00:01RTL Matin, Vincent Derosier
00:05La Bretagne subit une sécheresse d'une gravité exceptionnelle amplifiée par la canicule
00:09et c'est toute la filière légumes qui est en danger.
00:11Bonjour Dany Rochefort.
00:13Oui bonjour.
00:14Président de Reden, groupe agroalimentaire coopératif breton
00:17et bonjour Olivier Davers, je ne vous présente plus.
00:20Bonjour Vincent, bonjour à tous.
00:21Monsieur Conceau, ici RTL et en ce moment vous êtes dans le sud-ouest
00:24pour visiter des supermarchés, vous préparez déjà la rentrée pour RTL.
00:27Exact, pour Julien Courbet notamment.
00:30Alors Dany Rochefort, vous lancez un SOS aux consommateurs et surtout à la grande distribution.
00:36Vous réclamez aujourd'hui une hausse des prix immédiate pour les légumes, c'est ça ?
00:41Voilà, effectivement aujourd'hui la sécheresse frappe de plein fouet notre région et notre agriculture
00:45et je souhaite vous parler d'une filière essentielle mais trop souvent invisible,
00:50celle des légumes destinés à la conserve et à la surgélation.
00:53les plus grands légumes que vous pouvez connaître, les petits pois, haricots et flageolets.
00:58Et aujourd'hui au niveau de notre organisation de producteurs de légumes Eureden
01:02qui regroupe 1200 agriculteurs, la baisse des rendements et donc des volumes produits est très très forte
01:08puisque l'on parle de moins 35% en petits pois.
01:13La campagne est terminée aujourd'hui en petits pois et alors que nous sommes en pleine campagne de récolte des
01:19haricots verts,
01:19on observe aujourd'hui des baisses dans le rendement de moins 50%.
01:22Donc derrière ces chiffres, c'est un triple danger qui menace.
01:27D'abord l'avenir des exploitations légumières en premier lieu mais aussi la vitalité des territoires
01:32puisque l'emploi est très fort à la fois dans les exploitations agricoles et dans les usines de transformation de
01:37ces légumes
01:38qui tournent aujourd'hui au ralenti.
01:41Et puis dernier élément, dernier enjeu, c'est la souveraineté alimentaire française
01:45par l'approvisionnement des rayons de la grande distribution et la restauration hors domicile.
01:50Donc c'est directement les négociations avec la grande distribution que vous êtes en train de préparer,
01:55c'est à eux que vous vous adressez aujourd'hui ?
01:57Eh bien ce que l'on souhaite aujourd'hui effectivement face à ces conséquences dramatiques,
02:00c'est que je lance un appel d'urgence à la grande distribution et au sens large aux clients de
02:06Laval
02:06avec la restauration hors domicile pour accepter de pouvoir repart les prix
02:12et hausse de prix naturellement pour couvrir ces charges.
02:17On va rentrer dans le détail bien sûr.
02:19Olivier Davert, c'est une demande légitime ?
02:21Ah oui, elle est légitime quand on regarde l'évolution de la production des rendements,
02:25c'est-à-dire que c'est la loi de l'offre et de la demande.
02:27Quand il y a moins d'offres, c'est assez logique que les prix augmentent.
02:30Mais ensuite, vous savez, il ne faut jamais oublier que le vrai payeur,
02:33ce n'est pas Carrefour, ce n'est pas Leclerc, ce n'est pas Pomona pour la restauration,
02:36c'est le consommateur final.
02:39Donc si en bout de chaîne, vous avez Mme Michu, M. Dupont qui ne veut pas payer plus cher sa
02:44boîte de petits points,
02:45même si Carrefour a accepté les hausses, on n'en vendra pas.
02:48Donc c'est la quadrature du cercle.
02:49Oui, c'est hausse, elles sont légitimes parce que la production a été objectivement abîmée par la canicule,
02:55mais le consommateur, son pouvoir d'achat n'est pas extensible.
02:58Et d'ailleurs, sans même attendre les négociations et les boîtes de concert pour l'année prochaine,
03:03on le voit déjà, ceux qui font leurs courses, à quel prix achètent-ils leurs salades aujourd'hui ?
03:08À des prix jamais vus.
03:09Hier, dans un supermarché dans le Sud-Ouest, elle était à 1,89 la feuille de chêne.
03:13J'ai vu des concombres à 2 euros.
