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Tous les samedis, Romain Desarbres et la psychologue clinicienne Marie-Estelle Dupont décryptent les ressorts psychologiques de notre époque et ouvrent le débat sur les sujets qui préoccupent les Français.
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00:00Bonjour à tous, bienvenue dans Et si on en parlait, tout l'été sur CNews, vous retrouvez Marie-Estelle Dupont.
00:06Bonjour Marie-Estelle. Bonjour Romain.
00:08Votre regard de psychologue clinicienne sur l'actualité et sur les choses de la vie, tout l'été donc sur
00:14CNews.
00:15Dans la deuxième partie de l'émission, on va parler du syndrome du nid vide.
00:19Vous savez, c'est quand les enfants quittent le foyer et que les parents se retrouvent bien seuls.
00:24Mais tout d'abord, Marie-Estelle Dupont, vous vouliez évoquer la GPA, la gestation pour autrui, la grossesse pour autrui,
00:31c'est selon.
00:32Puisqu'à l'approche de la présidentielle de 2027, le débat ressurgit.
00:37Pourquoi avoir voulu parler de la GPA aujourd'hui, Marie-Estelle Dupont ?
00:40Oui, parce qu'il y a quelques mois, à l'approche de la présidentielle, Gabriel Attal a voulu sortir de
00:45l'ornière le débat sur la GPA
00:47en disant qu'il ne fallait pas le mettre de côté, qu'il y avait un débat sur la GPA
00:50et qu'il fallait faire avancer éventuellement l'idée d'une GPA éthique.
00:54Alors, je trouve que c'est très important quand même de noter un procédé qui est très fréquent dans l
01:01'idéologie progressiste radicale
01:02et qui constitue pour moi une véritable arnaque intellectuelle et sémantique.
01:06C'est qu'on prend un mot qui fait joli, éthique, positif, pour la discrimination, etc.
01:11Et puis, on le colle à quelque chose d'un petit peu plus sulfureux.
01:14Comme ça, on déplace ce qu'on appelle la fenêtre d'Overton, c'est-à-dire ce qui est acceptable
01:18dans l'esprit de la majorité.
01:20On tord le bras au bon sens, au sens commun, qui veut quand même que l'espèce humaine soit des
01:27mammifères
01:28et que donc le lien d'attachement entre l'enfant et sa mère est important, quand il peut être préservé.
01:33Et on fait croire que le débat se situerait entre une GPA éthique et une GPA qui ne serait pas
01:37éthique.
01:38Mais le principe même de la GPA, il faut quand même le rappeler, repose sur la marchandisation du corps de
01:45la femme et de l'enfant.
01:46Or, dans toutes les civilisations, le droit, la loi, et c'est bien pour ça que ça ne peut pas
01:51être éthique,
01:52distingue les biens, les marchandises et les personnes.
01:55Donc, encore une fois, la question qui se pose, c'est est-ce que le bébé est une marchandise ?
02:01Est-ce que l'utéreuse d'une femme est un appartement Airbnb ?
02:04Non. Débat terminé.
02:06Mais il nous faut plus d'arguments pour les téléspectateurs de CNews.
02:10C'est pour ça que je voulais recevoir Olivia Morel, qui est l'auteur de Où es-tu, maman ?
02:16Puisque vous êtes une enfant née de GPA, votre mère d'intention était trop âgée pour avoir un enfant
02:24et vos parents ont eu recours à une mère porteuse, à une surrogate, on dit en anglais.
02:29Et vous vous êtes engagée dans ce combat pour une abolition universelle de la GPA,
02:34au même titre qu'on a eu une abolition universelle de l'esclavage,
02:37puisque vous êtes intervenu en étant porte-parole de la déclaration de Casablanca auprès de nombreux parlements.
02:42Je crois que votre dernière intervention date du mois de juin, 15 juin, auprès du Sénat,
02:46auprès des parlementaires français, où vous êtes venu quand même rappeler que la GPA,
02:50avant toute chose, avant d'être une jolie histoire qu'on raconte sur les plateaux télé,
02:55c'est un marché de centaines de milliards de dollars.
02:57Est-ce que vous pouvez, pour les téléspectateurs de CNews, qui peut-être n'en auraient pas connaissance,
03:02nous rappeler déjà quelques chiffres ?
03:03Les chiffres de la GPA sont absolument énormes.
03:07On parle d'un marché qui va atteindre 200 milliards de dollars en 2033.
03:13200 milliards.
03:13Et ce marché, on parle uniquement de la gestation pour autrui.
03:17Et il faut bien que les téléspectateurs comprennent que même dans les pays dits altruistes,
03:23ce marché est dans ces pays-là.
03:26Donc en Angleterre, on a des intermédiaires, on a des cliniques de fertilité,
03:30on a des docteurs, on a des avocats, les mères porteuses sont payées,
03:34elles sont défrayées de leurs frais médicaux, de leurs vêtements,
03:38elles sont des fois, ça équivaut à un salaire, il faut le dire,
03:42mais tout ça, ça participe à ce marché mondial de la gestation pour autrui.
03:46Et je le rappelle, c'est 200 milliards de dollars en 2033.
03:51C'est 200 milliards de dollars en 2033.
03:54Et derrière ces 200 milliards de dollars, c'est des femmes qui sont déplacées,
03:59elles ne font pas forcément leur grossesse là où elles accouchent.
04:02Si le couple se sépare, le couple d'intention se sépare,
04:05on renonce à avoir un enfant, elle est sommée d'avorter
04:08dans des conditions qui ne sont pas forcément particulièrement agréables et sécures.
04:14C'est aussi 30 à 40 %, je crois, de complications obstétricales
04:19sur un événement qu'on avait réussi quand même à sécuriser.
04:22La médecine nous avait permis de sécuriser la grossesse,
04:24on n'aurait plus tellement d'éclampsie.
04:26Or, ce sont des grossesses où évidemment, du fait que la mère d'intention,
04:30la mère porteuse et parfois la donneuse d'ovocytes sont trois personnes différentes,
04:34évidemment, il y a de nouveau des risques qui n'existaient plus.
04:37Exactement, il y a des risques qui n'existaient plus.
04:38Il y a aussi des complications psychologiques.
04:40On a pratiquement 40 % de plus de chances de problèmes psychologiques
04:45sur les mères porteuses après la grossesse.
04:48Donc oui, effectivement, je pense qu'il faut aussi parler de toutes ces femmes,
04:55de ce marché aux États-Unis.
04:56Parce qu'aujourd'hui, tout le monde nous dit que le marché américain
04:59est le marché parfait, tout est sécurisé par contrat, tout est parfait.
05:03Alors, ça coûte cher, c'est commercial, donc ce n'est pas altruiste,
05:06mais c'est très bien encadré, c'est super bien encadré.
05:09Mais quand on regarde vraiment les États-Unis, on voit qu'il y a des cliniques américaines
05:13qui sont très connues et qui d'ailleurs viennent en France
05:16faire la promotion de leurs cliniques de fertilité
05:21et viennent recruter en France, sur notre sol français.
05:27On voit des cliniques de fertilité en Californie parce que la mère porteuse américaine coûte trop cher.
05:35Ils vont recruter des femmes au Mexique parce qu'elles coûtent moins cher pour devenir mère porteuse.
05:41On les fait voyager jusqu'en Californie pour implanter l'embryon.
05:46Puis ensuite, on la renvoie pour la grossesse au Mexique.
05:49Et puis ensuite, on la reprend, on la renvoie en Californie pour l'accouchement.
05:54Et puis, si elle a des complications, ce n'est pas grave, on la rejette dans les rues au Mexique.
05:59Oui, alors là, les progressistes qui pensent que parce que quelque chose est possible sur le plan technique,
06:03c'est forcément souhaitable sur le plan éthique, vont vous dire,
06:06oui, mais justement, il va falloir changer tout ça, on va encadrer tout ça,
06:09il y aura moins d'argent en jeu.
06:10Alors, comme si ça rendait les choses meilleures qu'en plus la femme ne soit pas payée.
06:15Je pense que c'est très important quand même de rappeler que non seulement la GPA est une impossibilité juridique,
06:23puisqu'elle revient sur cette distinction entre marchandises et personnes,
06:26mais c'est aussi un profond obscurantisme scientifique.
