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En octobre 2008, un corps est retrouvé dans une voiture à Villard-Bonnot, en Isère. Le véhicule est calciné mais la plaque d’immatriculation est intacte, ce qui permet aux gendarmes de remonter jusqu’à son propriétaire. Il se rendent chez lui et tombent sur sa femme, Manuela Gonzalez. Rapidement, cette dernière éveille leurs soupçons.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Marin Guillon Verne, Clémentine Spiler et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Marin Guillon Verne, Clémentine Spiler et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network.
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00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:07Un jeune garçon de 10 ans a été tué par balle.
00:10Des aveux, 33 ans après.
00:12Son corps a été retrouvé un mois plus tard.
00:15Des hommes cagoulés ont tiré sur les mariés.
00:17Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle avec le chef du service poli-justice du Parisien, Damien Delsenie.
00:31Bonjour Damien.
00:32Bonjour Claudia.
00:33Aujourd'hui dans Crime Story, l'histoire de Manuela Gonzalez, surnommée par les médias la veuve noire de l'Isère.
00:39Devenir le compagnon de Manuela Gonzalez comportait un risque majeur, celui de mourir ou de passer tout près de la
00:45mort.
00:46Alors, est-ce de la malchance ? Est-ce la fatalité ? Ou est-ce que Manuela Gonzalez cachait de
00:51lourds secrets ?
00:55Vendredi 31 octobre 2008, au petit matin, la commune de Villarbonneau en Isère se réveille.
01:01Cette ville de 8000 habitants est située au cœur de la vallée du Grésivaudan, à 15 km au nord de
01:06Grenoble.
01:07Entre le massif de la Chartreuse et celui de Belle-Donne, Villarbonneau est une petite ville rurale et tranquille.
01:14A la gendarmerie, on commence doucement la journée.
01:17La nuit a été calme, rien à signaler, croit-on.
01:20Jusqu'à ce que le téléphone sonne. C'est un riverain qui contacte la brigade.
01:24Comme d'habitude, cet homme est sorti de chez lui quelques minutes, tôt le matin, pour promener son chien sur
01:30les berges de l'Isère.
01:31En empruntant un chemin en terre, il est tombé sur une voiture calcinée.
01:35Et à l'intérieur de la voiture, il a découvert un corps.
01:38Les gendarmes arrivent rapidement sur les lieux.
01:41La voiture, complètement carbonisée, est située au bout d'une parcelle de terre.
01:45Le corps à l'intérieur est trop détérioré pour qu'on puisse en déduire quoi que ce soit, si ce
01:50n'est qu'a priori, c'est celui d'une personne adulte.
01:53Le corps est en position assise, installée sur la banquette arrière de la voiture.
01:58Le véhicule a brûlé pendant longtemps.
02:00Tout le plastique a fondu et il ne reste que la carcasse en ferraille.
02:05Dans le coffre de la voiture, les gendarmes retrouvent également le cadavre d'un chien, un labrador.
02:10Ils analysent que des produits ont été utilisés pour accélérer la combustion, mais ils n'arrivent pas à savoir d
02:16'où sont précisément parties les flammes.
02:19Ce serait un élément important pour la suite de l'enquête.
02:22Est-ce que la personne a décidé de se suicider en mettant elle-même le feu au véhicule ou est
02:27-ce qu'elle a été victime d'un meurtre ?
02:29La position du cadavre et son emplacement dans la voiture font plutôt pencher les enquêteurs pour la deuxième hypothèse.
02:36Une enquête est ouverte pour déterminer les circonstances du décès.
02:39En parallèle, les gendarmes tentent d'identifier la victime.
02:43Pour cela, ils disposent d'un indice de taille.
02:46Malgré le fait que la voiture est carbonisée, la plaque d'immatriculation est quasiment intacte.
02:51Très vite, les gendarmes trouvent le nom du propriétaire.
02:54C'est un homme de 58 ans, prénommé Daniel Cano, qui vit sur la commune de Villarbonneau.
03:03Damien, à ce stade, les gendarmes ne peuvent pas être certains que le corps découvert dans la voiture est celui
03:10du propriétaire.
03:11Pour en savoir plus, ils se rendent au domicile de Daniel Cano, situé à 150 m du lieu de découverte
03:18de la voiture.
03:18Il sonne à la porte. C'est une femme qui ouvre.
03:21Elle s'appelle Manuela Gonzales. C'est la femme de Daniel Cano.
03:25Donc, ils sont un petit peu prudents.
