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  • il y a 10 heures
Ce mercredi 24 juin, Sébastien Abis, directeur du Club Déméter et chercheur associé à l'Iris, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils ont discuté du Groenland, un territoire autonome danois qui est toujours aussi convoité par Donald Trump, ainsi que du modèle économique très particulier de la Norvège. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Alors je suis désolée, mais pas littéralement, c'est-à-dire que je sais bien qu'il y ferait plus
00:03frais,
00:03mais on va y partir de manière théorique avec Sébastien Abyss.
00:07Bonjour, vous êtes directeur du club d'Eméter, chercheur associé à l'Iris.
00:10Vous revenez du Groenland qui défraie quand même moins l'actualité,
00:13mais les enjeux n'ont pas changé.
00:15Le territoire autonome danois est toujours aussi convoité par Donald Trump
00:18et il n'y a toujours pas d'accord officiel qui a été conclu avec les Etats-Unis.
00:22Vous avez fait Norvège-Groenland il y a une semaine et demie.
00:26C'est quoi votre retour d'expérience ?
00:29J'entendais parler du modèle norvégien autour des retraites.
00:33Évidemment, la Norvège, cette pétromonarchie européenne qui doit être rappelée ainsi,
00:38puisque ce pays est immensément riche depuis 50 ans.
00:41Il a trouvé du pétrole et du gaz en mer et en offshore.
00:46Un modèle très particulier sur lequel je ne reviendrai pas,
00:49mais c'est vrai qu'il y a cette question qui va venir très fort de savoir
00:52quelle est la suite de la relation Norvège-Union européenne,
00:56sachant que l'Islande, de son côté, fait un référendum à la fin du mois d'août
01:01pour à nouveau demander aux Islandais s'ils veulent intégrer l'Union européenne.
01:04Donc on voit qu'il y a beaucoup de pays dans les voisinages européens
01:07qui se posent la question de savoir faut-il rentrer dans l'Union européenne ou pas,
01:11vu les contextes internationaux.
01:13Il n'y a pas que l'Ukraine, il n'y a pas que la Turquie dans les Balkans,
01:16il y a aussi tous ces pays de l'Arctique.
01:18Et dans le cas du Groenland, évidemment, outre des commentaires
01:21que je pourrais faire très long sur les paysages inclassables
01:25que vous découvrez là-bas, où il n'y a pas de présence humaine,
01:27je rappelle que la population du Groenland, c'est la population de Narbonne,
01:31c'est 50 000 habitants, nu que la capitale concentre 30% de la population de l'île.
01:38Le Groenland, en fait, a fait un Brexit avant le Royaume-Uni.
01:41Il est sorti de l'Union européenne en 1985.
01:44Il reste un territoire danois, mais avec une autonomie très forte
01:49vis-à-vis du Danemark, de plus en plus,
01:51et surtout un territoire aujourd'hui qui n'est plus dans l'Union européenne
01:55et qui, bien avant le Royaume-Uni, est sorti de la mécanique européenne,
02:00sachant qu'il était entré quand le Danemark a rejoint la communauté européenne en 1973.
02:06Sébastien, quand on va au Groenland aujourd'hui, qu'est-ce qu'on voit ?
02:08On voit une présence internationale ? On voit des consulats ?
02:12En effet, on a une présence internationale qui s'est densifiée ces derniers mois,
02:16à l'image de la France, qui est un consul depuis un an à Nuc, la capitale de l'île.
02:22Maintenant, c'est vrai que le Groenland, c'est un peu l'île de la tentation.
02:25Vous évoquiez les visées de Donald Trump, qu'il avait exprimé lors de son premier mandat,
02:29qu'il a évidemment exprimé beaucoup plus nettement depuis 15 mois,
02:33parce que le Groenland, c'est plein de ressources.
02:35C'est personne, 50 000 habitants, c'est 4 fois et demi plus grand que la France,
02:40donc c'est une grande superficie.
02:43Évidemment, 90% est glacé, c'est la banquise,
02:47donc ce sont des réserves d'eau néanmoins.
