeuner ou dîner dans Paris, aller avec ses enfants, avec sa fille, avec sa compagne, avec ses amis,
00:26:08avec des bas d'inter, avec ceux avec qui il marchait, il avait des restaurants qui sont connus,
00:26:16où j'ai été avec lui parfois à la Cagouille, c'est un des restaurants qu'il aimait particulièrement, bien
00:26:21sûr.
00:26:39André, on est ici à la Cagouille, je crois que c'est un endroit emblématique de Paris.
00:26:42J'imagine que tu es plein tout le temps, tu es le roi des crustacés, du poisson, etc.
00:26:48Est-ce qu'il t'est arrivé d'avoir un gros loupé sur un plat avec une personnalité politique, par
00:26:53exemple ?
00:26:53Ah oui, oui, je me souviens d'un très très gros loupé où c'était une grande table du président
00:26:59de la République,
00:27:00François Mitterrand, avec toute sa famille, et je me souviens qu'il avait commandé, pour une raison technique, deux entrées.
00:27:08Donc quand les plats ont été servis, on avait oublié en cuisine de démarrer son entrée,
00:27:13donc elle n'est pas sortie, donc tout le monde était servi, sauf le président de la République.
00:27:16Alors, tu imagines bien que j'étais hyper détendu !
00:27:20Donc je suis allé en cuisine, et là, franchement, bon, ils ont été magnifiques.
00:27:23Ils ont réussi à sortir la sardine grillée, qui était une entrée,
00:27:27et quand elle était prête, tout le monde était là, l'arme au pied, en attendant que le président soit
00:27:31servi.
00:27:32Et quand j'ai apporté l'assiette à table, j'ai servi le président, mais j'étais tellement excédé, énervé,
00:27:38je lui ai fait « Bon appétit, monsieur le président », et il s'est retourné vers moi, et il
00:27:43m'a dit « Oh, mais j'ai rien dit, moi ! »
00:27:48Gauche caviar, gauche terroir, Mitterrand défendait sa liberté de manger tout autant que celle de sa pensée.
00:27:55Mitterrand, il est dans cette idée que quand un socialiste arrive au pouvoir, c'est pas parce qu'il est
00:27:58socialiste qu'il doit moins bien manger que la droite.
00:28:01Et donc, Mitterrand ne se prive pas.
00:28:03Quand à 19h, François Mitterrand a envie d'un plateau de fruits de mer, on envoie une estafette au restaurant
00:28:09de luxe le Divélec,
00:28:11et le président a son plateau de fruits de mer avec ses homards, etc.
00:28:14C'est la fameuse idée de la gauche caviar.
00:28:16Chez mon copain, Jacques le Divélec, c'est lui qui m'a sauvé la miss plusieurs fois,
00:28:19parce que je savais que Jacques, il avait toujours du caviar d'avance, il avait un vivier avec des homards.
00:28:24La gauche caviar, c'est pas moi qui l'ai inventé.
00:28:26Le président nous demande de servir du caviar, alors sous plusieurs formes, bien sûr,
00:28:31c'était pas le pot de caviar sur la table, bien entendu.
00:28:33C'était en accompagnement de différents mets, surtout pour des plats froids, bien sûr, comme une langouste en Bellevue.
00:28:39Autour, on avait l'habitude de mettre des petits œufs que l'on creusait et on mettait un petit peu
00:28:43de caviar dans chaque, en garniture en fait.
00:28:45Parce que, bien sûr, à l'époque, le caviar était un petit peu plus utilisé qu'auparavant.
00:28:48Et on en mangeait, à l'époque, on ne regardait pas trop, c'est vrai qu'on en mettait facilement.
00:28:54C'était un instrument de sa liberté, parce que Mitterrand était obsédé de sa liberté personnelle.
00:28:59Il a choisi librement la date de sa mort et sa mort.
00:29:04Et donc, sa liberté personnelle, c'était de choisir où il allait dîner ou déjeuner avec qui.
00:29:10De ces dernières années, on garde en mémoire un festin mortuaire qui véhicule bien des fantasmes.
00:29:15La grande bouffe des Hortolans.
00:29:17Une spécialité de braconniers particulièrement prisée dans les Landes, où se trouvait sa maison de Laché.
00:29:24La rigolade, la voilà.
00:29:2530 000 pièges dans le département des Landes.
00:29:28On appelle ça des matoles.
00:29:30C'est fait pour capturer des Hortolans, un oiseau migrateur dont la chasse est interdite.
00:29:39Mais la chair de ces oiseaux est très recherchée dans les grands restaurants.
00:29:43Manger de l'Hortolans, comme chacun sait, c'est le régal des dieux.
00:29:46Chose qu'on ne devrait pas faire et qui n'est pas très jolie.
00:29:48Je commence à le prendre et à lui sucer le derrière.
00:29:52Les Hortolans, dans l'imaginaire français, c'est d'une violence symbolique.
00:29:57Ça représente deux choses, à la fois la vie et le luxe.
00:30:01Que ce soit chez La Fontaine ou chez Balzac, c'est du caviar.
00:30:05Ils transgressent la loi et ils se gobergent comme un riche.
00:30:10Tout ça n'allait pas dans le tableau.
00:30:13Il y a un rite, on prend la serviette et on met la serviette comme ça.
00:30:18Et on absorbe l'Hortolans sous la serviette.
00:30:20On n'a pas le droit de manger des Hortolans et de les consommer au regard de la loi.
00:30:24Et arrive cette cérémonie absolument saisissante.
00:30:27On distribue des Hortolans qu'aux hommes.
00:30:29Aux hommes et aux volontaires. Les femmes, pas droit.
00:30:31On leur donne une serviette.
00:30:34Pour bien humer, il faut se mettre la serviette sur la tête.
00:30:37Et on doit humer et manger l'Hortolans, le petit animal qui baigne dans son huile.
00:30:42On doit bien l'avaler, mâcher, craquer les os.
00:30:47Tout avaler, c'est une épreuve, paraît-il délicieuse, mais qui était pour moi absolument consternante.
00:30:53Et je crois que c'était au fond le vrai désir secret.
00:30:57Ce bonheur-là, ce petit bonheur de Mitterrand avant de partir.
00:31:06Il y a une table mythique qui est la table de François Mitterrand parce que ça a été ce président
00:31:10qui est venu quand même très souvent ici.
00:31:11Un jour, j'y ai installé Jacques Chirac et je pense qu'il ne connaissait pas cette histoire de table.
