00:04Peut-on encore bien manger en France face à l'augmentation du prix des légumes et des fruits et des
00:11légumes ?
00:11On en parle avec nos deux invités, Nadia Zian qui est directrice consommation à la Fédération Nationale Famille Rurale.
00:17Bonjour Nadia.
00:18Bonjour.
00:19Et Bruno Villain qui est président UDC Rougeline et co-président de Légumes des France,
00:24sachant que Rougeline, je ne sais pas comment on pourrait dire, pas une coopérative, mais c'est une spécialisée tomate.
00:31Oui, bonjour, tout à fait. Une union de coopératives.
00:34Voilà, union de coopératives.
00:35Excusez-nous, émission un peu spéciale, vous l'avez entendu sur Sud Radio,
00:39on est à fond en train d'aider, en train de parler de cette réalité des incendies.
00:43On va faire ce point avec vous sur ce qui se passe suite aux augmentations du prix des fruits et
00:48des légumes.
00:49On annonce plus 30%.
00:50D'ailleurs, Nadia, vous avez, avec les familles rurales, fait une étude que l'on peut retrouver sur votre site.
00:57Oui, absolument. En fait, on regarde le prix des produits et des fruits et légumes, en particulier au mois de
01:02juin,
01:03pour savoir si cette recommandation de santé publique que tout le monde a en tête,
01:07manger au moins 5 fruits et légumes par jour et par personne, est économiquement accessible.
01:12Alors cette année, ce dont on se rend compte, c'est que les fruits et les légumes sont des produits
01:16très climato-sensibles,
01:17donc il y a une partie de l'augmentation qui s'explique, mais les légumes ont quand même augmenté de
01:2110% en conventionnel et de 7% en bio.
01:26Donc ça nous inquiète forcément, puisque plus les prix augmentent et plus ça impacte les budgets les plus modestes pour
01:34accéder à ces produits,
01:35dont chacun a besoin, j'insiste sur ce point, pour être en bonne santé.
01:39Comment est-ce que l'on peut expliquer, ou tout de moins Bruno Villa, vous qui êtes président de Rousseline
01:44et coprésident de Légumes de France,
01:46comment on explique cette augmentation de pratiquement 30% ?
01:51Alors déjà, ça, ça mérite évidemment un petit peu de pédagogie.
01:55Juste quand même, parce qu'au vu des événements, permettez-moi juste d'avoir une pensée quand même pour les
02:00gens sinistrés,
02:01des incendies et tout ce qui lutte contre les incendies, parce que c'est terrible, y compris pour les agriculteurs.
02:07Au niveau de la formation des prix des fruits et des légumes, en fait, les prix sont formés selon l
02:15'offre et la demande.
02:17Et la consommation, forcément, détermine les évolutions du prix.
02:22Cette année, les légumes ont été impactés par des aléas climatiques.
02:28Cet hiver, par énormément d'inondations, et cet été, par les canicules.
02:32Ce qui a affecté, en fait, les niveaux de production.
02:36Certains producteurs ont perdu 50% de leur production à cause de la canicule.
02:40Ce qui crée une sorte de raréfaction de l'offre.
02:44Et à côté, on a une climatologie qui pousse à la consommation de produits de saison,
02:50les tomates, les concombres, les melons, pastèques, etc.
02:53qui crée une demande plus forte liée à la météo.
02:56Ce qui génère, en fait, des augmentations et des évolutions de prix liées à cette structuration du marché.
03:03Donc ça, c'est l'avis des producteurs de fruits et légumes.
03:06L'offre et la demande au quotidien.
03:08Pour vous donner quelques exemples.
03:11Sur le mois de juin, moi, producteur de tomates,
03:14mon prix a varié de 90 centimes au plus bas à 2,10 euros au plus haut dans le mois.
03:22Ouah ! Mais pourquoi ? Mais comment ?
03:26Mais parce que quand on a des semaines où on a énormément de demandes de nos clients
03:30et qu'on n'a pas de volume, ça crée une augmentation des prix.
03:34Et au contrario, quand l'offre augmente et la demande diminue, les prix baissent.
03:40Donc, comparer des prix d'une année sur l'autre, d'un mois de juin et un mois de juin,
03:46si les conditions de marché ont évolué,
03:49ce n'est pas représentatif de la réalité des prix aux producteurs.
03:54Pour autant, juste, les augmentations de prix des producteurs en coût de production,
03:59elles sont réelles puisqu'avec l'inflation que nous avons eue,
04:02ces 16,5% d'augmentation des prix de main-d'oeuvre depuis 4 ans,
04:07la main-d'oeuvre représentant 40% de le coût de production moyenne.
04:12Les engrais, cette année, avec les blocages au détroit d'Ormousse, ont doublé.
04:17Les prix des emballages ont augmenté.
04:19Donc, les producteurs ont subi des augmentations significatives de coût de production.
04:26Alors, je vais redonner la parole aussi à Nadiaziane.
04:29Excusez-moi, mais vous savez qu'on a, malheureusement, cette actualité
04:32qui est prioritaire aussi par rapport aux incendies.
04:35Donc, on ne va pas pouvoir faire très long sur ce sujet.
