00:00On va changer de sujet en parlant maintenant de couvre-feu, puisque le tribunal administratif de Lyon a suspendu mardi
00:07l'exécution d'arrêtés municipaux de couvre-feu pour les moins de 16 ans,
00:11pris dans quatre communes du département de la Loire, les communes de Saint-Chamond, de Villars, de la Talaudière et
00:17de Saint-Priest-en-Jarret.
00:19Pour en parler, nous sommes avec Cédric Aoun, vous êtes maire de Triel-sur-Seine.
00:23Vous-même, vous avez déjà mis en place un couvre-feu dans votre commune.
00:28Forcément, les maires de ces quatre communes sont totalement atterrés, parce que ce sont des maires, des élus de terrain,
00:34qui estiment que cette mesure est nécessaire.
00:37Et au tribunal administratif, on estime que c'est disproportionné et que ce n'est pas nécessaire.
00:41Le maire que vous êtes, j'imagine, est en colère.
00:45Je suis resté par en colère, c'est-à-dire qu'on ne devient plus maire, on est juriste.
00:50On doit défendre en permanence ce bon sens devant les tribunaux.
00:53Ce n'est pas forcément simple, ça engorge le travail des juges,
00:56parce qu'il faut savoir qu'ils ont beaucoup de travail, ils sont débordés.
00:59Et lorsque vous avez des arrêtés qui sont attaqués, en général par des associations typiques des droits de l'homme,
01:04vous avez affaire en face de vous à des avocats qui sont chevronnés et habitués.
01:08Et donc défendre l'intérêt des citoyens, des administrés,
01:12face à des personnes qui ont toutes les subtilités administratives et les connaissances du droit,
01:18ce n'est pas du tout simple.
01:19Et là, c'est ce qui s'est passé.
01:20En l'occurrence, à mon avis, les arrêtés n'ont pas dû être assez motivés sur le lieu et sur
01:24la durée pour pouvoir motiver.
01:28Et à ce moment-là, le juge a dû trancher en disant « il manque de motivation, donc l'arrêté
01:31est devenu caduque ».
01:32Donc j'avais eu le problème, moi, mais on avait réussi avec suffisamment d'élèves,
01:37l'habitude de ce genre de process, à réussir à maintenir l'arrêté.
01:42On avait eu gain de cause devant le tribunal administratif en référé.
01:45On va voir la réaction du maire, justement, de Saint-Chamond, qui est donc concerné par ce couvre-feu qui
01:51n'est pas maintenu.
01:51Je suis en colère que ces mesures, qui correspondent à des remontées du terrain
01:55et aux attentes de nos concitoyens, soient attaquées par le préfet,
01:57qui, comme la police et notre partenaire en matière de sécurité publique,
02:02ont dit souvent, monsieur le maire de Triel-sur-Seine, à quel point les élus se sentent seuls
02:07quand la situation commence à s'envenimer ou à dégénérer sur leur commune.
02:11Et c'est vrai que pour un maire, de sentir qu'il y a la préfecture qui n'a pas
02:14dans le même sens,
02:15qu'il y a tous ces obstacles juridiques, c'est autant d'obstacles aussi
02:18pour qu'il y ait la sérénité dans les rues de vos communes.
02:21Oui, d'autant plus qu'on ne fait pas de la sécurité à coup de circulaire administrative.
02:25Et ce qu'il faut quand même reprendre, c'est le sujet de le fond,
02:28c'est est-ce qu'on peut tolérer qu'un mineur de moins de 15 ans soit dans la rue
02:32à 2h du matin ?
02:33C'est l'échec de l'autorité.
02:35Et donc, lorsqu'un maire prend ce type d'arrêté, ce n'est pas de détecter de cœur.
02:38Et parfois, ce n'est pas forcément simple d'avoir les bons recours,
02:40le bon discours administratif permettant de justifier cette arrêté municipale.
02:44Et ce qui est dommage, c'est qu'on en revient à justifier le bon sens devant les tribunaux.
02:48Et malheureusement, c'est ça qui engorge les tribunaux encore une fois
02:52et les juges qui se mettent à juger tout et n'importe quoi.
02:56Et ce qu'on voit aussi, parce que le maire dit que la raison pour laquelle
03:00il a choisi de prendre ses décisions de couvre-feu,
03:03c'est qu'il a eu 188 interventions de la police sur des regroupements de jeunes,
03:07sur sa commune.
03:08en six mois, une fois de plus, ça rend un peu dingue.
