00:00Il est 7h45 sur BFM Business, notre invité ce matin c'est Grégory Rabuel.
00:03Bonjour, vous êtes le directeur général du groupe Barrière, Hôtellerie, Restauration, Casino.
00:081,5 milliard de chiffre d'affaires en 2025.
00:11Il y a trois activités différentes.
00:13C'est quoi aujourd'hui la répartition avant qu'on parle de la stratégie pour les dix prochaines années ?
00:17Vous voulez doubler l'activité, donc on va détailler ça.
00:20Quand on regarde les trois cœurs d'activité, c'est quoi la répartition ?
00:22La répartition c'est environ 1 milliard sur le business des casinos
00:26et 500 millions sur l'hôtellerie et la restauration.
00:31Cette répartition-là est un peu historique et là on est en train de croître drastiquement sur l'hôtellerie,
00:36notamment l'hôtellerie de luxe mais aussi la restauration.
00:39Et puis on parlera sans doute du business des casinos,
00:41qui est un business qui est un peu déclinant depuis une vingtaine d'années.
00:45On n'a jamais vraiment été capable même de suivre l'inflation.
00:48Le poids de la taxation en France est beaucoup trop important.
00:51Les pouvoirs publics le savent mais ils ne font rien.
00:53Ils continuent à nous ponctionner ainsi.
00:55Donc l'avenir pour Barrière dans les casinos c'est à l'international.
00:57Donc c'est plutôt le Phuket, c'est ce type de marque, marque emblématique connue dans le monde entier par
01:03la clientèle internationale.
01:05C'est vraiment une marque sur laquelle vous voulez vous appuyer pour développer des hôtels et des restaurants ?
01:09Oui on a plusieurs marques mais dans l'hôtellerie très grand luxe chez Barrière,
01:12c'est la marque Phuket qu'on a décidé de mettre en avant, qu'on développe dans le monde entier.
01:16On a signé à Miami un hôtel de très grand luxe, des résidences brandées.
01:20On vient d'ouvrir la semaine dernière un Phuket à Mykonos sur l'eau en Grèce, un hôtel absolument sublime.
01:26Et on va faire de cette marque, dont on va doubler, tripler, quadrupler le chiffre d'affaires dans les années
01:30qui arrivent,
01:32une des plus grandes marques de luxe au monde dans l'hôtellerie.
01:35Le modèle c'est les résidences, vous n'êtes pas propriétaire des murs,
01:39c'est-à-dire que vous vous installez sur idée parfois d'hôteliers qui sont là, ça marche comment ?
01:44En réalité, l'histoire du groupe Barrière, la famille Barrière qui détient cette entreprise familiale merveilleuse,
01:51détient les murs de 90% de ses hôtels depuis toujours.
01:55C'est un modèle qui est très consommateur de CapEx, on voulait faire des travaux, les entretenir,
01:58soit pour les casinos ou pour les hôtels.
02:01Et donc là, pour se développer à l'international, on le fait soit comme opérateur,
02:04c'est-à-dire qu'on a des investisseurs qui investissent dans les murs de l'hôtel
02:07et qui nous confient la gestion de leur hôtel.
02:10Ils pouvaient le faire avant avec d'autres marques prestigieuses
02:13et certaines fois, ils décident de le faire avec Fouquets.
02:15Alors justement, vous parlez des travaux, c'est très important quand même dans des hôtels comme les vôtres.
02:21Le Barrière Normandie, il y a eu toutes ces réflexions,
02:23il y a eu le Fouquets qui a été refait sans fermeture,
02:25ce qui est quand même compliqué, qui vient d'avoir le label Palace.
02:29Ça change quoi aujourd'hui d'avoir ça ou de ne pas avoir ça ?
02:31Écoutez, nous on est très heureux d'avoir ça.
02:33D'abord, c'est important pour les équipes, pour le travail qui est fait,
02:36ça donne quand même un niveau de qualité de service qui est produit pour nos clients.
02:39C'est le deuxième Palace de la collection Fouquets,
02:41parce que le premier est à Courchevel, donc on est très heureux.
02:44Et c'est toujours bien d'avoir un label.
02:46Vous savez, souvent les gens disent que ce n'est pas important,
02:48c'est ceux qui le perdent ou qui ne l'ont pas qui disent ça.
02:49Quand vous l'avez, vous êtes content.
02:51Donc ça, c'est une chose positive.
02:52Mais vous voyez, par exemple, on va programmer des travaux très importants de rénovation
02:56dans un de nos trophées à 7, le Majestic à Cannes.
02:59On va faire deux ans et demi de travaux.
03:01Avec fermeture là où ?
03:02Et là, on va devoir fermer l'hôtel,
03:03parce qu'on va refaire cet hôtel de 350 chambres.
03:06On va faire un des plus beaux palaces de la Côte d'Azur.
03:08Et donc, bien sûr, parfois on doit fermer,
03:10et parfois on arrive à rester ouvert.