02:50C'est des farines de roche glaciaire, qui sont des engrais potentiels verts
02:54et qui font l'objet de convoitises potentielles pour l'agriculture mondiale.
02:58C'est du sable, et c'est évidemment des ressources halieutiques,
03:02des minerais, des terres rares.
03:04Et donc, quand on accumule toutes ces ressources,
03:07difficile quand même à exploiter, il faut le préciser,
03:10mais néanmoins prometteuse sur un avenir long-termiste,
03:14on comprend que le Groenland suscite beaucoup de convoitises,
03:17que pour les États-Unis, ça a toujours été un espace géographique très stratégique.
03:21Qu'il ne va pas laisser tomber, quoi ?
03:23Non, parce que dans la continuité de l'histoire hémisphérique des États-Unis,
03:26évidemment, le Groenland est sur la route.
03:28Annalisa ?
03:29Donald Trump accusait notamment les Danois de ne pas suffisamment s'occuper
03:32de la sécurité du Groenland.
03:34Il parlait de façon imagée à un moment des chiens de traîneau
03:36qui s'occupaient de la sécurité du Groenland.
03:39Est-ce que c'est ce que vous avez vu sur place, effectivement ?
03:42D'abord, le consulat états-unien est beaucoup plus grand que le précédent.
03:46Ils ont construit un gros bâtiment à nuques.
03:48En termes de sécurité, j'ai surtout vu des frégates danoises,
03:52présentes au large de nuques pour montrer qu'il y a quand même une présence sur place.
03:57On se souvient des opérations aussi avec l'appui d'exercices
04:02avec des chasseurs alpins français, etc., l'hiver dernier.
04:06Donc, pour l'instant, non, le sujet de la sécurité, il ne faut pas l'amplifier.
04:10Dans le raisonnement états-unien, on sait bien que le sujet de la sécurité du Groenland,
04:13c'est ce fameux dôme d'or pour un système antimissile
04:18dans une éventuelle confrontation avec la Russie, autrefois l'URSS pendant la guerre froide.
04:24Et il y a toujours à Pitoufik, au nord du Groenland, cette base états-unienne.
04:28D'ailleurs, ce qui est assez intéressant, c'est de voir que sur place,
04:31quand vous discutez avec les populations locales, les États-Unis, la relation est bonne.
04:36Par contre, il y a un front anti-Trump.
04:39Le Groenland n'est pas à vendre, cherche à s'affranchir complètement du Danemark,
04:47mais reste sous une perfusion économique importante.
04:48Mais ils ne sont pas contre une coopération avec les États-Unis et un accord économique.
04:53Non, ils ne sont pas à faire du business et travailler avec tout le monde, ça c'est clair.
04:55Ils vous le disent sans détour.
04:57Mais on voit bien qu'ils ont du mal à couper le cordon ombilical avec le Danemark.
05:01C'est 700 millions d'euros quand même de subventions annuelles du Danemark pour le Groenland.
05:07Et qu'en même temps, cette indépendance, elle doit se faire en tenant compte de ces paramètres économiques de développement.
05:13Évidemment, quand vous êtes au Groenland, moi je suis allé à Nuc et puis je me suis un peu déplacé
05:18dans les fjords
05:18et je suis monté à une centaine de kilomètres au nord pour voir toute la dimension aussi halieutique,
05:24la pêche, la chasse, l'agriculture qui existe quand même un peu dans ce pays.
05:28Et l'adversité du climat est redoutable.
05:31Et pourtant, c'était en plein été, il y avait une belle lumière,
05:34les températures étaient tout à fait clémentes, en tout cas bien plus fraîches qu'ici actuellement.
05:38Mais le Groenland, c'est très compliqué.
05:41Donc on voit bien que les gens ont comme premier sujet quand même de faire face à la violence de
05:44la nature.
05:46Et puis ensuite, les convoitises extérieures, on verra.
05:48Mais on ne les sent pas non plus terrorisés par un envahissement extérieur.
05:51Merci beaucoup Sébastien Abyss.
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