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  • il y a 4 heures
Benoît Grünemwald, expert en cybersécurité chez ESET, était l'invité d'Erwan Morice dans Good Morning Business, ce mercredi 19 août. Ils ont évoqué le vol de millions de données, notamment liées aux successions, confirmé par l'administration fiscale, ainsi que les enjeux liés à la cybersécurité, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Et après les données fiscales de particuliers et de professionnels, le fisc confirme donc le vol de millions de données,
00:05notamment liées aux successions.
00:07C'est un été encore sous haute tension sur le plan de la cyber. On en parle avec notre invité
00:11ce matin. Bonjour Benoît Grumnenwald.
00:13Bonjour.
00:13Merci d'être avec nous et de nous accompagner ce mercredi. Vous êtes expert en cybersécurité chez EZ.
00:20Benoît, d'abord, qu'est-ce que ce piratage dit de l'état de sécurisation et du niveau de protection
00:25de nos données ? C'est quand même assez inquiétant.
00:27Alors, si on parle du point de vue entreprise, ça dit qu'il y a aussi beaucoup d'attaques qui
00:34sont menées contre les entreprises privées.
00:37Si on regarde du côté de l'État, effectivement, depuis le début de l'année 2026, on peut considérer qu
00:42'il y a à peu près 14 attaques qui ont été significatives.
00:47Ça montre qu'il y a effectivement des accès qui sont non autorisés et qui résultent de fuites de données,
00:53de violations de données, comme on dit au niveau de la CNIL.
00:56Et qui sont effectivement peut-être un petit rappel à ceux qui disent « je n'ai rien à cacher
01:02».
01:02Peut-être qu'il y a une prise de conscience maintenant du numérique et de son importance qui devrait commencer
01:07à poindre dans les esprits.
01:09Mais là, sur des services et des plateformes qui sont quand même censées, en tout cas dans nos esprits, être
01:13ultra sécurisés, inviolables.
01:16Et on se rend compte que les dégâts, quand même, ils sont assez énormes.
01:22On parle de millions de données quand même personnelles, alors plus ou moins sensibles, mais en tout cas des données
01:27personnelles, confidentielles.
01:28Oui, alors plus ou moins sensibles.
01:29Détenues par l'État.
01:30Détenues par l'État et plus ou moins sensibles parce qu'en fait, c'est la fusion de ces données
01:34qui, au final, va donner une méga base,
01:37qui va faire que nos profils, avec des fuites de données liées à des opérateurs de téléphonie,
01:42où parfois on avait des relevés d'identité bancaire,
01:44et puis les données fiscales où on va savoir quel est notre taux d'imposition,
01:48c'est ce croisement de données qui, au final, est fortement problématique.
01:52Bon, donc le gouvernement qui dit que le piratage a eu lieu il y a quelques semaines,
01:55mais qui vient seulement d'être circonscrit, est-ce qu'on en sait plus sur le profil des hackers ?
02:00Alors, les attaquants ont un profil assez singulier
02:03et qui est révélateur de ce qui se profile dans l'industrie du cybercrime,
02:08dans son industrialisation et dans sa façon de fonctionner.
02:12Selon les discussions qui ont eu lieu avec ces personnes,
02:15il semblerait qu'elles soient françaises, francophones en tout cas, ça c'est sûr,
02:19qu'elles soient a priori installées à l'extérieur de la métropole,
02:24et elles sont surtout a priori assez jeunes.
02:26Et c'est un profil que l'on avait retrouvé déjà dans des groupes d'attaquants
02:31qui, eux, ne font pas de l'exfiltration de données pour l'exfiltration,
02:34mais plutôt du rançongiciel.
02:35Je pense à des groupes comme Lapsus ou Scattered Spider,
02:38où il y avait eu des arrestations,
02:39et ces arrestations ont montré qu'il y avait parfois même des mineurs dans ces groupes
02:43et des nationalités diverses et variées,
02:46notamment anglaises et ou brésiliennes pour Lapsus.
02:49Mais Benoît Grenemval, est-ce que ce n'est pas d'autant plus préoccupant
02:52de dire que ce sont des mineurs qui arrivent à détruire ces systèmes-là ?
