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  • il y a 8 heures
Pascal Praud revient pendant deux heures, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Une émission durant laquelle VOUS avez la parole. Vous pouvez réagir en appelant le 01.80.20.39.21 (appel non surtaxé) ou sur les réseaux sociaux d'Europe 1 (Facebook , X et Instagram).

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Transcription
00:00en direction la Bretagne pour rejoindre Laura qui sera en rouge demain.
00:06La canicule Vigilance Rouge pour vous en Bretagne, chère Laura, bonjour.
00:11Bonjour.
00:12Comment allez-vous Laura ?
00:14Écoutez, moi ça va bien, je ne suis pas dans la région la plus touchée depuis que ça a commencé,
00:20cette vague de chaleur, donc je ne vais pas me plaindre, il fait chaud mais il y a pire, il
00:26y a pire que nous.
00:27Mais là vous parlez à titre personnel, à titre professionnel en revanche, parce que vous travaillez à l'hôpital,
00:34comment ça se passe à l'hôpital ? Elles sont où les clims à l'hôpital Laura ?
00:39Je les attends ou alors j'attends du personnel avec des éventails, peu importe, mais j'attends des mesures.
00:46Mais je crois que la clim ça coûte moins cher que le personnel.
00:50Aujourd'hui, Laura, plus concrètement s'il vous plaît, dans l'hôpital dans lequel vous travaillez,
00:55parce que vous travaillez en hôpital. Il fait combien de degrés par exemple dans les chambres ?
01:01Alors moi je ne travaille pas dans un service d'hospitalisation, mais dans les box, sur la dernière canicule,
01:08c'était 35 degrés dans les box de soins, où on fait de la chirurgie.
01:1235 degrés ?
01:14Oui.
01:16Parce que je vous rappelle qu'à l'hôpital, on ne peut pas ouvrir...
01:18Alors nous, en Bretagne, on est plutôt quand même chanceux, donc j'imagine les autres.
01:24On ne peut pas ouvrir les fenêtres.
01:25Donc la nuit, même si chez nous c'est un peu frais par rapport aux autres,
01:30on ne peut pas ouvrir les fenêtres de plus de 10 centimètres.
01:32Donc on ne peut même pas rafraîchir la nuit.
01:35Donc on était à 35 degrés dans les box.
01:3835 degrés dans les box.
01:39Quand vous dites les box, c'est quoi les box ?
01:41C'est quand vous êtes par exemple opérée,
01:43et puis ensuite vous transitez vers la salle de réveil, c'est ça ?
01:47Non, même pas.
01:47En fait, c'est de la chirurgie dentaire.
01:49Donc c'est des soins dentaires.
01:51C'est des petits box, des petites salles de moins de 10 mètres carrés,
01:57qui ont des fenêtres, mais qui s'ouvrent en oscilot-battant,
02:00et où on fait, où on travaille.
02:02Donc on a des gants.
02:04Mais c'est risqué.
02:05Mais attendez, mais j'imagine, si vous faites ça pendant des heures, vous devez être...
02:08Mais vous avez surtout des opérations qui sont annulées, parce que...
02:11Saint-Linier dit, il y a des opérations qui sont annulées.
02:13Est-ce qu'il dit vrai, Laura ?
02:16Oui, oui.
02:17Pour certaines, oui.
02:18Mais on est tellement débordés que comment on les reprogramme, en fait ?
02:22Donc pour les patients fragiles, moi, en ce qui me concerne,
02:25pour mes patients fragiles, je les ai appelés pour reporter.
02:30Mais on travaille, en fait, on ne compte pas nos heures, nous.
02:34Donc on pourrait, effectivement, on pourrait annuler,
02:36mais on les remet où, les patients, sachant qu'ils attendent déjà plusieurs mois
02:39pour avoir un rendez-vous ?
02:42Ok, j'entends complètement.
02:43Voilà, c'est ça le...
02:44En fait, donc, soit on se réorganise,
02:46et on vient travailler entre 2h du mat' et 10h du mat'.