06:31C'est-à-dire que sur le plan de toutes les découvertes en embryologie,
06:36de tout ce qu'on sait aujourd'hui du développement notamment cérébral du bébé,
06:39qui est beaucoup plus stimulé par la voix de la femme qui l'a portée, etc.,
06:44c'est d'un obscurantisme absolu de dire que cela n'aura aucun effet
06:49qu'à la seconde où il pousse son premier cri, le bébé soit séparé de la mère qui l'a
06:54portée.
06:54Il y a quand même une différence entre réparer un abandon par une adoption
06:57et programmer la conception d'un enfant dans le but de l'acheter.
07:01Alors justement, Marie-Estelle Dupont, qu'est-ce que dit la science sur la GPA
07:04et sur les liens d'attachement entre la mère qui porte l'enfant
07:08et le bébé ?
07:10Ce que dit la science, c'est que précisément, d'abord,
07:14la survie de l'espèce chez les mammifères dépend du lien d'attachement
07:17entre le petit et la mère qui l'a portée.
07:21Évidemment qu'il y a des cas où la mère mort en couche, et c'est tragique,
07:26des cas d'abandon, etc., et où on va essayer de créer un environnement
07:31de substitution qui donne à l'enfant tous les moyens pour se construire.
07:34Mais on ne peut pas dire que c'est égal et que c'est anodin.
07:38Et vous ne pouvez pas, quand vous lisez les contrats de GPA, ne pas noter ce paradoxe
07:43qui est que pendant neuf mois, la femme est soumise à un contrat qui maîtrise
07:47et qui contrôle ses faits et gestes, ses déplacements, sa sexualité,
07:50son alimentation, etc., etc.
07:52Et d'un autre côté, dire, en revanche, à la seconde où tu as accouché,
07:56il n'y a plus d'empreinte de toi en lui et vous n'avez plus aucun lien.
08:02On sait très bien aujourd'hui qu'un bébé, il est sécurisé, il se régule au niveau
08:07de son cortisol cérébral en étant en contact avec le corps de la mère.
08:10C'est pour ça qu'on pose le bébé sur la poitrine de sa mère.
08:12C'est parce que le rythme cardiaque, la chaleur, l'odeur de sa mère le rassurent profondément.
08:17Et donc, fabriquer cet abandon, fabriquer cette séparation,
08:21c'est d'une profonde bêtise sur le plan scientifique.
08:24Parce que toute l'ocytocine que fabrique la mère,
08:27toutes les hormones d'attachement pendant la grossesse,
08:29ça va permettre justement à la mère qui a apporté l'enfant
08:32d'avoir une précision dans son ajustement aux besoins du bébé
08:35qui ne parle pas et qui ne peut donc pas s'exprimer,
08:38extrême, encore plus grande que le papa, si investi que soit le papa.
08:42La maman, par toute l'ocytocine qu'elle fabrique,
08:45elle a une très très grande capacité d'accordage avec le bébé.
08:48Donc on revient sur tout ça et on dit qu'il y a un consentement
08:52qui n'existe pas pour deux raisons.
08:55Le premier, c'est que c'est un consentement chez une femme
08:59qui est dans la misère, qui le fait pour survivre
09:02et qui en général ne parle pas la langue.
09:03Sa langue maternelle n'est pas la langue du contrat
09:05dans lequel est rédigé le contrat de GPA.
09:08Donc c'est le consentement, ça a la même valeur comme consentement
09:12qu'une femme qu'on aurait fait boire avant d'abuser d'elle.
09:14Et puis la deuxième aberration, c'est qu'on prétend que cette femme
09:24ne va pas ressentir avec la séparation du bébé un profond malaise
09:30comme si elle avait pu prévoir cet événement.
09:32Or, on sait que la grossesse est un événement imprédictible
09:34et que vous pouvez intellectuellement vous dire
09:36« je vais faire mon maximum pendant neuf mois,
09:39donc je vais m'investir, puis je ne vais plus m'investir »
09:42au prix d'une grande dissociation psychique soit.
09:46Sauf que comme l'événement est imprédictible
09:47et que les liens que vous dites avec le bébé que vous portez,
09:49vous ne pouvez pas les imaginer avant qu'il soit là.
09:53On sait, vous avez eu trois enfants, j'ai eu trois enfants,
09:54toutes les grossesses sont différentes.
09:55Complètement.
09:58Que ce qu'elle vivra après sera peut-être un profond sentiment de malaise.
10:01Sauf que les tentatives de suicide, les dépressions chez les mères porteuses,
10:04ça il ne faut pas en parler.
10:05C'est drôle, il n'y a personne pour financer les études là-dessus
10:07et c'est toujours assez difficile de trouver les chiffres.
10:09Mais il y a des vrais risques chez la mère et pas seulement chez l'enfant
10:12parce que le trauma, ce n'est pas seulement ce qui a eu lieu,
10:15c'est aussi ce qui n'a pas eu lieu.
10:16Donc un enfant qui n'a pas eu cette figure d'attachement,
10:18évidemment qu'il a des carences, quoi qu'on raconte.
10:20Marie-Estelle Dupont, vous parliez du consentement de la mère porteuse.
10:26Il y a dans certains pays des mères porteuses qui ne sont pas payées,
10:31qui sont défrayées mais pas payées.
10:33Qu'est-ce que vous pouvez nous en dire ?
10:35Parce que ça existe aussi.
10:39Olivia Morel, je pense au Canada par exemple.
10:41Alors au Canada, elles sont défrayées mais on parle d'un salaire mensuel.
10:46Donc ça peut sortir des femmes de la précarité.
10:48Évidemment que ça peut sortir des femmes de la précarité.
10:50Et d'ailleurs le souci, ça ne marche tellement pas au Canada,
10:54ça ne marche tellement pas au Royaume-Uni,
10:56cette forme de GPA dite altruiste avec des remboursements de frais,
11:01que les gens, les Britanniques, vont au Nigeria se faire des enfants.
11:06Ils vont au Mexique.
11:07Les cliniques de fertilité anglaises n'arrivent pas à trouver des femmes
11:11qui veulent donner leurs enfants gratuitement.
11:15Donc ils ouvrent au Mexique, là où les femmes sont pauvres.
11:18Donc ça prouve que ça ne fonctionne pas.
11:21C'est la question de la marchandisation du corps qui est posée.
11:24Oui, bien sûr.
11:24Mais je crois que c'est vraiment l'aboutissement de l'idéologie progressiste extrême.
11:30C'est que l'homme est tout-puissant, Narcisse en sa demeure fait de son désir un impératif catégorique,
11:38parce que je veux, tu dois, ce qui est une profonde atteinte à la dignité de l'être humain,
11:44qui est une torsion de la filiation.
11:47On avait décorrélé la sexualité et la reproduction, mais là on est en train de décorréler complètement la filiation et
11:55la maternité.
11:56C'est-à-dire qu'on est passé de pouvoir faire l'amour sans avoir d'enfant,
12:00ce qui était quand même un avantage considérable pour un certain nombre de femmes qui étaient épuisées par leur grossesse
12:05et qui couraient des dangers, à on va faire des enfants sans avoir à faire l'amour.
12:09Et en fait, il faut quand même comprendre qu'on arrive au monde décrit par Aldous Huxley,
12:14où on désarticule l'être humain, où on réifie complètement le corps
12:17et où on va créer des individus profondément dissociés,
12:22profondément dissociés, sans parler du crime anthropologique, pour moi, que ça représente.
12:27C'est-à-dire qu'aller faire votre art de généalogique.
12:29Quand il y a une mère d'intention, une mère porteuse, une donneuse d'ovocytes, bon courage !
12:34Et encore une fois, dans mon discours, il n'y a absolument aucun jugement moral
12:39sur le désir d'enfant d'un couple homosexuel ou d'un couple stérile.
12:42De tout temps, les homosexuels ont eu des enfants sans que ce soit un marché de 200 milliards de dollars.
12:47Olivia Morel, est-ce que vous pourriez nous raconter votre histoire ?
12:51Parce que donc, Marie-Astelle Dupont le disait au début de l'émission,
12:55vous êtes née par GPA, comment est-ce que vous en êtes aperçue ?
12:59Comment vous l'avez appris ?
13:00Très sincèrement, mes parents ont pris le parti de ne pas me le dire, de me le cacher.
13:05Mais j'aime bien dire quand même et le redire devant les téléspectateurs,
13:09ce n'est pas parce qu'ils me l'ont caché que ça a causé tous mes soucis.
13:11Parce que je parle à d'autres enfants nés par GPA qui savent depuis le début
13:14qu'ils sont nés par gestation pour autrui.
