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Clélie Mathias, accompagnée de la rédaction d’Europe 1, propose à la mi-journée un point complet sur l’actualité suivi de débats entre invités et auditeurs.
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00:00Ça ne rigole pas, un coût de 10 à 15 milliards d'euros, voici ce qu'a évoqué hier Monique
00:07Barbu pour évoquer les conséquences des vagues de canicules durant cet été 2026.
00:12Et parmi les premières victimes de ces épisodes, il y a les agriculteurs.
00:17Et justement, j'accueille Thierry Pouch, chef économiste des chambres d'agriculture.
00:22Bonjour Thierry Pouch.
00:23Bonjour.
00:24Et merci d'être avec nous aujourd'hui, en cette mi-journée sur Europe 1.
00:27J'évoquais les agriculteurs, mais pas seulement.
00:31Certains éleveurs, à cause du manque d'herbes, sont obligés de vendre leurs bovins.
00:3540 à 50% du maïs produit ici en France est déjà perdu.
00:41Thierry Pouch, est-on à l'aube de l'une des plus graves crises que l'agriculture française ait connue
00:48dans notre époque moderne ?
00:50Thierry Pouch.
00:51Sensiblement, je crois qu'on va attendre les résultats à la fin du mois d'août, puisque ça va remonter
00:56des départements et des régions à la demande du ministère.
01:00Mais là, tous les secteurs, toutes les régions, tous les départements sont touchés.
01:05Il y a de rares exceptions.
01:07Alors les producteurs de luzerne, par exemple, sont assez satisfaits.
01:11Il faut dire que le système racinaire d'une luzerne, c'est 12 mètres, donc on peut aller chercher ça.
01:17Mais sinon, il y a quand même des difficultés.
01:21Le colza, le tournesol font un peu exception aussi, mais de très peu.
01:24Alors le maïs, le tournesol, le soja, les pommes de terre, toutes ces cultures très gourmandes en eau.
01:31Dans quel état c'est aujourd'hui ?
01:33Dans un état assez catastrophique.
01:35C'est que pour le maïs, on est entre 35 et 45% de pertes estimées.
01:39On n'a pas encore la totalité.
01:41C'est le Parisien qui rapportait ça ce matin.
01:42Voilà, et c'est non seulement le journal, mais aussi le ministère sur des relevés de terrain.
01:48Donc c'est la plus grave crise sur le maïs depuis 1980.
01:52Donc ça signifie que l'usage qu'on va faire du maïs va être très restreint,
01:56que ce soit sur l'usage alimentaire ou sur des usages alimentation animale.
02:01Donc probablement que, comme la France fournissait quand même une grosse partie de l'Union Européenne,
02:06l'Union Européenne va probablement importer davantage de maïs dans l'année qui vient.
02:12Et certainement...
02:13Depuis quel pays ?
02:14D'Ukraine, justement, puisque c'est un pays qui est au centre du sujet,
02:18dans la perspective de son adhésion à l'Union Européenne.
02:21Donc, alors ça va dépendre aussi de la circulation des navires remplis de grains sur la mer Noire,
02:27qui est quand même l'objet de tensions.
02:30Ah oui, on cumule là.
02:31Ah, on cumule tout.
02:32C'est d'ailleurs pour ça que le cumul de ces problèmes climatiques,
02:36de ces problèmes géopolitiques,
02:38ont propulsé le blé et le maïs à des niveaux qui n'avaient plus été atteints depuis plusieurs mois.
02:44Raphaël Stanville.
02:45Oui, Annie Gennevard a annoncé il y a quelques jours un plan d'accompagnement
02:51pour venir en aide au secours de notre agriculture.
02:55Mais est-ce qu'il n'y a pas un défaut d'anticipation des gouvernements successifs ?
03:00Ce n'est pas comme si on n'avait pas vu venir l'histoire.
03:03On parle de ces changements climatiques, on parle de la sécheresse et de ces canicules qui se succèdent.