00:31:17Donc j'installe le président Chirac à cette table et je lui dis, parce que c'était encore une fois
00:31:23un homme sympathique,
00:31:23Je lui dis, monsieur le président, vous êtes à la table de François Mitterrand.
00:31:27Et là, il m'a regardé avec un grand sourire. Il m'a dit ça va me rendre plus intelligent.
00:31:31Bien que parisien, Jacques Chirac reste associé à la Corrèze et à ses agriculteurs.
00:31:36Et la spécialité corrésienne, c'est le bovin sous toutes ses formes.
00:31:40Dans la famille de Vaud, Jacques a dit la Blanquette.
00:31:45Chirac est un homme de la province, un homme de territoire.
00:31:49Il aimait les plats corrésiens qui lui permettaient de retrouver ses amis de la Corrèze.
00:31:58Écoutez, mangez mieux et mangez plus.
00:32:02Le jeune loup devient un vieux lion.
00:32:05Et au cours de cette longue carrière, il n'a jamais eu un appétit de grand-mère.
00:32:09Les souvenirs ébahis de ceux qui l'ont connu en tant qu'adversaire ou comme ami fidèle se passent de
00:32:14commentaires.
00:32:16Chirac fait des repas balsaciens, c'est-à-dire un plat, un entremet, une entrée, deux entrées, trois entrées, quatre
00:32:22hommages.
00:32:23Il y a ce côté pentagruélique qui est assez impressionnant.
00:32:26Le président Chirac est quelqu'un qui aime manger, qui adorait la cuisine.
00:32:29Alors ça va du saucisson, de la quiche à quelque chose de plus sophistiqué.
00:32:32Mais voilà, quelqu'un qui aime manger et partager sa joie de manger à la fin des repas, appeler le
00:32:38chef et puis remercier.
00:32:41Voilà, j'ai bien mangé.
00:32:42On est revenu un petit peu dans une cuisine plus classique, on va dire, sur certaines choses.
00:32:47Il adorait l'osso beaucoup, par exemple, des plats en sauce, des escargots, avec un beurre d'ail un peu
00:32:54plus...
00:32:55On en rajoutait un petit peu parce qu'il aimait saucer avec le pain.
00:32:59Quelqu'un qui aime manger et puis pour nous, c'est quand même très agréable de savoir que tout ce
00:33:03que l'on faisait, c'était apprécié.
00:33:06En fait, lui, Monsieur Chirac, on le servait au plat, même s'il était tout seul.
00:33:09On lui mettait deux carrés d'agneau de cinq côtes.
00:33:12Il en mangeait un et demi parce que c'était vraiment un sacré coup de fourchette, quoi.
00:33:16Chirac, il dévorait, quoi. C'était un soudard qui dévorait.
00:33:19Mes parents ont voté Chirac, je me souviens très bien, et se disant, quelqu'un qui aime la bonne Chirac
00:33:25ne peut pas être mauvais, quoi.
00:33:26Et on le voyait au salon de l'agriculture, quand il entillait des bières, il vous fait du pâté, etc.
00:33:32Je sais pas, il y avait un truc où ça nous rassure, on se dit, il est un peu comme
00:33:35nous.
00:33:37Une visite du salon, en soi, c'est une épreuve physique.
00:33:41Aller suivre Chirac, qui est un énorme bouffeur, qui bouffait et qui buvait tout ce qui se présentait à lui
00:33:47pendant quatre ou cinq heures.
00:33:48Et qui se tournait vers moi d'un œil narquois en disant, alors monsieur le ministre, vous ne goûtez pas
00:33:52?
00:33:53Donc je goûtais, je goûtais.
00:33:55Chirac, il avait une méthode de pouvoir, des fois, évacuer discrètement les choses.
00:33:59Il mettait ça dans la main, il discutait, hop, tombait par terre, voilà.
00:34:04Mais bon, mais quand même, il mangeait beaucoup. Il mangeait beaucoup.
00:34:07Puis il buvait de la bière, il buvait un truc là-bas. Il est solide, quand même.
00:34:12En 1995, lors de sa deuxième campagne présidentielle,
00:34:15Jacques Chirac a l'idée de génie de mettre en scène son appétit.
00:34:18Il dénonce la fracture sociale et retrouve les recettes qui lui ont fait gagner le cœur des Corésiens.
00:34:23Cette fois, il convie 60 millions de Français à gueultonner.
00:34:28La campagne 95 de Jacques Chirac est une campagne qui tourne autour de la nourriture, des produits de la France
00:34:35en réalité.
00:34:35Chirac était confronté à Balladur. Balladur était le candidat des élites.
00:34:40Chirac se devait donc d'être le candidat du peuple.
00:34:42Et le candidat du peuple bouffe.
00:34:44Et donc Chirac a mis en scène sa bouffe.
00:34:46Il est devenu, moi j'appelle ça l'opération tête de veau.
00:34:49Il est devenu celui qui mange de la tête de veau.
00:34:51Qu'on ne s'y trompe pas, la nouvelle star, c'est elle, la tête de veau.
00:34:57Si je fais une tête de veau qui est bonne.
00:35:00Donc on a pensé faire un petit cadeau au président en pensant.
00:35:04Chirac sait que j'ai un plat que j'aime pas beaucoup, c'est la tête de veau.
00:35:08Alors il appelait Francis, restaurateur à Brive.
00:35:14Et il disait Jean-Louis vient, fais lui goûter une tête de veau.
00:35:18À gauche, les royalistes pleurent la décapitation de leur roi Louis XVI.
00:35:23À droite, les républicains préparent une tête de veau.
00:35:27Chirac adore jouer sur l'image de la tête de veau.
00:35:31Sur ses repas, ses déjeuners qui n'en finissent pas au Père Claude à Paris.
00:35:38Il a Yvonne à Strasbourg.
00:35:40Et ça va finalement avec les salons d'agriculture.
00:35:42Ça va avec la Corrèze.
00:35:44C'est une espèce d'antidote à l'ENA.
00:35:45Enfin, c'est une manière de se montrer, comme ça, en train de manger,
00:35:49c'est-à-dire proche des Français, et puis dans le corps incarné.
00:35:53Chirac, il a une forme de consensualité chez lui.
00:35:55C'est un gros mangeur.
00:35:56Il aime la viande, mais il aime pas que la viande.
00:35:58Il aime vraiment manger et pour tout le monde.
00:36:01C'est-à-dire qu'il y a en même temps le côté jovial.