13:17Et toutes ces personnes ont subi quasiment les mêmes traumatismes que moi.
13:22Je ne dis pas que tous les enfants vont subir les mêmes problèmes que moi,
13:25mais c'est quand même un fait.
13:26Quand on n'a pas ses origines, on n'a pas sa mère
13:28et qu'on a un traumatisme de l'abandon,
13:31l'adolescence est très compliquée
13:33et même pour se construire, c'est quasiment impossible.
13:36J'ai découvert vers mes 6 ans, parce que ma maman ne me ressemblait pas,
13:40on voyait qu'elle avait des traits du visage qui étaient complètement différents,
13:43je voyais que c'était très belle femme, c'est une magnifique femme,
13:46mais on ne se ressemble pas du tout, on est aux opposés.
13:50Et j'ai commencé à me poser des questions là,
13:53puis une fois, je lui ai demandé son âge et elle m'a dit
13:56« Quel âge as-tu, maman ? »
13:57Elle m'a dit « J'ai 8 ans ».
13:58Donc là, ça veut dire « Ne me demande pas »
14:00et ce à quoi je n'ai plus jamais demandé cette question.
14:05Et petit à petit, c'est vrai que j'ai commencé à sombrer dans la drogue,
14:10j'ai commencé à sombrer dans l'alcool parce que je sentais un vide à l'intérieur de moi,
14:12je n'arrivais pas à me construire.
14:13À quel âge ?
14:14Ça, c'était durant l'adolescence.
14:15Durant l'adolescence, ça a été une adolescence.
14:17Alors, les adolescents sont très compliqués,
14:19j'étais une adolescente particulièrement compliquée.
14:22Drogue, alcool, tentative de suicide aussi,
14:25parce que des fois, c'était juste trop difficile,
14:28j'étais complètement perdue.
14:30Et puis à 17 ans, j'ouvre Google, je me dis
14:32« Ok, tu vas regarder sur ton acte de naissance la ville où tu es née,
14:36tu vas faire des recherches ».
14:38J'ai fait des recherches et en réalité, je suis tombée sur des cliniques de fertilité très rapidement.
14:42Et c'est là où j'ai eu le déclic, complètement le déclic.
14:47Et puis plus tard, j'ai pris un test ADN à mes 30 ans.
14:49Et c'est là où j'ai eu la preuve tangible que j'étais née par gestation pour autrui.
14:53Et c'est comme ça que j'ai pu retrouver mes demi-frères, mes demi-soeurs, ma mère,
14:56et là, reconstruire justement mon arbre généalogique.
14:59Et aujourd'hui, je peux enfin me construire moi-même, mais pas que moi-même.
15:03Mes enfants aussi peuvent se construire,
15:05parce que c'est leur histoire aussi qui était brisée.
15:09Marie-Estelle Dupont, sur la généalogie, sur la filiation,
15:12c'est important de savoir précisément d'où l'on vient,
15:14qu'est-ce que ça apporte et qu'est-ce que ça produit
15:17quand on ne sait pas précisément d'où l'on vient ?
15:19Oui, bien sûr que la question de la vérité, elle est essentielle pour se construire.
15:25Et qu'un enfant qui a un flou, surtout à l'adolescence,
15:29effectivement, quand on a besoin de modèles identificatoires très clairs
15:32pour pouvoir à la fois s'y identifier et s'en détacher,
15:37c'est extrêmement délétère pour un enfant.
15:39Et finalement, il y avait une sorte de branche morte dans l'arbre,
15:43une branche manquante dans l'arbre d'Olivia.
15:48Donc, bien évidemment qu'il y a aussi un grand mensonge,
15:52une grande sauce sentimentaliste qui nous raconte que tout va bien
15:55dans le meilleur des mondes et que ces femmes sont respectées.
15:57Mais au-delà du fait que c'est une traite d'humains,
16:00au-delà du fait qu'on considère que parce qu'on désire un enfant,
16:03alors il y a un droit à l'enfant,
16:05on abîme aussi toute une filiation, tout un arbre généalogique.
16:10Il ne faut pas s'étonner quand même que ça crée des individus
16:14extrêmement dissociés, extrêmement en difficulté à un moment donné
16:16dans la construction de leur relation aux autres et à eux-mêmes.
16:19Alors, on peut les faire vivre dans un environnement artificiel
16:22très narcissique, complètement ouaté,
16:23où ils auront accès à tout matériellement
16:25pour qu'ils ne ressentent pas les bords de leur malaise.
16:28Mais on ne peut pas indéfiniment mentir à l'âme humaine.
16:30Donc, à un moment donné, le cri de recherche des origines,
16:33on l'étouffera peut-être pour s'adapter à son environnement
16:36et ne pas le contrarier.
16:38Ça ne veut pas dire qu'il ne ressurgira pas autrement.
16:41Vous voyez ce que je veux dire ?
16:42On ne peut pas savoir où on va si on ne sait pas d'où on vient.
16:45On peut être un petit robot dissocié qui est obéi au modèle
16:47et qui a un sourire Colgate sur les plateaux télé en disant
16:50« C'est une formidable histoire d'amour, ce qui nous est arrivé.
16:52Et je suis très reconnaissant, mais pas en intention. »
16:54Il n'empêche qu'il y a quelque chose qui a été volé
16:56dans la construction de la carte d'identité de l'enfant,
16:58si on ne lui dit pas la vérité, bien évidemment,
17:00y compris pour une adoption,
17:02y compris pour un événement qui n'est pas programmé,
17:05qui est un accident de la vie.
17:06Ou par exemple, avant vous, il y a un enfant
17:08qui est mort dans la lignée familiale.
17:10L'enfant qui arrive au monde,
17:11il a quand même besoin qu'on lui donne les clés de son monde.
17:15La dissociation, vous pouvez préciser,
17:17vous êtes un individu dissocié.
17:19Un individu dissocié, c'est un individu qui fonctionne.
17:22En apparence, il fonctionne normalement.
17:24Il arrive à travailler, il arrive à établir peut-être
17:26des relations sociales,
17:27mais il est comme coupé de son appareil à sentir,
17:29son appareil à percevoir,
17:31son appareil à penser sa propre identité.
17:34C'est pour ça que vous décrivez tout un tas de troubles
17:36qu'on pourrait caractériser de borderline.
17:38C'est-à-dire que vous cherchiez vos limites.
17:39Vous cherchiez à remplir un vide
17:41qui, évidemment, ne pouvait pas être rempli
17:43par des produits ou de la nourriture ou de l'alcool,
17:45mais qui était une question
17:48que vous ne saviez pas à qui adresser
17:49jusqu'au moment où vous avez eu la réponse.
17:50Et il n'y a plus besoin de l'addiction
17:52pour donner un substitut de réponse à cette question.
17:56Mais je pense que c'est vraiment important
17:58de rappeler quand même aujourd'hui
18:00qu'accepter de rentrer dans un débat
18:02entre GPA non-éthique et GPA éthique.
18:05Mais en fait, c'est revenir sur la question
18:07de l'abolition de l'esclavage.
18:08C'est dire, OK, c'est cool,
18:10c'est l'esclavage 2.0,
18:12donc ça fait plaisir aux couples qui ont envie d'enfants
18:14et il ne faut pas oublier leur souffrance.
18:16Mais encore une fois,
18:16le fait de souffrir de quelque chose
18:18ne justifie en rien
18:21de faire souffrir d'autres personnes.
18:23Un bébé qui ne peut pas donner son avis
18:24puisqu'il n'est pas là
18:25et une femme qui est dans la misère.
18:28Donc cette fabrique du consentement,
18:30il faut vraiment la mettre en lumière.
18:31Je crois que c'est extrêmement important
18:33et que c'est faire preuve
18:34d'une grande naïveté
18:36ou d'un grand cynisme
18:38quant à la manière
18:39dont la psyché humaine fonctionne
18:41et dont un être humain se construit.
18:43On n'est pas des monades,
18:45on vient de quelque part.
18:46Olivia Morel,
18:48comment ont-ils vécu,
18:50vos parents d'intention,
18:51ont-ils vécu vos interrogations
18:52et votre combat maintenant
18:53contre la GPA ?
18:55Pas très bien.
18:55Pas très bien.
18:56Il y a trois ans de ça,
18:57j'ai commencé à avoir...
18:59C'est là où j'ai pris mon test ADN,
19:01j'ai eu les réponses
19:01et j'ai commencé à en parler librement.