03:12Mais le Fouquets, parce qu'il y a du monde en termes de concurrence
03:15sur le fait de vendre la France à la clientèle internationale.
03:19Qu'est-ce que ça a de plus, justement, cette marque Fouquets ?
03:22Je crois qu'il y a des...
03:23D'abord, c'est un groupe familial.
03:25Ça se ressent aussi dans le service qui est donné aux clients,
03:28dans l'expérience qui est vécue par nos clients.
03:30C'est un petit morceau de France à l'international, c'est vrai,
03:32mais qui s'adapte dans les villes où nous sommes.
03:34Le Fouquets à New York n'a rien à voir avec le Fouquets à Saint-Barthes
03:37ou encore celui qu'on vient d'ouvrir à Mykonos.
03:39Il y a à la fois une touche de glamour,
03:40à la fois une touche de grande qualité de service,
03:44et un service à la française très personnalisé.
03:46Vous savez, les clients qui fréquentent nos hôtels
03:48peuvent aller où ils veulent dans le monde entier.
03:49Donc, ils veulent être reconnus,
03:51ils veulent vivre une expérience particulière.
03:53Ils veulent se sentir à la fois chez eux,
03:56mais en même temps dans quelque chose
03:57qu'ils n'ont pas exactement chez eux.
03:59Et c'est ça qu'on essaie de créer.
04:00C'est pour ça qu'on va se développer dans le monde entier,
04:02dans les destinations les plus luxueuses.
04:04Sur l'activité casino,
04:05vous l'avez dit en introduction,
04:07c'est compliqué, évidemment, avec les règles,
04:10la question de la taxation.
04:11On a Banigé qui va racheter Joa,
04:14qui a 33 casinos, c'est le deuxième acteur.
04:16C'est un acteur des paris en ligne
04:18qui va sur le casino physique.
04:20Ça vous a étonné ?
04:22Vous avez regardé ça comment ?
04:23Juste pour expliquer,
04:25c'est le deuxième acteur en nombre de casinos.
04:27Oui, pas en chaîne d'affaires, c'est ça.
04:28C'est un peu bizarre que sur une chaîne économique,
04:29vous considériez qu'un acteur,
04:30c'est la taille du nombre d'établissements qui comptent.
04:32On le précise.
04:33Donc, le premier acteur de casino en France,
04:35c'est Barrière,
04:36et qui est plus de deux fois plus gros
04:38que celui dont vous parlez, par exemple.
04:40Je vois que la compétition est rude.
04:42En revanche, je suis ravi que Stéphane Courby
04:44arrive dans l'industrie des casinos physiques.
04:46C'est un entrepreneur extrêmement talentueux.
04:49Ça veut dire qu'il a parfaitement intégré le fait
04:52qu'il y a une notion figitale.
04:54Probablement, le business digital
04:56et le business physique comptent.
04:58On a souvent dit que le retail et le casino physique
05:00étaient un business en fin de vie.
05:01Pour que des gens aussi talentueux s'y intéressent,
05:03c'est que ce n'est pas le cas.
05:04On est très heureux.
05:05Nous, voilà, on croit dans ce business-là,
05:07même si on a un problème de fiscalité
05:09qui est croissant en France.
05:1157% du chiffre d'affaires
05:13des groupes de casinos
05:15sont pris en taxe.
05:16Donc, allez demander à Bernard Arnault
05:17s'il donnait 57% du chiffre d'affaires
05:19à l'élevage.
05:19C'est un secteur qui ne fonctionne pas
05:21comme les autres.
05:21C'est une folie.
05:23Donc, l'avenir de ce business,
05:24il est évidemment, pour nous,
05:26toujours en France,
05:27dans la rénovation de nos casinos,
05:29dans l'expérience que l'on vit,
05:30dans les spectacles.
05:30Mais pas dans le déploiement.
05:31Mais dans le déploiement, non.
05:33D'abord, on a tous les plus gros casinos de France,
05:34pour ne pas dire l'immense majorité.
05:36Même le plus gros d'Europe,
05:38qui est à Anguin, à côté de Paris.
05:40Et aujourd'hui, nous,
05:41on se développe à l'international.
05:42On vient de racheter un casino au Portugal.
05:44On va ouvrir en Albanie.
05:45On va ouvrir un nouveau casino au Caire.
05:47On a des projets au Japon.
05:48Des projets en Angleterre.
05:49Parce que ce groupe Barrière
05:50s'internationalise, se transforme.
05:53J'étais venu vous voir il y a quelques temps
05:54pour vous dire qu'on allait
05:55transformer cette entreprise.
05:57Souvent, on qualifiait le groupe Barrière
05:58de belle endormie.
05:59Donc, elle est très réveillée.
06:01Extrêmement réveillée.
06:02Et maintenant, on se diffuse
06:04à travers le monde.