03:28Ils ne vont pas lui dire qu'ils sont là parce qu'ils se demandent si c'est son mari
03:33qui est mort.
03:33Mais en tout cas, ils vont juste lui demander si elle sait où se trouve Daniel Cano, son mari.
03:38Et immédiatement, elle va leur dire non.
03:40Elle va leur dire qu'il est sorti la veille au soir et depuis, il n'est pas rentré.
03:44Ces premiers éléments laissent penser aux gendarmes que c'est bien le corps de Daniel Cano qu'ils ont retrouvé
03:48dans la voiture.
03:49Dans le doute et en attendant les résultats de l'autopsie, ils décident de perquisitionner sa maison.
03:54Pourquoi est-ce qu'ils font ça aussi rapidement ?
03:56Ils ont le sentiment quasi immédiat quand ils se retrouvent face à Manuela Gonzales qu'il y a quelque chose
04:02de suspect.
04:03Ils ont un sentiment bizarre, les gendarmes.
04:04Donc, ils décident de mener cette perquisition.
04:06C'est vrai que c'est très tôt parce qu'on n'a toujours pas l'identité de la personne
04:09qui a été retrouvée carbonisée dans la voiture.
04:11Mais ce qui les a beaucoup surpris, c'est que Manuela Gonzales Cano, elle leur a tout de suite donné
04:17son emploi du temps de la veille, l'emploi du temps de son mari.
04:21Ils ont trouvé que toutes ces précisions données, alors qu'ils n'y ont rien annoncé de particulier, ils ont
04:26trouvé ça tout de suite très bizarre.
04:27Qu'est-ce qu'ils trouvent pendant cette perquisition ?
04:29Ils vont surtout retrouver le téléphone portable de Daniel Cano.
04:33Alors, en général, quand on sort, on prend son téléphone, on peut l'avoir oublié, mais en plus de ce
04:38téléphone, les gendarmes vont aussi trouver le permis de conduire et la carte d'identité de Daniel Cano.
04:46Dans le garage du couple, les gendarmes remarquent la présence d'un panier pour chien.
04:51Pourtant, aucun animal dans la maison.
04:53Et si le chien était celui retrouvé dans le coffre de la voiture incendiée ?
04:58Dès ce moment-là, et bien que l'autopsie n'ait pas encore confirmé l'identité du cadavre,
05:02Manuela devient suspecte aux yeux des enquêteurs.
05:05Et la vie de Daniel, une mine potentielle d'indices qu'il leur faut creuser.
05:10Daniel Cano est chaudronnier tuyoteur dans une usine de la vallée du Grésivaudan,
05:15comme beaucoup d'habitants de Villarbonneau qui concentrent une grosse population d'ouvriers,
05:19dû à sa proximité, justement, avec diverses usines.
05:22Au travail, Daniel est identifié comme un homme sympathique, un employé fiable et un bon camarade.
05:28À 58 ans, il est à seulement quelques mois de la retraite.
05:32Passionné de rugby depuis de nombreuses années, Daniel a la peau pâle, les cheveux gris, les yeux clairs et porte
05:37la moustache.
05:39Manuela, 48 ans, est une ancienne responsable d'auto-école.
05:42Elle a les cheveux noirs de G et est décrite par tous comme une voisine sympathique
05:47et toujours disponible pour garder les enfants.
05:50Ils vivent ensemble dans une petite maison en lotissement,
05:52que Daniel a presque entièrement construite de ses mains.
05:55Un étage, des murs en crépit, des volets en bois vernis, un portail blanc,
06:00une petite piscine dans le jardin et surtout, une superbe vue sur les montagnes.
06:05Manuela et Daniel Cano se sont rencontrés en 1991.
06:09Elle avait 31 ans, lui 41.
06:11Il était alors le père célibataire d'un petit Nicolas, âgé de 8 ans.
06:15De son côté, elle a aussi un enfant, une petite fille prénommée Virginie.
06:20La famille recomposée fonctionne parfaitement bien.
06:23Nicolas adopte sans difficulté sa nouvelle belle-mère,
06:26une femme dont il devient vite proche et qu'il décrit comme joviale, souriante,
06:30aimant rendre service et recevoir les gens.
06:33Devenu adulte, il résumera son enfance auprès de son père ainsi.
06:3717 ans d'une vie de famille tranquille, pas d'ombre au tableau.
06:41Pas de raison donc pour Manuela d'adopter ce comportement bizarre face aux gendarmes.