03:08La France bénéficie pourtant d'une hydrométrie extrêmement généreuse.
03:12Est-ce que le cœur du sujet, ou en tout cas l'un des sujets prioritaires ne devrait pas être
03:17la manière dont on arrive à conserver cette eau
03:22qui irrigue en abondance la France reste de l'année et qui, pendant cette période de sécheresse, n'est pas
03:27contenue ?
03:30Justement, sur la question de l'eau, c'est un sujet extrêmement compliqué, extrêmement tendu,
03:35puisque vous avez des agriculteurs qui demandent à ce qu'on les laisse tranquilles en matière de stockage de l
03:43'eau,
03:43ce qui est d'une certaine façon légitime.
03:46Et puis, une partie de la population qui estime que non, il ne faut pas stocker l'eau.
03:50Oui, ce sont surtout des activistes très radicaux, donc c'est une frange très minime, mais qui font beaucoup de
03:56bruit.
03:56Mais qui font beaucoup de bruit, et on l'a bien vu au moment de la loi d'urgence il
03:59y a quelques semaines,
04:00il y a eu une tension terrible autour de l'eau, même si cette loi d'urgence contient bien d
04:05'autres choses encore
04:05pour essayer justement de faire en sorte que l'agriculture puisse s'adapter à ce changement climatique.
04:10Et puis par ailleurs, au-delà de la question hydrique qui a son importance,
04:15les agriculteurs, depuis quand même une bonne dizaine d'années maintenant,
04:17savent très bien qu'ils sont exposés de plus en plus à des chocs de plus en plus réguliers,
04:22et certains d'entre eux se sont adaptés et continuent de s'adapter.
04:26Mais c'est presque un problème systémique.
04:30La recherche doit aussi progresser pour trouver des semences qui soient en mesure
04:35d'avoir des plantes qui résistent aux chocs climatiques,
04:39mais aussi aux insectes qui dévastent parfois les cultures.
04:44Il y a aussi toute une recherche dans la génétique animale par exemple,
04:47pour lutter contre les maladies, on en a connu quand même beaucoup,
04:51entre les grippes aviaires, la fièvre catharalovine, etc.
04:55Et manifestement, il y a des foyers qui commencent à ressurgir aujourd'hui.
04:58Thierry Pouche, ne faut-il pas, je m'excuse auprès de tous les agriculteurs
05:01qui nous écoutent et qui vont entendre cette question,
05:04ne faut-il pas, vu le contexte et ce qui nous attend,
05:08parce que ça ne va pas aller en s'arrangeant,
05:09ne faut-il pas laisser tomber le maïs, le tournesol, le soja, les pommes de terre ?
05:13Ben non, parce que la France quand même se caractérise depuis très longtemps
05:18comme une grosse puissance céréalière.
05:22Mais regardez le résultat, cet été.
05:24Oui, mais on n'est pas tout seul touché dans ce cas-là.
05:27La plupart des pays européens, des États membres, même aux États-Unis,
05:30on a un décrochage de la production de blé.
05:32Donc si tout le monde cesse ou ralentit la production de blé,
05:37c'est quand même la denrée la plus échangée dans le monde.
05:39Bien sûr, vous avez raison.
05:40Et vous avez toute une partie du pourtour méditerranéen,
05:43et notamment l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient,
05:45qui dépendent crucialement d'une poignée de producteurs,
05:49dont la France, pour se nourrir.
05:50Donc si vous arrêtez de cultiver ces céréales et même ces oléagineux,
05:55vous vous exposez à des ruptures d'approvisionnement
05:58qui peuvent déstabiliser politiquement et socialement ces pays-là.
06:02On a tous en mémoire les émeutes de la faim en 2011,
06:06lorsque les prix des céréales avaient flambé,
06:08et on était sur des productions quand même relativement élevées.
06:12Mais vous ne croyez pas si bien dire Thierry Pouche,
06:14parce que vous parlez d'estabilisation politique,
06:17par exemple en Afrique, à cause du manque d'eau,
06:19il y a eu une augmentation des mariages forcés.