03:15Quand il y en a, parce qu'il n'y en a pas toujours des salades.
03:17Oui, bien sûr, c'est bien la preuve que le sujet, c'est l'offre et la demande.
03:20C'est-à-dire que le distributeur qui, de toute façon, ne veut pas payer plus cher sa salade,
03:24il n'est pas livré.
03:25Donc il est obligé de la payer plus cher.
03:28Mais en bout de chêne, quand vous avez des consommateurs qui voient de la salade à 1,89 euros,
03:32vous entendez bien, dans un supermarché normal, pas une épicerie fine,
03:36forcément, ça tique un peu.
03:38Dany Rochefort, vous avez parlé des petits pois, des haricots verts.
03:41Ça concerne quoi ?
03:42Quels sont les légumes ?
03:43Et j'imagine que ça va bien au-delà, qui souffre le plus aujourd'hui.
03:48Les campagnes de reprêt en cours sont, comme je vous disais, le petit pois est terminé.
03:53Nous sommes dans le haricot.
03:55On précédait les épinards.
03:57Ce sont vraiment les légumes, j'ai envie de dire, de saison actuelle qui nous concernent.
04:04Ce sont les principaux légumes qui rentrent aujourd'hui dans nos outils industriels
04:09à destination de la fabrication des boîtes de conserve ou des produits surgelés.
04:13L'augmentation que vous réclamez, est-ce que vous savez déjà de combien elle est ?
04:18Et qu'est-ce que ça va changer sur l'étiquette, bien sûr ?
04:21Aujourd'hui, je ne peux pas vous donner d'éléments concrets.
04:25Juste pour pondérer les propos d'Olivier Dauvert, c'est qu'il faut savoir que la revalorisation du prix de
04:31légumes
04:32que nous demandons, il faut savoir que le légume n'est qu'une des composantes du coût de production
04:36de la boîte de conserve ou du produit surgelé.
04:39Donc, ce que je veux dire, c'est que proportionnellement, le consommateur final
04:48va avoir quelque part cette augmentation moindre au travers de l'achat de la boîte de conserve ou du produit
04:53surgelé.
04:54Allez-y, Olivier Dauvert, vous pouvez lui répondre.
04:56Oui, bien sûr, parce que dans le coût de revient d'une boîte de haricots verts,
05:00il y a de l'énergie, il y a du transport, il y a la boîte elle-même.
05:03Donc, effectivement, là-haut, ça sera moins élevé.
05:04Mais cela dit, encore une fois, moi, je vous le redis, le sujet, c'est l'acceptation,
05:08non pas par Carrefour ou par Leclerc, mais par le consommateur.
05:11Et là, il y a quelque chose qu'il faut qu'on active, c'est la transparence de l'origine.
05:16Parce que, Dany le sait bien, sur les boîtes de conserve,
05:18le légume qui est utilisé pour remplir la boîte, il peut être français, il peut être belge,
05:23il peut être espagnol, il peut venir d'autres pays, il peut venir des Pays-Bas.
05:26Mais le consommateur, il ne le sait pas nécessairement.
05:28On ne lui donne pas la transparence de l'origine.
05:31Je ne sais pas si vous savez, Vincent, mais quand vous achetez une boîte de haricots verts,
05:33on n'est pas obligé de vous dire d'où il vient.
05:35Alors, quand il est français, on vous met un gros drapeau.
05:37Mais quand il vient d'ailleurs, on ne vous le dit pas et on vous le cache.
05:40Là, vous voyez, il y aurait un bon exercice pour la souveraineté alimentaire
05:44si la France, par exemple, est en difficulté pour produire suffisamment, ce que Dany a expliqué.
05:49Peut-être qu'il y aura des filières sur lesquelles il faudra aller acheter de la matière première ailleurs.
05:53Oui, mais dans ces cas-là, on le dit au consommateur,
05:55et avec la même force qu'on lui dit l'origine quand c'est français.
06:00Donc, c'est ça la transparence de l'origine pour que le consommateur sache que,
06:03ben oui, il y aura peut-être des haricots verts qui seront plus chers demain,
06:06mais c'est parce qu'ils sont français.
06:07Et puis d'autres qui ne seront pas plus chers qu'avant,
06:09mais c'est parce qu'ils viennent d'Espagne ou qu'ils viennent d'Italie
06:11ou qu'ils viennent d'Allemagne ou qu'ils viennent de Belgique, peu importe.
