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  • il y a 15 minutes
Après près de 20 ans passé dans les geôles indonésiennes, où il risquait la peine de mort pour des accusations de trafics de drogue, celui qui a toujours clamé son innocence a finalement été transféré en France puis libéré l'an passé. Il n'a jamais accordé d'interview et s'exprime pour la première fois ce jeudi. Serge Atlaoui est l'invité de Céline Landreau à 8h15 sur RTL.
Regardez Face à Céline Landreau du 02 juillet 2026.

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Transcription
00:01RTL Matin, Thomas Soto
00:05Il est pratiquement 8h20 l'interview de Céline Landreau.
00:07Il a passé 19 ans de sa vie dans les prisons indonésiennes.
00:10Accusé de trafic de drogue, il a failli y être exécuté avant d'être transféré en France
00:15et finalement libéré il y a quasiment un an.
00:18Lui a toujours clamé son innocence.
00:20Serge Atlaoui est donc votre invitée, Céline.
00:22Bonjour Serge Atlaoui.
00:23Bonjour.
00:24Ça fait un an désormais que vous êtes sorti de prison après deux décennies presque en détention.
00:2917 ans dans le couloir de la mort en Indonésie.
00:32Quel goût a-t-elle la vie dehors ?
00:35C'est la vraie liberté.
00:38Il n'y a rien de comparable.
00:39Il s'en est passé beaucoup de choses pendant ces deux décennies de détention.
00:43Le dernier de vos quatre enfants est né, des petits-enfants aussi sont arrivés.
00:48Comment vous avez réussi à renouer avec eux, à redécouvrir une vie de famille, avec Sabine aussi, votre femme ?
00:54Ça s'est fait pratiquement automatiquement.
00:56J'avais déjà fait le vide dans ma tête, donc j'ai vite repris le pli.
01:00Jamais vous ne vous réveillez en étant encore dans les geôles indonésiennes ?
01:05Si, ça m'arrive, oui.
01:07Surtout la nuit où on réveille.
01:09C'est quoi ? C'est des cauchemars, des impressions ?
01:12Je ne dirais pas des cauchemars, mais disons qu'au moindre bruit, je me lève direct.
01:17C'est un ressenti, je ne saurais pas l'expliquer.
01:20Un qui-vive permanent, on pourrait dire ça ?
01:22Quelque chose de ce genre-là, oui.
01:24Est-ce que vous parvenez, malgré tout, ça y est, à vivre, j'allais dire, normalement avec vous ?
01:30Ah oui, absolument.
01:31Si c'est pour être toujours en mémorée, repasser en arrière, on n'avance pas.
01:36Donc non, j'arrive à vivre normalement.
01:38Vous avez réussi, vous diriez, à tourner la page aussi facilement que ça, d'une certaine manière ?
01:42Non, pas vraiment tourner la page, parce qu'on ne peut pas tourner la page, ça restera toujours.
01:46J'essaye juste de continuer à faire le vide dans ma tête et puis d'avancer, c'est tout.
01:50Avec un objectif peut-être d'essayer de savourer pleinement ce temps-là, essayer de rattraper d'une certaine manière
01:57ces années qu'on vous a volées ?
01:59Non, on ne rattrape pas. Malheureusement, on ne rattrape pas. Ce qui est perdu, est perdu.
02:03Mais ce qui me reste, je vais en profiter un peu.
02:06Alors, on le disait, vous avez passé 17 ans en étant condamné à mort.
02:12Ça veut dire que vous attendiez très concrètement à ce que chaque jour, on puisse vous annoncer que ça y
02:17est, c'était terminé ? Comment ça se passe ?
02:18Pas vraiment chaque jour, c'est surtout au moment des exécutions.
02:22Et puis, il faut se préparer mentalement, c'est tout.
02:25Et puis l'accepter. Une fois qu'on a accepté la sentence, c'est déjà plus facile.
02:29Vous, vous l'aviez accepté ?
02:31À un moment, oui. C'était obligé pour avancer.