06:21Alors vous allez me dire quel rapport ?
06:23C'est parce que les agriculteurs qui faisaient face à ce manque d'eau
06:27se sont retrouvés sur la paille et ont été obligés,
06:29pardonnez-moi, je vais être extrêmement scabreux,
06:32mais de vendre leurs filles.
06:33Voilà, c'est la réalité du terrain en Afrique.
06:35Alors évidemment on ne va pas comparer l'incomparable
06:37avec ce qui se passe en Europe,
06:39Dieu merci, on est à l'abri de ça,
06:40mais nous allons au-devant de conséquences Thierry Pouche
06:43qui vont bien au-delà en fait de l'alimentation avec cette histoire.
06:46Oui, bien au-delà de l'alimentation,
06:48c'est aussi des problèmes politiques
06:49et des problèmes de stabilité sociale
06:51dans un certain nombre de pays importateurs notamment.
06:54Vous faisiez allusion, monsieur, au dispositif d'aide des pouvoirs publics.
06:59On connaît à peu près maintenant ce type d'aide.
07:02Ce sont des allégements de charges,
07:04ce sont des reports de remboursement d'emprunts.
07:08On demande aux assureurs de verser par anticipation
07:10un certain nombre de primes d'assurance.
07:13Très bien.
07:13Mais peut-être que comme on est à 50 ans de la sécheresse de 76,
07:19il y aurait peut-être aussi à creuser ce qui s'est passé à l'époque.
07:21Les pouvoirs publics, on n'était pas dans le même contexte.
07:24Je comprends ça très bien.
07:26Mais au moins mettre en examen l'idée d'un impôt sécheresse.
07:31Momentané.
07:32Parce que là, ça va se chiffrer par milliards,
07:35voire des dizaines de milliards d'euros pour l'agriculture.
07:37Donc, on pourrait tester auprès des Français
07:40l'idée que s'ils sont tant attachés que cela
07:43à la souveraineté alimentaire,
07:44au fait qu'ils souhaitent plutôt consommer des produits
07:47dont ils connaissent la provenance
07:49et dont ils connaissent les conditions d'élevage,
07:51Il y a déjà 365 impôts et taxes en France.
07:54Oui, je sais bien, mais ça serait momentané.
07:56Comme en 1976, il y avait eu un emprunt obligatoire.
08:00On avait récolté 1,5 milliard d'euros à l'époque.
08:03Peut-être que...
08:04Alors, je ne dis pas qu'il faut le faire,
08:06et ça dépendra de...
08:07Il y a tout un travail pédagogique
08:08qui doit accompagner aussi ce dispositif.
08:10Mais là, vu dans la situation dans laquelle on est,
08:13sachant que l'année dernière,
08:15la France, qui se distinguait quand même depuis 1978
08:18par un excédent commercial agroalimentaire,
08:21c'était un des rares avec l'aéronautique et quelques autres,
08:24l'année dernière, on était quasiment,
08:26depuis 1978, en déficit.
08:30Donc, moi, je pense que là,
08:32il faut, si on veut conserver une marge de manœuvre
08:35en termes de production,
08:36en termes de contribution aux équilibres vitaux de la planète
08:39dont on vient de parler à l'instant,
08:40au fait que l'agriculture et l'alimentation
08:42peuvent aussi contribuer à compenser
08:45le déficit global de notre balance commerciale,
08:48eh bien, probablement qu'il faudra convaincre les Français
08:51d'être un peu cohérents.
08:52Et alors, les Français se méfient des impôts
08:55ou des taxes temporaires,
08:56parce que la CSG devait durer deux ans.
08:58Thierry Pouche, pardonnez-moi,
09:00Thierry Pouche, je rappelle que vous êtes chef économiste
09:02des chambres d'agriculture,
09:03c'est passionnant ce que vous nous dites.
09:04J'aimerais que nous nous adressions, justement,
09:06comme vous l'avez fait, à ces Français qui nous écoutent.