19:04Et c'est là où je les ai perdus.
19:06Je les ai perdus
19:06parce qu'aujourd'hui,
19:07je ne leur parle plus.
19:09J'avais le choix de me taire
19:11et d'avoir mes parents
19:12ou de parler
19:13et de lutter contre la gestation pour autrui
19:15avec la déclaration de Casablanca
19:18et de les perdre.
19:19Voilà, donc mon choix a été fait.
19:21C'est pour ça aussi,
19:22je voulais en parler.
19:23D'ailleurs, je vais toucher deux mots
19:24de ce conflit de loyauté
19:25parce qu'on a un énorme conflit de loyauté
19:27en tant qu'enfants nés par GPA.
19:28On sait combien on a coûté.
19:30On sait qu'ils ont mis beaucoup d'argent
19:32sur la table pour nous avoir.
19:33On sait qu'on a été voulu.
19:34On sait qu'on a été désiré.
19:36On sait qu'on est aimé.
19:37On sait qu'ils ont tout fait pour nous avoir
19:39et on a l'impression de leur devoir notre vie.
19:42Et c'est vrai qu'avec les autres enfants
19:43nés par GPA avec lesquels je parle,
19:46ils ont peur de perdre leurs parents
19:47et à juste titre.
19:48À juste titre.
19:49Ils ont peur,
19:50ils ont cette loyauté qu'ils leur doivent
19:53et ils sont...
19:55Et parce qu'on a un besoin d'attachement fondamental
19:57et qu'ils n'ont pas de relais.
19:59Non, non, non, ils n'ont pas.
20:00Ils n'ont pas de relais,
20:01mais ils ont l'impression de leur devoir,
20:03leur vie,
20:04donc ils se taisent.
20:04Et puis je crois qu'il ne faut pas
20:07non plus nier la dimension de honte
20:09quand un enfant prend conscience
20:10qu'il a été acheté dans la cour de l'école.
20:11Ah oui, bien sûr.
20:12C'est profondément destructeur, en fait.
20:15Donc on peut appeler ça de l'amour,
20:17encore une fois,
20:18réduire un enfant à une marchandise.
20:21Moi, je ne sais pas où est l'amour.
20:23Je ne crois pas que le désir d'enfant
20:26donne un droit à l'enfant.
20:27Je crois qu'on a des loins dans notre pays
20:28qui ont interdit le marché du sang
20:30et des organes précisément
20:31pour protéger les plus pauvres.
20:33C'est-à-dire qu'on a dit
20:34OK, un marché libéral,
20:36l'économie peut fonctionner
20:37de manière libérale,
20:38mais il y a quand même des choses
20:39qui sortent du marché
20:41et notamment les personnes,
20:43elles ne sont pas dans les règles du marché
20:45parce que sinon,
20:46on arrive à des cannibales markets,
20:48à des marchés voyous
20:49et finalement,
20:50c'est extrêmement dangereux.
20:52C'est une nouvelle forme d'esclavage
20:54et on voudrait pouvoir
20:55chosifier la mère et l'enfant
20:57alors que précisément,
20:58on a des lois qui interdisent
20:59de vendre les organes.
21:01Ça n'a absolument aucun sens.
21:02C'est-à-dire que c'est totalement rétrograde.
21:04On vous fait croire que c'est progressiste,
21:06c'est totalement rétrograde.
21:07C'est un obscurantisme scientifique,
21:08c'est rétrograde sur le plan juridique,
21:10c'est impossible de toute façon
21:11sur le plan juridique
21:12et c'est délirant sur le plan anthropologique.
21:14Donc pourquoi le transhumanisme
21:15veut désarticuler la filiation ?
21:17À qui profite
21:19cette torsion intellectuelle ?
21:21Vous soupçonnez que ça profite évidemment
21:23à ceux qui proposent ces GPA aux entreprises ?
21:28À ceux qui en font un marché juteux.
21:31Mais aussi, je pense qu'un certain nombre
21:34d'individus oublient quand ils souffrent
21:37d'une situation que ça ne leur donne pas
21:39plus de droits sur la dignité des autres.
21:42Or, un couple stérile,
21:44une femme qui malheureusement a eu une hystérectomie
21:46suite à un cancer, etc.,
21:47en général, en consultation,
21:48ils ne vous parlent pas de GPA.
21:50Ils vous disent
21:50« Est-ce que vous pourriez, s'il vous plaît,
21:51faire quelque chose pour que l'adoption
21:52soit simplifiée en France ? »
21:54Complètement.
21:54Etc.
21:55Est-ce qu'on pourrait rencontrer des femmes
21:57qui sont tombées enceintes
21:58et qui sont ennuyées d'avorter
21:59mais qui ne peuvent pas garder l'enfant
22:00parce que peut-être qu'on pourrait
22:01leur venir en aide ?
22:02Finalement, ce n'est pas la GPA
22:03qui leur vient à l'esprit.
22:06Merci beaucoup.
22:07Merci Olivier Morel
22:08d'être venu sur le plateau de
22:09« Et si on en parlait »
22:10sur CNews avec Marie-Estelle Dupont.
22:13On rappelle le titre de votre livre
22:15« Où es-tu, maman ? »
22:16Le témoignage poignant
22:17d'une femme née par GPA
22:19aux éditions du Rocher.
22:21Merci beaucoup Olivier Morel.
22:22Merci à vous.
22:22Dans un instant,
22:24on fait une petite pause
22:25et dans un instant,
22:26on va parler du syndrome du nid vide
22:27Marie-Estelle Dupont.
22:29Voilà, quand les enfants
22:30quittent la maison,
22:31quittent le nid familial
22:32et que les parents se retrouvent
22:35seuls à la maison
22:36sans les enfants.
22:37Restez bien avec nous
22:38sur CNews.
22:39A tout de suite.
22:41Et si on en parlait
22:42avec Marie-Estelle Dupont,
22:44Marie-Estelle Dupont,
22:45en psychologue clinicienne,
22:46on vous retrouve tout l'été.
22:47On a parlé de la GPA
22:48il y a quelques instants
22:49et là,
22:50vous vouliez nous parler
22:51en cette période estivale,
22:53période que de nombreux jeunes
22:55choisissent pour quitter
22:56le nid familial
22:57pour cause d'études
22:58ou de débuts de vie professionnels.
23:00Vous vouliez nous parler,
23:01Marie-Estelle Dupont,
23:02du syndrome du nid vide.
23:04Qu'est-ce que c'est déjà
23:05que le nid vide,
23:06le syndrome du nid vide ?
23:07Mais oui,
23:07parce qu'en fait,
23:08on n'en parle pas beaucoup
23:09et c'est vraiment un syndrome
23:11pour plus de 30% des parents.
23:13Ça se caractérise
23:15par une vraie tristesse.
23:16C'est-à-dire que le nid vide,
23:18c'est ce moment
23:19où les enfants quittent la maison
23:21et où donc,
23:22ce rôle de parent
23:22qui, au quotidien,
23:24a pris tellement de place
23:25pendant une vingtaine d'années,
23:27tout d'un coup va diminuer
23:29et votre positionnement de parent
23:30va complètement changer.
23:32Et en réalité,
23:33ça peut paraître,
23:34pour ceux qui ne l'ont pas vécu,
23:36peut-être une lubie de psychologue,
23:38mais pas du tout.
23:39En réalité,
23:40on voit une vraie tristesse caractérisée
23:42qui met du temps à se résorber
23:44chez certains parents
23:45avec des vrais symptômes,
23:46un vrai sentiment
23:47de « mais à quoi je sers ? »
23:49Un sentiment d'inutilité,
23:50un sentiment de ne plus savoir,
23:53notamment chez les mères
23:54qui se sont souvent
23:54beaucoup plus occupées
23:55de toute l'organisation
23:57des plannings
23:57de toute la famille
23:58et de tout le support
23:59à la fois émotionnel
24:00mais aussi logistique,
24:01un sentiment de ne plus savoir
24:03habiter son temps,
24:04habiter ses semaines.
24:05Elles se sentent un peu
24:06comme décontenancées.
24:07« Ah, mais je n'ai plus besoin
24:08de me presser le soir
24:09pour faire le dîner. »
24:11Et c'est une sorte
24:12de moment suspendu
24:13où il y a une mue,
24:14c'est-à-dire qu'il y a un écho.
24:16C'est là qu'on voit les liens.
24:17On parlait des liens d'attachement
24:18dans la première partie.