00:36:02Il dit aussi qu'il faut manger des pommes.
00:36:04Quelque part, il y en a pour tout le monde.
00:36:06Et ça, ça a été scénarisé.
00:36:07Et cette campagne, par ailleurs, pour ceux qui voulaient circuler un peu plus léger,
00:36:11c'était manger des pommes.
00:36:12On a reçu la fracture sociale, qui est restée,
00:36:16et qui est encore aujourd'hui une référence.
00:36:18Et de l'autre côté, il y avait manger des pommes.
00:36:20Et les Chirakiens, en fait, avaient mis dans tout leur QG des pommes.
00:36:23Et ils jouaient comme ça, avec les pommes en permanence,
00:36:26à croquer la pomme, manger des pommes, c'était croquer la vie, en fait.
00:36:30J'aime bien mettre des pommes avec ça.
00:36:32Je ne sais pas pourquoi je mets souvent des pommes.
00:36:33C'est Chiraki, les pommes.
00:36:35Il aimait les pommes.
00:36:37C'est vrai ?
00:36:38En vrai ?
00:36:39Il aimait les pommes.
00:36:40Et après, c'est parti.
00:36:43Les journalistes se sont mis là-dessus.
00:36:47J'aime beaucoup les pommes.
00:36:48Je suis un mangeur de pommes.
00:36:49Il y a un fameux repas de Chiraki avec Elmoud Kohl, à Strasbourg,
00:36:54en marge d'un sommet,
00:36:55où il dévore littéralement les plats qu'on leur sert.
00:36:59Je crois qu'il y a du boudin noir.
00:37:02Il y a du pigeon au sang, etc.
00:37:04Et Elmoud Kohl sème un trouble terrible
00:37:06parmi les gens qui sont en cuisine,
00:37:08parce qu'il en redemande.
00:37:09Un chef d'Etat, ça ne redemande pas.
00:37:11Vous savez, c'est comme l'idée de fromage, on n'en reprend pas.
00:37:13On ne redemande pas.
00:37:14Et il en demande un deuxième.
00:37:15Et donc, panique en cuisine.
00:37:17Parce qu'on ne sait pas comment nourrir Elmoud Kohl.
00:37:19Et ces deux ogres qui sont tous les deux à table.
00:37:22Et voilà, ça, c'est assez typiquement Chiraki.
00:37:24Lorsqu'il était, après la présidente de la République,
00:37:29il commençait à être un peu perturbé par la maladie,
00:37:32on était allé chez le père Claude.
00:37:35Et quand je déjeunais avec lui chez le père Claude,
00:37:38c'est lui qui choisissait le menu.
00:37:41Et je me souviens toujours,
00:37:42parce qu'on avait commencé par six escargots,
00:37:47on avait pris du boudin,
00:37:49un foie de veau,
00:37:51et il m'a dit, on ne prend pas de dessert.
00:37:53Il aimait ses plats.
00:37:56Poids de veau avec une très bonne...
00:37:57Il y avait chez le père Claude une très bonne purée à ligoter,
00:38:02superbe.
00:38:04Et toujours avec la bière.
00:38:06Je n'avais jamais vu beaucoup prendre de vin.
00:38:10Le président Chirac,
00:38:10c'est vrai que j'ai un souvenir de...
00:38:12Quand il quitte la table...
00:38:15Il est bien.
00:38:16On sent qu'il est bien.
00:38:18Il a mangé.
00:38:25C'est en fils prodigue que Nicolas Sarkozy succède à Jacques Chirac.
00:38:29Il l'invite en guise de réconciliation
00:38:31dans un restaurant chinois que le grand Jacques affectionne.
00:38:35Mais ce repas marque surtout le fossé entre les deux hommes.
00:38:39Crime de lèse-majesté, Nicolas Sarkozy avale à toute vitesse
00:38:42une recette diététique qui portera son nom et son empreinte.
00:38:47Les crevettes Sarko.
00:38:49S'il vous plaît, comment s'est passé le déjeuner ?
00:38:52Très bien.
00:38:53Ils ont mangé tes nez, tes crevettes du chef, tes crevettes de sel et de poivre.
00:38:58Madame Chirac a mangé les coupes qui sont chancayelles.
00:39:02Nicolas Sarkozy est l'exception gastronomique de la 5ème République.
00:39:06Son style inimitable d'homme pressé, survitaminé
00:39:09est symbolisé par sa façon de manger, vite fait, bien fait.
00:39:13Et pourtant, tout commence par un appétit débordant.
00:39:18C'est un gourmand en réalité.
00:39:20Alors il ne boit pas de vin.
00:39:21Il n'aime pas les plats en sauce particulièrement.
00:39:23Ce n'est pas ça sa culture.
00:39:25Mais il aime la truffe.
00:39:27Il aime les pizzas.
00:39:28Il adore l'escalope milanaise.
00:39:30Plus encore que tout, il aime les chocolats.
00:39:33Il en est dingue.
00:39:34J'ai déjà fait des pizzas à la truffe, mais c'était plus sur de l'enca,
00:39:39je veux dire, de la mousse-bouche, des choses comme ça.
00:39:42Sarkozy, lui, il aimait surtout, c'était la glace caramel.
00:39:45Au fromage blanc avec des cerises.
00:39:49Après, en dessert, c'était assez limité quand même pour lui.
00:39:53Ou compote.
00:39:55Voilà.
00:39:56Pour tout dire.
00:39:57Sarkozy aime la truffe.
00:39:58Ça ne m'étonne pas.
00:39:59Parce que moi, je suis un énorme déçu de la truffe.
00:40:02Mais la truffe, c'est un truc un peu de bobo.
00:40:04Où les mecs mettent de la truffe comme ça de partout dessus.
00:40:06Et pour faire semblant.
00:40:07Et pour faire semblant d'aimer la bonne bouffe.
00:40:09Et ils en mettent.
00:40:10Puis ils mettent des couches comme ça de truffe.
00:40:12Qui n'a pas tellement de goût.
00:40:13Qui a un goût un peu d'essence parfois.
00:40:15Et qui gâche un plat.
00:40:16Et ça, c'est Sarko.
00:40:17C'est le mec qui n'aime pas la bouffe.
00:40:18Et donc, bah, qui court.
00:40:21Voilà.
00:40:23Ce que l'on pense de ses goûts culinaires.
00:40:26Sarkozy n'en a que faire.
00:40:28C'est par le sport à outrance.
00:40:29Et non par la bonbance.
