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  • il y a 23 minutes
Bernard Sananès, président du cabinet Elabe, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mercredi 8 juillet. Il s'exprime sur la candidature de Marine Le Pen à l'élection présidentielle de 2027 malgré sa condamnation et sur la question des finances publiques qui s'imposent dans la campagne, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Il est 7h45 sur BFM Business, notre invité c'est Bernard Sananès.
00:03Bonjour, vous êtes le président du cabinet LAP, merci d'être avec nous ce matin.
00:07Marine Le Pen est donc candidate à la présidence de la République malgré sa condamnation en appel.
00:11C'est une situation qui est inédite.
00:14La question qu'on a pour vous ce matin c'est est-ce que les électeurs suivront ?
00:17Est-ce que cette stratégie de détermination fonctionne dans l'opinion ?
00:21Alors vous l'avez dit, la situation est inédite, exceptionnelle.
00:25On a vécu hier une journée qui marquera incontestablement l'histoire politique.
00:30Donc on peut émettre des hypothèses, mais vous comprendrez ce matin que même,
00:33si je suis ravi d'être votre invité, on soit assez modeste et humble sur les conséquences.
00:38Moi je crois effectivement qu'il faut distinguer deux approches
00:40quand on imagine quelles peuvent être les réactions éventuelles.
00:43La première c'est ce qu'on appelle le socle électoral du Rassemblement National.
00:46Ce socle électoral du Rassemblement National, même s'il était partagé ces derniers mois
00:51sur la question de savoir qui était le meilleur des deux candidats,
00:54Bardella et Le Pen, il sera là.
00:56Si ça avait été Bardella, il aurait été là.
00:58Si c'est Le Pen, il est là également.
00:59Et donc, le socle électoral, les bastions électoraux du Rassemblement National,
01:05les milieux populaires, les zones rurales, les gens peu diplômés, etc.
01:09C'est un vote qui veut changer, qui veut renverser la table.
01:13Et il trouvera dans ce qui s'est passé hier des raisons supplémentaires, j'allais dire,
01:18d'aller voter pour le Rassemblement National.
01:20Se pose évidemment la question de l'élargissement, parce que le problème du Rassemblement National,
01:24il est aux portes du pouvoir, mais pour accéder au pouvoir, il faut faire 50% au second tour plus
01:29une voix.
01:30Et ce 50% plus une voix, il faut aller le chercher sur des électorats qui sont moins socles.
01:34Je pense par exemple aux cadres, je pense par exemple aux retraités, je pense par exemple aux électeurs de droite
01:39modérés,
01:40qui n'ont pas toujours voté pour le Rassemblement National quand ils étaient présents au second tour et que leur
01:44candidat a été éliminé.
01:46Et là, effectivement, il peut y avoir une réaction qui est de dire, bon, mais elle est quand même condamnée,
01:51même si elle peut évidemment se pouvoir en cassation.
01:53Elle est condamnée, c'est la première fois qu'une candidate de ce niveau serait candidate et condamnée.
01:59Et donc, ce n'est pas un bon signe pour, y compris, la représentation du pays.
02:04Ça, on va guetter ça dans les prochains jours, dans les prochaines semaines,
02:08parce qu'il peut y avoir aussi des effets qui ne seront pas immédiats.
02:11Peut-être que sur le moment, il va y avoir une réaction de crispation de cet électorat.
02:14Et puis peut-être, finalement, dans la campagne, je ne vais pas dire que cela va s'oublier,
02:18parce que les adversaires de Marine Le Pen vont bien sûr le lui rappeler à chaque instant.
02:22Mais ça s'installera et c'est le pari que fait le Rassemblement National qui oubliera
02:26et qui spécule aussi sur le fait que l'opinion est assez critique vis-à-vis de la justice.
02:31On l'a vu dans les derniers débats, autres qui n'avaient rien à voir ces dernières semaines.
02:34Quand vous regardez les chiquiers politiques, est-ce que c'est une mauvaise nouvelle
02:38pour le concentriste, par exemple ?
02:40C'est une nouvelle qui, effectivement, rend l'équation du second tour
02:47sur la dynamique de campagne peut-être plus complexe.
02:51Pourquoi je dis sur la dynamique de campagne ?
02:52Parce que quand on regarde les sondages, qui ne sont encore une fois qu'une indication,
02:56Jordan Bardella faisait légèrement mieux que Marine Le Pen au second tour.
03:00Mais les candidats du Bloc central, comme les candidats de gauche, etc.,
03:04se sont tous installés dans l'idée que Marine Le Pen est une meilleure candidate
03:08parce qu'elle a plus l'expérience des campagnes, parce qu'elle saura résister.
03:11On se souvient des leçons qu'elle avait pu tirer du premier débat
03:15qui avait été un grand échec face à Emmanuel Macron.
03:17Au deuxième débat, elle avait tenu le débat.
03:22C'est mauvais pour les jeunes candidats, pour les Glucksmannes, Attal.
03:24Je pense que c'est plutôt, effectivement, pour les jeunes candidats,
03:28ceux qui voulaient se mettre, non pas dans la roue de Bardella,
03:31mais dire qu'il y a un renouveau des candidats et donc nous l'incarnons aussi.