24:19Le lien d'attachement,
24:21il dure très longtemps.
24:22C'est-à-dire qu'au moment
24:23où il y a une mue
24:24pour votre enfant
24:25qui quitte la maison,
24:26qui va être un adulte,
24:27autonome sur ses papiers,
24:28autonome sur tout un tas de choses,
24:30vous aussi,
24:31vous vivez une mue en écho,
24:32c'est-à-dire que vous l'avez
24:33mis au monde
24:34il y a 18 ans,
24:35il y a 22 ans,
24:36il y a 25 ans,
24:37et là,
24:38vous le remettez au monde.
24:40Et oh mon Dieu,
24:41on a un moment,
24:42surtout quand on est une femme
24:44parce qu'on a vécu
24:45la grossesse corporellement,
24:46où on peut tout à fait
24:46avoir ce sentiment
24:47que notre corps est triste
24:49alors qu'on est heureux
24:50pour notre enfant
24:51qui fasse sa vie.
24:51Bien évidemment,
24:52c'est plutôt la preuve
24:53qu'on a réussi le boulot.
24:55Et pourtant,
24:55il y a cette grande tristesse
24:56qui peut s'installer
24:57chez certains parents,
24:58hommes ou femmes.
24:59Mais parfois,
25:00il est un peu plus intense
25:01chez les femmes
25:01qui se sont à la fois
25:02plus investibles
25:03et qui corporellement
25:03ont beaucoup investi
25:04l'enfant quand il était petit.
25:05Vous diriez que ça
25:06s'apparente à un deuil ?
25:07C'est une mue,
25:08c'est une transformation,
25:10c'est pas un deuil
25:11au sens de la perte
25:12d'un enfant.
25:12Il faut vraiment faire attention
25:13à tous les téléspectateurs
25:14qui ont malheureusement
25:15perdu un enfant
25:16ou qu'on n'emploie pas
25:16le même terme
25:18puisque c'est aussi
25:19un début,
25:19c'est aussi une naissance,
25:21la naissance de l'adulte.
25:23En revanche,
25:24c'est un réaménagement
25:26dans l'identité.
25:27C'est pas un deuil
25:28au sens de perdre quelqu'un,
25:29c'est un deuil
25:30au sens de changer de rôle.
25:35Donc, on a parlé
25:36au cours de l'année
25:37évidemment de la question
25:38des retraites.
25:38Pour certains hommes,
25:39il y a un sentiment
25:40de devoir se réajuster
25:41sur le plan identitaire.
25:42Mais le nid vide
25:43est aussi un moment.
25:44On doit se réorganiser
25:47à l'intérieur de nous
25:48parce que ce à quoi
25:49on consacre nos pensées,
25:50notre énergie,
25:51notre temps,
25:53finalement,
25:53s'en va.
25:54La mission est accomplie.
25:55Donc, c'est aussi
25:55un moment de bilan.
25:56C'est-à-dire que
25:57quand l'enfant part,
25:58comment part-il ?
26:00Est-ce qu'il part
26:00en bon terme ?
26:01Est-ce qu'on part
26:02avec un sentiment
26:03d'incompréhension
26:03qui nous fait de la peine ?
26:05Est-ce qu'il part fâché ?
26:07Donc, c'est forcément
26:08un moment de bilan
26:09de la relation
26:10que j'ai construite
26:11avec cet enfant-là
26:12pendant 20, 25 ans.
26:13Donc, ça peut être
26:14un moment très ambivalent.
26:16On est à la fois
26:17euphorique, excité,
26:18qui vole de ses propres ailes.
26:21On est fier,
26:21on en parle à tout le monde
26:22comme quand on apprend
26:23qu'on est enceinte.
26:25Et en même temps,
26:26tellement triste
26:27de voir qu'il n'y a plus rien
26:28qui bouge dans sa chambre.
26:29C'est la chanson
26:29de Benabar.
26:31On a fait un bureau
26:32dans la petite...
26:32On a fait une chambre d'amis.
26:34Oui, dans la chambre
26:35qui est partie.
26:36et ce sentiment
26:38que quelque chose
26:40doit retrouver sa place.
26:42Ce n'est pas pathologique.
26:43Mais par contre,
26:46c'est sûr que ça va être
26:48un moment de fragilité.
26:50Donc, s'il y a
26:50d'autres fragilités
26:51à ce moment-là
26:51dans le couple,
26:53quand on est encore
26:54en couple,
26:56ou dans le regard
26:58qu'on pose sur soi-même,
26:59ça peut réactiver ça.
27:00Ça touche plus le père
27:02que la mère ?
27:05Qu'est-ce qu'on sait de ça ?
27:06Vous l'avez évoqué rapidement.
27:07Alors, ça touche quand même
27:08un peu plus les mères
27:10qui, encore une fois,
27:10se sont à la fois plus investies
27:12corporellement
27:13et beaucoup investies
27:16dans l'organisation de la maison.
27:17Mais ça peut tout autant
27:18toucher les papas.
27:19C'est juste que...
27:23On a à peu près
27:24entre 30 et 40 %,
27:25autour de 39 %
27:26des parents
27:27qui parlent de ce syndrome.
27:30La différence,
27:30c'est que les femmes
27:31sont plus inclines
27:32à parler de leur souffrance émotionnelle.
27:34Les hommes ont plus tendance
27:35à la garder pour eux-mêmes.
27:36Ils ne vont pas faire
27:37la démarche d'aller
27:38chez un psychologue
27:39parce que les enfants
27:40parlent de la maison.
27:41Ça leur semblerait
27:41tout à fait ridicule.
27:43Alors qu'une femme
27:43peut venir vous voir,
27:45vous dire,
27:45depuis que la dernière
27:46est partie de la maison,
27:47je vois bien
27:47qu'il y a des choses
27:49qui étaient là,
27:50qui étaient mises de côté,
27:51mais il y a toujours
27:51cette tristesse en moi
27:52et ce départ réveille
27:53cette tristesse.
27:54Donc, peut-être
27:54que les hommes
27:55en parlent moins,
27:56ça ne veut pas dire
27:56qu'ils en souffrent moins.
27:58En revanche,
27:59l'intensité émotionnelle,
28:00elle peut être plus forte
28:01chez les femmes,
28:01effectivement,
28:02du fait de cette proximité,
28:03notamment corporelle.
28:04Il y a une nostalgie.
28:06Il y a une nostalgie
28:07de quand ils étaient bébés.
28:08On a toutes envie
28:08de revoir pendant quelques heures
28:10ce grand barbu
28:11qui est chose du 43
28:13quand il était tout petit
28:15dans un pyjama en trois mois.
28:16Ça nous l'a toutes fait.
28:17Comment ça se manifeste,
28:19ce syndrome d'univide
28:20dans une famille ?
28:21Parce que ça se fait par étapes.
28:22Petit à petit,
28:24il y a les départs
28:25d'une famille de 1, 2, 3, 4 enfants.
28:28Les départs se font petit à pip.
28:29Il y a le dernier
28:30qui claque la porte.
28:31Oui, alors je pense
28:33que c'est important
28:34de justement vraiment
28:36se laisser la possibilité
28:37d'accueillir cette difficulté
28:39parce que sinon,
28:40de manière inconsciente,
28:40on va avoir envie
28:41de retenir le dernier.
28:43Ah oui.
28:44Parce qu'après le départ
28:45du dernier,
28:45il n'y en a plus.
28:46Non.
28:48Et donc, je crois
28:49que c'est vraiment
28:49très, très bénéfique.
28:51Moi, j'encourage vraiment
28:52les parents
28:52qui ressentent une tristesse
28:54à en parler avec des amis,
28:56à le dire,
28:56à le partager
28:57parce que plus ils vont
28:58en avoir conscience,
28:59plus ils vont pouvoir
29:00l'élaborer,
29:01se dire,
29:02si on est triste,
29:03c'est aussi l'expression
29:05de l'amour
29:05et de tout ce qu'on a investi.
29:07Et en même temps,
29:07on peut laisser de la place
29:08à la fierté,
29:09on peut laisser de la place
29:10à la joie,
29:10on peut laisser de la place
29:11aussi à une autre forme
29:13de relation avec cet enfant
29:14parce qu'il a moins besoin
29:15de nous de manière quotidienne.
29:18Mais du coup,
29:18les discussions
29:19se portent sur un autre plan.
29:21On voit un adulte
29:21qui se construit
29:22va pouvoir le conseiller
29:22dans d'autres domaines
29:24s'il le souhaite,
29:26etc.
