00:00Good morning business, la matinale de l'économie.
00:04Et c'est Raphaël Gorgé qui nous a rejoint, bonjour le PDG d'Excel Technologies, on est très ravis, on
00:10est très content de vous recevoir ce matin, on est avec Michel Cabirol.
00:13Bonjour de la Tribune et avec Jean-Baptiste Bête qui est avec nous depuis l'ouverture de la matinale ce
00:18matin.
00:18Nos spécialistes défendent, on disait c'est une très belle opération que vous signez avec Thalès aujourd'hui.
00:25Oui, Excel qui est une de nos pépites françaises, avant de parler du prix, avant de rentrer dans les détails,
00:30est-ce que vous vouliez vendre Raphaël ?
00:32Alors je ne voulais pas vendre, j'avais à cœur de trouver la meilleure solution pour Excel à la veille
00:39d'une opération de refinancement que nous allions monter,
00:42à laquelle nous préparions d'ailleurs depuis un an et on avait déjà levé sur les marchés près de 550
00:47millions.
00:48Donc même s'il n'y avait pas d'inquiétude sur notre capacité à refinancer, c'était important d'explorer
00:52toutes les options
00:53pour assurer le meilleur avenir à la fois à l'entreprise, à ses salariés, dont une grande partie sont actionnaires
01:01également,
01:02et puis aussi aux actionnaires, aux actionnaires minoritaires et au groupe familial que je représente.
01:06Et c'est-à-dire que vous n'aviez pas trouvé les solutions de financement possibles pour faire un refinancement
01:11simple de dette ?
01:12On aurait pu les trouver. C'est vrai que les fonds qui étaient prêts à nous accompagner sur des augmentations
01:17de capital à des niveaux satisfaisants
01:18ne se sont pas bousculés, eu égard au caractère stratégique du groupe, qu'on ne peut pas faire entrer n
01:24'importe qui au capital d'Excel.
01:26Mais je n'avais aucune inquiétude sur notre capacité à refinancer.
01:30Après, est-ce que ça aurait été un bon choix de repartir avec près de l'ordre de grandeur, c
01:35'est un milliard de dettes,
01:37alors que l'entreprise est face à un développement à venir exceptionnel,
01:41et qu'il est vrai qu'une dette de cette importance aurait pesé sur nos capacités de développement,
01:46là où il faut, à mon avis, plutôt accélérer ?
01:48Michel, Jean-Baptiste ?
01:50Alors Michel.
01:51Moi, ce que je pense, c'est évidemment une très très belle opération, pour trois raisons,
01:56mais peut-être que Raphaël Gourget précisera.
01:59Moi, je pense que trois points, c'est la création d'un leader mondial,
02:03une complémentarité dans le portefeuille des deux sociétés,
02:06et surtout un marché qui va exploser, et qui va passer de 85 milliards à 700 milliards.
02:11Donc, il y a de quoi, il y a la place pour tout le monde,
02:14mais il y a la place pour un leader mondial, qui est la fusion entre Excel et Thales.
02:22Mais vous étiez parfois avec Thales sur des offres ensemble ?
02:26C'est une vieille histoire, la relation entre Thales et mon groupe,
02:30puisque souvent, on a été concurrents, parfois partenaires, on était sur les marchés.
02:37Je pense qu'ils reconnaîtront qu'on a eu un petit peu plus de succès qu'au cours des dernières
02:41années
02:41sur le marché spécifique de la guerre des mines,
02:43mais ils ont aussi des solutions et une architecture globale très intéressante.
02:48Je pense que la combinaison des deux va être absolument remarquable.
02:51Jean-Baptiste ?
02:51C'est plus une remarque qu'une question, mais c'est vrai que je suis assez bluffé
02:53par le parcours qui a été fait par Excel ces dernières années.
02:56Vous l'aviez acquis, vous aviez fusionné X-Blue, qui était comme une pépite assez incroyable,
03:01et en même temps RCA Group avec les drones, fusion de ces deux-là.