09:09Bon, quand on parle de 40 à 50% du maïs
09:14produit ici en France, qui est déjà perdu,
09:17est-ce que cela signifie que sur le maïs,
09:20le tournesol, le soja, les pommes de terre,
09:21on va au-devant demain, c'est-à-dire dans les jours,
09:25les semaines qui viennent, au-devant d'une inflation
09:29pas extrême, mais peut-être un peu brutale.
09:32Alors, sur le soja, déjà, je voudrais juste apporter
09:34une petite nuance, nous sommes de toute façon
09:36dépendants de l'extérieur pour notre approvisionnement.
09:39Notamment l'Amérique du Sud.
09:41L'Amérique du Sud, les Etats-Unis également.
09:43Les autres, alors ?
09:44Mais alors, les autres, effectivement,
09:45on s'expose à une augmentation des prix,
09:48il va y avoir des effets dominos.
09:50Donc, s'il y a un manque de matières premières,
09:53déjà, les industries de la transformation
09:54vont être touchées, faute de volume disponible
09:58pour pouvoir transformer.
09:59Il y a déjà, dans l'ouest de la France,
10:01en Bretagne en particulier, des légumeries
10:03qui ne parviennent plus à obtenir la matière première
10:07pour mettre en concert ou en bocaux.
10:08Et donc, il y a déjà des premiers licenciements
10:11parce que c'est compliqué.
10:12Ou alors, il va falloir attendre
10:14et importer massivement, en provenance de l'extérieur,
10:16pour pouvoir transformer sur place.
10:18Donc, c'est déjà les effets dominos.
10:20Et ensuite, il y a effectivement le consommateur.
10:22On a bien vu...
10:23De combien ?
10:23Alors, ils veulent savoir, les gens, Thierry Pouche.
10:25Ben, c'est compliqué.
10:26C'est difficile à mesurer
10:27parce qu'on a déjà eu une première expérience
10:29avec la guerre en Ukraine.
10:31L'indice des prix global avait été de 6%.
10:34L'indice des prix des produits alimentaires
10:36en était grimpé à 13%
10:37pendant à peu près plusieurs mois.
10:39Donc là, manifestement,
10:41s'il y a effectivement une raréfaction de l'offre,
10:44probablement que les prix vont remonter.
10:45Ça va faire l'objet de tensions
10:47entre les agriculteurs, les transformateurs
10:50et les distributeurs, bien entendu.
10:52Mais le risque inflationniste, il est présent, effectivement.
10:55Et comme il y a peu de réserves
10:56en matière d'augmentation de salaire,
10:59les Français, soit, vont restreindre leurs dépenses.
11:02On est toujours en dessous
11:03du niveau d'avant-guerre en Ukraine
11:04sur la consommation alimentaire.
11:06Soit ils vont puiser dans leur épargne,
11:08qui est quand même assez importante en France,
11:10pour pouvoir maintenir leurs dépenses de consommation.
11:13Donc, vous voyez qu'on est sur des risques systémiques.
11:15C'est-à-dire qu'il va y avoir des effets dominos
11:17qui vont s'enclencher à partir de maintenant.
11:21Sabrina Medjeba, rapidement,
11:23parce que nous devons libérer notre invité, effectivement.
11:25Ah non, pardon.
11:26Concernant votre impôt sécheresse,
11:29j'ai une question à vous poser.
11:32Ne croyez-vous pas que,
11:33comme l'a souligné Raphaël très justement,
11:36le point névralgique n'est pas,
11:38donc en effet, cette question de la captation de l'eau
11:41et même de l'utilisation, par exemple,
11:44des eaux usées,
11:46lorsque l'on se compare à nos voisins,
11:48l'Espagne et l'Italie.
11:49Le dessinement, notamment.
11:51Absolument.
11:51La France, ne serait-ce qu'en termes de captation de l'eau,
11:53on est à 1,7, voire à 3%.
11:56L'Espagne, par exemple, est à 20%.