29:26Et donc,
29:27ça peut être aussi
29:27assez merveilleux
29:28de voir un enfant
29:29faire sa vie d'adulte.
29:30Et pour pas que la tristesse
29:31recouvre cette nouvelle joie,
29:33je crois que c'est vraiment
29:34important de s'autoriser
29:34à en parler
29:35et de pas se dire
29:35« mais non,
29:35c'est ridicule,
29:36tout le monde vit ça,
29:37pourquoi ?
29:37je ne vais pas commencer
29:38à me plaindre. »
29:39Ce n'est pas se plaindre,
29:39c'est juste que notre société
29:42refuse que l'émotion
29:43soit quelque chose
29:44de normal et de sain.
29:45C'est normal d'être triste
29:47quand on est à l'enterrement
29:48de son meilleur ami
29:50foudroyé par un cancer.
29:51C'est normal d'être triste
29:52quand les enfants
29:52quittent la maison.
29:53Ce n'est pas pathologique,
29:54en fait.
29:55Et je voulais en parler
29:56parce que je m'aperçois
29:57que beaucoup de gens
29:58discrètement me glissent
29:59et notamment beaucoup d'hommes
30:00« qu'est-ce que j'appréhende
30:01cette période ?
30:02Pour l'instant,
30:02ça va,
30:03ils sont encore au collège,
30:03mais qu'est-ce que j'ai peur ? »
30:05Et très souvent,
30:07on a peur
30:07de ce qui va rester du couple
30:09parce que qu'est-ce qu'il y a
30:10quand l'équipe parentale
30:13n'est plus mobilisée ?
30:14Ils restent les amants
30:15et souvent,
30:16au bout de 25 ans,
30:17les petites rancœurs accumulées,
30:18les petits non-dits,
30:21il n'y en aura plus les enfants
30:23pour faire frein à ça,
30:24on ne pourra plus mettre
30:24les choses sous le tapis,
30:25les problèmes vont ressurgir
30:26et ça,
30:27c'est très angoissant
30:28pour les couples.
30:28Ça veut dire que
30:29pour le couple,
30:31c'est une nouvelle vie
30:32qui commence.
30:33Il faut l'anticiper,
30:34ça.
30:35À partir de quand,
30:37déjà,
30:37on prend conscience
30:38que ce syndrome d'une vie,
30:40on peut le vivre.
30:41C'est à l'adolescence,
30:42c'est-à-dire qu'à la naissance,
30:43je dis,
30:43bon,
30:44à la naissance,
30:46on ne pense pas à ça,
30:47évidemment.
30:47Mais quand l'enfant
30:48commence à avoir 15,
30:4916 ans,
30:49qu'on commence à penser études,
30:51on se dit,
30:51ah oui,
30:52tiens,
30:52un jour,
30:52il va partir.
30:53C'est dans la salle d'accouchement.
30:57Vous vous dites,
30:58ce tout petit être
30:59m'est confié,
30:59mais il faut que j'arrive
31:00à faire en sorte
31:01qu'il vole de ses propres ailes.
31:03Et finalement,
31:03quand les parents savent,
31:05n'oublient pas
31:05que leur travail
31:06consiste à transmettre
31:08pour que l'enfant
31:09puisse se passer d'eux,
31:11c'est plus facile
31:11pour le couple,
31:12du coup,
31:12de continuer à investir sur lui
31:14tout au long
31:14de l'éducation des enfants.
31:15C'est évidemment difficile,
31:16on a la pression économique,
31:18la pression logistique,
31:19on a le quotidien
31:20qui,
31:20il y a toujours une urgence,
31:21il y en a toujours un
31:22qui a besoin de quelque chose,
31:23donc on a du mal
31:23à faire de la place au couple
31:24et pourtant,
31:25le couple,
31:26il est le pilier aussi
31:27de cette famille
31:27et donc,
31:28tout ce que vous aurez
31:30déserté dans la vie amoureuse,
31:31tous les non-dits
31:32que vous aurez laissés
31:33s'accumuler,
31:34peuvent arriver
31:34à ce moment-là
31:35après le nid vide
31:36et c'est pour ça
31:36qu'on a quand même
31:37un couple à la retraite
31:38sur trois
31:39qui divorce,
31:40c'est parce qu'en fait,
31:41il y a eu un effet,
31:44comment dire,
31:45avec les enfants,
31:46on met la poussière
31:47sous le tapis
31:47et les enfants font
31:48que de toute façon,
31:49on va éviter les conflits
31:51mais finalement,
31:52comme on n'a pas fait
31:52les purges au fur et à mesure
31:54des radiateurs,
31:55à la fin,
31:56ça finit par exploser.
31:57Donc,
31:58voilà,
31:58je crois qu'il faut
31:59se rendre compte tout de suite
32:00que les enfants
32:00qu'on met au monde,
32:02un jour,
32:03on ne sera plus
32:04que des racines lointaines
32:05pour eux
32:05et voilà,
32:06à part rester
32:07une base de confiance,
32:08on ne sera plus
32:10le centre de leur vie,
32:11ils ne seront plus
32:12le centre de la nôtre
32:13et ça,
32:14c'est difficile
32:14pour les couples
32:15parce que,
32:15sur quoi je vais faire fond
32:17quand ils ne seront plus là
32:17parce que finalement,
32:18je n'ai plus grand-chose
32:19à dire à ma femme,
32:19je n'ai plus grand-chose
32:20à dire à mon mari,
32:22c'est important
32:23d'en parler
32:23avant que ça arrive
32:24parce que sinon,
32:25c'est un peu difficile.
32:26Ça veut dire
32:26que tout au long
32:27de sa vie,
32:28il faut donner de la place
32:30à ses enfants,
32:32à son conjoint,
32:33sa conjointe
32:34et à soi-même
32:35à parts égales
32:36pour que,
32:37quand les enfants
32:39s'en iront un jour...
32:40À parts égales,
32:41ce n'est pas des statistiques
32:42puisque vous venez
32:43d'avoir un bébé
32:44éclené à deux ans,
32:45évidemment que le temps
32:46n'est pas à parts égales
32:47mais je pense qu'on l'entendait
32:49sur Europe 1
32:50quand on en avait parlé
32:51cette année,
32:52des femmes qui disaient
32:53en fait,
32:53le syndrome d'une vie,
32:54j'ai eu ce moment de mélancolie
32:56mais en même temps,
32:56avec mon mari,
32:57on a été tellement heureux
33:00de retrouver une vie d'amoureux,
33:01on a retrouvé une vie
33:02de jeunes amoureux,
33:03nos enfants n'avaient plus besoin de nous,
33:05les fins d'année
33:05n'étaient pas marqués
33:06par les examens,
33:06etc.
33:07On a retrouvé cette vitalité
33:09de jeunes amoureux
33:10mais pourquoi ?
33:11Parce qu'en fait,
33:11on ne s'était jamais oublié
33:12et c'est assez,
33:13on se dit,
33:14quand on entend des mères
33:15de familles de six enfants
33:16qui nous disent ça,
33:17on se dit,
33:17waouh,
33:18ils avaient vraiment envie
33:19d'investir leur couple
33:19parce qu'ils ont réussi à le faire
33:21donc je pense que c'est
33:22certainement pas impossible
33:23mais en tout cas,
33:24c'est certainement la clé
33:26pour qu'au moment d'une évide,
33:28le couple soit à nouveau
33:30un soutien émotionnel
33:31et je pense que
33:33même si on ne le vit pas
33:34de la même manière
33:35et que l'un des deux
33:38n'a pas le sentiment
33:39de le vivre mal,
33:40c'est vraiment important
33:42d'accueillir
33:43que la personne
33:44qui est en proie
33:45à des moments
33:46de chagrin profond,
33:48de perte de plaisir,
33:50d'anédonie,
33:51de perte de plaisir
33:52pour ses activités quotidiennes,
33:53de sentiment
33:53que sa vie n'a plus de sens,
33:56bah oui,
33:56elle est dans un grand virage
33:57de sa vie
33:58et c'est simplement
33:59l'expression en creux
34:01de à quel point
34:03elle s'était investie
34:04pendant des années
34:05et que donc,
34:05quand on s'est déformé
34:08pour s'adapter
34:08à un rôle énormément
34:10pendant des années,
34:11se remettre dans quelque chose
34:13de plus égoïste,
34:14naturel,
34:16individualiste,
34:16bah en réalité,
34:17ça fait mal
34:17parce qu'on reprend
34:19une posture
34:19qu'on avait laissée de côté
34:21pour le bien familial
34:23pendant longtemps.