06:45Pourquoi essaie-t-elle de se justifier alors que les enquêteurs ne lui ont rien demandé ?
06:49Manuela doit avoir quelque chose à se reprocher.
06:54Damien, les enquêteurs placent tout de suite Manuela en garde à vue.
06:58Elle est veuve depuis moins de 24 heures, ils n'ont aucun élément.
07:01Est-ce que c'est fréquent de procéder ainsi ?
07:02Alors quand on n'a aucun élément technique, c'est assez rare.
07:06Parce qu'en réalité, là, ils ont juste un sentiment, une conviction,
07:10qu'elle a quelque chose à se reprocher, qu'elle a un comportement bizarre.
07:12Mais c'est quand même très léger pour placer quelqu'un immédiatement comme ça
07:16après des faits en garde à vue.
07:17On rappelle qu'à ce moment-là, on ne sait toujours pas de manière certaine
07:21si c'est Daniel Canot qui est bien carbonisé dans la voiture.
07:23Il y a une grosse possibilité que ce soit lui, mais ce n'est pas complètement certain.
07:26Et surtout, il n'y a aucun élément technique, aucune preuve absolue que c'est elle.
07:30Donc c'est quand même extrêmement tôt dans une enquête.
07:34Dans les locaux de la gendarmerie, elle revient sur la journée du 30 octobre,
07:38la dernière journée où elle a vu Daniel.
07:39Elle raconte qu'il a consacré la matinée à couper du bois
07:42et que comme il s'est blessé pendant cette opération,
07:44il a pris un médicament, mais il s'est trompé.
07:47Oui, au lieu de prendre un médicament antidouleur,
07:49il a avalé un somnifère, ce qui l'a fait dormir une bonne partie de l'après-midi.
07:54Elle raconte ensuite que le soir, quand il s'est réveillé, ils se sont disputés.
07:59Il était environ 20 heures.
08:01Manuel a dit que Daniel était à ce moment-là très en colère,
08:03que c'est pour ça qu'il a quitté la maison, qu'il est parti faire un tour.
08:07Elle, elle est restée seule, elle est allée se coucher.
08:09Le lendemain matin, quand elle s'est réveillée, il n'était pas là,
08:13mais elle a pensé qu'il était rentré dans la nuit
08:15et qu'il était ensuite parti à son travail, tout ça, sans qu'elle ne se réveille et qu'elle
08:19le voit.
08:20Après quelques heures de garde à vue,
08:21un médecin arrive à la brigade de gendarmerie pour évaluer la suspecte.
08:26C'est une procédure normale.
08:27Oui, ça fait partie de la procédure de la garde à vue.
08:30Il faut appeler un médecin, il faut éventuellement demander au garde à vue
08:33ou à la garde à vue si elle veut aussi avoir un contact avec un avocat.
08:36Donc le médecin, il vient pour un examen assez sommaire,
08:39ça se passe dans des locaux, soit de gendarmerie, soit de police,
08:42il vient juste vérifier que l'état du suspect est compatible avec une mesure de garde à vue.
08:47Et ce médecin-là, ce jour-là, il considère que Manuela n'est pas en état d'être entendue
08:53sous le régime de la garde à vue.
08:55La garde à vue est donc stoppée et Manuela est hospitalisée en service psychiatrie à Grenoble.
09:01Pendant ce temps-là, le corps n'est toujours pas identifié ?
09:04Non, alors ça prend toujours du temps, surtout que le corps, on l'a dit, est extrêmement dégradé,
09:08donc il faut faire des analyses qui prennent quelques jours.
09:10Mais au bout de quelques jours, les gendarmes vont avoir la confirmation de ce qu'ils pressentaient,
09:15c'est-à-dire qu'il s'agit bien du corps de Daniel Cano.
09:21Après son passage en hôpital psychiatrique, Manuela González est remise en liberté.
09:25Elle s'est constituée partie civile.
09:27Elle en avait la possibilité puisqu'elle n'a pas été mise en examen.
09:31On le rappelle, sa garde à vue a été interrompue, donc aucune charge ne pèse sur elle.
09:36En tout cas juridiquement parlant.
09:38En tant que partie civile, elle a accès au dossier.
09:41Les enquêteurs continuent néanmoins de la surveiller, et son comportement les étonne toujours.
09:45Loin d'être abattue par la mort de son mari, Manuela González entreprend de nombreux travaux dans la maison.
09:51Ça ne prouve rien, mais pour les enquêteurs, ça semble complètement décalé.
