00:00en direction la Bretagne pour rejoindre Laura qui sera en rouge demain.
00:06La canicule Vigilance Rouge pour vous en Bretagne, chère Laura, bonjour.
00:11Bonjour.
00:12Comment allez-vous Laura ?
00:14Écoutez, moi ça va bien, je ne suis pas dans la région la plus touchée depuis que ça a commencé,
00:20cette vague de chaleur, donc je ne vais pas me plaindre, il fait chaud mais il y a pire, il
00:26y a pire que nous.
00:27Mais là vous parlez à titre personnel, à titre professionnel en revanche, parce que vous travaillez à l'hôpital,
00:34comment ça se passe à l'hôpital ? Elles sont où les clims à l'hôpital Laura ?
00:39Je les attends ou alors j'attends du personnel avec des éventails, peu importe, mais j'attends des mesures.
00:46Mais je crois que la clim ça coûte moins cher que le personnel.
00:50Aujourd'hui, Laura, plus concrètement s'il vous plaît, dans l'hôpital dans lequel vous travaillez,
00:55parce que vous travaillez en hôpital. Il fait combien de degrés par exemple dans les chambres ?
01:01Alors moi je ne travaille pas dans un service d'hospitalisation, mais dans les box, sur la dernière canicule,
01:08c'était 35 degrés dans les box de soins, où on fait de la chirurgie.
01:1235 degrés ?
01:14Oui.
01:16Parce que je vous rappelle qu'à l'hôpital, on ne peut pas ouvrir...
01:18Alors nous, en Bretagne, on est plutôt quand même chanceux, donc j'imagine les autres.
01:24On ne peut pas ouvrir les fenêtres.
01:25Donc la nuit, même si chez nous c'est un peu frais par rapport aux autres,
01:30on ne peut pas ouvrir les fenêtres de plus de 10 centimètres.
01:32Donc on ne peut même pas rafraîchir la nuit.
01:35Donc on était à 35 degrés dans les box.
01:3835 degrés dans les box.
01:39Quand vous dites les box, c'est quoi les box ?
01:41C'est quand vous êtes par exemple opérée,
01:43et puis ensuite vous transitez vers la salle de réveil, c'est ça ?
01:47Non, même pas.
01:47En fait, c'est de la chirurgie dentaire.
01:49Donc c'est des soins dentaires.
01:51C'est des petits box, des petites salles de moins de 10 mètres carrés,
01:57qui ont des fenêtres, mais qui s'ouvrent en oscilot-battant,
02:00et où on fait, où on travaille.
02:02Donc on a des gants.
02:04Mais c'est risqué.
02:05Mais attendez, mais j'imagine, si vous faites ça pendant des heures, vous devez être...
02:08Mais vous avez surtout des opérations qui sont annulées, parce que...
02:11Saint-Linier dit, il y a des opérations qui sont annulées.
02:13Est-ce qu'il dit vrai, Laura ?
02:16Oui, oui.
02:17Pour certaines, oui.
02:18Mais on est tellement débordés que comment on les reprogramme, en fait ?
02:22Donc pour les patients fragiles, moi, en ce qui me concerne,
02:25pour mes patients fragiles, je les ai appelés pour reporter.
02:30Mais on travaille, en fait, on ne compte pas nos heures, nous.
02:34Donc on pourrait, effectivement, on pourrait annuler,
02:36mais on les remet où, les patients, sachant qu'ils attendent déjà plusieurs mois
02:39pour avoir un rendez-vous ?
02:42Ok, j'entends complètement.
02:43Voilà, c'est ça le...
02:44En fait, donc, soit on se réorganise,
02:46et on vient travailler entre 2h du mat' et 10h du mat'.
02:50Mais enfin, il y a un moment où il faut...
02:52Voilà.
02:53Après, moi, ce qui me fâche, vraiment,
02:55j'ai perdu mon papa pendant la caluscule du mois de mai.
03:00Il était hospitalisé dans un très grand hôpital parisien
03:06qui est très bien classé dans le classement,
03:11puisqu'il y a des classements maintenant des services,
03:13donc dans les meilleurs services de neurologie intensive,
03:18de neurologie vasculaire intensive d'Europe.
03:23Tous les ans, il y a des vagues de chaleur à Paris.
03:26Tous les ans, il y a plusieurs canicules,
03:28et ça depuis 2003, on va dire, quand même.
03:31Bien sûr, bien sûr.
03:33Et même si ce n'est pas des canicules,
03:35en été, il fait très chaud.
03:37Et dans les chambres des patients...
03:38Mais c'est insupportable, la chaleur.
03:40Même si les patients ne peuvent pas se lever
03:43parce qu'ils n'en ont plus la capacité,
03:45on ne peut pas ouvrir les fenêtres.
03:47Donc, même quand la nuit, ça se rafraîchit,
03:50on ne peut pas rafraîchir les chambres.
03:53Mon frère est décédé, il faisait 32 degrés dans sa chambre.
03:56La veille de son décès,
03:58mon frère a apporté à 23 heures dans l'hôpital un ventilateur.
04:04On sait que les médecins ont fait des demandes,
04:08et c'est tous les ans la même chose.
04:10Tous les ans, en été,
04:11quand le soleil donne sur les chambres,
04:14ça chauffe et on ne peut pas les rafraîchir.
04:15Ils font des demandes, ne serait-ce que de ventilateurs.
04:19Et ça ne suffit pas un ventilateur,
04:20ça ne fait pas descendre la température.
04:22Même des ventilateurs, il n'y en avait pas un par chambre.
04:26Ça fait 20 ans, plus de 20 ans,
04:28qu'on vit des situations dans les hôpitaux
04:31où on n'a même pas un ventilateur par chambre.
04:34Donc la clim, on en est loin, c'est honteux.
04:37Les équipes, alors là, je parle des patients,
04:39où les patients, ils sont 24 heures sur 24
04:42dans des chambres surchauffées.
04:43Ça, c'était au mois de mai aujourd'hui.
04:46Tous les jours, je pense à ceux qui sont hospitalisés
04:50et aux équipes qui sont en blouse
04:53et à qui on rajoute les soins habituels.
04:56On sait que les équipes, elles n'en peuvent plus,
04:58déjà en temps normal.
04:59Et là, on leur rajoute de courir.
05:02C'est du délire pour ceux qui savent.
05:04C'est insoutenable.
05:05On leur rajoute de courir avec des glaçons
05:08pour refroidir les patients.
05:09On leur met des glaçons au niveau de laine
05:11et des aisselles.
05:13C'est-à-dire au niveau des gros vaisseaux
05:15pour les refroidir.
05:17On est où, en fait ?
05:18On est en France ?
05:19Dans le meilleur service de Neuro d'Europe ?
05:22Il est 16h19.
05:23Laura, restez avec nous.
05:25Restez avec nous, parce qu'on va faire une courte pause.
05:27Je suis contraint par une courte pause.
05:29Déjà, j'ai une pensée pour vos proches, pour vous.
05:31Une pensée pour votre papa.
05:33Et votre témoignage, c'est le témoignage le plus important.
05:35Parce qu'au-delà des communautés théodules,
05:38des réunions de crise,
05:41des brambas de combat devant les caméras,
05:44des conférences de presse,
05:46des en-responsabilité,
05:47des on-va-tout-faire-pour, etc.
05:50Il y a la réalité du terrain.
05:51Et il y a des cas comme le vôtre
05:54où on comprend la tiers-mondisation de la France
05:57et notre système de santé qui est en train de s'effondrer.
05:59avec des soignants qui font ce qu'ils peuvent
06:01et ils sont extraordinaires.
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