00:00En 1896, les troupes françaises coloniales tuent un souverain africain,
00:04lui tranchant la tête et l'expédient à Paris comme un trophée de conquête.
00:08Près de 130 ans plus tard, son crâne est toujours conservé au musée de l'Inde.
00:13Son nom, Bokar Biro.
00:15Et la Guinée réclame aujourd'hui le droit de l'enterrer.
00:18Le 27 juillet 2026, donc il y a quelques jours,
00:21le gouvernement guinéen a officiellement demandé à la France de restituer 4 crânes.
00:27Celui de Bokar Biro, mais aussi ceux de son fils, de son frère et d'un lieutenant.
00:32Bokar Biro était le dernier almami de Futa Djalon, c'est-à-dire dans l'actuelle Guinée.
00:37Il représentait la plus haute autorité politique, militaire, mais aussi religieuse de son état indépendant.
00:42Le 13 novembre 1896, alors qu'il résiste à la conquête française,
00:48il est tué lors de la bataille de Boredaka.
00:51Sa tête est alors emportée jusqu'en France.
00:54Mais le cas de Bokar Biro est loin d'être isolé malheureusement.
00:57Dans ses réserves, le musée de l'homme conserve environ 18 000 crânes.
01:01Écoutez bien, 18 000.
01:02Attention, tous ne proviennent pas de la colonisation et tous ne sont pas des trophées de guerre, c'est vrai.
01:07Mais le Muséum National d'Histoire Naturelle reconnaît lui-même
01:11que la majorité des restes extra-européens ont été collectés au 19e siècle
01:16dans un contexte colonial généralement sans le consentement des populations concernées.
01:21Pourquoi rapportait-on ces restes humains ?
01:25Parfois, comme trophée de conquête.
01:27Posséder la tête d'un chef vaincu permettait, et cela en tout temps,
01:31de matérialiser la défaite jusque dans la mort.
01:34Et parfois, c'était au soi-disant nom de la science.
01:38Des anthropologues mesuraient les crânes, les comparaient et prétendaient classer,
01:42voire hiérarchiser les prétendues races humaines.
01:45La conquête militaire rencontrait ainsi, comme vous le comprenez, la pseudo-science raciale.
01:50Puis, une fois inventoriées, ces morts devenaient juste juridiquement
01:54des pièces appartenant aux collections publiques françaises.
01:57Pendant longtemps, chaque restitution nécessitait donc l'adoption d'une loi particulière.
02:03Depuis 2023, une nouvelle procédure permet de rendre des restes humains à un État étranger
02:08afin qu'ils reçoivent des funérailles.
02:11En 2025, donc trois ans plus tard, trois crânes Sakalava ont ainsi été restitués à Matagascar.
02:17La Guinée, elle, ne veut pas placer Bokabiro dans une nouvelle vitrine, non.
02:21Elle veut l'inhumer.
02:22Parce qu'un crâne n'est pas seulement un objet historique,
02:25c'est une personne à qui la colonisation a pris la vie,
02:28puis jusqu'au droit d'avoir une sépulture.
02:30Le sujet n'est donc pas de savoir pourquoi la Guinée réclame ses crânes,
02:35mais pourquoi il aura fallu attendre plus de 130 ans
02:38pour recommencer à les traiter comme des morts.
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