09:56Détail encore plus troublant, deux mois après la découverte du corps calciné de Daniel,
10:00de nouveaux résultats d'analyse parviennent à la gendarmerie de Villarbono.
10:04Sur le cadavre, les médecins légistes ont pu prélever de minuscules traces de sang.
10:07Après avoir été analysées, elles ont révélé la présence de somnifères, comme l'avait expliqué sa femme Manuela.
10:14Sauf que le chaudronnier n'a pas ingéré un seul somnifère, mais au moins deux molécules différentes,
10:19ainsi qu'un anxiolytique, du Temesta.
10:45Damien, cet élément finit de convaincre les gendarmes que Daniel a pu être drogué par sa femme.
10:50Leur hypothèse est la suivante.
10:52Elle lui a fait prendre à son insu un cocktail de médicaments.
10:55Elle a ensuite amené la voiture dans le champ avant d'y mettre le feu avec Daniel à l'intérieur
11:01et de repartir à pied, ce qui est relativement simple pour elle,
11:04puisqu'elle habite à seulement une centaine de mètres du lieu des faits.
11:07En tout cas, ils sont quasiment sûrs, les gendarmes, que Daniel était inconscient
11:12au moment où la personne qui l'a assassinée a mis le feu à sa voiture.
11:16Ils vont aussi apprendre qu'un mois plus tôt, Daniel a déjà failli mourir dans un incendie.
11:21En pleine nuit, vers 5h du matin, c'est Manuela qui appelle les pompiers.
11:25Le feu s'est déclaré dans la chambre où dort Daniel pendant qu'elle fait la cuisine en bas.
11:30C'est le chien qui, d'après elle, aurait fait tomber une bougie.
11:33Elle n'a pas tout de suite réalisé qu'il y avait le feu dans la maison.
11:36En tout cas, quand les pompiers arrivent cette nuit-là,
11:38ils trouvent Daniel Canot inconscient et partiellement brûlé.
11:42Il est conduit à l'hôpital et il échappe finalement de peu à quelque chose de plus grave.
11:46Pour les enquêteurs, le récit de cette nuit jette encore une fois le trouble sur le comportement de Manuela.
11:52Oui, parce qu'il se demande, comme pour le reste,
11:55si c'est bien exactement comme cela que les choses se sont passées,
11:57si le récit de Manuela est conforme à la vérité.
12:00D'autant que le fils de Daniel, lui, va raconter qu'il a entendu une dispute entre son père et
12:06Manuela
12:06et qu'il aura entendu son père dire à sa belle-mère,
12:09ne me prend pas pour un con, je sais pertinemment qu'il n'y avait pas de bougie dans la
12:13chambre.
12:14D'après le fils de Daniel Canot, Nicolas, ce dernier aurait pu penser que sa femme avait tenté de l
12:19'assassiner.
12:20D'ailleurs, une information judiciaire pour assassinat était déjà ouverte
12:24et une autre s'ajoute pour tentative d'assassinat.
12:28Mais pour mettre en examen quelqu'un, il ne suffit pas d'avoir des suspicions.
12:32Il faut des éléments matériels ainsi qu'un mobile.
12:34Et dans l'affaire de la mort de Daniel Canot, il en manque.
12:38Les enquêteurs cherchent donc pourquoi Manuela Gonzalez aurait pu vouloir tuer son mari.
12:42Les premiers éléments de l'enquête mettent en lumière de bonnes relations entre les époux.
12:47C'est un couple stable, depuis 17 ans, et qui semble toujours amoureux.
12:51Le quotidien entre eux est tranquille.
12:53C'est en analysant les relevés bancaires du couple
12:55que les gendarmes vont découvrir les premières aspérités.
12:59Au moment de la mort de Daniel, Manuela et lui traversaient une passe difficile financièrement.
13:03En mars 2008, 7 mois avant sa mort, Daniel Canot avait été informé
13:08qu'ils étaient en retard du paiement de mensualité d'un prêt de 165 000 euros.
13:13La maison risquait d'être saisie.
13:15Problème ? Daniel ne savait pas qu'il était co-emprunteur de cette grosse somme d'argent.
13:20Et donc, il ne savait pas que la maison avait été hypothéquée.
13:23D'ailleurs, selon son fils, il n'aurait jamais accepté d'hypothéquer cette maison
13:28qu'il avait construite lui-même de ses mains et qu'il aimait plus que tout.
13:35Damien Delceny, Manuela Gonzalez joue dans les casinos.
13:39C'est la raison pour laquelle elle a contracté ce prêt.
