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  • il y a 7 minutes
Après avoir choisi de raconter son combat contre le cancer dans un livre Les Mots défendus, la comédienne en fait aujourd'hui la matière d'un seul-en-scène aussi intime que drôle, Mon cowboy, présenté au Festival d'Avignon. Une façon de revenir, avec humour et sincérité, sur la maladie, le parcours de soins et la reconstruction. Clémentine Célarié est l'invitée de Vincent Derosier dans RTL Matin.
Regardez L'invité de RTL Matin avec Vincent Derosier du 24 juillet 2026.

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Transcription
00:01RTL Matin, Vincent Derosier
00:06Ne lui parlez pas de son cancer, mais de son cow-boy.
00:10Après un livre, en 2021, Clémentine Sellerier a choisi de revenir sur son combat contre le cancer
00:15dans un spectacle sur scène, mon cow-boy, donc présenté au Festival d'Avignon.
00:20Bonjour Clémentine Sellerier.
00:21Bonjour.
00:22Alors quand on parle d'un cow-boy, on a l'image du chapeau, sûrement de la chemise en flanel,
00:27du pistolet à la ceinture bien sûr.
00:28Votre cow-boy, à vous, il ne ressemble pas du tout à ça ?
00:30Ben si, exactement.
00:32C'est comme ça que vous l'avez imaginé ?
00:34Il est très grand.
00:35Ben oui, je l'ai représenté, mais c'est exactement comme ça.
00:38C'est Vincent Deniard qui l'interprète.
00:41Il a un beau chapeau, il a un beau jean.
00:44Il est très beau d'ailleurs, il est très grand.
00:47Il est un peu surdimensionné, comme je dis dans le spectacle.
00:49Non, mais c'est comme ça que je me suis représenté mon cancer.
00:53Donc je pense que c'est un hommage à l'imaginaire.
00:56Ce n'est même pas un hommage, c'est de dire que l'imaginaire dans des épreuves,
01:00quelles qu'elles soient, que ce soit un cancer, le sida, un enfermement, la prison, la guerre,
01:06ça peut vous sauver la vie.
01:08Je veux dire, de croire en ce en quoi on imagine, d'avoir cette projection et de s'y accrocher,
01:15je pense que c'est quelque chose qui peut vraiment nous sauver, en plus de la médecine bien sûr.
01:21Cette image du cow-boy, vous vous souvenez quand elle est arrivée dans votre esprit ?
01:25Parce qu'il y avait l'image du cow-boy déjà, vous vous souvenez peut-être dans les campagnes de
01:29pub des paquets de cigarettes.
01:30Alors peut-être qu'il y a eu une association qui s'est faite dans votre cerveau.
01:32Non, non, pas du tout.
01:33Non, non, pas du tout.
01:34C'est parce que moi j'aime les cow-boys.
01:36Je trouve qu'ils sont beaux, sûrement.
01:38Et je me suis représenté, il est venu comme ça dans mon cerveau.
01:44Quand l'oncologue m'a annoncé que j'avais un cancer, quand la gastro-entérologue m'a annoncé que j
01:52'avais un cancer,
01:52j'ai vu un cow-boy, je me suis représenté un cow-boy qui me tenait en joue, qui me
01:57disait
01:57« Viens, on va se battre ».
01:59Et je lui disais « Ouais, ouais, t'inquiète pas, on va se battre, viens, on va dehors, je vais
02:02te pourrir,
02:02tu ne me fais pas peur, je vais te pourrir ».
02:03Et c'est ce qui se passe dans le spectacle.
02:05Et je pense que mon imaginaire, qui est évidemment très, très cultivé,
02:09parce que je suis comédienne, vous voyez ce que je veux dire,
02:10donc c'est quelque chose que, je pense qu'il est venu me tendre la main, mon imaginaire,
02:14à ce moment-là, pour me donner de la force.
02:16Je me suis dit « Bon, allez, il faut croire à ma vision, à ce que je… »
02:22Et puis j'écris un bouquin, d'ailleurs, l'action…
02:24Les mots défendus en 2021, votre livre.
02:27Mais ça, si vous voulez, la projection, non pas tomber, mais c'est difficile,
02:32il y a des gens qui n'ont pas la chance, comme moi, d'être comédienne,
02:36et de, vous voyez ce que je veux dire, de projeter, d'avoir une forme de…
02:40Enfin, de folie, ce n'est pas de la folie, c'est une forme d'imaginaire très poussé,
02:45mais il y a des gens qui n'ont pas ça.
02:47C'est un adversaire à combattre, en fait, vous le décrivez comme un mec toxique,
02:50votre cow-boy, une menace permanente, mais aussi un moteur.