03:34Je pense que ce n'est pas une bonne nouvelle pour eux.
03:38Quand vous regardez ce qui émerge aujourd'hui dans la campagne,
03:40quand vous sondez l'opinion, quels sont les thèmes ?
03:42C'est le pouvoir d'achat qui écrase tout ?
03:44Vous voyez d'autres choses monter ?
03:45On a vu des inquiétudes sur la question de la dette publique monter
03:48dans l'esprit des Français, par exemple.
03:49Quand on pose la question de manière très directe, vous avez raison,
03:52depuis 2022, sans interruption, c'est le pouvoir d'achat
03:56qui est en tête des préoccupations et des attentes des Français
03:58par rapport au pouvoir public, premier point.
04:00Deuxième point, ce sont toutes les questions régaliennes,
04:03notamment le sujet de sécurité, sécurité au quotidien,
04:07mais aussi trafic de drogue, etc.
04:08Troisième point, le sujet de la santé, qu'il ne faut pas oublier,
04:12je vais y revenir tout de suite,
04:13et effectivement, l'interrogation sur la dette.
04:15Pourquoi je parle de la santé ?
04:17Parce que l'interrogation sur notre système de santé
04:19est regardée dans une question plus transversale,
04:22qui est finalement, est-ce que ce que l'on perçoit
04:25comme les carences du système de santé aujourd'hui
04:28n'est pas symbolique du déclin du pays ?
04:30Il y a dix ans, les Français nous disaient, je schématise,
04:33le pays ne va pas bien, mais le système de santé tient.
04:37Là, on a plutôt un réflexe qui est de dire,
04:39le pays est en déclin, la preuve, même le système de santé,
04:43je pense notamment aux urgences à l'hôpital,
04:45aux investissements, etc., peut être cette symbolique.
04:49Et ce thématique de « est-ce qu'il y a ou pas déclin du pays ? »
04:52ce sera une thématique transversale importante.
04:55Mais on voit monter, notamment, c'était le cas
04:57d'un sondage de l'ADRES ces derniers temps,
04:59la question du coût de la sécurité sociale,
05:01avec une idée chez les Français que ça coûte trop cher
05:04par rapport au système qu'on a mis en place aujourd'hui.
05:07Il y a une idée un peu de gâchis d'argent public derrière.
05:10Alors, vous avez raison, mais il y a d'abord une attente,
05:14j'allais dire universelle, ou en tout cas,
05:16qui rassemble plus de 8 Français sur 10 ou 9 Français sur 10,
05:18à la solidarité.
05:20On ne se projette pas dans un modèle
05:23où on s'assurerait socialement de manière individuelle.
05:25En revanche, dans ces 80-90% de Français,
05:28vous avez 30 à 40% d'entre eux qui disent
05:31le système, le principe, on y est attaché,
05:33mais ça ne peut pas continuer comme ça,
05:35parce qu'il y a trop d'excès, parce que l'argent est mal dépensé,
05:37parce qu'il faut envisager des modalités plus souples.
05:41Par exemple, sur la retraite,
05:42le sujet de la retraite par capitalisation,
05:45s'est installé dans l'opinion,
05:46et pas seulement chez les plus aisés,
05:48c'est une surprise.
05:50Donc là, il y a un basculement quand même de l'opinion.
05:52Il y a un intérêt, en tout cas, pour se dire,
05:54il faut rénover le modèle social français.
05:57De là à dire, il faut le mettre à mal,
06:00il faut basculer dans un autre système,
06:01pas du tout, on n'en est pas.
06:03Mais est-ce que ça peut aller jusqu'à l'idée
06:05de reconstruire un système de redistribution
06:07où on ne paye pas tous au même niveau,
06:09où les Français sont toujours attachés au fait que,
06:11par exemple, on paye tous le même prix du médicament,
06:13on n'a pas de système différencié en fonction de nos revenus.
06:17Est-ce que là, les Français sont très attachés
06:18à cette question d'égalité vis-à-vis de la santé et des soins,
06:22ou il peut y avoir une brèche ?
06:23Ils sont très attachés à la solidarité,
06:25qui n'est pas tout à fait pareil que l'égalité.
06:28Le principe de l'universalité,
06:30on a vu ce débat, vous vous en souvenez,
06:31au moment des allocations familiales,
06:33c'était sous François Hollande,
06:35les Français étaient pour qu'il y ait un traitement différencié.
06:38Pour l'instant, le débat sur le modèle social
06:39n'est pas cristallisé,
06:40mais ce débat sur le modèle social,
06:42et notamment sur les deux piliers santé-retraite,
06:45mais bien sûr, la question du travail,
06:46un tout petit peu derrière sur l'assurance-chômage,
06:48mais santé-retraite,
06:50effectivement, c'est une interrogation
06:52qui va concerner tous les Français
06:54et qui va, j'en suis sûr, être au centre de ce débat,
06:57même si les alternatives,
06:58pour répondre à votre question,
07:00ne sont pas encore mises clairement sur la table.
07:01Sur Travailler Plus, par exemple,
07:03quand vous sondez les Français,
07:04qu'est-ce que ça donne ?