13:42Comment est-ce que Daniel Canot réagit quand il découvre l'ampleur de ses dettes ?
13:47Toujours selon le fils de Daniel, Nicolas, cette découverte va créer évidemment des difficultés dans le couple.
13:53On imagine bien pourquoi.
13:55La relation de confiance est brisée.
13:57Daniel est très en colère de faire cette découverte.
13:59Alors, avec ces nouveaux éléments, on peut se demander pourquoi à l'époque,
14:03Daniel ne porte pas plainte puisqu'il se retrouve co-emprunteur alors qu'il n'est même pas au courant.
14:08La maison est hypothéquée, il n'est même pas au courant.
14:11Donc, on peut se dire qu'il aurait pu déposer plainte contre Manuela.
14:13Et en plus, on sait qu'il la soupçonne quand même aussi d'avoir essayé de la tuer lorsqu'il
14:17y a eu le feu dans la chambre
14:18et que Daniel a failli mourir.
14:20Donc, les enquêteurs ne peuvent faire que des suppositions,
14:23mais ils pensent qu'il n'a pas voulu déposer plainte contre son épouse
14:27pour ne pas lui porter préjudice ou parce qu'ils étaient depuis très longtemps ensemble.
14:32Même si, on le sait, la relation entre eux se délitait
14:35et que d'après Nicolas, le fils de Daniel, ce dernier envisageait purement.
14:40Et simplement, de divorcer.
14:41Donc, il souhaitait sans doute se séparer de Manuela
14:44sans avoir à passer par la case dépôt de plainte.
14:47Dans les comptes bancaires, d'autres éléments apparaissent.
14:50Oui, il remarque que quelques semaines seulement avant la mort de Daniel Cano,
14:55de l'argent sur les comptes de Daniel a été transféré vers le compte commun du couple.
15:00Mais il a quitté assez vite cet argent, le compte commun du couple,
15:03pour aller sur le compte personnel de Manuela González.
15:06Donc, ce mouvement d'argent finit de convaincre les enquêteurs
15:10que, depuis le début, il se passe quand même des choses bizarres,
15:13qu'elle a quand même pas mal de choses à se reprocher.
15:15Mais cette fois, surtout, ils ont ce qu'ils attendaient,
15:18c'est-à-dire qu'ils ont un mobile.
15:20Et ça ne s'arrête pas là.
15:21Oui, parce que le passé de Manuela est aussi assez significatif
15:26et très inquiétant dans cette affaire.
15:27Les enquêteurs vont en effet apprendre qu'elle a été mariée plusieurs fois
15:31et que d'autres de ses précédents maris, compagnons,
15:35ont été eux aussi potentiellement drogués.
15:38Deux sont même morts dans des circonstances particulièrement étranges
15:41et tellement étranges qu'elles sont surtout assez comparables
15:44à celles dans lesquelles est mort Daniel Cano.
15:50Manuela González est née en Isère dans une famille d'origine espagnole.
15:54Son enfance, entourée de ses huit frères et sœurs, se passe bien.
15:58En 1981, Manuela a 20 ans.
16:00Elle est en couple depuis trois ans
16:02et elle donne naissance à une petite fille, Virginie.
16:05Alors que Virginie a deux ans,
16:07son père est hospitalisé en urgence au mois de décembre 1983
16:10après une absorption massive de médicaments.
16:14Opéré de l'osophage,
16:15il restera dans le coma pendant trois mois avant de se rétablir.
16:19Le couple se sépare finalement en 1985
16:22sans qu'aucune enquête n'ait été menée.
16:25Manuela a 24 ans
16:26et trouve un travail de monitrice d'auto-école à Brignoux,
16:29une ville située juste au nord de Villarbonneau,
16:31toujours dans la vallée du Grésivaudan.
16:33C'est dans ce contexte qu'elle rencontre un autre homme,
16:36Michel.
16:37C'est un bijoutier de la région
16:38avec lequel elle entame une histoire amoureuse.
16:41Moins d'un an après l'hospitalisation
16:42du premier mari de Manuela González,
16:44Michel est également conduit en urgence à l'hôpital.
16:47Un jour, il fait plusieurs malaises
16:50et il est pris de vomissement soudain.
16:52Pourtant, rien de notable ne s'est passé cet après-midi-là.
16:55Il a simplement bu une tasse de thé
16:57que lui avait servi Manuela.
17:00Michel aurait pu ne pas faire le rapprochement.