03:11Quand on se dit un maire d'une petite commune a 188 interventions en six mois de la police,
03:17mais une fois de plus, pour une question de rédaction, de motivation,
03:21on va estimer que le couvre-feu n'est pas nécessaire.
03:24Les maires ont sans doute du mal à comprendre, mais les Français aussi.
03:29Les Français, les maires, tout le monde, je vous dis parce qu'on en est,
03:32il y a certains tribunaux qui sont quand même, on sait que lorsqu'on passe devant certains tribunaux,
03:37lorsqu'on est devant certains tribunaux, on sait que le jugement peut être un peu orienté
03:42de manière politique, malheureusement.
03:43Il faut l'admettre, M. Dermann en a déjà parlé, qu'il y avait des tolérances,
03:49ça peut être aussi pour couvrir des points de vie, donc il faut le noter.
03:53Merci beaucoup en tout cas, Cédric Aoun, d'avoir été avec nous, maire de Triel-sur-Seine dans les Yvelines.
03:58Honnêtement, Caroline Pilastre, ça revient toujours au même,
04:02c'est-à-dire que là, on a des maires, et ce n'est pas la première fois,
04:05qui tentent de mettre en place des couvre-feu parce qu'ils estiment à raison que la situation le nécessite.
04:11Souvent d'ailleurs, les habitants de leur commune sont plutôt favorables à cela.
04:15Et on a un tribunal administratif qui explique que la virgule n'est pas au bon endroit,
04:19qui explique qu'il faut motiver encore plus.
04:21Est-ce qu'on a vraiment besoin de demander ça au maire ?
04:23Est-ce qu'un maire, on peut imaginer que pour son pur plaisir,
04:26il déciderait de ne pas laisser sortir les mineurs le soir ?
04:29Comment voulez-vous qu'on s'en sorte dans ce pays ?
04:31Je ne sais pas la réponse.
04:33On a vraiment ces débats, ces opinions, ces commentaires en permanence,
04:39c'est-à-dire que ce qui est de l'ordre du bon sens est détricoté de l'autre côté.
04:44Comment voulez-vous que dans ce pays, il n'y ait pas une défiance étatique et une crise de l
04:47'autorité ?
04:48Bien évidemment, comme vous le disiez, Elodie, les maires sont esselées.
04:52Et j'ai horreur de cette expression, mais malheureusement, elle est factuelle.
04:55Ils sont à portée de baffes.
04:57Donc déjà, il faut qu'ils fassent...
04:58À portée d'angulettes, comme disait Jean-Larcher.
05:00Également aussi.
05:01Il faut qu'ils fassent au quotidien avec leurs administrés.
05:04Et donc, quand ils essayent de mettre en place quelque chose qui est pour le bien commun,
05:08rappelons-le, on n'est pas en train de cliver.
05:11C'est pour l'intérêt général, c'est pour la tranquillité.
05:14Vous parliez de sérénité, on peut également parler d'apaisement.
05:16Ce qui est idem.
05:18Le tribunal administratif, ROTOC.
05:21Donc en fait, comment voulez-vous dans ce pays qu'on arrive à avancer de concert,
05:24en l'occurrence, eux, pas moi, je ne suis pas une élue de la République,
05:28avec un système qui fonctionne.
05:30Puisque tout ce qui est proposé d'un côté ne l'est plus de l'autre.
05:35Donc on n'arrivera jamais à s'en sortir.
05:37Et moi, je vous dis que dans 10 ou 15 ans, malheureusement,
05:39on aura encore les mêmes sujets à traiter.
05:41C'est vrai que je reprends cet exemple à Maury, parce qu'il est vraiment très parlant.
05:45188 interventions de la police nationale ou municipale
05:48sur des regroupements de jeunes en 6 mois.
05:51On ne comprend que ce maire ait un vrai problème,
05:53qu'il n'ait pas envie d'envoyer la police tous les soirs faire bouger les mêmes jeunes.
05:57Parce que j'allais dire interpellés, ils ne sont même pas sans doute interpellés.
06:00Et le tribunal dit non, non, il n'y a pas de raison, il n'y a pas de problème
06:03sur votre commune.
06:03Mais le fait que de plus en plus de maires en France
06:06en soient obligés à prendre des arrêtés
06:10pour empêcher la présence de mineurs la nuit dans les rues de leur ville
06:14devrait nous interroger.
06:16Il s'agit quand même, lorsqu'on parle d'un couvre-feu,
06:18d'une mesure d'exception.