34:24On parle du couple
34:25quand les parents
34:26sont encore ensemble
34:28au départ des enfants,
34:29il y a également
34:29les mamans solos,
34:31les papas solos,
34:32là c'est d'autant plus dur.
34:33C'est les témoignages
34:34que je reçois.
34:35Oui.
34:36Vraiment,
34:36ils me disent,
34:37un papa solo
34:37qui me disait
34:38je suis tellement fière
34:39pour ma fille
34:39qu'elle réalise son rêve,
34:41je suis allée la voir,
34:41je suis allée l'installer
34:42mais Marie-Estelle,
34:43heureusement que vous en avez parlé
34:44parce que franchement,
34:45je vous assure,
34:46ça paraît ridicule
34:47mais j'ai passé
34:48les 250 kilomètres
34:49sur la route
34:49en rentrant chez moi
34:50à pleurer.
34:51Oui,
34:52je crois que quand on s'est
34:53énormément investi tout seul
34:54et que finalement,
34:55l'enfant est devenu
34:56le cœur de notre
34:58investissement affectif,
34:59c'est d'autant plus douloureux.
35:00C'est pour ça que
35:02le challenge
35:02de tous les parents célibataires,
35:04c'est d'avoir
35:04une nourriture affective
35:06en dehors de leurs enfants
35:07pour que les enfants
35:08ne culpabilisent pas
35:10en quittant la maison,
35:11ce n'est pas les soutiens,
35:12les bâtons de vieillesse
35:13de leurs parents
35:14et puis pour que le parent
35:17ne plonge pas
35:17dans un abîme
35:19de sentiments
35:20d'inutilité.
35:21C'est toute l'importance
35:22dans ces cas-là
35:23des amitiés,
35:24des autres membres
35:25de la famille,
35:26etc.
35:27Parmi les conséquences
35:29du Nivide,
35:30en préparant l'émission,
35:32on se disait,
35:33vous me disiez,
35:34il y a un sentiment
35:34de perte de contrôle.
35:36Est-ce que vous pourriez
35:38préciser ce point ?
35:39Oui,
35:40en fait,
35:40dans les symptômes
35:42du Nivide
35:42qu'on n'a peut-être pas
35:43encore assez répertorié,
35:44il y a l'anxiété,
35:45il y a la tristesse aiguë,
35:46le sentiment de solitude,
35:47la perte de motivation
35:49comme dans une dépression.
35:50Le sentiment
35:51de perte de contrôle,
35:52le sentiment
35:52de fragilité,
35:53il s'est associé,
35:55la vulnérabilité,
35:56elle est liée
35:56à la perte de contrôle,
35:57justement.
35:58Les doutes,
35:59évidemment,
35:59sur le couple éventuellement
36:00ou sur le sens
36:01de sa vie
36:01et ça peut s'accompagner
36:03de changements
36:03de comportement.
36:04En fait,
36:05la perte de contrôle,
36:06elle est liée
36:07au fait que,
36:08même si vous êtes
36:10dans la petite enfance
36:11souvent débordée
36:12avec le sentiment
36:14de ne pas vous appartenir,
36:15que c'est la croix
36:17et la bannière
36:17pour arriver
36:18à juste prendre
36:18une douche
36:19tranquillement,
36:19etc.
36:20Quelque part,
36:21il y a une illusion
36:22de contrôle.
36:23Je contrôle ma progéniture
36:26parce qu'elle est
36:27sous mes yeux.
36:28En fait,
36:29c'est une illusion,
36:29évidemment,
36:30parce qu'on ne peut pas
36:30protéger nos enfants
36:31de tout.
36:32Mais on a le sentiment
36:33d'avoir une certaine maîtrise
36:34parce qu'on est
36:35extrêmement engagé,
36:36engagé dans l'organisation
36:38de la vie,
36:38des repas,
36:40les orientations scolaires,
36:41les sorties,
36:42les activités,
36:42etc.
36:43Et puis,
36:44surtout,
36:45vous êtes quand même
36:46le lieu où l'enfant
36:47dépose ses émotions.
36:48Il est là tous les soirs
36:50après l'école
36:50et c'est à vous
36:51qu'il remet,
36:52parfois de manière
36:53un peu bruyante,
36:54toutes les émotions
36:55qu'il a ressenties
36:56dans la journée.
36:57Quand il s'en va,
36:58vous avez ce sentiment
36:59de « mais si elle va mal,
37:01elle ne va pas,
37:02peut-être que je ne le saurais pas ».
37:03Alors du coup,
37:04certains parents
37:05basculent momentanément
37:06dans la frénésie
37:07de texto
37:0812 fois par jour,
37:09ça va,
37:09t'es où,
37:10tu ne m'as pas dit.
37:11tu as besoin de quelque chose,
37:13ça peut être un peu oppressant
37:15pour celui qui reçoit
37:16les textos.
37:19Mais en tout cas,
37:20oui,
37:20il y a ce sentiment
37:21de « je ne vois plus ».
37:22Je ne vois plus
37:23où sont mes petits
37:24et ça peut être
37:25très angoissant
37:26alors qu'en réalité,
37:27c'était une illusion.
37:28On sait bien
37:29que ce n'est pas
37:29parce qu'ils sont petits
37:30qu'il ne leur arrive rien.
37:31On sait bien
37:31que ce n'est pas
37:31parce qu'ils sont petits
37:32qu'ils ne sont pas
37:32parfois avec d'autres adultes
37:33que nous.
37:34Mais en tout cas,
37:35oui,
37:35il y a ce sentiment
37:36de « je ne peux plus
37:37rattraper les choses ».
37:38Maintenant,
37:38ces choix amoureux
37:39vont m'échapper
37:39s'ils tombent sur quelqu'un
37:40qui le fait souffrir.
37:41Et en fait,
37:41à ce moment-là,
37:42je crois que la seule chose
37:43qu'on peut faire,
37:43c'est juste se rappeler
37:44que ce n'est pas
37:45« si il va souffrir ».
37:47Il va souffrir
37:48et il va faire souffrir.
37:49Nos enfants viennent au monde
37:52finalement
37:54en découvrant une vie
37:55dans laquelle
37:56ils vont faire du mal
37:57et on va leur faire du mal,
37:58malheureusement.
37:58Donc,
37:58on ne pourra pas lui épargner
37:59la déception amicale
38:01ou le chagrin d'amour.
38:02En revanche,
38:02la grande différence,
38:03c'est quand les parents
38:05signifient à l'enfant
38:05qu'ils sont quand même
38:06très heureux
38:07qui fassent sa vie
38:08pour qu'ils ne se sentent
38:08pas coupables
38:09de leur tristesse.
38:10Le chagrin n'est que
38:11l'expression de l'attachement,
38:12il n'est pas l'expression
38:13d'une faute de l'enfant
38:13qui serait un méchant
38:15parce qu'il se détache.
38:17Le détachement étant
38:18le signe d'un attachement réussi
38:20et en tout cas,
38:21signifier à l'enfant
38:22que quoi qu'il arrive,
38:23on ait une base
38:25s'il y a quoi que ce soit.
38:26Tu ne seras jamais
38:28jugé de me parler
38:29d'un chagrin d'amour,
38:31d'un budget
38:32que tu as mal géré
38:32ce mois-ci.
38:33Tu m'en parles,
38:34tu m'en parles
38:35autant que tu veux
38:36et surtout le plus tôt possible
38:37sinon ça va être compliqué
38:38de t'aider.
38:39Je crois que c'est ça
38:40la nouvelle position à trouver.
38:41Je suis toujours disponible
38:43mais tu n'es pas du tout
38:43supposé tout me raconter.
38:45Il faut que tu aies
38:45ton jardin secret.
38:46Est-ce que vous diriez
38:47Marie-Astelle Dupont
38:48que le syndrome d'univide
38:50c'est une dépression ?
38:52C'est une petite dépression ?
38:53Vous avez prononcé le mot
38:54il y a quelques instants.
38:56En fait,
38:58on va voir
38:59si ça devient une dépression.
39:00C'est-à-dire que si
39:02sur les 7 ou 8 symptômes
39:04qui constituent
39:05le syndrome d'univide
39:06il y a une persistance
39:09pardon
39:10d'environ la moitié
39:11des symptômes
39:12pendant 3 mois
39:15il faut se poser la question.