17:02Mais quand il rentre chez lui,
17:03après son hospitalisation,
17:05il remarque qu'un chèque de 80 000 francs
17:07lui a été volé.
17:08Il porte plainte contre Manuela
17:10qui avoue sa faute.
17:11Oui, elle lui a bien volé ce chèque
17:13et pour y arriver,
17:14elle lui a fait prendre à son insu
17:16un puissant anxiolytique,
17:18celui qu'on a aussi retrouvé
17:20dans le sang de Daniel,
17:21du Temesta.
17:22Mais elle ne voulait pas le tuer,
17:24seulement l'endormir, dit-elle,
17:26le temps de commettre son larcin.
17:28Quand la justice se prononce sur cette affaire,
17:30Manuela González n'est pas jugée
17:31pour tentative d'homicide,
17:33mais pour avoir administré un médicament
17:35à son compagnon,
17:36à son insu
17:36et pour vol.
17:38Elle écope de deux ans de prison avec sursis,
17:40ce qui signifie qu'elle n'effectuera cette peine
17:42que si elle commet une nouvelle infraction.
17:45Pendant plusieurs années,
17:46le quotidien de Manuela devient plus calme.
17:48Elle rencontre un nouveau compagnon,
17:50il s'appelle François
17:51et il gère un bar
17:52dans le centre-ville de Villarbonneau.
17:55Manuela s'installe avec lui,
17:56au-dessus du bar.
17:57Peu de temps après,
17:58il décide finalement de vendre l'établissement
18:01et d'acheter une maison un peu plus loin.
18:03Nous sommes en 1989
18:05et Manuela a 28 ans.
18:11Damien,
18:11dans la nuit du vendredi 28
18:13au samedi 29 avril,
18:15François se suicide.
18:16Son corps est découvert
18:18dans sa voiture,
18:19moteur allumé,
18:20dans le garage de la maison
18:22et les examens pratiqués
18:25démontrent qu'il a absorbé
18:26des médicaments.
18:28L'enquête conclut en effet
18:29à un suicide,
18:30mais la famille de François
18:31n'y croit pas du tout.
18:32Non, pour eux,
18:33ça paraît complètement insensé.
18:34Tout le monde dit qu'il allait bien,
18:36qu'il n'était pas déprimé.
18:37On ne lui découvre effectivement
18:39aucun problème financier,
18:41particulier,
18:42au moment de sa mort.
18:43Alors, le suicide,
18:44c'est toujours délicat.
18:45On peut ne pas émettre
18:47de signes particuliers
18:48vis-à-vis de ses proches
18:49et être quand même
18:50en capacité de se suicider.
18:52On a rarement des certitudes
18:53sur les raisons
18:54qui poussent quelqu'un
18:55à se donner la mort.
18:56Mais là, vraiment,
18:57sa famille a du mal
18:58à accepter cette version
18:59de ce qui est arrivé,
19:00soi-disant, à François.
19:01En 1991,
19:03un autre compagnon
19:04de Manuela,
19:05Thierry,
19:06meurt dans un incendie.
19:07Oui, alors,
19:08c'est le 6 avril 1991.
19:09On est donc quasiment
19:10deux ans,
19:12jour pour jour,
19:13après le suicide
19:14de François
19:14dans son garage.
19:16Thierry, lui,
19:16on va le retrouver
19:17asphyxié
19:18dans un cagibi
19:19après l'incendie
19:20de la maison.
19:21Là encore,
19:22il y a des traces
19:23de médicaments,
19:23de prises de médicaments
19:24qui sont retrouvées
19:25dans le sang de Thierry.
19:27Manuela va être mise
19:28en examen.
19:29L'enquête va durer
19:30trois ans,
19:31mais elle va s'achever
19:32par un non-lieu.
19:33Ça veut dire
19:34qu'aucune charge,
19:35en tout cas pas de charge
19:35suffisante,
19:36ne pèse à ce moment-là
19:37sur Manuela.
19:39Alors,
19:39il faut dire que
19:40Manuela,
19:40elle a un alibi
19:41et pas des moindres.
19:42Le soir de l'incendie
19:43dans lequel est mort Thierry,
19:45elle n'était pas à la maison.
19:46Elle était avec un autre homme
19:48et cet autre homme,
19:49c'était Daniel Cano.
19:52À ce stade,
19:53deux des compagnons
19:54de Manuela Gonzales
19:55ont fini à l'hôpital
19:56et deux autres sont morts.
19:58L'enquête sur la mort
19:59du dernier
20:00se clôt sur un non-lieu.
