00:00Il va encore faire chaud ce week-end, Vigilance canicule sur plusieurs départements du Sud-Est
00:04et vous entendez régulièrement les messages de prudence, ne pas faire de sport quand il fait 32, 35, 40 degrés
00:09à l'ombre.
00:10D'accord, on oublie le footing.
00:11Mais que dire des sportifs de profession, ceux pour qui, et celles pour qui, sauter, taper, courir, taper dans un
00:18ballon est le métier.
00:19Comment voit-il, comment voit-elle cette menace grandissante ?
00:22Bonjour Stéphanie Gickel.
00:23Bonjour.
00:23Et bienvenue sur France Inter, vous êtes dans l'Ultra Trail, ces très longues courses en milieu naturel,
00:28vous les avez subis, ces chaleurs extrêmes, lors du Grand Raid.
00:33175 kilomètres de l'Ultra Marin, c'est le tour complet du Golfe du Morbihan.
00:38Cinquième victoire, au passage c'est un record.
00:40Et je pense que vous devez encore frissonner de cette arrivée à Vannes.
00:44C'était donc à la fin du mois de juin, le 26 juin, au moment de l'une des pires
00:48canicules que la France ait connue.
00:50Qu'est-ce qu'on ressent ? Qu'est-ce qu'on endure pendant un quadruple marathon avec cette chaleur
00:54?
00:55C'est vrai qu'il faisait très chaud à Vannes, dans le Morbihan.
00:59Donc il faut se préparer, à la fois avec de l'acclimatation, et puis une procédure de refroidissement pendant la
01:05course.
01:06La fréquence cardiaque, elle augmente quand même quand il fait chaud.
01:09Donc il faut baisser les allures, et c'est ce que j'ai fait sur l'Ultra Marin.
01:14Je suis partie un peu plus doucement que ce que j'avais anticipé.
01:19Ce qui peut paraître paradoxal, parce que ça reste une course et vous l'avez gagnée.
01:22Donc vous baissez les allures, mais quand même en étant devant.
01:25Exactement. En fait, après on est tous dans la même situation.
01:27C'est-à-dire que quand il fait chaud, on est plus sur une course au classement qu'une course
01:31au chrono.
01:32Donc c'est vraiment ce que j'avais en tête, et je me suis dit qu'il faut baisser d
01:34'allures.
01:35Parce que le risque, c'est vraiment d'avoir une fréquence cardiaque trop élevée, une température centrale trop élevée.
01:40Et au final, de ne pas pouvoir terminer la course.
01:43Est-ce que c'est 7 pulsations par minute de plus à cause de la chaleur dans votre sport ?
01:48Oui, c'est 7 pulsations environ de plus à cause d'une très forte chaleur.
01:52Et on peut le réduire en faisant une procédure d'acclimatation.
01:55C'est ce qu'on fait en tant que sportif de haut niveau.
01:57Je vais régulièrement à l'INSEP en chambre thermique.
02:00L'Institut National du Sport et de la Performance, le grand institut français pour tous les athlètes de haut niveau.
02:05Exactement. Et il y a un laboratoire, le laboratoire Sport, Expertise et Performance.
02:10Et grâce à ce laboratoire, souvent je vais en chambre thermique.
02:14Donc j'y reste à raison d'une heure par jour, dans les 7 à 14 jours qui précèdent la
02:18compétition.
02:19Je suis exposée à des températures de 39 à 43 degrés.
02:22Et donc je pédale et je cours avec cette température.
02:26Donc c'est ça la chambre thermique, c'est faire de l'exercice dans des conditions bien plus élevées en
02:30température que ce qu'il y a à l'extérieur.
02:32Exactement. Alors là c'est pour s'acclimater de manière très rapide.
02:35C'est-à-dire qu'en 7 à 14 jours, on est acclimaté.
02:37Après, si on court durant tout l'été à une allure assez faible,
02:42en général on est prêt pour des compétitions de septembre qui vont avoir lieu par 25, 30, 32 degrés.
02:49Donc tout dépend du temps dont on dispose.
02:51Mais c'est vrai qu'en tant que sportif de haut niveau, quand on participe à des compétitions,
02:54par exemple durant l'hiver, on n'a pas forcément le temps du coup de se préparer, d'aller sur
02:59place en amont.
03:00Donc là on peut se préparer en chambre thermique à Paris et participer à une compétition dans l'hémisphère sud
03:05par exemple.
03:06Et alors la course a été maintenue, et je parlais de votre arrivée à Vannes, c'était donc le lendemain.
03:11Elle a été maintenue parce qu'elle commençait en fin de journée et elle a duré toute la nuit.
03:14Là on entend votre arrivée, les applaudissements.
03:17C'est pour ça que vous avez pu courir, c'est parce que c'était le soir ?
03:19Elle a été maintenue parce que c'était 19h et puis parce que les températures étaient un peu plus basses
03:24le vendredi.
03:25C'est-à-dire que dans le Morbihan, on n'était plus en canicule le vendredi.