02:33Parce que c'est ça, le plus dur, ça a été ça, de perdre le contrôle de sa vie.
02:38Qu'on nous dise ce qu'on doit faire, ce qu'on ne doit pas faire.
02:43Qu'ils aient le droit de vie et de mort sur moi.
02:45Vous dites, au moment des exécutions, il y avait une peur plus forte.
02:49Vous avez vu, vous, des co-détenus partir pour le peloton d'exécution, des Occidentaux notamment.
02:55Oui.
02:56C'est des souvenirs qui vous hantent aujourd'hui ? Vous pensez beaucoup à eux ?
02:58Absolument. Surtout certains.
03:00Quand j'ai été au Congrès, il y avait des photos, justement, de ces amis que j'ai perdus, qui
03:06étaient là-bas.
03:07Le Congrès mondial pour l'abolition universelle de la peine de mort, 9e Congrès, qui se tient, qui s'achève
03:12aujourd'hui à Paris.
03:13On va y revenir tout à l'heure.
03:15Est-ce que dans ces moments-là, vous osiez rêver encore d'une liberté retrouvée ?
03:21Est-ce que vous vous autorisiez à rêver de ressortir encore ?
03:24J'ai toujours gardé l'espoir, bien sûr.
03:27Même en acceptant la sentence ?
03:28Exactement.
03:29Non. C'est ça qui nous fait continuer, de toute façon, pour tous ceux qui étaient autour de moi et
03:33qui continuent à se battre.
03:34Je n'avais pas le droit de baisser les bras. Il fallait continuer.
03:37Vous êtes passé, j'allais dire parfois, tout près, quand vous vous êtes condamné à mort.
03:43La troisième fois, oui.
03:45C'est un recours administratif qui vous permet d'échapper.
03:48Voilà, c'est ça.
03:49Et ce moment-là, comment vous l'avez vécu ? Comment vous accueillez le fait que vous sortez de la
03:55liste ?
03:55Oui. Je me suis dit, si, encore une fois, on ne dit toujours jamais un sans deux, deux sans trois,
04:01mais là, c'était la troisième fois.
04:03Donc, je me suis dit, la prochaine fois, ça sera la bonne. Déjà, même cette fois-là, j'y ai
04:07cru.
04:09Mais c'était sans compter sur tous ces militants, militantes, la famille, tous ceux qui se sont battus pour moi,
04:15quoi.
04:15Oui, la mobilisation qui a duré des années, emmenée notamment par votre femme, Sabine, qui a beaucoup travaillé pour obtenir
04:22votre libération.
04:23Alors, on le disait, vous avez été arrêtée en novembre 2005 dans une usine près de Jakarta, accusée de production
04:28et de trafic de drogue, ce que vous avez toujours nié.
04:30Vous dites, vous, que vous n'avez fait qu'installer des machines industrielles dans ce que vous pensiez être une
04:33usine d'acrylique.
04:34Un an plus tard, vous êtes condamné à la prison à vie, condamnation qui devient une condamnation à la peine
04:40de mort.
04:40Pardon de vous replonger dans ces souvenirs douloureux, mais votre détention, à ce moment-là, elle ressemble à quoi ?
04:46Elle se fait dans quelles conditions ?
04:48Au début, c'était l'enfer, quoi. On était dans une vieille prison, en plus, où on était trois dans
04:53la cellule sur six mètres carrés, sans point d'eau, sans toilette.
04:56Et la porte était fermée à partir de cinq heures jusqu'à six heures du matin. Ça, ça a été
05:01eu pendant neuf mois.
05:02Alors, ces conditions, elles se sont améliorées par la suite ?
05:06Au fur et à mesure, oui. Au fur et à mesure, quand j'ai changé de prison, oui.
05:10Et quand je suis arrivé sur cette île de Nusakambangan, c'était une prison neuve.
05:15Et malgré que nous étions dix, on avait la place, parce que c'était une grande double cellule.
05:21Là, ça a été. Pendant 13 ans, je suis resté sur cette île, quoi.