20:02Manuela Gonzales
20:03se met en couple
20:03avec Daniel Cano
20:04et il se marie.
20:06Jusqu'à la mort
20:07de son père,
20:08son fils,
20:09Nicolas,
20:09n'a jamais douté
20:10de la bonne foi
20:11de sa belle-mère
20:12avec laquelle il a partagé
20:13presque 20 ans de sa vie.
20:14Mais plusieurs mois
20:16après le décès de son père,
20:17tous les éléments
20:18que nous avons énoncés
20:19l'ont convaincu.
20:20Il ne croit pas une seconde
20:21que Daniel s'est suicidé
20:23et il est même sûr
20:24qu'il a été assassiné
20:25par Manuela Gonzales.
20:27Fin mars 2010,
20:29après 18 mois d'enquête,
20:30les gendarmes
20:31n'ont plus de doute.
20:32Manuela Gonzales
20:33est mise en examen
20:34pour tentative
20:35d'homicide volontaire
20:36et homicide volontaire
20:37avec préméditation.
20:39Elle est incarcérée
20:40à la maison d'arrêt
20:41de Chambéry
20:41mais nie farouchement
20:42les faits
20:43qui lui sont reprochés.
20:44Dans les médias,
20:45Manuela Gonzales
20:46obtient le surnom
20:47de veuve noire de l'Isère.
20:49Son histoire est racontée,
20:51la santé fragile
20:51de ses compagnons
20:52pointée avec ironie.
20:54Clamant toujours
20:54son innocence,
20:55la veuve attend son procès.
20:57Celui-ci s'ouvre
20:58quatre ans plus tard,
20:59le lundi 14 avril 2014,
21:01devant les assises
21:02de l'Isère
21:03à Grenoble.
21:04La version de Manuela
21:05et de ses avocats
21:06n'a pas changé.
21:07Elle est victime
21:08d'une erreur judiciaire.
21:09Ce dossier est vicié
21:10par son passé prescrit
21:11ou déjà jugé,
21:13estime son avocat,
21:14maître Ronald Gallo.
21:16Sur le banc
21:16des partis civils,
21:17Nicolas,
21:18le fils de Daniel Cano,
21:19ne voit pas les choses
21:20de la même manière.
21:21Il espère que Manuela Gonzales
21:23va profiter
21:24des quelques jours
21:24d'audience
21:25pour dire la vérité
21:26et reconnaître
21:27l'assassinat
21:28de son père.
21:28Dans le box,
21:30Manuela se tient droite,
21:31ses longs cheveux noirs
21:32tenus par un serre-tête.
21:33Elle a 53 ans,
21:35le visage marqué
21:36par ses quatre ans
21:36de détention,
21:37une petite veste grise,
21:39une chemise blanche
21:39et un foulard rose
21:40autour du cou.
21:42« Je conteste les faits, »
21:43dit-elle.
21:44« Je suis innocente
21:45et je suis là
21:45pour le démontrer. »
21:47Dès le premier jour
21:48du procès,
21:49un des ex-mari
21:50de Manuela Gonzales
21:51est appelé à la barre.
21:52C'est celui qui,
21:53en 1983,
21:55est resté trois mois
21:56dans le coma
21:56après une étrange
21:57intoxication.
21:58Dans son témoignage,
22:00pas de haine,
22:01pas de rancœur.
22:02Au contraire même,
22:03il n'explique pas
22:05cette intoxication
22:05et cette opération
22:06de l'osophage en urgence
22:08dont il garde des séquelles
22:0930 ans après.
22:10Mais il ne veut pas
22:11accabler son ancienne épouse,
22:12la mère de sa fille.
22:13Quand on lui présente
22:14les cas des autres compagnons
22:15de Manuela Gonzales,
22:17il dit juste être troublé
22:18par l'association
22:19de ces différents événements.
22:23Damien,
22:24la suite du procès
22:25est consacrée
22:26à la personnalité
22:27de Manuela,
22:28on décortique
22:29ses relations
22:30et les différentes
22:31escroqueries
22:31auxquelles elle s'est livrée.
22:33Oui, mais même
22:33ses escroqueries,
22:34elle les nie.
22:35Elle va dire à la barre
22:36« je ne cours pas
22:37après le fric,
22:38même s'il en faut
22:39pour payer ses dettes ».
22:40Alors,
22:41elle dit ça,
22:41mais l'enquête
22:42a quand même établi
22:43qu'elle jouait
22:43et qu'elle perdait
22:44beaucoup d'argent
22:45au casino.