11:58Pareillement pour la réutilisation des eaux usées.
12:02Les chiffres sont assez éloquents en termes de différentiel.
12:05Et le problème également idéologique
12:08auquel nous sommes confrontés en France,
12:09avec, vous vous souvenez-vous,
12:10de l'histoire des fameuses méga-bassines,
12:13absolument,
12:14qui ont été conspuées,
12:16attaquées d'ailleurs de façon très violente
12:18par une frange radicale de l'écologie en France.
12:21Ne croyez-vous pas que le problème,
12:23c'est d'abord, à mon sens,
12:24d'être plus proactif
12:26et d'essayer de trouver un consensus
12:28avec les pouvoirs publics en place
12:29pour, justement, irriguer à nouveau
12:32et trouver des méthodes
12:33qui sont des méthodes plutôt...
12:35Thierry Pouch.
12:36Voilà.
12:36Nous sommes parfaitement d'accord.
12:38Je vous propose, parce qu'il est 13h30,
12:40il y a un bref rappel de l'actualité.
12:41Thierry Pouch,
12:42chef économiste des chambres d'agriculture,
12:44vous répondez dans quelques instants.
12:4813h, 14h,
12:49Europe 1 Info.
12:50Europe 1 Info avec Charles Lullier,
12:52votre rendez-vous actualité,
12:53débat décryptage continu jusqu'à 14h sur Europe 1.
12:56Avec nous, toujours en studio pour nous accompagner,
12:58Sabrina Medjeber, politologue,
13:00Raphaël Steinville,
13:01directeur adjoint de la rédaction du GDD,
13:03et toujours avec nous,
13:04notre invité Thierry Pouch,
13:05chef économiste des chambres d'agriculture.
13:07Effectivement,
13:08et Sabrina Medjeber posait une question
13:10très intéressante.
13:12D'abord, sur cet impôt sécheresse
13:14dont vous parliez, Thierry Pouch,
13:17on peut le comprendre,
13:18attention, on n'est pas là pour
13:19justement critiquer qui que ce soit.
13:21Et puis surtout, Sabrina évoquait
13:23la question du dessalement de l'eau.
13:25Et c'est vrai que nos voisins européens,
13:27l'Espagne en tête,
13:28ont compris que ça pouvait être une solution.
13:31Qu'en pense le chef économiste
13:33des chambres d'agriculture ?
13:35Si l'impulsion politique va dans ce sens-là,
13:38s'il y a des moyens financiers
13:40pour investir dans le dessalement de l'eau,
13:41de mer,
13:42effectivement,
13:43ça peut constituer une perspective
13:44pour constituer des réserves.
13:46Quels sont les freins aujourd'hui, alors ?
13:47Les normes ?
13:48Alors, certainement les normes,
13:50certainement une certaine frilosité
13:51de la part des pouvoirs publics.
13:53Donc ça, ça sort d'une certaine façon
13:56de mon champ de compétences.
13:57Mais effectivement,
13:58tout doit être réexaminé aujourd'hui.
13:59Ce serait une solution, selon vous,
14:01le dessalement ?
14:01Mais ça peut être une solution.
14:02Alors, sur l'Espagne,
14:03il faut faire attention,
14:04c'est vrai qu'ils ont emprunté cette voie,
14:06c'est vrai que le modèle agricole
14:07est quand même très différent,
14:08mais il faut être prudent,
14:09parce que les Espagnols se sont aperçus
14:11très récemment
14:12qu'en matière de production de tomates,
14:14ils ont été dépassés par les Marocains,
14:16qui sont devenus les premiers fournisseurs
14:18de tomates de l'Union Européenne.
14:19Ça, c'est la conséquence
14:21d'un accord de libre-échange
14:22que l'Union Européenne avait signé
14:24il y a fort longtemps avec le Maroc,
14:26et donc personne à l'époque
14:27n'avait parlé ni soupçonné
14:29les effets plus tardifs.