00:40:31Qu'il réussit à gravir le Mont-France.
00:40:34Nicolas Sarkozy, c'est un conquérant.
00:40:36Mais c'est aussi un sportif.
00:40:37Nicolas Sarkozy, il le pousse à l'extrême.
00:40:39Et donc, il fait un régime à l'extrême.
00:40:41Il se met sous surveillance.
00:40:43Il décide de devenir un athlète.
00:40:44Pour être un athlète, il faut moins manger.
00:40:46Nicolas Sarkozy venait.
00:40:47Il faisait toujours très attention à ce qu'il mangeait.
00:40:49C'est là où on a vu le changement.
00:40:51Des nourritures plus allégées.
00:40:53Pas de beurre sur la sol.
00:40:54Des haricots verts.
00:40:55Quand je l'ai connu à l'Elysée,
00:40:58il faisait très attention à son régime.
00:41:00Il faisait beaucoup de sport.
00:41:00Il ne voulait pas grossir, etc.
00:41:02Donc, c'était plutôt une attention là-dessus
00:41:04avec une concentration sur le chocolat.
00:41:06Quand on déjeunait à l'époque avec Nicolas Sarkozy,
00:41:09généralement, il avait de la volaille coupée en tranches
00:41:12avec quelques légumes.
00:41:15Et puis, pas grand-chose d'autre.
00:41:17Du fromage blanc à 0%.
00:41:19Des fruits et, éventuellement,
00:41:21une ou deux ganaches au chocolat
00:41:22parce que c'est son péché mignon.
00:41:24Mais ça s'arrêtait globalement là.
00:41:25Et ce régime, il a décidé d'appliquer à tous ses ministres.
00:41:29C'est-à-dire que, notamment, Brice Hortefeux,
00:41:32qui était son bras droit,
00:41:33qui était son ministre de l'Intérieur,
00:41:34de l'immigration d'abord puis de l'Intérieur,
00:41:37il lui dit, ça ne va pas, Brice, c'était trop gros.
00:41:39Il se moque de François Hollande en disant,
00:41:42une fois qu'Hollande sera président, il dit,
00:41:43c'est bidochon, François Hollande.
00:41:45Ce n'est pas possible.
00:41:46Ce n'est pas une allure de président.
00:41:47Et il met tous ses ministres en région.
00:41:49C'est-à-dire qu'à un moment où,
00:41:51en Conseil des ministres, il prend des feuilles
00:41:53à chaque Conseil des ministres,
00:41:55il fait un trait ostensiblement au milieu de la feuille,
00:41:57et à gauche, il note des choses,
00:41:59et à droite, il note des choses.
00:42:00Et tous les ministres comprennent qu'en fait,
00:42:02on est en période de pré-remaniement,
00:42:03qu'à gauche, il y a ceux qui y restent,
00:42:05et à droite, il y a ceux qu'on vire.
00:42:06Et il pense que dans les critères de
00:42:08« je reste où je vire »,
00:42:09c'est « est-ce que j'ai démontré au chef
00:42:11que j'étais capable de perdre quelques kilos ? »
00:42:13Ça devient un critère politique,
00:42:14en réalité, d'être capable de s'affûter,
00:42:17en quelque sorte, pour être une lame
00:42:18comme Nicolas Sarkozy.
00:42:20Avec Sarkozy, c'est le contrôle à l'extrême,
00:42:22et on voit bien comment l'idée de contrôle
00:42:24et de sécurité,
00:42:26la pensée sécuritaire,
00:42:28c'est aussi un des traits du quinquennat de Sarkozy.
00:42:32C'est la montée, l'émergence,
00:42:33il faut surveiller tout le monde,
00:42:34soit d'abord, mais les autres aussi.
00:42:36Monsieur Sarkozy, pour lui,
00:42:38la table, c'était une perte de temps.
00:42:39Pour vous donner un exemple,
00:42:41un dîner d'État,
00:42:43ce n'était pas non plus la Reine Elisabeth
00:42:45ou un chef d'État d'un pays important,
00:42:49mais le record, c'est 35 minutes,
00:42:52180 couverts.
00:42:54Sur tout ce qui est repas officiel,
00:42:56il avait supprimé le fromage
00:42:57pour gagner du temps, en fait.
00:43:00Après, nous, ça nous froissait un peu.
00:43:03Le président Sarkozy n'aimait pas le vin
00:43:05ni le fromage, ça ne l'a pas servi.
00:43:08Et vous savez, si vous prenez les électeurs
00:43:11de tous ces domaines rassemblés,
00:43:13c'est peut-être aussi des raisons de sa défense.
00:43:15Quant à Nicolas Sarkozy,
00:43:17il sacrifie au rituel du bout des lèvres.
00:43:20Bon, alors effectivement, le minster à 9h du matin,
00:43:23c'est le minster !
00:43:24Nicolas Sarkozy, lui, il insistait beaucoup
00:43:26sur le prêt à manger.
00:43:29C'est-à-dire qu'au début, moi, je continuais,
00:43:31si j'avais un rouget à la Provençale,
00:43:35je le farcissais, mais je gardais la tête et la queue,
00:43:38mais j'enlevais tout le milieu pour qu'on puisse le manger.
00:43:40Mais non, lui, ça ne lui plaisait pas du tout.
00:43:42Et puis, au bout d'un moment, il m'a dit, écoutez,
00:43:44c'est bon, enlevez-moi la tête, la queue, ça ne sert à rien.
00:43:47On perd du temps à l'enlever.
00:43:49Donc voilà, il fallait du prêt à manger complètement.
00:43:51Pas d'os, pas d'arrête, voilà.
00:43:52Il aime bien manger, mais pour lui,
00:43:55la table est une perte de temps.
00:43:56Parce que Sarkozy, lui, sa priorité,
00:43:58c'était le travail, travail, travail.
00:44:00Nicolas Sarkozy est un sprinter.
00:44:02Deux heures, montre en main, c'est son maximum.
00:44:05Lui considérait qu'il était plutôt sur des questions de travail.
00:44:08On était plutôt sur des relations de travail.
00:44:11Lui, en tant que président de la République,
00:44:13si c'était ses ministres ou si c'était les députés de la majorité,
00:44:17c'était dans un esprit pratiquement d'un déjeuner de travail.
00:44:21Mais sauf que le déjeuner de travail n'avait même pas lieu.
00:44:24Il était sous une forme de buffet.
