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Croisant art contemporain et données scientifiques, « Aux origines », l’exposition collective du palais de la Porte-Dorée, témoigne des discriminations subies par les immigrés et leurs descendants. Des œuvres puissantes, entre âpreté et espoir.
Transcription
00:00Il y a des limites. Tu peux faire des petites blagues personnellement, moi ça ne va pas forcément me déranger.
00:05Mais il y a des moments où si tu dépasses une limite, c'est du racisme.
00:09Leur histoire est tristement banale.
00:12Des enfants de Sarcelles, victimes de discrimination, s'expriment sur les murs de l'exposition aux origines
00:18au Musée National de l'Histoire de l'Immigration à Paris.
00:21Comment se fabrique le regard porté sur les personnes issues de l'immigration ?
00:25Pourquoi en 2026, certains stéréotypes perdurent, parfois de façon inconsciente ?
00:32Ces préjugés continuent de faire sentir à certains qu'ils ne sont pas des Français à part entière.
00:37Cette exposition montre comment ces représentations se construisent,
00:40mais aussi comment les personnes qui en sont victimes se réapproprient leur histoire.
00:56Ironie de l'histoire, cette exposition a lieu dans le palais de la Porte Dorée à Paris.
01:01Ces décors, hérités de l'exposition coloniale de 1931, regorgent de représentations fantasmées.
01:07Et oui, les traces d'un passé où très longtemps les sociétés occidentales
01:11regardent les populations venues d'ailleurs, non pas comme des sujets,
01:15mais comme des objets de curiosité ou d'exhibition.
01:18Un regard nourri par les théories pseudo-scientifiques et l'idéologie coloniale.
01:26Prenez l'artiste franco-béninois Roméo Mickey Cavine.
01:30Dans cette toile monumentale, il se réapproprie l'image de Sargi Bartman,
01:34surnommée la Vénus Othantote,
01:36qui fut exhibée comme une bête de foire dans l'Europe du 19e siècle.
01:49Et l'intention de l'artiste ?
01:51Il substitue son propre visage à celui de cette femme sur des photos anthropométriques de l'époque.
01:58Le regard s'inverse, ce n'est plus nous qui l'examinons,
02:01c'est lui qui nous toise d'un regard accusateur,
02:04redonnant de la dignité au corps noir brutalisé par l'histoire.
02:11Les sœurs Chevalmes, elles, ont reconstitué un salon bourgeois très chic.
02:15C'est magnifique, avec du papier peint et des fauteuils Voltaire.
02:19Mais quand on scrute cette toile,
02:20on déchante en apercevant des scènes de violence liées à la colonisation et au châtiment corporel.
02:26Une façon percutante de nous rappeler que le confort occidental s'est largement bâti
02:31sur l'exploitation d'autres peuples.
02:33Nous sommes tous assis sur cette histoire et notre confort est directement lié
02:38à l'exploitation de populations venues d'ailleurs, argumentent les artistes.
02:42Monsieur Sangaré, moi je suis là pour vous écouter.
02:47C'est quoi votre histoire à vous ?
02:50Fais le tour !
02:50Toi c'est pas Emmanuel toi !
02:52Effectivement !
02:52C'est pas lui là !
02:53C'est pas lui là !
02:55Mais le racisme n'appartient hélas pas qu'au passé.
02:58Aujourd'hui on parle de racisme systémique.
03:00Ce concept, parfois mal compris, ne sous-entend pas que chaque citoyen
03:04ou que la République elle-même sont fondamentalement racistes.
03:08Cela désigne plutôt des mécanismes institutionnels,
03:11souvent invisibles et pas toujours intentionnels.
03:14Des clichés qui reproduisent l'exclusion au quotidien.
03:17Et la force de cette exposition, c'est ce croisement
03:20entre les chiffres de statistiques scientifiques implacables
03:23et les regards subjectifs d'artistes.
03:25Les jeunes hommes perçus comme noirs, arabes ou maghrébins
03:28ont quatre fois plus de risque d'être contrôlés
03:31que le reste de la population
03:32et douze fois plus de risque de faire l'objet de contrôles poussés
03:36d'après le défenseur des droits.
03:38C'est ce qu'on peut lire à côté de cette photo,
03:40pleine d'humanité, signée Tony K. Lewis-Johnson.
03:43Le racisme systémique, c'est aussi 50% des agences immobilières
03:47qui acceptent les demandes discriminatoires de propriétaires.
03:51Ou bien le fait qu'un non, à consonance maghrébine,
03:54diminue d'un tiers les chances d'obtenir un entretien d'embauche.
03:57Et puis, il y a ces dérapages des politiques qui jouent aussi leur rôle.
04:01On fait toujours un, mais dès qu'on a 120, c'est quand même il y a beaucoup qui est
04:04le premier.
04:05L'artiste Eméga Ogbo l'illustre bien en affichant au néon rouge
04:09la fameuse phrase prononcée par un ancien ministre de l'Intérieur
04:12en 2009.
04:14Je suis née en France, j'ai des origines certes,
04:17mais je parle français, je suis née en France, oui.
04:22Alors, comment les personnes concernées vivent-elles et pensent-elles leurs expériences ?
04:26L'exposition refuse de les enfermer dans un statut de victime.
04:30Ce sont des sujets à part entière qui luttent, aiment et surtout ironisent.
04:35Et si l'humour et la tendresse étaient des armes plus efficaces ?
04:39Dans la série des histoires d'amour à Marseille,
04:42Johan Lamoulaire immortalise un adolescent marseillais posant sur son scooter,
04:46mais avec un tutu blanc par-dessus son survêtement.
04:50Joli pied de nez aux étiquettes de virilité toxique
04:52ou de délinquance scotchée sur les jeunes des cités.
04:55Et pour pulvériser même l'idée de race,
04:59la photographe Angelica Das crée un nuancier géant façon pantone.
05:04Elle photographie des personnes de toutes les couleurs
05:06et associe le fond de l'image à la teinte exacte de leur nez.
05:10Le résultat, un joli nuancier qui dénonce l'absurdité et la raideur des catégories figées,
05:16comme blanc ou noir.
05:17En fin de compte, ces œuvres nous obligent à ouvrir les yeux.
05:21Et l'enjeu est crucial.
05:22Nous sommes à un an de l'élection présidentielle de 2027.
05:26Face à la prolifération d'une xénophobie décomplexée
05:29et à la montée des actes racistes dans la société,
05:33cette expo tombe à pic et donne envie d'espérer.
05:36Moi, en vrai, je vois presque que de la violence,
05:39mais je pense qu'il n'y en a pas trop.
05:41Mais moi, ce que je pourrais dire, c'est qu'il pense trop
05:44qu'on peut tout régler par la violence, alors que non.
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