22:46Elle va aussi être questionnée
22:48sur ses multiples conquêtes,
22:50enfin,
22:50sur sa vie sentimentale
22:51et surtout sur la mort
22:52de trois de ses compagnons.
22:54Elle va conclure
22:55devant les jurés
22:55« si c'était à refaire,
22:57je resterais seule
22:58avec ma fille
22:59et la malédiction
23:00n'aurait pas eu lieu. »
23:01C'est une histoire
23:02de malchance
23:03qui me poursuit.
23:04Que disent
23:05les experts psychiatres
23:06à son propos ?
23:07L'un va la dépeindre
23:08comme une femme
23:08sans aucun sens moral.
23:10Un autre va parler
23:11d'une personnalité
23:12originale,
23:14voire étrange
23:14et qui reste
23:15en partie
23:16une énigme.
23:17Il y a la fille
23:18de Manuela aussi
23:19qui va être évidemment
23:20entendue à la barre.
23:21Elle va avouer
23:22qu'elle s'est posée
23:23elle-même
23:23des questions
23:24sur sa mère,
23:25sur sa responsabilité
23:26possible.
23:27Mais aujourd'hui,
23:28elle dit qu'elle ne doute plus.
23:29C'est ma mère
23:30et je crois en la vérité,
23:32je crois en maman,
23:33dit-elle.
23:34Le vendredi 18 avril 2014,
23:36Manuela González
23:37est condamnée
23:38à 30 ans
23:38de réclusion criminelle.
23:40Oui,
23:40quelques heures plus tôt,
23:41ces derniers mots
23:42ont été
23:42« j'aimais énormément
23:44mon mari,
23:45il est insupportable
23:46qu'on puisse penser
23:47que je l'ai tué,
23:48je suis innocente. »
23:50jusqu'au bout,
23:51elle a clamé
23:52son innocence
23:52sans succès.
23:54Elle est effectivement
23:54condamnée
23:55à 30 ans
23:56de réclusion criminelle.
23:57Elle va évidemment
23:58faire appel.
24:01Le lundi 21 septembre 2015,
24:03à la surprise générale,
24:04Manuela González
24:05est libérée
24:06après avoir passé
24:075 ans en prison.
24:08Elle n'a pas purgé
24:09sa peine,
24:10mais elle bénéficie
24:11d'un vice de procédure,
24:12car alors qu'elle a fait appel,
24:14un an après son premier procès,
24:15aucune date
24:16de nouvelle audience
24:17n'a été fixée.
24:18La chambre d'instruction
24:19a estimé
24:20que le délai
24:21entre la première instance
24:22et l'appel
24:22dépassait
24:23le délai raisonnable
24:24prescrit par la loi.
24:26C'est donc libre
24:27que Manuela González
24:28attend son deuxième procès.
24:30Elle reprend une vie normale
24:31et travaille
24:32dans une auto-école
24:33gérée par sa famille.
24:35En mai 2016,
24:36un peu moins d'un an après,
24:38Manuela González
24:39comparaît une nouvelle fois
24:40devant la cour d'assises
24:41de la Drôme.
24:42Condamnée à la même peine,
24:44elle retourne en prison
24:45à l'âge de 55 ans.
24:47Clamant toujours
24:47son innocence,
24:48Manuela González
24:49annonce un pourvoi
24:50en cassation.
24:51Il est rejeté.
24:52Elle formule alors
24:53un pourvoi devant
24:54la cour des droits
24:55de l'homme.
24:55Elle est à nouveau déboutée,
24:57ce qui rend sa condamnation
24:59définitive.
25:10Vous venez d'écouter
25:11Crime Story,
25:12Manuela González,
25:13la veuve noire de l'Isère.
25:15Ce récit était écrit
25:16par Claudia Prolongeau
25:17et raconté avec
25:18Damien Delsenis.
25:19Pour écouter
25:20tous nos autres podcasts,
25:21c'est sur le site
25:21leparisien.fr
25:22et sur n'importe quelle
25:24plateforme d'écoute.
25:25Cette semaine,
25:26il y avait à la production
25:27Clara Garnier-Amourou,
25:28Clémentine Spiller,
25:29Victor Bonnoir,
25:30Marin Guillon-Verne
25:31et à la réalisation
25:33Julien Moncouquiol.
25:34Jules Lavi
25:35est le rédacteur en chef.
25:36Si vous aimez
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25:40ou des petites étoiles.
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