03:28Par contre, la course du jeudi, donc le 100 km qui devait partir à midi, lui a été annulée.
03:34Et c'est vrai que nous, le fait que la course se déroule principalement de nuit, enfin pour les premiers...
03:39C'est ça, parce que vous arrivez quand même en fin de matinée le lendemain, il devait déjà faire bien
03:43chaud.
03:43Bien sûr, certains ont passé encore une journée entière à l'extérieur.
03:47Là pour le coup, il faut beaucoup boire, donc une eau riche en électrolytes pour éviter de perdre le sodium,
03:54le potassium, le magnésium.
03:55C'est vraiment important.
03:56Et surtout baisser l'allure et puis mettre en place des procédures de refroidissement quand on le peut.
04:00C'est-à-dire refroidir la nuque et refroidir les poignets.
04:04On pense souvent à ça.
04:05Les poignets ?
04:06Oui, exactement.
04:07Et comment on fait pour refroidir la nuque et les poignets ?
04:08Alors en général, on met des petites serviettes glacées, en tout cas c'est ce que je fais.
04:12Je mets des petites serviettes glacées, après il faut les changer régulièrement.
04:15Et c'est ça qui est compliqué sur un ultra-trail, puisqu'on est en semi-autonomie sur des tronçons
04:19de 25-30 kilomètres.
04:22Donc là pour le coup, on ne peut pas se refroidir sur ces tronçons-là.
04:26Donc il faut l'avoir en tête et il faut baisser l'allure encore plus que sur une course sur
04:30route par exemple,
04:30où il est possible d'avoir du refroidissement tous les 4 à 5 kilomètres.
04:34Oui, je crois qu'il existe des gels refroidissants, des gilets refroidissants.
04:38Comment ça marche ? Là aussi, c'est développé par l'INSEP ?
04:41Oui, exactement. Par exemple, quand j'ai couru 7 marathons en 7 jours consécutifs en Antarctique.
04:46Vous dites ça comme si c'était tranquille, tout à fait normal de courir 7 marathons en une semaine.
04:50Alors c'était vraiment une très belle expérience.
04:53Et j'ai été confrontée à une très forte amplitude thermique, puisqu'il faisait moins 20 degrés en Antarctique.
04:57Et le lendemain, il faisait 40 degrés à Cap Town.
05:00Et là, j'avais un gilet que je mettais avant le début de la compétition.
05:04Pas pendant la compétition parce que c'est trop lourd, mais dans les 15 minutes qui précèdent le départ de
05:09la course,
05:10il faut vraiment se refroidir avant même que la température centrale augmente.
05:13C'est très important toujours d'anticiper.
05:16C'est un peu comme l'hydratation.
05:17Quand on y pense trop tard, c'est trop tard, on ne peut plus rien faire.
05:20Dans un autre genre d'idée, on peut avoir envie de prendre une douche juste après une arrivée d'une
05:24course où on a transpiré tout ce qui est possible.
05:26En fait, il faut le faire un peu plus tard. Il faut attendre un peu d'avoir déjà redescendu en
05:31température.
05:31Oui, c'est vrai que c'est mieux parce que sinon, on va avoir beaucoup plus chaud.
05:35En fait, la douche, de manière générale, c'est vrai aussi pendant une course.
05:38Parfois, on peut avoir tendance à vouloir se mettre sous une douche.
05:41Mais le corps a l'impression qu'il transpire.
05:44Or, il faut transpirer.
05:46Donc, il ne faut pas lui envoyer de signal selon lequel il transpire suffisamment.
05:49Parce que la sudation est importante pour la thermorégulation.
05:52C'est-à-dire que plus on transpire, plus on thermorégule.
05:55Et moins on a de risques de monter à des températures centrales trop élevées.
05:59Et d'ailleurs, c'est l'objectif du protocole d'acclimatation en chambre thermique.
06:02C'est d'avoir une plus grande sudation.
06:04Donc, on mesure cette sudation avec des patches.
06:07On a tout un tas de capteurs sur nous.
06:09J'avale aussi une gélule centrale pour mesurer la température centrale.
06:13Parce qu'on a un objectif d'atteinte de température centrale.
06:16C'est 38,5.
06:17Quand on atteint 38,5, on déclenche des procédures d'acclimatation.
06:22C'est-à-dire, d'un point de vue physiologique, le corps s'acclimate.
06:24C'est d'ailleurs ça qui est extraordinaire.
06:26C'est que quand on connaît bien son corps et quand on connaît les effets de la chaleur,
06:30on prend conscience que le corps s'adapte vraiment à beaucoup de choses.
06:33Et je crois qu'au-delà des records ou des victoires ou des records d'athlétisme
06:38que j'ai pu améliorer, ce dont je suis le plus fière,
06:40c'est d'avoir pris conscience de cette capacité.
06:42Parce qu'elle est juste exceptionnelle.
06:44On reprend le contrôle de sa vie grâce au corps.
06:47Et c'est quelque chose que j'apprécie beaucoup au quotidien.
06:50Effectivement, vous êtes reparti de zéro après un accident.
