00:00En seulement deux jours, les 30 et 31 juillet, des dizaines de milliers de personnes ont tenté de rejoindre Ceuta,
00:05une enclave espagnole jouxtant la côte marocaine.
00:08Selon les autorités espagnoles, près de 72 000 passages ont été enregistrés.
00:12Un afflux inédit qui a provoqué un drame humain, des tensions entre Madrid et Rabat,
00:17et une récupération politique par l'extrême droite.
00:19Mais comment en est-on arrivé là ?
00:24Ceuta est une ville espagnole en Afrique.
00:27Située entre la Méditerranée et le Maroc, elle constitue l'une des frontières terrestres entre l'Afrique et l'Union
00:32Européenne.
00:33Un territoire stratégique, revendiqué par le Maroc, et qui fait depuis des années l'objet d'une surveillance très étroite.
00:39Les 30 et 31 juillet, des dizaines de milliers de personnes franchissent la frontière.
00:43Beaucoup tentent la traversée à la nage, d'autres passent au niveau des barrières.
00:47La grande majorité des migrants est rapidement reconduite vers le Maroc.
00:50Mais le bilan humain est lourd.
00:52Les autorités espagnoles font état d'au moins 77 morts, principalement par noyade.
01:20Pour expliquer cette vague migratoire, plusieurs facteurs se combinent.
01:23D'abord, les difficultés économiques, le chômage et des atteintes aux libertés fondamentales,
01:29qui touchent notamment une partie de la jeunesse marocaine.
01:31Des rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux, annonçant parfois à tort que la frontière était ouverte,
01:36ont également contribué au mouvement.
01:38Et les réseaux de passeurs ont pu profiter de la situation.
01:41Et là, on commence à voir les visages des gens qui sont partis.
01:44Il y a par exemple une jeune footballeuse qui a évolué dans le club de Tétouan.
01:46Et cette jeune a tenté sa chance et est décédée en traversant la frontière de Ceuta.
01:51Et ça pose cette question de qu'est-ce qui se passe au Maroc et pourquoi cette jeunesse est prête
01:55à partir.
01:55Honnêtement, bien sûr qu'il y a eu une question de liberté au Maroc.
01:58Il y a eu des arrestations récemment d'un rappeur réalisateur marocain.
02:03Mais honnêtement, ces dernières années, ce n'est pas forcément ce qui a mobilisé la jeunesse.
02:07On le voit bien.
02:08D'ailleurs, quand il y a eu des manifestations de Gen Z en septembre-octobre 2025,
02:10le discours principal, c'était créer des emplois en fait.
02:13Le taux de chômage est quand même considérable.
02:17On parle d'un jeune sur trois.
02:18C'est-à-dire ces jeunes sans formation, sans parcours éducatif, sans aucun horizon face à eux.
02:28Depuis plusieurs années, l'Espagne et le Maroc coopèrent étroitement pour contrôler leurs frontières.
02:33Alors, comment un tel mouvement a-t-il pu se produire ?
02:35À ce stade, aucune preuve ne permet d'affirmer que les autorités marocaines
02:39ont volontairement laissé passer les migrants.
02:41Les deux gouvernements évitent d'ailleurs toute accusation directe.
02:44Mais l'épisode rappelle la crise de 2021,
02:47lorsque déjà plus de 10 000 jeunes marocains étaient entrés à Sauta,
02:50sur fond de fortes tensions diplomatiques entre Rabat et Madrid.
02:54Au cœur de ces tensions, le Sahara occidental.
02:57Cette ancienne colonie espagnole est aujourd'hui contrôlée en majeure partie par le Maroc.
03:01Mais elle est aussi revendiquée par les indépendantistes du front polisario,
03:05soutenus par l'Algérie.
03:07Et la récente visite du premier ministre espagnol à Alger
03:09aurait, selon le chercheur Pierre Vermeeren, ravivé la colère du Maroc.
03:13Pour lui, l'afflux à Sauta pourrait être interprété
03:16comme un message d'avertissement envoyé à l'Espagne
03:18sur la question du Sahara occidental.
03:20Le Maroc a aussi considérablement renforcé ses alliances ces dernières années.
03:24En 2020, les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
03:29Depuis, Rabat s'est également rapproché d'Israël,
03:32notamment dans les domaines de la défense et de la sécurité.
03:34Des alliances importantes, alors que les relations entre les États-Unis, Israël et l'Espagne
03:39sont également tendues, notamment sur la question de la Palestine et du Sahara occidental.
03:44Mais attention, rien ne permet d'établir un lien direct
03:46entre ces tensions et l'afflux de migrants à Sauta.
03:49Si le Maroc avait vraiment mal vécu la visite de Pedro Sanchez en Algérie,
03:53je pense qu'il l'aurait dit.
03:54Après, il n'y a aucune thèse à écarter, il y a plein d'hypothèses,
03:57mais il faut pouvoir les prouver.
04:02La crise a aussi été utilisée comme un argument politique.
04:05En Espagne, plusieurs mouvements ultranationalistes se sont rendus à Sauta
04:09et des manifestations anti-migrants ont été organisées, comme ici à Madrid.
04:13Au milieu de drapeaux représentant les symboles de la phalange espagnole,
04:16un mouvement fasciste,
04:17des membres du groupuscule néonazi Nucléonational
04:20se sont emparés de la crise pour dénoncer une invasion.
04:23Et à l'échelle internationale,
04:24plusieurs gouvernements ont vivement critiqué la gestion des frontières
04:27par Pedro Sanchez et le rôle de l'Union européenne.
04:30Madrid dénonce en retour l'instrumentalisation politique d'un drame humain,
04:34un sentiment partagé par la France
04:36à l'issue d'une réunion des ministres européens de l'intérieur.
04:39Tous les États, évidemment, ont déploré,
04:41ont déploré qu'à la faveur de la circulation d'un certain nombre d'images,
04:45on ait eu un certain nombre d'ingérences informationnelles d'États étrangers
04:50qui ont utilisé ces images, évidemment,
04:52pour critiquer la politique de gestion migratoire de l'Union européenne
04:56et essayer de diviser les États membres entre eux.
05:00Selon Madrid, 70 000 des 72 000 migrants entrés illégalement
05:04sont retournés au Maroc.
05:06En plus de la tragédie humaine,
05:07cette crise laisse de nombreuses questions ouvertes.
05:09Sur les raisons exactes de cet afflux massif,
05:12sur les alliances stratégiques du Maroc,
05:14mais surtout sur l'avenir de la coopération entre Rabat et Madrid.
05:22Sous-titrage Société Radio-Canada
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