00:44:26Donc vous voyez, c'est là où il y a une vraie différence
00:44:30de perception entre ses prédécesseurs,
00:44:34dont mon père et donc Jacques Chirac ou François Mitterrand,
00:44:38qui, effectivement, recevait leurs hôtes pour déjeuner
00:44:41de façon, je dirais, plus conviviale,
00:44:44même si c'était quelquefois de façon officielle.
00:44:47Et en même temps, si vous voulez qu'il est dans la surveillance de soi,
00:44:49il a obligation de faire semblant.
00:44:53Donc quand il reçoit, il compense par, selon les hôtes,
00:44:57parce que ça dépend si l'hôte est prestigieux ou pas,
00:45:01mais par des produits qui vont être des produits très rares.
00:45:06C'est le côté épatez-moi Benoît de temps en temps, quoi.
00:45:10C'est évident. C'est le luxe.
00:45:12Le produit luxe, plutôt bling bling.
00:45:14Le régime Sarkozy a une contradiction.
00:45:18Le président n'aime ni le fromage ni le vin,
00:45:20mais il les sert très généreusement à ses amis.
00:45:24Il paiera cher le festin qu'il avait organisé pour eux au Fouquet's.
00:45:34Nicolas Sarkozy a prévu de s'arrêter dans un grand restaurant des Champs-Elysées.
00:45:39Devant le Fouquet's, les badauds surpris voient débarquer le vainqueur de l'élection présidentielle.
00:45:45Il est allé sur les Champs-Elysées, qui sont unis au Fouquet's,
00:45:49qui sont une avenue de luxe.
00:45:53C'est là que, par exemple, moi j'ai le souvenir,
00:45:55quand j'avais 20 ans, de voir les vedettes,
00:45:58j'allais les voir, qui s'engouffrent après les Césars,
00:46:01qui s'engouffraient dans ce restaurant.
00:46:04Il y a un côté un peu people.
00:46:05Le Fouquet's est cette tâche incroyable dans le parcours de Nicolas Sarkozy.
00:46:11On l'avait réussi à le convaincre que, le soir de la victoire,
00:46:14il fallait disparaître, se retirer dans un monastère,
00:46:18dans un lieu privé sans photographe,
00:46:20jusqu'à l'intronisation, se retirer du monde.
00:46:23On le lâche le samedi sur cette idée,
00:46:27et le dimanche soir patatras.
00:46:30Et c'est la catastrophe.
00:46:31Il y a une fête au Fouquet's.
00:46:34Le paradrap bling bling, ce qu'on redoutait le plus, revient.
00:46:37Je pense qu'il n'a pas pu s'en empêcher.
00:46:40Est-ce qu'il voulait faire plaisir à Cécilia ?
00:46:42Est-ce qu'il voulait honorer ses amis, le CAC 40 ?
00:46:44C'est plus important.
00:46:45Je pense qu'il a fait une bêtise politique,
00:46:47mais c'est probablement lui qui s'exprimait à ce moment-là,
00:46:50en tout cas le Sarkozy qui avait cet âge-là.
00:46:52Je pense qu'il a fait profondément une bêtise symbolique
00:46:55dans l'inscription de ces images-là.
00:47:03François Hollande s'impose en 2012 face à Nicolas Sarkozy
00:47:06autour du slogan de la présidence normale.
00:47:08Il ne faillit pas à sa promesse.
00:47:10C'est un homme normal qui aime la bouffe normale.
00:47:18Et à l'heure du goûter, le candidat invente un nouveau slogan.
00:47:23Manger des chouquettes, hein ?
00:47:24Si vous voulez oublier le chouquette.
00:47:25Ah !
00:47:26L'un des plus grands faits d'armes de François Hollande et culinaire,
00:47:29il fait passer les socialistes des œufs des surjons
00:47:32au caviar d'aubergine.
00:47:35Quand François Hollande, par exemple, est arrivé,
00:47:37et que, on l'a bien vu, le regard des Français sur le luxe
00:47:43ou les comportements de leurs hommes politiques est devenu plus dur,
00:47:47l'étau s'est resserré sur les cuisines.
00:47:49François Hollande, une des premières choses qu'il fait,
00:47:51c'est qu'il envoie sa directrice de cabinet,
00:47:53et il l'envoie en cuisine dire que les truffes, le caviar, le homard,
00:47:58tous ces machins de riches, là, c'est terminé.
00:48:00Donc, quand on dit président ordinaire, c'est ce qu'il revendiquait,
00:48:04mais on voulait de la cuisine ordinaire.
00:48:06De la même manière, François Hollande fait imposer le service à la française
00:48:10à l'Elysée, à nouveau.
00:48:12C'est-à-dire, le service à la française, c'est le plat.
00:48:14Vous avez le plat et chaque convive se sert dans le plat,
00:48:16un peu comme le dîner de famille mythologique qu'on a en tête.
00:48:20Là où Nicolas Sarkozy préférait le service à l'assiette,
00:48:23type restaurant, qui veut dire dressage, plus de travail.
00:48:26Monsieur Hollande a baissé en ne mettant plus de homards,
00:48:32en ne mettant plus de truffes, des choses comme ça.
00:48:35Au début, il y a certains cuisiniers qui étaient avec nous,
00:48:37ils nous disaient, on ne va plus travailler le homard,
00:48:40on ne va plus travailler...
00:48:40Mais en fait, le message, c'était qu'on avait des beaux produits de base
00:48:45qu'il faut savoir travailler et puis qu'on puisse remettre en avant.
00:48:50Vous voyez ?
00:48:50Son plat préféré, par exemple, il n'y a pas à sortir de Saint-Cyr, c'est une côte de
00:48:54bœuf.
00:48:54C'est ça qui est intéressant parce qu'on repart, c'est une nouvelle base,
00:48:57mais au contraire, son plat préféré, c'est la côte de bœuf ou l'adorade royal.
00:49:03Je veux dire, ce n'est pas un poisson extraordinaire,
00:49:06mais ça nous a permis de savoir le travailler de multiples façons.
00:49:12Mais la réduction très remarquée du train de vie de l'Elysée n'est pas du goût de tout le
00:49:16monde.
00:49:17Nicole Brick, ministre du commerce du gouvernement Ayrault,
00:49:19a la mauvaise idée de se moquer de la cuisine du chef de l'Elysée.
00:49:23Une faute diplomatique confinant à la haute trahison gastronomique.
00:49:28Que les gens n'aiment pas, c'est une chose.
00:49:32Mais qui disent que ce n'est pas bon, c'en est une autre.