06:04Et c'est une fierté pour nos propriétaires
06:07de pouvoir vivre cette expérience
06:08à nos côtés.
06:09Mais justement, vous allez très vite.
06:10Il y a eu plus d'acquisitions
06:11en quelques mois,
06:12plus de développement
06:13qu'il y en a eu en des années.
06:15C'est-à-dire que c'est très rapide quand même.
06:17Oui, c'est-à-dire qu'à la faveur
06:19de la reprise de cette entreprise
06:20par Alexandre Barrière et sa sœur Joy,
06:23ils ont décidé de donner
06:24un coup d'accélérateur.
06:25C'est pour ça qu'on a décidé
06:26de travailler ensemble.
06:28Et en trois ans,
06:29on a fait plus que dans les 15 dernières années
06:31en projet de développement.
06:32Donc, l'accélération est là.
06:34Non pas au détriment de la qualité,
06:36mais avec une hausse de la qualité,
06:37avec des équipes autour de moi formidables,
06:39un comité exécutif de grande qualité.
06:41Tout le monde va dans le bon sens.
06:42Tout le monde est aligné.
06:43C'est la preuve qu'une entreprise
06:44100% française,
06:46parce que c'est le cas
06:47avec nos actionnaires
06:47qui ont 100% de cette entreprise,
06:49peut se développer à l'international
06:51et peut réussir.
06:51Il n'y a pas beaucoup
06:52d'entreprises françaises
06:53dans notre secteur d'activité,
06:54notamment dans l'hôtellerie.
06:56Il y a beaucoup de groupes
06:56qui se disent français,
06:57mais qui ont des actionnaires
06:58qu'Atari ou chinois.
06:59Nous, nous sommes 100% français.
07:01Et ça joue un peu à l'international
07:02aussi dans le développement.
07:03Mais j'ai l'impression,
07:04Grégory Abel,
07:04que vous êtes fâché.
07:05C'est-à-dire que j'ai l'impression
07:06que vous avez des choses à dire
07:07sur l'économie française,
07:08sur le fait d'être cadenassé,
07:10sur le fait d'être français.
07:11Il y a un message politique derrière ?
07:14Je crois que d'abord,
07:15tous les chefs d'entreprise
07:16comme moi sont très inquiets
07:17de l'échéance présidentielle
07:18dans un an.
07:19On voit bien que le mouvement
07:21qui s'opère,
07:22soit tout à gauche,
07:23soit tout à droite,
07:24est un peu anxiogène.
07:25Il n'y a aucune visibilité
07:26pour les entrepreneurs,
07:28pour les entreprises.
07:29La politique de taxation
07:30est absurde.
07:31Alors nous, on le subit de plein fouet
07:32dans le secteur des casinos,
07:34mais pas que.
07:35Donc oui, on voudrait
07:35de la perspective,
07:36on voudrait de la visibilité,
07:37on voudrait une situation
07:38qui soit la plus claire possible.
07:41Tout le monde dit
07:42que les entreprises sont importantes.
07:44Vous allez recevoir
07:45sur vos plateaux
07:46tous les candidats
07:47à la présidentielle
07:48qui vont dire ça.
07:49Il faudrait qu'ils arrêtent
07:50de parler
07:51et qu'ils prennent des décisions
07:52qui soient claires
07:53et notamment en faveur
07:54de l'emploi,
07:54du recrutement,
07:55de la formation
07:56et de la profitabilité
07:58des entreprises.
07:59Donc je crois que ça,
08:00c'est quelque chose
08:00que l'on ressent
08:01dans l'économie française.
08:02Mais j'entends un sujet
08:02de reconnaissance
08:03sur le fait d'être français,
08:04100% français,
08:05d'avoir un actionnariat français,
08:06d'être une entreprise familiale
08:08et peut-être d'avoir
08:09des bâtons.
08:09Oui, parce que je crois
08:10qu'aujourd'hui,
08:10on devrait mieux valoriser
08:12le fait d'avoir
08:13des actionnaires
08:13100% français.
08:14Vous savez,
08:15nous, nous sommes propriétaires
08:16du Majestic à Cannes,
08:17c'est un très gros hôtel.
08:18Nos voisins,
08:19c'est le Carlton
08:20et le Martinez
08:21qui appartiennent
08:21à des États étrangers
08:23et nous sommes
08:24une famille française.
08:25Mais finalement,
08:25la compétition est la même
08:26mais elle est un peu injuste
08:27au départ finalement
08:28avec les moyens
08:29qui sont les nôtres.
08:30Donc il faut...
08:31Vous voudriez une préférence française ?
08:32Bien sûr, bien sûr, bien sûr.
08:34On souhaiterait avoir
08:34des avantages
08:35d'être français
08:37et d'investir en France,
08:38évidemment.
08:39Merci beaucoup Grégory Abuel
08:40d'être venu ce matin
08:40dans la matinale de l'économie.
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