39:17Beaucoup d'anédonie,
39:18des troubles du sommeil,
39:20beaucoup d'anxiété.
39:21Anédonie ?
39:21Un besoin,
39:22perte de plaisir.
39:23Perte de plaisir.
39:23Tiens,
39:24il n'a plus de plaisir
39:24à aller jouer au tennis
39:25alors que ce papa-là
39:27il joue au tennis
39:27tous les week-ends.
39:28Tiens,
39:28elle n'a plus de plaisir
39:29à aller déjeuner
39:31avec ses copines
39:31alors que c'était
39:32son moment d'oxygène
39:33dans la semaine
39:34quand elle s'occupait
39:34de tout le monde.
39:35Bon,
39:36si l'anédonie elle persiste,
39:37si les troubles du sommeil
39:38sont là,
39:39s'il y a des troubles anxieux
39:40au-delà de 3 mois,
39:43oui,
39:43ce n'est pas un coup de blues.
39:44Que vous ayez épuisé
39:46deux boîtes de mouchoirs
39:47entre la maison
39:48et Roissy
39:48et la maison
39:49en déposant
39:51votre fille
39:51qui part aux Etats-Unis
39:52pour un an,
39:53c'est tout à fait adapté.
39:55Mais si ça persiste
39:56et que ça commence
39:57à empiéter
39:58sur votre santé physique
39:59et mentale
39:59et les investissements
40:00que vous avez
40:01avec d'autres personnes
40:02dans votre environnement,
40:03oui,
40:03il faut s'inquiéter.
40:04Est-ce que ça se prépare
40:06dans le couple ?
40:07Vous conseillez dans...
40:08Alors,
40:08je sais que vous n'aimez pas
40:09et que je n'ai pas
40:10de conseils à donner
40:11mais bon,
40:12est-ce qu'il faut en parler
40:13dans le couple ?
40:15Je crois que les deux parents
40:17vivent la séparation
40:18avec les enfants.
40:19Ça ne veut pas dire
40:19qu'ils la vivent
40:20avec la même personnalité,
40:21avec la même sensibilité.
40:22Ça ne veut pas dire
40:23non plus qu'ils le réalisent
40:23au même moment.
40:24Peut-être que celui
40:24qui s'est le plus investi
40:26pour trouver l'université,
40:27trouver le logement
40:28a percuté déjà
40:28depuis six mois
40:29que l'enfant partait.
40:30Il est déjà en train
40:31de faire ce processus
40:33intérieurement
40:33et l'autre,
40:34c'est le jour
40:34où il n'est pas rentré
40:36ce soir
40:36et rien n'a bougé
40:37dans la chambre
40:38et il n'y a pas de bazar
40:39et là,
40:39il prend une claque.
40:41Ce n'est pas parce
40:41qu'on ne le vit pas
40:42exactement de la même manière
40:43qu'on ne peut pas
40:45le vivre ensemble.
40:46Je pense que c'est au contraire
40:48pour le couple,
40:48c'est aussi une opportunité
40:49de découvrir
40:50que ce couple
40:51a des ressources.
40:52On va vivre ensemble.
40:53On n'a pas...
40:53Ce n'est pas toi mon problème,
40:55c'est qu'on a un problème ensemble,
40:56c'est que nos enfants
40:57ne sont plus là.
40:58Qu'est-ce qu'on met en place ?
40:59Comment tu le vis ?
41:00De quoi on aurait besoin
41:01aussi pour se retrouver ?
41:03Comment redonner
41:04la part belle aux amants ?
41:05Quels bénéfices
41:06on pourrait tirer
41:07de cette grande tristesse
41:09que les paniers
41:10de linge-sal
41:11ne débordent plus ?
41:12Et voilà,
41:14refaire fond sur son couple,
41:15ça peut aussi être
41:16un moment très joyeux,
41:17une renaissance.
41:18C'est-à-dire que moi,
41:19j'ai des témoignages
41:20de gens qui me disent
41:20c'est vrai quand même
41:21tant que les enfants
41:22étaient à la maison,
41:22on avait un petit peu moins
41:25de relations intimes.
41:26Finalement,
41:26depuis qu'ils sont partis,
41:27comme on a du temps
41:29pour aller se balader ensemble,
41:30on se redécouvre aussi,
41:31on retrouve le plaisir
41:32du toucher,
41:33on retrouve une intimité
41:34qu'on n'avait pas eue
41:35depuis des années.
41:36Et puis maintenant,
41:37il y a les réseaux sociaux,
41:38il y a les applications
41:39pour communiquer
41:41plus facilement.
41:41Vous parliez
41:42d'un départ aux Etats-Unis,
41:43un enfant qui part
41:44aux Etats-Unis aujourd'hui,
41:45ce n'est pas la même chose
41:46que dans les années 80
41:49où le téléphone
41:50coûtait une fortune.
41:52Ça, qu'est-ce que ça change ?
41:53Vous ne savez même pas
41:53exactement où il allait,
41:54d'ailleurs.
41:54Et on ne savait même pas
41:55exactement où il allait,
41:56donc tu m'appelleras,
41:57voilà, bon,
41:57on attendait le coach.
42:00Là, ça change
42:01beaucoup de choses.
42:02Bien sûr,
42:02on a WhatsApp
42:03qui permet de faire
42:04un appel avec l'image
42:05de l'enfant,
42:07ça permet quand même
42:08de garder un contact
42:09un peu plus facilement.
42:10Et puis,
42:11on a aussi
42:12une facilité
42:14à voyager
42:14qui fait que les parents,
42:15en général,
42:16ils vont voir leurs enfants
42:17quand ils sont dans
42:18un pays lointain
42:18au moins une fois
42:19dans l'année.
42:20Bien sûr.
42:20Comment les enfants
42:21le vivent ?
42:23Comment est-ce que
42:23les enfants vivent
42:26ce syndrome d'univite
42:27chez les parents ?
42:28Qu'est-ce qu'on peut
42:29en dire ?
42:30Ils peuvent le vivre
42:31avec culpabilité
42:32si effectivement
42:33on ne trouve pas
42:33la bonne personne
42:34à qui en parler.
42:35Il ne faut pas,
42:36il faut essayer de,
42:37même si vous avez pleuré
42:39toutes les larmes
42:39de votre corps
42:40à Roissy,
42:41en voyant votre enfant
42:42partir sur le tapis roulant
42:43et vous avez l'impression
42:44que vos bras se décrochaient
42:45et que vous n'alliez
42:46jamais retrouver
42:46votre voiture,
42:48il faut au moment
42:49où il appelle
42:49lui dire
42:50mais va vite profiter
42:51de tes copains
42:52et trouver une autre personne
42:53avec qui adresser
42:54votre tristesse
42:54parce que sinon
42:55c'est lourd pour l'enfant
42:56il a aussi besoin
42:57qu'on sente
42:57qu'on est confiant
42:58dans la vie
42:58qu'il va construire
42:59et que de toute façon
43:00on sera là
43:01on sera là en backup
43:02on sera là en support
43:03s'il y a le moindre problème
43:05mais on ne peut pas
43:06les charger
43:07avec notre tristesse
43:08ils ont déjà quand même
43:08leurs angoisses à eux
43:09parce que c'est un âge
43:10où sauter dans le grand bain
43:12on n'est pas sûr
43:13d'être à la hauteur
43:14on a à la fois très envie
43:15de montrer à papa et maman
43:17et qu'on n'a pas du tout
43:18besoin d'eux
43:18et en même temps
43:19on a besoin de savoir
43:21qu'on peut les appeler
43:21qu'ils ne sont pas
43:22complètement effondrés
43:24en cas de problème
43:25et puis il y a des départs
43:26qui se passent bien
43:26avec des parents
43:27qui sont ravis
43:27que leurs enfants
43:29volent de leurs propres ailes
43:30et tout le monde
43:31est content
43:32mais barrez-vous
43:33ça existe aussi
43:34ça existe aussi
43:35ça existe aussi
43:36et si on en parlait
43:38tout l'été
43:38avec Marie-Astelle Dupont
43:40votre rendez-vous
43:41avec Marie-Astelle
43:42psychologue clinicienne
43:43et on parle
43:44de l'actualité
43:45et des choses de la vie
43:47on se retrouve très vite
43:49à très vite sur CNews
43:50Merci d'avoir regardé cette vidéo !
43:52– Sous-titrage FR 2021
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