02:58On parle quand même du fisc en l'occurrence,
03:00mais il y a eu aussi l'éducation nationale.
03:03Ce n'est pas des grandes organisations internationales.
03:06On est d'accord.
03:06On ne fait pas face à des groupes d'attaquants sponsorisés par des États
03:09avec des moyens quasiment illimités.
03:11On fait face à des jeunes qui ont de l'ingéniosité,
03:15qui n'ont peut-être pas une compétence technique très avancée.
03:19On ne les a pas vus développer des logiciels malveillants,
03:21extrêmement puissants,
03:22et ou faire de la rétro-ingénierie sur des logiciels et ou des matériels.
03:27Ils utilisent la ruse.
03:28Ils utilisent également un socle de la cybercriminalité
03:32qui s'organise très bien,
03:34où on voit qu'on peut acheter ou générer des accès légitimes.
03:38C'est bien souvent le cas.
03:39Ou utiliser des failles, on a vu, de type IDOR,
03:42c'est-à-dire de faire en sorte que lorsque l'on a un identifiant
03:46dans une barre d'adresse, on va le modifier.
03:48On ne devrait pas, mais pourtant, on va accéder au compte de quelqu'un d'autre.
03:52Donc, on est sur quelque chose qui est assez simple.
03:55Certainement que pour les identifiants, il y a une raison,
03:58c'est l'ouverture liée à la Covid.
04:01C'est-à-dire que le bastion des systèmes d'information
04:04tels qu'ils avaient été pensés, qui fonctionnaient plutôt bien auparavant,
04:09se retrouve avec un certain nombre de portes d'entrée,
04:11de portes ouvertes, qui vont permettre à des tiers,
04:14mais également à des agents de travailler à distance,
04:16de se connecter depuis chez eux et de pouvoir continuer à travailler.
04:20Est-ce que les données bancaires sont mieux protégées que le reste ?
04:22Parce que là, on n'a pas parlé de données financières,
04:25c'est plutôt des données personnelles, des adresses,
04:29mais pas de données bancaires.
04:30Ça veut dire que le niveau de sécurisation est différent ?
04:34Alors, il y a les données bancaires détenues par les banques
04:37et les services financiers, qui, eux, depuis très longtemps,
04:40apportent un soin particulier et certainement mettent des budgets
04:43et considèrent leurs données bancaires comme extrêmement sensibles,
04:46ce que confirme d'ailleurs le règlement DORA,
04:50qui entre en application pour protéger ce secteur en particulier.
04:54Et on voit aussi,
04:55alors je ne connais pas complètement le système des impôts,
04:58mais on voit aussi qu'il y a quand même une certaine segmentation
05:01dans les différentes bases,
05:03qu'on n'a pas une méga base de l'État
05:05et que ça nous permet de tout sortir.
05:07On se souvient de l'attaque notamment sur l'ANTS.
05:10L'ANTS, le pirate, n'a pas accédé au cœur du système.
05:13Il n'a pas pu générer des titres d'identité.
05:17Il a récupéré des informations qui étaient accessibles,
05:20entre guillemets, plutôt facilement,
05:22mais en tout cas, il n'est pas descendu jusqu'au cœur du système.
05:24Alors, on voit que les entreprises aussi sont attaquées.
05:27Nous étions hier sur ce plateau avec le directeur général de Bureau Valet,
05:32l'entreprise française fourniture de bureaux,
05:35qui a elle aussi été attaquée,
05:37et visiblement par les mêmes hackers.
05:40C'est, pour le coup, avec des conséquences qui restent
05:44sur des vols de données personnelles,
05:47pas de paralysie du système,
05:50contrairement à ce qu'on a pu voir au Royaume-Uni avec Jaguar,
05:53ce qu'on a pu voir aussi dans une usine de fabrication de bière au Japon
05:55il y a quelques mois.
05:57Les conséquences, elles peuvent être quand même très importantes économiquement,
06:01avec parfois des conséquences sur le PIB même du pays.
06:06Est-ce qu'on est suffisamment aguerris en France ?
06:09Enfin, la France qui est quand même plutôt bien classée,
06:11qui a un certain nombre de dispositifs de protection cyber.
