00:00C'est plus facile à dire, vous n'irez qu'à faire, mais il faut réoccuper le terrain, tout simplement.
00:03Mais pas le récupérer par des opérations XXL à Dofrancisou, pas avec des compagnies de CRS armées comme des G
00:08.I. Joe.
00:09Non, avec des postes de police pérennes, mais qui ont les moyens de leur présence, qu'elles soient dissuasives,
00:16et surtout quand on dissuade des petits malins du quartier, de les attaquer.
00:19Et de fait, ça pose un autre problème en répercussion, c'est la réponse pénale.
00:23C'est-à-dire que dès lors que vous avez des individus qui commettent des agressions sur les forces de
00:27l'ordre,
00:27ou les institutions publiques, et qui ne sont pas condamnés, ou en tout cas, s'ils sont condamnés,
00:32qui n'ont pas leur peine appliquée, on en revient à l'application des peines et aux places de prison,
00:37vous ne réglez rien. Parce qu'après, c'est une graduation dans le processus.
00:41Mais le trafic ne va pas se déplacer.
00:43Mais vous allez le gêner en tout cas. Bien sûr qu'il se déplace déjà.
00:47Aujourd'hui, on assiste à une ubérisation du trafic.
00:50C'est-à-dire que vous libérez en tout cas les gens qui habitent dans ces quartiers, bon sang de
00:53bois.
00:54Non, mais c'est fondamental. Vous recréez un lien social.
00:57Tous les mecs dont on parle là, vous savez celui qui a été arrêté en Algérie,
01:00il a été déscolarisé à 12 ans. 12 ans. Ils en sont tous là.
01:05Naël, ça faisait des années qu'il n'allait plus à l'école, qu'il conduisait des voitures alors qu
01:08'il était mineur.
01:09On n'aurait pas des drames à répétition si on avait rétabli, ou plutôt non,
01:14si on n'avait pas détruit l'autorité de l'État dans toutes ses expressions.
01:18Ça commençait par l'école.
01:19Ça, c'est l'expression de la mafia.
01:21Non, non, c'est l'expression du renoncement de l'État.
01:22Là où la mafia germe, c'est précisément là où l'État recule.
01:26Eh bien oui, on est d'accord.
01:27Eh bien, c'est l'inverse qui a commencé.
01:29L'État a d'abord reculé, et la nature ayant horreur du vide, la mafia...
01:33Par exemple, si demain, vous dites qu'il faut mettre des postes de police de manière pérenne dans ces quartiers,
01:39mais d'abord, il faut pouvoir récupérer, j'allais dire, physiquement ces quartiers.
01:43On a beaucoup de témoignages, et je pense que vous en avez encore plus que nous,
01:46de policiers qui ne peuvent presque plus mettre les pieds dans les quartiers,
01:48parce que ça devient... Ils sont pris pour cible immédiatement.
01:51À Marseille, on a vu des scènes.
01:52Moi, j'allais dans ces quartiers-là il y a une trentaine d'années, 20-30 ans.
01:58On n'avait pas peur.
01:59C'était plutôt l'inverse.
02:00Il n'y avait pas d'armes lourdes à l'époque en face.
02:03Et puis, il y avait quand même une certaine crainte, un certain respect de ce que nous représentions,
02:06bien qu'on a connu des moments un petit peu tendus, je vous dirais.
02:11Mais ça s'est complètement dégradé au fil des années, parce qu'on s'est retiré des quartiers.
02:16À Marseille, on a fermé un commissariat sur deux.
02:19Je ne sais pas si vous vous rendez compte.
02:20Marseille, port international, un des premiers ports méditerranéens.
02:24La brigade que je commandais, je commandais un groupe, dans les années fin des années 90,
02:28spécialisé dans les agressions sexuelles et les viols.
02:30Quand même pas rien, vous m'accorderez.
02:32Ça a été supprimé du jour au lendemain.
02:35Pour alimenter la police de proximité de l'époque.
02:38On nous a dit, monsieur, faites vos bagages, choisissez un territoire sur Marseille,
02:42vous irez là-bas parce que votre brigade est supprimée.
02:44Du jour au lendemain.
02:45Alors qu'on avait arrêté deux violeurs en série.
02:46D'accord ?
02:47Et ensuite, vous avez eu cet enchaînement politicien.
02:51C'est pour ça que dans mon bouquin, je n'épargne ni la droite, ni la gauche,
02:54parce qu'ils ont tous une responsabilité pour avoir géré le service public
02:58avec des tableaux Excel et une règle à calculer.
03:00Ils sont tous dans le même moule.
03:02C'est une forme de gestion à l'emporte-pièce, en tout cas une vision ultra-libérale
03:06et donc destructrice du service public.
03:09Est-ce qu'il y a un modèle qui a fait ces preuves ?
03:11Alors, parfois sur cette antenne, certains prennent en modèle le Salvador.
03:16On n'est pas bien sûr le Salvador.
03:17Mais ce qui m'intéresse dans le dossier du Salvador, c'est qu'il y a des résultats.
03:20Alors après, on peut parler de la méthode.
03:21Il y a beaucoup à redire.
03:22On ne pourrait pas, bien sûr, appliquer cette méthode chez nous.
03:24Mais ça veut dire que ce n'est pas inéluctable.
03:26Il n'y a pas de fatalité en matière de lutte contre l'archoterapie.
03:28Vous êtes sûr que ça a tout réglé ?
03:30Je vous pose la question.
03:31Est-ce qu'il y a en tout cas un modèle à vos yeux qui peut être appliqué ?
03:34Je vous réponds clairement non.
03:36Je vous rappelle encore, ce n'est pas agressif.
03:39On est dans le débat un peu animé.
03:42Je suis un peu passionné par tout ça.
03:43Mais on a tué Escobar, je crois.
03:46Ça a déglingué le cartel de Medellin.
03:49Ça a profité au cartel de Cali,
03:51qui a noué des relations particulières avec le gouvernement local.
03:54Je ne pense pas que ça change grand-chose.
03:56Là, le Salvador a éliminé, je dirais, des pans entiers de mafia.
04:00La question qui va se poser, c'est de savoir s'il n'y a pas une relève derrière.
04:02On est très souvent, particulièrement dans ces zones géographiques,
04:06on est dans un partenariat non-dit entre le pouvoir et la criminalité.
04:11Il y a un pays dont on ne parle jamais.
04:13Ce serait peut-être intéressant d'en parler.
04:14On parle du cannabis sans arrêt.
04:16Qui est le premier producteur de cannabis ?
04:18Le Maroc.
04:20Vous en entendez beaucoup parler,
04:21des relations entre le roi du Maroc et le président de la République ?
04:25Vous avez entendu le roi du Maroc se faire sermonner par le Quai d'Orsay
04:29ou par le ministère de l'Intérieur ?
04:31Je ne crois pas, non ?
04:32On sait très bien pourquoi.
04:34Parce qu'on sait très bien que si demain le Maroc ne produit plus de cannabis,
04:36vous avez une crise sociale qui risque de déstabiliser tout le pays
04:39et on a besoin du Maroc diplomatiquement parlant.
04:42pour cette raison.
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