03:05En 2022, 410 millions d'euros, vous aviez acheté X-Blue.
03:10Aujourd'hui, on a quand même un groupe maintenant qui est valorisé 3,9 milliards.
03:13Il y a quand même un travail absolument incroyable qui a été fait de votre part.
03:17Il faut le saluer quand même.
03:17Alors, ça n'est pas que mon travail, moi je suis modestement organisé un petit peu tout ça.
03:25Les équipes ont fait un travail formidable.
03:28C'est aussi les produits qui ont été développés, et c'est des cycles longs,
03:31que ce soit dans l'inertiel ou dans la robotique navale.
03:35C'est plus d'une dizaine d'années dans les deux cas pour arriver à des produits
03:38qui sont aujourd'hui au meilleur niveau mondial.
03:40Donc c'est aussi ça les fruits que chacun récolte aujourd'hui.
03:45C'est ça, c'est les temps longs de l'industrie sur des industries souveraines.
03:49Ça prend du temps, et c'est vrai que ça s'est matérialisé de manière formidable,
03:52avec un contexte géopolitique qui a fait prendre conscience à chacun
03:55de l'importance d'avoir des activités souveraines,
03:58de dépendre moins des États-Unis.
04:00C'est la combinaison de tous ces paramètres qui font le succès d'aujourd'hui.
04:03Avec un carnet de commandes qui est ultra plein.
04:07Oui, et dont je pense qu'il va continuer à se remplir.
04:10Plus d'un milliard de carnets de commandes,
04:12beaucoup sur les activités de robotique,
04:14mais avec des perspectives sur l'inertiel qui sont aussi extrêmement importantes.
04:18Et je rappelle au passage que ça se voit moins,
04:20mais on travaille aussi en arrière-plan sur des technologies extrêmement poussées,
04:24dans le domaine de la photonique, dans le domaine du quantique,
04:27un point qu'on retrouve avec Catales dans le domaine des lasers haute puissance.
04:31Toutes ces technologies-là vont à mon avis contribuer
04:34au succès de la nouvelle entreprise dans le futur.
04:37Alors, ça a intéressé du monde, Michel,
04:39parce que d'abord, il y a eu des discussions avec Safran au départ.
04:43Ça ne s'est pas fait, Raphaël Gorgé.
04:46Et puis, c'est allé très vite avec Thalès.
04:48Vous avez dit, en quelques demi-journées,
04:49on a réglé le sujet pour une opération d'ampleur.
04:53Oui.
04:53Alors, c'est vrai que nous étions en négociation exclusive avec Safran.
04:58Négociations qui ont été terminées vendredi en fin de journée.
05:02Et je dois reconnaître que j'ai été tout à fait étonné,
05:05positivement étonné par la capacité de Thalès à réagir très vite
05:08dès l'annonce de la fin de ces négociations,
05:10puisqu'ils sont entrés en contact avec nous dans la soirée.
05:13Ah oui.
05:13Et nous avons commencé à...
05:15J'ai reçu une offre un peu après minuit.
05:18Nous avons commencé à nous mettre ensemble pour travailler sur ces documents.
05:21et ça a été terminé le samedi matin très tôt.
05:26Donc, ça s'est réglé en quelques heures,
05:28en sachant que les deux entreprises se connaissaient bien.
05:30Ils n'achetaient pas non plus quelque chose d'inconnu.
05:33Mais j'ai été bluffé par la rapidité.
05:36Qu'est-ce que ça nous dit, Michel, de Thalès ?
05:38Ça veut dire que Thalès voulait absolument racheter,
05:42évidemment, le groupe Excel, la technologie.
05:45Et puis, ça veut dire que quatre ans auparavant,
05:47les deux groupes s'étaient un peu failletés sur le rachat de XBoo.
05:51Donc, il y avait Thalès et il y avait le groupe Gorgé.