00:49:35Vous voyez ce que je veux dire ? Vous voyez la différence ?
00:49:37Non, l'Elysée, c'est pas du tout.
00:49:40Non, c'était... Non, c'était l'idée.
00:49:44Ça avait fait un peu scandale, mais le président avait soutenu le chef de cuisine.
00:49:50Et c'était justifié.
00:49:52Si François Hollande fait baisser les additions de l'Elysée aux grandes dames des habitués,
00:49:56ce n'est pas par manque d'appétit.
00:49:58Comme Jacques Chirac, son meilleur ennemi corésien,
00:50:01le président Hollande jouit d'un bon estomac.
00:50:04Il aimait bien manger.
00:50:05On est retombé un petit peu dans le Jacques Chirac aussi.
00:50:09Quelqu'un qui adorait manger.
00:50:10Donc c'était beaucoup moins compliqué pour nous de préparer et de faire la cuisine.
00:50:16Hollande fait renaître une longue tradition du socialisme français
00:50:19pour lequel on mange avant toute chose.
00:50:23C'est un peu un rite initiatique.
00:50:25Quand on veut connaître quelqu'un avec qui on va habiliter ou avec qui on veut construire quelque chose,
00:50:29on commence toujours par un déjeuner.
00:50:30Et si on se connaît un peu mieux, on dîne.
00:50:33Mais il faut un peu mieux se connaître.
00:50:36Mais c'est l'incontournable.
00:50:38La moindre initiative à plusieurs, on commence par un repas.
00:50:42François Hollande, lui, il a mangé, pas de soucis.
00:50:45Par contre, il a un rapport au temps qui est difficile aussi
00:50:47parce que s'il se plaît à table, il a tendance à oublier le reste.
00:50:51Les choses les plus importantes sont abordées juste après le plat de Résistance.
00:50:56Juste quand on arrive au moment du dessert, on commence à aborder le vrai sujet.
00:50:59Ça a même été ridiculisé par certains humoristes.
00:51:03Il y a un côté gentil.
00:51:05Les images qu'on a de Hollande mangeant, il est réjoui, il est content de manger.
00:51:11Mais ça fait un peu...
00:51:15Son goût pour les chouquettes, ça ne le positionne pas comme un gastronome,
00:51:19alors qu'il était gastronome.
00:51:21Qu'est-ce que je n'ai pas goûté là encore ?
00:51:22Mais il va laisser passer des images qui ont plutôt des effets pervers.
00:51:26On se figure, ce qui n'est pas forcément le cas quand on regarde avec le recul,
00:51:30une sorte de mollesse, si vous voulez, qui est associée à ça.
00:51:35Cet amoureux de la Corrèze et du bœuf cuit à la braise
00:51:38vit un quinquennat riche en arêtes et en queue de poisson.
00:51:43Comme on dit souvent, on mange avec le diable avec une longue fourchette.
00:51:48Donc il faut bien manger, disait Derrida, parce qu'il faut bien manger,
00:51:51sinon on meurt, mais le bien et le mal se mangent aussi.
00:51:56Tout commence par un buffet froid dans l'ex-pays des soviets.
00:52:00Il y a un sommet à Minsk, en Biélorussie, entre Merkel, Hollande,
00:52:05le président biélorusse qui est l'hôte et Vladimir Poutine.
00:52:07Et le but, c'est que l'Europe obtienne de Vladimir Poutine en réalité l'arrêt de la guerre,
00:52:12au moins un cessez-le-feu dans un premier temps.
00:52:14Ils vont y passer la nuit, littéralement.
00:52:18Et François Hollande a faim.
00:52:21Et Angela Merkel ne cède pas. Elle refuse le dîner d'État.
00:52:24Pourquoi elle refuse le dîner d'État ?
00:52:26Que proposent le président biélorusse et Vladimir Poutine ?
00:52:29Parce qu'elle ne veut pas de photos officielles avant qu'il y ait un accord.
00:52:31C'est Angela Merkel.
00:52:33Et donc François Hollande, tenaillé par la faim parce que c'est un bon vivant,
00:52:38François Hollande, il faut le nourrir.
00:52:39À un moment, voit régulièrement Vladimir Poutine sortir de la pièce
00:52:43sous prétexte d'aller passer des coups de fil.
00:52:45Il le suspecte d'aller manger pour se redonner des forces.
00:52:48Lui, il est obligé de se satisfaire des pauvres plats, il dit peu appétissants,
00:52:54ce qui est tout dit, de viande froide que les biélorusses,
00:52:56une viande froide un peu engelée, que les biélorusses lui amènent.
00:53:00Donc il picore là-dedans.
00:53:01François Hollande, il avait l'habitude des négociations très longues,
00:53:03puisqu'il avait l'habitude des négociations de congrès.
00:53:06Et donc il sait, jusqu'à 5h du mat', comment on met un amendement, etc.
00:53:11Et comment on a l'adversaire à l'usure.
00:53:13Et Poutine aussi.
00:53:14Merkel était fatiguée, elle n'en pouvait plus.
00:53:16Et donc à 4h du mat', François Hollande, lui, qui était hyper tonique,
00:53:19lui a dit écoutez, je m'occupe de tout, vous pouvez aller vous reposer.
00:53:23Et il a pris le flambeau et il a négocié avec Poutine,
00:53:26parce que Poutine était toujours frais et François Hollande, il avait l'endurance.
00:53:30Il n'avait pas mangé.
00:53:32Et donc votre capacité, votre force dans la négo,
00:53:34elle résulte aussi de votre capacité à maîtriser votre appétit.
00:53:37Il a brillé parce qu'il a été capable justement d'aller au-delà de la fatigue,
00:53:41de rester dynamique, tonique, réveillée et d'aller au-delà de la question alimentaire.
00:53:45Vladimir Poutine, le premier à prendre la parole ce matin,
00:53:49au terme de 16 heures de négociation pour un nouvel accord de paix en Ukraine.
00:53:56Ce n'était pas la meilleure nuit de ma vie.
00:53:59François Hollande marque les esprits par sa capacité à contrôler sa faim.
00:54:04S'il parvient in fine à manger Poutine tout cru,
00:54:08des événements tragiques lui font perdre l'appétit.
00:54:13Ces gens-là ont une vie quand même compliquée,
00:54:16parce que nous on les avait quand même en direct.
00:54:18On les voit dans le salon à côté,
00:54:21quand il y a des gros événements, des trucs compliqués,
00:54:23on les voit, ils sont abattus.