06:14Malgré tout, le risque zéro n'existe pas.
06:16Mais comment est-ce qu'on peut aller plus loin dans la sécurisation,
06:19avec peut-être de l'intelligence artificielle ?
06:20On parle beaucoup du quantique.
06:22Tout ça va permettre d'aller plus loin, mais on n'y est pas encore.
06:25Alors, on n'y est pas encore.
06:27Avant d'aller jusqu'au quantique, je dirais,
06:29et si on reprend les quelques exemples des attaques qui ont fait l'actualité
06:34sur cette dernière année,
06:35on s'aperçoit quand même qu'il y a un certain nombre de bases
06:38qui mériteraient d'être revues.
06:41Une faille IDOR, par exemple,
06:44ou une attaque via un compte légitime sans authentification multifacteur
06:50n'a pas besoin du quantique ni de l'intelligence artificielle.
06:53Donc, reprendre ces bases, d'ailleurs elles existent,
06:55elles sont parfaitement documentées.
06:57Il y a ISO 27001, il y a l'ANSI qui produit des guides
07:00qui sont accessibles en quarantaine de mesures, par exemple.
07:04Et puis ensuite, il y a la surveillance.
07:07Parce que si ces applications et ces systèmes d'information
07:11peuvent produire des traces, ce qui n'est pas toujours le cas,
07:14mais ça peut se palier,
07:15eh bien il faut qu'il y ait des professionnels de la sécurité,
07:18et là, effectivement, généralement accompagnés par l'intelligence artificielle,
07:21parce qu'il y a énormément de traces
07:22qui vont analyser les comportements suspects.
07:25Ça veut dire que si monsieur ou madame Martin
07:28a un login et un mot de passe qui se connectent à 23 heures,
07:32et qu'ensuite il commence à scanner le réseau
07:34pour chercher d'autres ordinateurs disponibles ou des serveurs,
07:38eh bien là, ça doit éveiller les soupçons
07:40de ce que l'on appelle le Security Operation Center,
07:43c'est-à-dire ceux qui surveillent au quotidien
07:45le fonctionnement des systèmes d'information,
07:47et surtout leur cybersécurité.
07:48Et est-ce qu'en tant que particulier,
07:50on peut aussi faire mieux pour se protéger,
07:52pour diminuer le risque ?
07:54Alors oui, on n'a pas d'emprise sur une fuite de données
07:57telle que celle des impôts, on n'a pas d'emprise.
07:59Par contre, on va pouvoir réagir,
08:01et on va pouvoir agir.
08:02C'est ce qu'on appelle l'hygiène informatique.
08:04On a le permis de conduire,
08:05on a un certain nombre d'éléments qui font que
08:07quand on prend sa voiture,
08:08on est plus ou moins en sécurité.
08:10Eh bien ça va être la même chose pour le numérique.
08:12Ça me fait penser à ceux qui disaient
08:14il y a encore quelques années,
08:14je n'ai rien à cacher.
08:16On voit qu'aujourd'hui,
08:17quand les informations qui nous concernent,
08:19telles que les impôts, sortent,
08:20ça fait quand même mal.
08:23Donc il faut soi-même faire en sorte
08:25d'avoir un bon gestionnaire de mots de passe,
08:27avoir l'authentification multifacteur
08:29sur la majorité de ses comptes.
08:30Respecter finalement,
08:31c'est transposer ces 40 règles d'hygiène de l'ANSI
08:35à son propre usage,
08:37mettre à jour ses systèmes d'information
08:38et se documenter.
08:40Se documenter sur des blogs,
08:43sur des sites qui sont bien souvent accessibles.
08:45Nous en avons un,
08:46il s'appelle willivesecurity.com.
08:48Il y a le site de cybermalveillance.gouv.fr,
08:51celui de l'ANSI un petit peu plus ardu,
08:54mais tout aussi disponible.
08:56Et surtout, si on a des questions,
08:57il y a le 17 cyber.
08:59Merci beaucoup pour toutes ces explications
09:02et ces rappels importants.
09:03Avec nous ce matin,
09:04Benoît Grenemval,
09:05expert en cybersécurité chez EZ.
09:07Sous-titrage Société Radio-Canada
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