02:54Oui, parce que je vous ai dit, parce que quand, après, quand il est plus menaçant,
03:00c'est-à-dire quand il est plus dangereux, parce que vous êtes guéri quand même,
03:04enfin, vous êtes guéri, vous êtes en rémission, ce mot que je déteste,
03:07mais si vous voulez, il vous lâche la grave quand même, parce qu'il a été opéré,
03:10je vous dis, il a été anéanti par la chimio, mais il devient, oui, un espèce de moteur,
03:16parce que je vous dis, quand vous survivez d'un truc comme ça,
03:21vous vous dites, mais je n'ai pas de temps à perdre,
03:23il faut absolument que je fasse ceci, que je fasse cela, que je fasse...
03:26Les gens me disent, vous êtes hyperactif, mais heureusement,
03:30il faut créer dans ces cas-là, il faut avancer plus vite encore qu'avant, quoi.
03:34Alors, c'est très imagé, vous parlez beaucoup en métaphore,
03:37vous dites aussi que prononcer le mot cancer dans un dîner
03:40provoque la même réaction que si on prononçait le nom d'Hitler, c'est pas rien.
03:43Ben oui, ben oui, mais oui, ou alors, enfin, mais oui,
03:48c'est ça qu'il faut arrêter.
03:50Pourquoi la société a autant de mal avec ce mot cancer encore ?
03:53Parce que je ne sais pas, mais je ne sais pas,
03:55il faut demander à la société, moi je ne comprends pas.
03:57Moi, j'aurais adoré dire, oui, ben dans un dîner, enfin dans une bouffe,
04:02ben oui, j'ai le cancer là, mais je vais me faire opérer, tout va aller bien.
04:05Parce que les gens se disent, mais elle est folle, oui.
04:09Pourquoi ? Parce que ça a été pendant longtemps peut-être aussi,
04:12quand même, associé à la mort.
04:14Parce qu'il y avait beaucoup moins de gens qui étaient guéris,
04:17en tout cas en rémission, vous voyez ce que je veux dire.
04:20Et maintenant, ça a changé quand même, même si c'est encore terrible.
04:24Mais c'est vrai qu'il faut libérer la parole.
04:27Parce que c'est en libérant la parole qu'on libère aussi le mal.
04:31Le mal devient plus léger, si vous voulez.
04:34Plus on en parle, moins les gens vont avoir peur ou honte.
04:38Parce qu'on a peur ou honte.
04:40Parce qu'on se dit, ils vont me rejeter, etc.
04:42C'est terrible, c'est pour ça aussi que j'ai fait ce spectacle.
04:46Parce que ça désamorce un drame, vous voyez ce que je veux dire.
04:49Voilà, ça a un côté...
04:50Alors pour le coup, dans la pièce, vous intégrez de vrais mémos vocaux
04:54enregistrés sous Chimio, vous parlez de choses très crues.
04:56Oui, comment vous le savez, ça ?
04:57La photo de votre premier transit après l'opération,
05:01il y avait un besoin de vérité sans filtre.
05:03Ah ben évidemment.
05:05Mais de toute façon, vous dites transit,
05:07vous n'osez pas dire que...
05:09Non, je vous laisse le dire.
05:10Caca au gros propos.
05:11Ben oui.
05:13Pour ne pas braquer les auditeurs qui sont au petit déjeuner.
05:16Non, mais pourquoi braquer ?
05:18Mais il n'y a pas de bras braqué.
05:19Les gens savent que...
05:20Enfin, je veux dire, on est tous faits pareils.
05:22Je veux dire, si on ne va plus...
05:24Comme on dit, quand on a un bébé, le docteur,
05:27le pédiatre dit, il va à la selle, votre enfant...
05:31Pardon, mais aller à la selle, c'est la base de notre vie.
05:34Si on ne va plus...
05:35Si la mécanique ne marche plus de ce côté-là,
05:38on meurt, c'est très simple.
05:40Donc oui, ce n'est pas que je montre tout ça.
05:43Je partage des moments qui sont des moments...
05:45Enfin, c'est avec humour, évidemment.
05:47C'est très léger.
05:48D'ailleurs, personne ne m'a jamais reproché ça dans le spectacle.
05:51C'est très...
05:52C'est vraiment un partage sur des moments de vie.
05:55Moi, si vous voulez, la première fois
05:57que j'étais aux toilettes quand j'étais opérée
05:59un mois après mon opération,
06:01alors que j'étais avec des sondes et des trucs...
06:03Enfin, bref, ça a été un miracle.
06:05Ce miracle, c'est un miracle.
06:07Ce n'est pas...
06:07Il n'est pas honteux.
06:09C'est quelque chose de...
06:10C'est extraordinaire.
06:11C'est comme les petits.
06:12Les petits, quand ils font la première fois
06:14gros popos, on va dire,
06:15comme ça, ce sera moins choquant,
06:17eh bien, ils sont émerveillés.