00:54:24On voit qu'ils réfléchissent, ils ne savent pas comment on va faire.
00:54:28Il faut trouver une solution, puis c'est lui le patron.
00:54:32Là, on est du côté privé.
00:54:34Dès qu'ils repassent la porte, ça y est,
00:54:36ils reprennent, tout va bien, ils ne laissent pas paraître.
00:54:40Oui, mais ceci étant, par contre, au moment des attentats,
00:54:43il avait retrouvé sa popularité, il ne mangeait pas beaucoup,
00:54:47et il était dans une présentation de lui qui était totalement dans la fonction.
00:54:52Ça s'est inversé à la fin, presque en fin de quinquennat.
00:54:57Le président Hollande est le premier à quitter la table de l'Elysée à l'insu de son plein gré.
00:55:02Il laisse les fourneaux à un bleu malicieux, adepte du cordon du même nom.
00:55:07La première rencontre des journalistes avec Emmanuel Macron, ça se passe à Bercy.
00:55:10Il arrive à Bercy, il est en difficulté sur sa première loi,
00:55:14la première loi Macron en l'occurrence à l'époque.
00:55:16Et donc, Manuel Valls et François Hollande lui disent,
00:55:18il faut que tu déjeunes, il faut que tu vois les journalistes,
00:55:21il faut que tu leur expliques, pour que ça passe.
00:55:23Et donc, Emmanuel Macron reçoit pas mal de journalistes politiques.
00:55:26Et c'est de la stupéfaction dans le microcosme journalistique parisien,
00:55:31parce qu'ils ont tout d'un coup à faire un jeune homme
00:55:33qui ne ressemble en rien au prototype auquel ils sont habitués.
00:55:37Il est pas du tout selon les codes politiques, d'ailleurs il le revendique.
00:55:40Il dit, moi les codes ça ne m'intéresse pas, à table.
00:55:43Et les autres sont là en se disant, mais d'où sort ce type ?
00:55:45Qui est cet extraterrestre en réalité ?
00:55:47Il parle très vite.
00:55:49Il parle tellement vite que les journalistes ont même du mal à noter
00:55:52tout ce qu'il est en train de leur dire.
00:55:55Donc il faut à la fois manger son petit bout, puis ne rien louper
00:55:58de ce que le Mozart, le nouveau Mozart de Bercy, est en train de leur dire qu'il pourrait faire.
00:56:03Et dans ce qu'il pourrait faire, il y a tout simplement la révolution du statut de fonctionnaire,
00:56:09qu'il leur livre comme ça de but en blanc en disant, mais moi je changerais volontiers le statut de
00:56:12fonctionnaire.
00:56:14ça va demander à François Hollande un rétropédalage immédiat, bien évidemment,
00:56:18parce que pas touche au statut de fonctionnaire, ça fait parlementer quand même des électeurs de base.
00:56:23Mais le président Hollande ne peut que rétropédaler dans la semoule.
00:56:26C'en est fini du temps des chouquettes.
00:56:49Emmanuel Macron a le sens de la surprise, en politique comme dans l'assiette.
00:56:53Et monsieur en même temps n'aime pas les menus imposés.
00:56:56En 2017, la fête organisée à la Rotonde avant même le second tour
00:57:01aurait pu être le fouquettes d'Emmanuel Macron, un peu trop chic comme brasserie.
00:57:05Et pourtant, l'histoire est bien plus complexe qu'il n'y paraît.
00:57:09C'est à la Rotonde, une grande brasserie parisienne, qu'il choisit de célébrer cette première victoire.
00:57:15Présent sur place, son équipe de campagne, mais aussi des personnalités célèbres
00:57:19comme Lynn Renaud, Eric Orsona ou Pierre Arditi.
00:57:24Mais quand les mauvaises langues font le parallèle avec un certain fouquettes...
00:57:28Chers amis, si vous n'avez pas compris que c'était mon plaisir ce soir
00:57:31d'inviter mes secrétaires, mes officiers de sécurité, les politiques, les écrivains,
00:57:37les femmes et les hommes qui modestement depuis le premier jour m'accompagnent,
00:57:40c'est que vous n'avez rien compris à la vie.
00:57:41Donc c'est ce que vous voulez, mais c'était mon moment du cœur.
00:57:45Le lien entre Emmanuel Macron et la Rotonde, me semble-t-il, vient d'une réunion,
00:57:51d'une première réunion à laquelle je participe, où pendant la campagne d'Emmanuel Macron,
00:57:55on se réunit ici deux, trois fois pour travailler sur des propositions de politique économique.
00:58:01C'est toujours dans une brasserie qu'on se retrouve quand on veut refaire le monde et élaborer des projets.
00:58:06Le choix de la Rotonde comme un lieu, comme un restaurant pour fêter une victoire au premier tour,
00:58:11c'est le choix de son équipe de campagne. C'est quand même un peu cher.
00:58:15Donc sur le plan politique, il aurait sans doute mieux valu choisir un endroit un peu plus accessible à tout
00:58:22le monde.
00:58:22Il y a la Rotonde, il y a des réceptions dont le cou est quand même très onéreux.
00:58:30Mais si c'est pour l'image de la France, tant mieux, je veux dire.
00:58:33L'Élysée redevient un palais dans tous les sens du terme.
00:58:36Il y a une vaisselle qui a été revue, il y a une nouvelle mise en scène,
00:58:39qui va plutôt renforcer la fonction, j'allais dire, quasi aristocratique.
00:58:46Emmanuel Macron, qui connaît bien la cuisine, qui apprécie, qui a senti aussi, je pense,
00:58:51cette importance, comme on disait tout à l'heure, de la gastronomie et de tout ce qu'il y a
00:58:54derrière.
00:58:55Macron reçoit à Versailles, c'est aussi un signe de montrer que la France est là, que la France est
00:59:01grande, que la France est belle.
00:59:02Et c'est vraiment très important.
00:59:05Une forme de magnificence, de puissance, qui est à la fois une façon de bien recevoir, mais aussi d'impressionner.
00:59:11D'impressionner, oui.
00:59:12Et donc parfois de tromper, de duper.
00:59:16En 48 heures, une cérémonie aux Invalides, une réunion à l'Élysée, une visite privée de la cathédrale de Notre
00:59:23-Dame
00:59:24et un dîner au deuxième étage de la Tour Eiffel, le couple Trump aura reçu tous les honneurs de la
00:59:29République.