04:37On aura l'occasion d'en reparler sur ce radio, ne vous inquiétez pas.
04:40Nadiaziane, le problème, c'est que quand on a, nous, consommateurs,
04:44le choix entre un légume importé moins cher, mais de moindre qualité,
04:47qui a le droit d'utiliser des pesticides qu'on n'a pas le droit d'utiliser en France, etc.,
04:51et un légume français beaucoup plus cher, comment on fait ?
04:54C'est-à-dire qu'on va aller, évidemment, sur ce qu'il y a de moins cher, Nadiaziane ?
04:58Alors, le débat, il n'est pas forcément ici, parce que d'abord, on va casser une idée reçue.
05:02Les fruits et les légumes français ne coûtent pas beaucoup plus cher que les fruits et légumes étrangers.
05:07En réalité, quand vous consommez des produits de saison,
05:10vous pouvez tout à fait accéder à des produits français à des prix...
05:14Je vais vous embêter deux secondes, mais j'ai acheté des tomates de Provence,
05:18parce que moi, je privilégie la France, 8,99€ sur le marché, 8,99€ le kilo.
05:24Le petit carrefour qui était à côté, ils avaient des tomates à 4,50€, made in Espagne.
05:30Parce que les tomates ont été particulièrement impactées par les conditions météo qu'on a eues,
05:36sachant qu'effectivement, ces conditions météo, elles ont été aussi vérifiées chez nos voisins espagnols et portugais.
05:41Mais si vous voulez, si vous isolez chaque fruits et légumes, je rejoins tout à fait ce qui a été
05:46dit juste avant.
05:47Il y a un certain nombre d'éléments qui justifient ces augmentations.
05:51Ce qui nous pose problème, ce n'est pas tant que les producteurs se rémunèreraient trop cher
05:56ou nous mentiraient sur combien ça coûte de produire.
05:58Ce n'est pas ça du tout. En réalité, vous avez deux perdants dans cette chaîne.
06:01Ce sont les producteurs et les consommateurs. Et je vous explique pourquoi.
06:04Monsieur a tout à fait raison de dire, sur un an, il y a un certain nombre de choses qu
06:08'on peut expliquer.
06:09Là, l'augmentation du prix de la tomate s'explique par les conditions climatologiques.
06:15Ce n'est pas le sujet climatique. Ce qu'il faut regarder, c'est sur le long terme.
06:20Sur les dix dernières années, quand on a une inflation générale à 20%,
06:24une inflation des prix de l'alimentaire à 33% et une inflation du prix des fruits et légumes à
06:3060%,
06:31c'est là que ça interroge. Parce qu'on n'a pas des météos qui expliquent que les prix augmentent
06:36tous les ans.
06:37Ça, ce n'est pas vrai de le dire. Et donc, on s'intéresse à, si ce n'est pas
06:41que la météo,
06:42si ce n'est pas que les conditions liées aux intrants, etc.,
06:45qu'est-ce qui explique que ces prix augmentent de manière si significative sur cette longue période de dix ans
06:51?
06:51Et là, on est aidé heureusement par un rapport du Sénat qui vient d'être rendu sur les marges.
06:56On a un vrai sujet autour de la manière dont la grande distribution construit ses marges.
07:02Et dans les quelques chiffres officiels dont on dispose, ce qu'on sait,
07:05et ça, c'est une tendance longue ces dix dernières années,
07:08c'est qu'elle construit de la marge sur le rayon des fruits et légumes
07:11et qu'elle perd de l'argent sur d'autres rayons.
07:13Je vais vous donner un chiffre qui parle de lui-même.
07:17On sait que le rayon des fruits et légumes a produit 200 millions d'euros de bénéfices
07:23après impôt à la grande distribution,
07:25quand le rayon de la viennoiserie-pâtisserie a produit des pertes de 65 millions.
07:29Donc, très concrètement, c'est un choix aussi de la grande distribution
07:33de marger sur ses produits au détriment tant des producteurs que des consommateurs
07:38et de faire de la perte sur d'autres.
07:40Et c'est cette logique-là qu'il faut changer.
07:42J'aurais tendance à vous dire producteur-consommateur, même qu'on met sur ce sujet.
07:45Je pense effectivement, et malheureusement, on va devoir en rester là,
07:48que votre invité Bruno Villa, qui fait partie de Rouge Laine,
07:53entre autres, qui est maraîcher, cérisse, producteur de tomates dans les Pyrénées-Orientales également,
07:58ne peut être que sans doute d'accord avec ce que vous dites.
08:00Je suis désolée, on va devoir en rester là sur ce sujet.
08:02Je vais conclure avec cette question, évidemment, que l'on vous posait aussi,
08:05sur la page YouTube de Sud Radio.
08:08Fruits et légumes, face à la hausse des prix, peut-on encore bien manger en France ?
08:11Je rappelle que vous êtes 82% à dire non.
08:15Et vous êtes nombreux aussi à réagir sur la page Facebook de Sud Radio.
08:18On va effectivement continuer à parler dans quelques instants de ces incendies en France,
08:24et particulièrement celui de la Gironde, bien sûr.
08:27Mais juste avant, il y aura le retour de l'information.
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