06:54Vous avez été percuté par une trottinette électrique qui vous a brisé le genou, je crois.
06:58Et ensuite, vous êtes parti de zéro et revenu jusqu'au plus haut niveau,
07:02ce qui force l'admiration, on peut bien se le dire.
07:05Je me dis, Stéphanie Gickel, tous les sports ne subissent pas les mêmes impacts de la chaleur extrême.
07:10Ils sont plus ou moins courts, plus ou moins intenses.
07:12Des footballeurs, ça peut paraître moins intense que vous,
07:14mais il faut quand même courir une dizaine de kilomètres pendant 90 minutes.
07:17Le cyclisme, peut-être que ça se rapproche plus de ce que vous faites.
07:20Le sprint s'en éloigne à l'inverse ?
07:23Oui, effectivement, tous les sports ne sont pas concernés de la même manière.
07:27C'est vrai que plus les épreuves sont longues, plus on est exposé à la chaleur.
07:31Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle les chercheurs, notamment à l'INSEP,
07:34aiment bien étudier les sports de très longue endurance.
07:38Parce qu'on apprend beaucoup de choses sur le fonctionnement de la vie humaine.
07:41Et notamment sur notre capacité à être exposé à la chaleur,
07:45à s'adapter à la chaleur, à s'adapter aussi parfois à des grandes différences d'amplitude thermique.
07:50C'est ce que j'ai connu, notamment quand j'ai couru 24 heures non-stop à Phoenix, en Arizona.
07:55J'ai couru dans la chaleur durant la journée.
07:58Et la nuit, il faisait extrêmement froid.
08:00Donc c'est encore une autre situation.
08:02Desértique.
08:03Voilà.
08:03Et donc c'est vrai qu'on est tous confrontés à des situations différentes.
08:06Mais c'est vrai que le sprint ou même le cyclo, c'est quand même éprouvant.
08:10Et ça, j'ai pu le mesurer.
08:11J'étais notamment au départ du Tour de France.
08:13J'ai vu que les cyclistes mettaient en œuvre le même type de protocole d'acclimatation et de cooling
08:18que ceux que je mets en œuvre quand je pars sur une épreuve d'ultra-distance.
08:22Après, ce sont des épreuves qui sont plus courtes.
08:24L'ultra-distance, quand on se retrouve 24 heures, c'est vraiment considérable.
08:29Et donc là, on peut vraiment en retirer beaucoup de choses aussi pour le fonctionnement de la vie humaine.
08:33Là, vous parlez, Stéphanie Gical, depuis le début de cette interview,
08:35de ce que vous faites pour les moments où il fait très chaud.
08:37Et ces vagues de chaleur, on sait qu'elles vont se répéter.
08:39Est-ce que vous diriez que votre monde du sport de très haut niveau est préoccupé,
08:44se rend compte de ce qui arrive en quelque sorte ?
08:47Puisque ça peut être aussi des menaces d'annulation d'événements,
08:49de les regrouper sur une période très courte de l'année et donc une menace existentielle.
08:53Oui, c'est vrai qu'on est très préoccupé par les vagues de chaleur.
08:57Mais c'est la raison aussi pour laquelle, depuis quelques années,
08:59on met en place des protocoles d'acclimatation et des protocoles de cooling.
09:03Les chercheurs travaillent sur ces sujets depuis déjà plusieurs années.
09:06On utilise aussi la chaleur aujourd'hui comme outil d'amélioration de la performance.
09:10Donc on s'est rendu compte qu'on pouvait s'y acclimater,
09:12mais qu'on pouvait aussi l'utiliser comme outil d'amélioration de la performance.
09:15Et ça, c'est assez intéressant.
09:17Mais c'est vrai que cela nous préoccupe.
09:19Maintenant, on a moins de risques, par exemple, sur les compétitions qui ont lieu en fin d'été.
09:24Mais c'est vrai qu'on doit s'entraîner tout le temps.
09:26Et parfois, on a des compétitions internationales ou des Jeux olympiques
09:29qui sont dans un autre hémisphère.
09:30Donc on n'a pas d'autre choix que de s'y préparer.
09:32Parlons de votre objectif ultime, battre le record du monde.
09:36Oui, mais de quelle distance et en combien de temps ?
09:38Alors mon objectif, c'est d'améliorer le record du monde d'athlétisme sur 24 heures.
09:43Donc c'est la distance la plus longue de l'athlétisme.
09:46J'ai déjà deux records de France, 253,6 kilomètres courus en 24 heures non-stop.
09:52C'était lors des derniers championnats d'Europe.
09:53Je suis vice-championne d'Europe.
09:54Et mon objectif, c'est d'aller bien au-delà et d'améliorer le record du monde.
09:58Donc je vais le tenter l'année prochaine dans plusieurs lieux du monde.
10:03Et il me faudra m'acclimater à la chaleur aussi.
10:06On est assez abasourdi par ce qu'on vient d'entendre et admiratif.
10:10Stéphanie Gickel, merci beaucoup.
10:12Invité de France Inter ce matin.
10:13Très bonne journée.
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