07:05Le rapport au travail, vous le savez,
07:07vous en parlez souvent ici,
07:08le rapport au travail a considérablement changé,
07:12non pas que les Français ne veulent pas travailler,
07:14c'est une erreur de dire ça,
07:15mais le travail a pris une autre place,
07:18peut-être moins centrale.
07:19Nous avons connu des générations
07:21dans lesquelles le travail était,
07:23j'allais dire, quasiment le centre de la vie.
07:25Aujourd'hui, le travail doit combiner
07:27avec la famille, avec le lien social,
07:30il a une place, mais moins centrale que précédemment.
07:33Donc, de là à dire,
07:34Travailler Plus,
07:36Sarkozy avait fait le Travailler Plus pour gagner Plus,
07:38cette phrase est restée dans la tête des gens.
07:40Et donc, derrière la question de Travailler Plus,
07:41il y a tout de suite la question du salaire,
07:43avec cette assertion partagée par 7 Français sur 10,
07:47qui est que le travail, aujourd'hui, en France,
07:49ne paye pas, ne paye pas assez.
07:50On aura tout le débat,
07:52ça j'en suis convaincu,
07:53sur la question des charges.
07:55C'est un débat qui prend...
07:57Le brut, le net,
07:58c'est un débat qui peut émerger.
07:59C'est un débat qui émerge,
08:00et qui n'est pas seulement un débat politique
08:02entre ceux qui sont à la droite de l'échiquier,
08:05qui voudraient supprimer les taxes de gauche,
08:06non, c'est un sujet assez partagé dans le pays.
08:09C'est aussi une trace du mouvement des Gilets jaunes,
08:11il ne faut pas l'oublier,
08:12c'est un des mouvements qui a marqué
08:14ces deux quinquennats d'Emmanuel Macron.
08:16Il y a effectivement cette attente
08:18de revoir la dépense publique
08:20pour rendre l'action publique plus efficace.
08:22Ça rejoint aussi ce que vous disiez,
08:24Laure, tout à l'heure,
08:24sur le modèle social.
08:25Oui, c'est ça.
08:26Ce que je comprends,
08:27c'est que les Français sont quand même ouverts
08:28à remettre le modèle social sur la table,
08:30en tout cas, à discuter
08:31de la manière dont on le finance,
08:33de qui paye quoi.
08:34C'est un débat qui peut vraiment émerger.
08:36C'est un débat qui peut émerger,
08:37mais à condition qu'il soit posé
08:39de manière de l'efficacité,
08:40mais aussi de la justice.
08:42Si ce débat, c'est pour enlever
08:45des prestations aux plus démunis,
08:47aux plus précaires,
08:48à ce moment-là,
08:49les Français se rendent compte.
08:49Dernier point sur les points d'écologie.
08:52Qu'est-ce qui a émergé là
08:53des différentes phases de canicule ?
08:56Que le sujet revient sur la table
08:57ou juste il est vu sur un prisme individuel
09:00en disant, j'ai chaud,
09:00il faut que je me climatise
09:01et on ne va pas plus loin ?
09:03Non, je crois que ça a remis en tête.
09:06Alors, c'est vrai que la préoccupation écologique,
09:09je ne veux pas dire fluctue,
09:10mais en tout cas,
09:10elle est mise aussi à l'avant des médias
09:12en fonction de ce qui se passe
09:13par rapport au climat.
09:14Mais contrairement à ce qu'on peut penser,
09:16le débat autour de l'écologie
09:17n'est pas un débat politique.
09:19Il n'y a pas de clivage.
09:20Il y a un clivage politique sur l'écologie
09:22en tant que force politique,
09:24parlementaire,
09:24candidate peut-être à l'élection présidentielle,
09:26mais sur la prise de conscience
09:28qu'il faut agir.
09:29Là, les événements que nous avons vécu
09:30ont agi encore une fois
09:32comme un accélérateur.
09:33Et sur cette idée qu'il faut agir,
09:36que l'inaction coûterait plus cher
09:37que l'action,
09:38qu'il faut à la fois
09:39prendre des mesures collectives,
09:41mais aussi individuelles,
09:42qu'il faut s'adapter
09:43et atténuer,
09:44il y a un consensus
09:45beaucoup plus large
09:46que ce que l'on peut penser
09:47dans l'opinion.
09:47Ce qui fait d'ailleurs
09:48que je ne suis pas sûr
09:49que ce soit un débat,
09:50puisque les débats
09:51qui émergent à la présidentielle,
09:53c'est les débats des clivages.
09:54Et regardez ce qui s'est passé
09:55aux élections municipales,
09:56c'est assez intéressant.
09:57Il y a eu des maires écologistes battus.
09:59Les écologistes ont perdu
10:00la moitié de leur ville
10:01par rapport à 2020,
10:02la moitié des grandes villes
10:03qu'ils détenaient.
10:04Mais pour autant,
10:05on n'a jamais autant parlé
10:06du cadre de vie,
10:07de la propreté,
10:07de l'écologie urbaine,
10:09y compris quand les candidats
10:10étaient de droite ou du centre.

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