02:50Mais enfin, il y a un moment où il faut...
02:52Voilà.
02:53Après, moi, ce qui me fâche, vraiment,
02:55j'ai perdu mon papa pendant la caluscule du mois de mai.
03:00Il était hospitalisé dans un très grand hôpital parisien
03:06qui est très bien classé dans le classement,
03:11puisqu'il y a des classements maintenant des services,
03:13donc dans les meilleurs services de neurologie intensive,
03:18de neurologie vasculaire intensive d'Europe.
03:23Tous les ans, il y a des vagues de chaleur à Paris.
03:26Tous les ans, il y a plusieurs canicules,
03:28et ça depuis 2003, on va dire, quand même.
03:31Bien sûr, bien sûr.
03:33Et même si ce n'est pas des canicules,
03:35en été, il fait très chaud.
03:37Et dans les chambres des patients...
03:38Mais c'est insupportable, la chaleur.
03:40Même si les patients ne peuvent pas se lever
03:43parce qu'ils n'en ont plus la capacité,
03:45on ne peut pas ouvrir les fenêtres.
03:47Donc, même quand la nuit, ça se rafraîchit,
03:50on ne peut pas rafraîchir les chambres.
03:53Mon frère est décédé, il faisait 32 degrés dans sa chambre.
03:56La veille de son décès,
03:58mon frère a apporté à 23 heures dans l'hôpital un ventilateur.
04:04On sait que les médecins ont fait des demandes,
04:08et c'est tous les ans la même chose.
04:10Tous les ans, en été,
04:11quand le soleil donne sur les chambres,
04:14ça chauffe et on ne peut pas les rafraîchir.
04:15Ils font des demandes, ne serait-ce que de ventilateurs.
04:19Et ça ne suffit pas un ventilateur,
04:20ça ne fait pas descendre la température.
04:22Même des ventilateurs, il n'y en avait pas un par chambre.
04:26Ça fait 20 ans, plus de 20 ans,
04:28qu'on vit des situations dans les hôpitaux
04:31où on n'a même pas un ventilateur par chambre.
04:34Donc la clim, on en est loin, c'est honteux.
04:37Les équipes, alors là, je parle des patients,
04:39où les patients, ils sont 24 heures sur 24
04:42dans des chambres surchauffées.
04:43Ça, c'était au mois de mai aujourd'hui.
04:46Tous les jours, je pense à ceux qui sont hospitalisés
04:50et aux équipes qui sont en blouse
04:53et à qui on rajoute les soins habituels.
04:56On sait que les équipes, elles n'en peuvent plus,
04:58déjà en temps normal.
04:59Et là, on leur rajoute de courir.
05:02C'est du délire pour ceux qui savent.
05:04C'est insoutenable.
05:05On leur rajoute de courir avec des glaçons
05:08pour refroidir les patients.
05:09On leur met des glaçons au niveau de laine
05:11et des aisselles.
05:13C'est-à-dire au niveau des gros vaisseaux
05:15pour les refroidir.
05:17On est où, en fait ?
05:18On est en France ?
05:19Dans le meilleur service de Neuro d'Europe ?
05:22Il est 16h19.
05:23Laura, restez avec nous.
05:25Restez avec nous, parce qu'on va faire une courte pause.
05:27Je suis contraint par une courte pause.
05:29Déjà, j'ai une pensée pour vos proches, pour vous.
05:31Une pensée pour votre papa.
05:33Et votre témoignage, c'est le témoignage le plus important.
05:35Parce qu'au-delà des communautés théodules,
05:38des réunions de crise,
05:41des brambas de combat devant les caméras,
05:44des conférences de presse,
05:46des en-responsabilité,
05:47des on-va-tout-faire-pour, etc.
05:50Il y a la réalité du terrain.
05:51Et il y a des cas comme le vôtre
05:54où on comprend la tiers-mondisation de la France
05:57et notre système de santé qui est en train de s'effondrer.
05:59avec des soignants qui font ce qu'ils peuvent
06:01et ils sont extraordinaires.
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