00:59:35La deuxième chose qu'on sait pour sûr, c'est qu'il a une culture du vin.
00:59:38Or, c'est pas si répandu que ça, en réalité, chez nos hommes politiques, la culture du vin.
00:59:43Il aime le vin, il est sensible à ça.
00:59:46Et ça fait que, d'une certaine manière, il n'a pas de mal en campagne à se mettre sur
00:59:51le registre,
00:59:51notamment quand il rencontre un agriculteur ou un vigneron.
00:59:55Il n'a pas de mal à se mettre en discussion.
00:59:58C'est un très agréable convive, Emmanuel Macron.
01:00:03Il est très agréable, il n'est pas du tout froid, ni hautain.
01:00:06En opposition à Sarkozy, qui est plus, je mange un burger ou des frites,
01:00:10enfin, dans l'imaginaire où je ne vois pas de vin.
01:00:14Macron qui boit du vin et qui le fait savoir, Macron qui défend la chasse.
01:00:18Macron a compris, quand il glorifie Jeanne d'Arc avant son élection jusqu'à ses goûts,
01:00:26à tirer des leçons à la fois du Mitterrand terrien sans devenir le Chirac boostifier.
01:00:32Il est un peu plus enraciné, en effet.
01:00:35Le président Macron est un gastronome complet.
01:00:38Il aime autant les repas de fête qu'une bonne cafette.
01:00:42On sait effectivement qu'il a sans doute un souvenir d'enfance lié au cordon bleu.
01:00:46Par ailleurs, un très bon cordon bleu, c'est absolument succulent.
01:00:50Préparé avec la bonne escalope et le bon fromage, et pané comme il faut, bien évidemment.
01:00:55Donc c'est quand même très bon.
01:00:56Mais voilà, lui il est capable d'aller le manger chez Fludge.
01:00:58Donc c'est comme ça.
01:00:59Macron aime le cordon bleu.
01:01:01Eh bien, ça me le rendrait sympathique.
01:01:04Parce que alors moi, je déteste les puristes.
01:01:05Ceux qui arrivent et qui disent, il faut toujours bien manger, il faut toujours...
01:01:09Moi, je me fais parfois des McDo, j'avoue, honteusement.
01:01:12Les dimanches soir, les grands lendemains de cuites, et je me fais des Big Mac dégueulasses.
01:01:17Et il y a ma fille qui tape comme ça dans les nuggets avec ma femme,
01:01:20et on se regarde une dobe à la téloche, et ça fait partie des plaisirs de la vie.
01:01:25Et il y a un mec qui avoue aimer les cordons bleus, quelque part,
01:01:28ça me le rend un peu plus sympathique, parce que je dis, il avoue, on est tous comme ça.
01:01:33Eh bien, une fois, quand on avoue, plaisir coupable, on appelle ça.
01:01:36Eh bien, plaisir coupable, j'aime bien.
01:01:39Emmanuel Macron, c'est assez ambigu, parce qu'on l'a vu, par exemple,
01:01:43lors de sa campagne de 2017, manger un cordon bleu dans un self d'autoroute.
01:01:50Ça, c'était l'image de quelqu'un de proche du peuple, des réalités.
01:01:53Mais on sait que c'est aussi un grand amateur de très bon vin.
01:01:57C'est le premier, d'ailleurs, qui a véritablement défendu la viticulture française.
01:02:02Emmanuel Macron revisite à sa sauce la grande cuisine de ses prédécesseurs.
01:02:06Il manie l'art du contre-pied, quitte à les mettre dans le plat.
01:02:12Tous les, c'est leur en même temps.
01:02:16On va le retrouver dans l'alimentation.
01:02:19Et on retombe sur un modèle métissant du Giscard et du Mitterrand.
01:02:24C'est-à-dire, il y a les côtés aristocratiques de Mitterrand,
01:02:28il y a les côtés majestueux, enfin, de la fonction,
01:02:32avec en même temps la pensée technocratique de Giscard.
01:02:36Donc, on pourrait dire, c'est ça, et en même temps.
01:02:38Il fait une déclaration à la presse en disant que le meilleur plat qu'il mangeait,
01:02:41c'était le cordon bleu, le cordon bleu à Henri IV.
01:02:45Ma fille était en Henri IV.
01:02:46Je veux dire que les cordons bleus dans Henri IV, c'était quand même pas le pied.
01:02:49Donc, quand on défend la gastronomie française,
01:02:53il ne faut mieux pas prendre dans la restauration collective,
01:02:56ce que la restauration collective fait de plus mal.
01:02:59C'est vraiment le stéréotype, c'est la caricature
01:03:01de ce qu'il ne faut pas faire en restauration collective.
01:03:03On a des surprises.
01:03:04C'est un homme à surprise.
01:03:08De la rotonde au cordon bleu en passant par le mouton Rothschild,
01:03:12le président fait sa confiture maison et ça porte ses fruits.
01:03:17La cuisine n'a jamais été aussi politique qu'aujourd'hui.
01:03:21Ça tombe bien, c'est un sport national.
01:03:28Quand je les voyais, les sportifs, on était plus ou moins sur la même longueur d'ombre
01:03:32parce qu'en fait, on s'est battus pour le drapeau français pour notre pays.
01:03:37Nous, on se bat au niveau de l'assiette et eux, ils se battent par rapport à leur métier.
01:03:41À ce qu'on vendisse le drapeau français par rapport à nos valeurs.
01:03:47En 2010, nous n'étions pas champions du monde,
01:03:50mais l'art de la table à la française entre au patrimoine de l'UNESCO.
01:03:54Et c'est grâce à celui qui fut le moins porté sur la chose, Nicolas Sarkozy.
01:03:59Un French paradoxe de plus qui marque la variété croustillante de nos pratiques alimentaires.
01:04:03C'est le sandwich baguette, comme nos interminables dîners, que la communauté mondiale a sanctuarisé.
01:04:11La cuisine française, son art aussi, comme la langue française, c'est qu'elle n'est pas fermée,
01:04:15c'est qu'elle est ouverte, c'est qu'elle est en permanence remise en question, qu'elle accueille d
01:04:19'autres cultures, etc.
01:04:19Donc en ça aussi, elle est intéressante parce qu'elle n'est pas impérialiste.
01:04:24Chacun en fait ce qu'il veut. On peut encore la faire évoluer.
01:04:28Souriez mes compagnons, dansons bouffons, soyons galurons, et toujours sans concession, là.
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