05:54Et donc, ça prouve qu'il y a une constance dans la stratégie de Thalès
05:59de racheter et de se renforcer dans la lutte sous-marine
06:04où il fait à peu près un peu plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires.
06:07Donc, les deux, encore une fois, c'est vraiment une belle combinaison,
06:11c'est une belle complémentarité
06:12et ça va créer, encore une fois, le leader mondial de la lutte anti-sous-marine.
06:17Et on peut faire des deals en quelques heures ?
06:19Ça, c'est étonnant.
06:21De la part d'un groupe comme Thalès.
06:22Après, Raphaël Gorgé l'a bien dit,
06:26ils étaient grosso modo dans les starting blocks.
06:29Donc, ils étaient prêts à faire une offre
06:32et ils avaient très, très envie d'Excel
06:36et ils l'ont montré et ils l'ont démontré.
06:383,9 milliards d'euros, la valorisation pour Excel.
06:41Après la proposition de Thalès, ça fait 134 euros par action.
06:45Vous vouliez rectifier sur le prix ?
06:47Oui, il y a eu peut-être un petit mélange entre la capitalisation boursière correspondante
06:52qui est d'environ 2,3 milliards et la valeur d'entreprise
06:55qui inclut, c'est-à-dire un certain nombre de dettes,
06:57notamment le refinancement d'ICG,
06:59la part des actionnaires minoritaires qui sont très largement salariés,
07:02qui représentent aussi une somme très significative.
07:04Donc, on parle bien d'une valeur d'entreprise de 3,9 milliards
07:08à comparer avec ce que proposait Safran
07:11qui était environ 200 millions inférieurs.
07:13Donc, l'écart est pas, on l'a dit deux fois, il est beaucoup plus petit.
07:16L'écart est très significatif, mais il n'est pas d'un milliard 7,
07:19c'est bien 200 millions à peu près.
07:20On parlait du cours de bourse, justement,
07:22qui est pour l'instant resté autour des 122.
07:24Il avait beaucoup grimpé ces derniers jours.
07:26C'est quoi l'explication que vous y voyez ?
07:28Normalement, on se rapproche de l'offre faite par celui qui propose.
07:32J'imagine qu'on va s'en rapprocher rapidement.
07:34De mon point de vue, il n'y a pas d'incertitude sur l'opération.
07:37Les seuls éléments à lever maintenant, moi, je suis engagé.
07:41Mon groupe Familia est engagé à céder à Thalès.
07:43C'est réciproquement qu'il est engagé à nous acheter.
07:46C'est que simplement la durée des processus anti-concurrence en Europe,
07:51anti-trust et dans d'autres pays, prenne un certain temps.
07:54J'espère que ce sera un petit peu plus court que ce qu'on a pu indiquer.
07:57J'imagine que c'est simplement ça, le fait de la durée de l'opération
08:00qui fait que le cours ne s'ajuste pas tout à fait.
08:03Jean-Baptiste ?
08:04C'était une petite question technique que je me posais, effectivement.
08:06X-Blue et donc Exa, ils étaient plutôt spécialisés,
08:09notamment dans les centrales inertielles.
08:11Alors, c'est Thalès qui est dans les centrales inertielles à laser
08:14et vous qui êtes dans les centrales inertielles à fibre optique.
08:16Quelle est la différence entre ces deux types de centrales inertielles,
08:19qui permettent de se repérer sans GPS, je caricature un peu,
08:22mais quel est l'avantage pour Thalès d'acquérir des centrales inertielles à fibre optique ?
08:26Alors, ils sont dans des marchés différents, avant tout,
08:28ce sont pour des applications différentes.
08:31Les centrales inertielles de Thalès, par exemple, à ma connaissance,
08:33sont beaucoup dans l'aéronautique, secteur où nous ne sommes pas du tout.