06:13Dany Rochefort, vous le dites dans votre communiqué, il y a urgence.
06:16Sinon, il se passe quoi ?
06:17C'est l'avenir de la filière qui est en danger ?
06:19Les étals français pas approvisionnés ?
06:22Effectivement, en premier lieu, les étals français non approvisionnés,
06:25mais c'est aussi et surtout, j'ai envie de dire, la pérennité de nos exploitations légumières
06:29et de la filière toute entière avec nos usines au sein du groupe Reden.
06:36J'ai envie de dire que cette année va être une passe très très difficile.
06:39Ce qu'il faut, c'est qu'effectivement, on demande une revalorisation des prix
06:43parce que seuls aujourd'hui, les producteurs et nos usines ne peuvent pas supporter,
06:47ne peuvent pas porter 100% du risque climatique qui nous affecte aujourd'hui.
06:52Mais je crois que ça, bien au-delà de la revalorisation urgente des prix
06:58que nous demandons aujourd'hui, c'est aussi d'avoir une réflexion sur l'avenir.
07:02C'est-à-dire que j'ai souvent pour habitude de dire que nous produisons le légume
07:05une seule fois dans l'année alors qu'il est consommé tout au long de l'année.
07:09Il faut sans doute imaginer de se mettre autour de la table avec aussi les acteurs,
07:15nos acheteurs, la grande distribution et la restauration hors domicile
07:18pour pouvoir peut-être mettre plus de production en place
07:21et co-gérer quelque part des stocks pour gommer quelque part les aléas climatiques qui reviendront, on le sait.
07:30Mais vous savez Vincent, ça pose un autre problème aujourd'hui, c'est l'accès à l'eau.
07:34Parce que pour une part, pourquoi ces cultures sont en difficulté ?
07:37Pourquoi il y a moins de petits pois ?
07:38Pourquoi on a du mal à avoir des salades ?
07:39Et la salade est un très bon exemple.
07:41Parce qu'on n'a pas organisé la rétention de l'eau quand il y en a, et notamment en
07:46hiver,
07:46pour l'utiliser quand on en a besoin, et notamment pour l'été.
07:50Et donc aujourd'hui, on est en train de payer à retardement plein de choses en matière agricole,
07:55et notamment aujourd'hui la gestion de l'eau.
07:57On a besoin d'eau pour faire pousser des salades.
07:59On est en train de découvrir, et quand il y a la canicule et la sécheresse,
08:02la salade ne bouge pas, voire même elle ne germe pas, on ne peut même pas semer.
08:07Vous imaginez ? Parce que les sols sont trop secs.
08:10Donc, il y a une grande réflexion à mener, pas au niveau uniquement du prix d'achat par Carrefour,
08:14au niveau de l'agriculture, la gestion de l'eau, la gestion de la ressource.
08:19Sinon, il faudra s'habituer durablement, en été, à ne pas avoir de salade.
08:23C'est un choix, mais il faut le faire en toute connaissance de cause,
08:25si on ne veut pas retenir l'eau quand il y en a.
08:28Dernière question, Olivier Dauvert, et réponse courte si vous le pouvez,
08:31mais pourquoi la grande distribution refuserait cette hausse de prix ?
08:35Il y a un jeu à attendre le plus possible ?
08:37Oui, bien sûr, entre distributeurs, vous savez, c'est la guerre des prix, matin, midi et soir.
08:41Donc, celui qui accepte l'offre, la revalorisation de prix, pardon, le dernier,
08:47même s'il sait qu'il va devoir de toute façon, parce que sinon il ne sera pas livré,
08:51celui qui accepte la hausse de prix le dernier, il a profité de l'ancien prix plus longtemps
08:55que celui qui a accepté la hausse de prix le premier.
08:57Donc, il apparaît plus compétitif aux yeux de ses clients.
09:00Donc, il y a toujours ce jeu qu'on peut qualifier un peu de malsain entre distributeurs,
09:04de celui qui acceptera la hausse de prix le dernier.
09:07Ça s'appelle la guerre des prix, mais quelque part, c'est nous consommateurs qui en sommes responsables,
09:11parce qu'on va plutôt chez les moins chers, parce qu'on est très précautionneux sur notre pouvoir d'achat.
09:15Et merci beaucoup Olivier Dauvert, merci Dany Rochefort, président.
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