14:31On le voit bien aujourd'hui,
14:33puisqu'on parle de cette sécheresse,
14:34mais dans la production laitière,
14:36la production ralentit aujourd'hui,
14:39la qualité du lait
14:40et donc la qualité des fromages
14:42va être altérée par cette sécheresse.
14:45Nos fromages vont être altérés ?
14:47Oui, en matière de qualité,
14:48parce que quand il fait trop chaud,
14:51les vaches subissent aussi un stress.
14:53Bien sûr.
14:54Et on s'aperçoit depuis maintenant
14:56quelques mois que les importations
14:57de fromages en provenance
14:59de Nouvelle-Zélande,
15:00consécutives de l'accord de libre-échange
15:02qu'on a eu avec la Nouvelle-Zélande...
15:03Ah bon, donc il y a eu l'agneau de Nouvelle-Zélande,
15:05il va y avoir les fromages maintenant ?
15:06Oui, c'était...
15:07Alors là, vous êtes vraiment
15:08apporteur de mauvaises nouvelles,
15:10Thierry Pouchet.
15:10Moins de fromages français,
15:11mais plus d'impôts français.
15:12C'est exactement ça !
15:14Justement, si vous mettez bout à bout
15:17les aides publiques de court terme,
15:19dont Madame la ministre a parlé,
15:21si on met à l'examen,
15:23pour mesurer un petit peu
15:25les conséquences positives,
15:26mais aussi négatives,
15:27parce qu'il faut en tenir compte,
15:29d'une sorte de contribution des Français
15:31au maintien de l'acte de production agricole,
15:34peut-être qu'on aura justement
15:37un rétablissement de la production laitière,
15:39de sa qualité,
15:40et on aura toujours des fromages
15:41sur notre territoire
15:42qu'on pourra consommer avant le dessert.
15:44Donc voilà,
15:45je pense qu'il y a quelque chose
15:46qu'il faut peut-être mettre,
15:48sur lequel il faut mettre l'accent,
15:50c'est que ça fait plusieurs années
15:52qu'on parle de souveraineté alimentaire,
15:53et à juste titre,
15:55mais à ce moment-là,
15:56il faut que le secteur agricole
15:57redevienne une priorité nationale,
16:00et même une priorité européenne
16:01dans le cadre de la politique agricole commune.
16:03Dernière question,
16:04il nous reste 30 secondes,
16:05Thierry Pouch,
16:06comment se fait-il ?
16:07Alors, cela ne date pas d'hier,
16:09mais cela va aller de mal en pille,
16:12l'Espagne est en train
16:13de torpiller la France
16:15au niveau des prix
16:16des fruits et des légumes.
16:18Ça ne date pas d'hier,
16:19ce n'est pas nouveau,
16:20mais là, l'écart va donc,
16:21à l'aune de ce que vous dites,
16:22encore se creuser.
16:23– Oui, et on le constate très bien
16:26dans les données statistiques,
16:28le poste fruits et légumes
16:30de notre balance commerciale française,
16:33le déficit en fruits et légumes
16:35s'est aggravé en valeur.
16:36On était en 2025
16:37à 8 milliards d'euros,
16:38on était encore à 2000,
16:40en 2000 à à peu près 1 milliard.
16:42Donc, ça, c'est un secteur
16:44qui est de toute façon
16:44très déficitaire
16:46depuis au moins 50 ans.
16:48L'adhésion de l'Espagne
16:49n'a évidemment rien arrangé,
16:52et ça s'aggrave
16:54parce qu'il y a des fruits
16:54qui viennent
16:55et des légumes
16:55qui viennent aussi d'ailleurs.
16:57Donc, voilà,
16:58on en est là.
16:59Il va falloir
17:01pratiquement tout réexaminer
17:02de fond en comble.
17:04– Merci pour ce discours
17:05sans langue de bois.
17:06Vous étiez grave,
17:08mais réaliste.
17:09Thierry Pouch,
17:10chef économiste
17:11des chambres d'agriculture,
17:12merci infiniment
17:13d'avoir été parmi nous.
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