06:20C'est-à-dire de mesures que l'on prend en période exceptionnelle
06:22en période de guerre ou de catastrophe à l'échelle nationale.
06:27Donc c'est évidemment gravissime.
06:29Mais c'est à nouveau là le symptôme de l'impuissance
06:31de l'État régalien à assurer la sécurité sur le sol français.
06:36Donc c'est une mesure évidemment bienvenue de court terme
06:38si d'ailleurs les moyens de police sur place sont là
06:42pour pouvoir assurer que ce couvre-feu soit respecté.
06:45Mais la vérité c'est qu'il faut s'attaquer aux racines du problème.
06:48Du problème à long terme, c'est-à-dire la faillite de l'éducation nationale,
06:52l'irresponsabilité parentale,
06:55évidemment la justice pénale des mineurs qui est en dessous de tout,
06:58qu'on a essayé de réformer.
07:00Et une fois de plus, le Conseil constitutionnel s'est immiscé
07:03pour finalement tout détricoter.
07:05Donc la tâche du prochain président,
07:07notamment concernant les milleurs,
07:09elle est immense.
07:10Et il s'agira de s'attaquer aux racines du problème
07:12plus qu'aux phénomènes violents ou sécuritaires
07:16que l'on voit, il est vrai, se multiplier de jour en jour.
07:19Tout à l'heure avec vous Caroline,
07:20on parlait de ceux qu'on applaudit au plus fort des crises
07:22et qu'on oublie un peu après.
07:23Tout le monde a souligné pendant les incendies,
07:25la bonne gestion des maires dans les évacuations,
07:27dans l'aide apportée aux habitants,
07:29dans les informations apportées,
07:30parce que les maires connaissent plus que personne leurs communes
07:33et savent plus que personne comment il faut la gérer
07:35et quels sont les points sensibles.
07:37On trouve ça formidable que les maires ne dorment pas
07:39pendant une semaine au moment des incendies.
07:41Quand les maires alertent sur une situation de délinquance
07:44ou d'insécurité sur leur territoire,
07:46on les trouve un peu moins géniaux.
07:47Je trouve ça honteux.
07:49Effectivement, on leur demande d'avoir une vocation.
07:51C'est un sincère dos actuellement d'être maire,
07:54quelle que soit la grandeur de la commune, de la ville
07:57ou du village ou du bourg, que sais-je.
07:59Et ils sont isolés, esselés.
08:02C'est ce qu'on disait.
08:03Ils essayent de mettre en place autant que possible
08:05des mesures et des initiatives.
08:06J'entends ce que tu dis, Amaury,
08:07sur le fait de prendre le problème à la racine.
08:10Mais à partir du moment où on n'arrive déjà
08:12même pas à traiter ce phénomène,
08:14en retoquant ce qu'a dit un maire,
08:17c'est le décrédibiliser.
08:18Il est discrédité au sein de ses administrés.
08:22Ça veut dire qu'il n'a pas de pouvoir.
08:23Tu parlais d'impuissance, c'est exactement ça.
08:25Donc comment ne pas avancer ensemble,
08:27une fois de plus, si on veut être cohérents et crédibles
08:30dans cette société, lors de mesures de bon sens,
08:33il faut avancer en bonne intelligence.
08:35Et ça n'est absolument pas fait.
08:37Donc ce maire va continuer sans doute à se battre.
08:39Il jettera peut-être l'éponge aux prochaines élections.
08:42Qui reprendra la place ?
08:43On ne le sait pas.
08:44Mais quoi qu'il en soit,
08:45il y a une déconnexion totale
08:47et il y a un manque d'envie de faire.
08:49Moi, j'en suis persuadée à force
08:50parce que ça n'est pas possible
08:51de faire le même constat pour la plupart d'entre nous
08:54et que des gens qui font des choses
08:57dans des instances,
08:58dans des organismes importants,
08:59dans des institutions,
09:00n'arrivent pas à avoir le même constat que nous au quotidien.
09:03Évidemment, on rappelle sous le travail des maires
09:05parce que vous le disiez,
09:06non seulement c'est un sacerdoce
09:07et encore plus d'ailleurs dans les petites communes
09:09où il y a moins de moyens
09:10et là où vraiment le maire est à portée d'engueulades.
09:13Et d'ailleurs, pardon Élodie,
09:14le maire, à chaque fois qu'il y a des sondages de faits,
09:16est toujours l'élu de terrain préféré des Français.
09:19Et de très très très loin par rapport aux autres élus.
09:22Et de très très loin,
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