06:19Enfin, ils sont tout contents.
06:20Enfin, je veux dire,
06:21si vous voulez, on n'est pas grand-chose.
06:24Clémentine Scellarié, il y a eu votre livre.
06:25Est-ce que vous aviez besoin
06:26d'un échange plus direct avec le public ?
06:28Comment ils réagissent
06:30quand vous faites de l'humour sur ce sujet ?
06:32Ben, ils rient.
06:32Ils rigolent.
06:33Ils rigolent.
06:34Mais vraiment, et c'est merveilleux
06:36parce que ça, c'est le miracle.
06:37Mais si vous voulez,
06:38j'avais besoin de partager ça
06:40pour partager la force de l'imaginaire.
06:43Pour tous ceux qui sont concernés
06:44de près ou de loin
06:46par une maladie,
06:47quelle qu'elle soit,
06:48par un enfermement,
06:49par n'importe quelle épreuve terrible,
06:51j'avais besoin de partager ça
06:53parce que c'est important de partager ça.
06:55C'est important de partager
06:56la chance qu'on a
06:58d'avoir un imaginaire féroce
07:00et de faire rire les gens
07:01avec des choses,
07:02quelquefois,
07:03qui peuvent, eux,
07:04prendre pour tout le temps
07:05comme quelque chose de dramatique,
07:06comme un fléau,
07:07alors qu'il n'y a pas plus drôle
07:09et énergique
07:10que des gens qui ont la maladie.
07:12Moi, j'en ai rencontré plein.
07:14J'ai des copains
07:14ou des copines de cancer,
07:15comme je les appelle,
07:16et je voulais partager ça
07:18parce que je vis avec moi
07:20comme tous les gens
07:21qui ont le cancer
07:21et qui sont guéris,
07:23enfin, qui sont en rémission,
07:24nanana,
07:25ils vivent avec ça
07:26toute leur vie.
07:27Il faut raconter cette vie-là
07:29parce qu'elle n'est pas anodine,
07:30parce qu'il y a
07:31un espèce de dialogue
07:32avec cette chose
07:33qui nous poursuit,
07:35qui est là,
07:36qui n'est plus malveillante
07:38comme au départ,
07:40mais qui est quand même là
07:41et qui vous change la vie.
07:43Moi, je sais que,
07:44si vous voulez,
07:45je ne sais pas comment
07:45vous expliquer ça,
07:46c'est que je voulais montrer
07:47ce cow-boy,
07:48cette présence,
07:49il y a des moments
07:50où quand je n'ose pas,
07:52par exemple,
07:52dire à un homme
07:53qu'il me plaît
07:53ou que je n'ose pas
07:54faire telle chose,
07:55que je suis timide,
07:56je n'ose pas appeler
07:57tel metteur en scène,
07:58tel metteuse en scène,
07:59je me dis,
07:59bouge-toi le cul
08:00et c'est mon cancer,
08:01c'est mon cow-boy
08:02qui me dit,
08:03bouge-toi les fesses,
08:04fais-le,
08:04n'aie pas peur,
08:05tu n'as plus de temps en perte,
08:06je veux dire,
08:07vas-y.
08:08Dernière petite question,
08:09Clémentine,
08:09c'est l'arrière,
08:10cette pièce,
08:10mon cow-boy,
08:11c'est une étape,
08:11vous avez envie
08:12de le faire revivre
08:13d'une autre manière
08:13ce cow-boy encore ?
08:14Oui,
08:15je vais faire un long métrage,
08:16je vais faire un long métrage,
08:18une autofiction
08:20très personnelle
08:21mais très pleine d'humour
08:23où on verra le cow-boy
08:25sur un cheval,
08:26cette fois,
08:26parce qu'on ne pouvait pas
08:27aller au chien qui fume
08:27à Vignon,
08:28c'est compliqué d'avoir un cheval,
08:30mais je veux,
08:30oui,
08:30je veux aller au bout du truc
08:32parce que je trouve
08:33que ça libère beaucoup,
08:35les gens me disent
08:36des choses très chouettes,
08:38les réactions sont extra,
08:39c'est un truc en fait
08:40sur la vie,
08:41mon spectacle,
08:41ce n'est pas un truc
08:43du tout sur mon cancer,
08:44c'est un truc sur
08:45la réactivité,
08:46le pouvoir de l'imaginaire
08:48sur le réel.
08:50Et c'est un message
08:51d'espoir pour tous ceux
08:52qui sont aujourd'hui
08:53atteints d'une maladie,
08:54d'un cancer.
08:54Merci beaucoup Clémentine
08:55Sellerier d'avoir été
08:56l'invité de RTL ce matin.
08:57Sous-titrage Société Radio-Canada
08:58Sous-titrage Société Radio-Canada
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