08:37Nous, on est plutôt dans les applications, pour certaines, de très haute performance,
08:41pour des lanceurs, pour des sous-marins,
08:43y compris les sous-marins les plus stratégiques de différentes marines.
08:47Donc, on est dans le domaine de la très haute performance pour le naval.
08:50Thalès est présent dans d'autres applications, comme je le disais.
08:52La combinaison des deux va donner une position extrêmement intéressante
08:55pour nous permettre d'aborder des nouveaux marchés,
08:58avec le rayonnement commercial de Thalès,
09:01notamment sur les marchés terrestres également,
09:03mais aussi géographiques.
09:04Thalès est très implanté aux États-Unis,
09:05ce qui va permettre de nous donner un levier là-dessus.
09:08Nous avions déjà des perspectives très importantes dans ce domaine-là.
09:11J'en attends beaucoup, avec le rapprochement avec les équipes commerciales, notamment.
09:17Qu'est-ce qui n'a pas marché avec Safran ?
09:18C'est une question de culture ? C'est une question de prix ?
09:20C'est une question de secret des négociations, je pense.
09:24Voilà.
09:26On n'en saura pas plus.
09:28J'essaye.
09:29Ça fait partie du job, Michel.
09:31Alors, vous avez dit que la finalisation de l'opération,
09:34c'était au troisième trimestre 2027.
09:37Vous vous êtes montré tous les deux, Patrice Ken et vous-même,
09:40très rassurant sur le fait que vous allez avoir les autorisations des autorités anticoncurrentielles.
09:47Qu'est-ce qui vous fait croire que, justement, il n'y aura pas de problème ?
09:50Alors, c'est un domaine que Thalès maîtrise beaucoup mieux que nous.
09:54Ils ont l'habitude de ces opérations internationales.
09:57Nous l'avions fait à une échelle plus réduite au moment de l'acquisition d'XBlue.
10:00Justement, ce processus avait pris un peu plus de quatre mois.
10:04Là, j'en ai discuté avec Patrice Ken et ses équipes,
10:07qui semblent très confiants sur le fait que,
10:09sur les points de concurrence localement dans chacun des pays,
10:12ça devrait aller.
10:13Et d'autant plus qu'on est sur des activités de défense
10:15qui peuvent permettre de simplifier un petit peu les processus.
10:19Bon, et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ?
10:20Il nous reste deux minutes trente.
10:21Qu'est-ce que vous allez faire ?
10:22Vous avez toujours calogénat dans les SMR.
10:25Vous voulez rester dans l'industrie de l'armement ?
10:28Vous avez déjà regardé des pépites ?
10:30Alors, c'est vrai qu'aujourd'hui, le groupe Gorgé va se retrouver
10:34avec des moyens extrêmement importants, additionnels.
10:36On en avait déjà.
10:37On continue à avoir plus d'un millier, 1300 personnes à peu près
10:42dans les secteurs, effectivement, du nucléaire, de l'énergie, de l'ingénierie.
10:47Et moi, ce que je sais faire, c'est avant tout développer des entreprises industrielles
10:52dans des secteurs qui peuvent être ceux de l'énergie, de la défense, du nucléaire,
10:56des hautes technologies.
10:58Et moi, j'ai envie de faire ça, de continuer.
10:59Je n'ai pas d'autre projet que de continuer à développer le groupe
11:05avec des moyens qui, cette fois, seront encore plus importants.
11:07Donc, si des entrepreneurs, des grands groupes ou l'État, à un moment,
11:13a besoin d'un actionnaire de long terme, pourquoi pas ?
11:17Alors, j'ai un petit peu de temps pour ça, pas la peine d'appeler tout de suite
11:20puisqu'il nous faut encore le temps de la réalisation
11:23qui va nous donner, justement, le temps de mettre en place cette nouvelle stratégie.
11:27Merci beaucoup, Raphaël Gorgé, d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie
11:30pour nous parler de cette vente d'XL Technologies à Thalès.
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