05:25Vous imaginez ce que ça provoque chez l'auditeur, peut-être ce matin, de se dire
05:28« Mais moi, comment j'aurais pu tenir dans une situation pareille ? »
05:35Il faut du mental, il faut du soutien. Et faire le vide dans la tête, c'est tout.
05:38Moi, c'est comme ça que j'ai tenu. Et moi, j'avais la chance d'avoir les trois.
05:42Surtout du soutien. C'est ça qui m'a fait tenir.
05:44Pour ne pas trop grandir.
05:44J'ai connu beaucoup de gens qui n'avaient pas de soutien. Ils ne tiennent pas.
05:48Quand vous dites « Ils ne tiennent pas », ça se manifeste quand même ?
05:51J'en ai vu perdre la tête. Il y en avait deux dans mon groupe, dont un est mort.
05:58Et un qui a complètement perdu les pédales. Il ne bénéficie pas de soins.
06:02Sa femme, il l'a laissé tomber. Sa femme, ses enfants, il s'est retrouvé tout seul.
06:06Il n'a plus toute sa tête, quoi.
06:08Les conditions de détention, elles étaient dures. Vous l'avez évoqué avec pudeur.
06:12Vous êtes aussi tombé malade, là-bas, en détention. Vous avez été atteint d'un cancer.
06:16Comment vous avez été pris en charge, soigné, sur place ?
06:19Au début, par la prison. Mais suite à un mauvais diagnostic, j'ai fait appel au directeur de la prison,
06:24puis à l'ambassade, pour aller être soigné dans un hôpital privé.
06:27Et c'est là qu'on a découvert que c'était un cancer, quoi.
06:31Et aujourd'hui, vous allez comment ?
06:33Bien.
06:34Bien ?
06:34Oui.
06:36Serge Atlaoui, on le disait, c'est la première fois que vous acceptez de revenir en détail sur votre calvaire,
06:40si vous le faites.
06:41C'est parce que se tient, jusqu'à aujourd'hui, à Paris, ce 9e congrès mondial pour l'abolition universelle
06:46de la peine de mort. C'est un combat que vous entendez mener ?
06:49Pas vraiment mener. Comme je vous l'ai dit, personnellement, je ne me suis jamais investi.
06:54C'est la première fois que je prends la parole. Et toute cette année, j'ai pris un peu de
06:57recul, j'ai repris ma vie, quoi.
07:00Mais j'ai été vraiment surpris par ce travail remarquable que toutes ces associations, ces ONG, font.
07:07Tous ces militants et militantes. Et là, on se rend compte de l'impact et du travail qu'ils fournissent.
07:14Quand je vois tous ces gens qui ont participé, je pense que moi aussi, je dois donner ma contribution, quoi.
07:20Pour remercier aussi tous ceux qui ont milité pour ressortir de là ?
07:23Remercier seulement. Et puis, en espérant que d'autres coordonnées à mort bénéficieront du même parcours que moi, quoi.
07:29Qu'ils retrouvent un jour leur famille, leur pays, leur liberté.
07:32En France, la peine capitale a été abolie en 1981.
07:34Mais certains, aujourd'hui encore, réclament son retour à la faveur de certains drames, de faits divers, plus ou moins
07:41atroces.
07:42Est-ce que vous arrivez à comprendre ces discours ?
07:44J'arrive à les comprendre dans la mesure que ceux qui réclament ça, ce sont la famille des victimes, très
07:51souvent.
07:52Quand il y a des meurtres atroces et tout ça, c'est compréhensible.
07:55On ne replace pas la mort par la mort.
07:57Je sais que c'est difficile à accepter, mais celui qui a commis un crime, bien sûr, il doit être
08:03puni, mais on n'a pas le droit d'hôter la vie, quoi.
08:06C'est tout.
08:07Merci beaucoup, Serge Attaoui.
08:09Je vous en prie.
08:09Merci d'avoir accepté de revenir pour la première fois sur RTL ce matin, sur ces années passées en détention
08:15et dans le couloir de la mort.
08:16Merci beaucoup.
08:17Merci à vous, Céline Landreau.
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