- il y a 22 heures
C'est une commune de Haute-Loire d'à peine 2500 âmes, terre de refuge historique pour les protestants persécutés lors des guerres de religion, et pour les juifs lors de la Seconde Guerre mondiale. En ce début d'année 2021, un évènement considérable est venu bouleverser la quiétude des lieux. Un homme, Erich Schwam, juif autrichien, vient de mourir. Il a légué trois millions et demi d'euros, soit l'intégralité de sa fortune, à la commune en remerciement du refuge qui lui a été offert pendant la Seconde Guerre mondiale. Une histoire vite reprise par les médias du monde entier et un mystère à éclaircir. Qui était Erich Schwam ? De Vienne à Bruxelles, du Chambon-sur-Lignon au camp d'internement de Gurs, enquête sur le parcours de cet homme et de sa famille. Année de Production :
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00:02Le Chambon-sur-Lignon, une petite commune de Haute-Loire de 2500 habitants,
00:08célèbre notamment pour avoir été un lieu de refuge des Juifs pendant la guerre,
00:11au moment où ils étaient pourchassés.
00:14Un matin de décembre 2020, elle s'est réveillée avec une nouvelle qui va bouleverser son quotidien.
00:21France Info. De quoi ? Ouvrez l'info.
00:24À la toute fin de l'année dernière, le 25 décembre 2020, Eric Schwam, un Lyonnais d'origine autrichienne, décède.
00:30Il lègue la totalité de son héritage à la commune française du Chambon-sur-Lignon.
00:34Eric Schwam, juif autrichien, est arrivé au Chambon en 1943 avec son père et sa mère,
00:40fuyant leur pays annexé par l'Allemagne. Il restera six ans au village.
00:44C'est un village de Haute-Loire qui héberge et protège des Juifs.
00:49Et la famille, effectivement, va y trouver refuge, caché par les pasteurs et les villageois protestants,
00:54passant de ferme en ferme, pas toujours au même endroit, pas toujours toute la famille ensemble.
01:01Une histoire vite reprise par les médias du monde entier et un mystère à éclaircir.
01:06J'ai donc voulu savoir qui était Eric Schwam et mettre en lumière ceux qui lui ont permis de survivre
01:11à travers une enquête qui retrace son parcours pendant la guerre.
01:45Bonjour à tous et merci de vous être déplacés.
01:49Aujourd'hui, en premier point, nous devons intégrer au budget les opérations réelles du leg d'Eric Schwam.
02:00Le montant de la donation de M. Schwam serait de 3 475 000 euros.
02:08Pour la petite commune, le leg d'Eric Schwam est une manne considérable, l'équivalent d'un an de son
02:14budget.
02:14Et c'est le conseil municipal qui va décider de la façon dont l'argent sera utilisé.
02:21On pourrait dire que la commune en tant que telle a déjà reçu énormément de sollicitations, de demandes.
02:28Et on pourrait considérer que si on avait répondu à toutes ces sollicitations,
02:32on aurait déjà dépensé à peu près 10 fois le montant du leg, même s'il n'est pas totalement
02:36définitif.
02:37Alors, en revanche, la question de l'utilisation du leg au chambon est tout à fait légitime.
02:52Depuis l'annonce du leg, l'histoire est dans toutes les conversations au chambon.
02:55Pour rendre hommage à Eric Schwam, la mairie organise une grande exposition que les collégiens du village visitent en avant
03:03-première.
03:07Bonjour, bienvenue à la mairie.
03:11Aujourd'hui, vous allez découvrir l'exposition qui raconte la vie d'Eric Schwam.
03:17Alors, vous en avez discuté un peu hier entre vous ou avec vos parents ?
03:23Je sais qu'il est né en 1930 et il est mort en 2000.
03:27Donc, il a légué la fortune au chambon sur l'Ignan.
03:33Et notre village est répété comme village d'Ijusque.
03:36On a sauvé quand on vit.
03:38On les a sauvés.
03:40Très bien.
03:40Allez, vous venez avec moi.
03:42Allez-y.
03:46Allez, avancez là, s'il vous plaît.
03:52Alors, imaginez, vous avez quel âge, vous ?
03:5413 ans.
03:5513 ans.
03:56Eh bien, imaginez qu'entre l'âge de 9 ans et de 13 ans, vous n'êtes pas allé à
04:00l'école.
04:00Vous avez passé votre temps à fuir avec votre famille.
04:03Et c'est l'âge, grosso modo, 13 ans.
04:06C'est l'âge auquel il arrive au chambon.
04:09Pour lui, ça a été très important.
04:11Ces années où il a fait toutes ses études qui lui ont permis, après, de mener la vie qu'il
04:15avait envie de mener.
04:17Oui ?
04:17C'est émouvant, en soi, de justement se dire que soit il a vécu une enfance très, très difficile, très
04:24émouvante,
04:25et pourtant il n'a rien lâché jusqu'à la fin.
04:27Et même à la fin, il a fait un don pour remercier, en quelque sorte.
04:32Oui.
04:32Comme tu dis, il n'a rien lâché.
04:33Moi, je trouve que ton expression est bonne.
04:35Il n'a vraiment rien lâché.
04:37Et c'est bien pour lui d'avoir la chance de venir dans ce village qu'il a sauvé.
04:44On a accueilli Eric pour qu'il ait une vie, qu'il recommence ses études et qu'il puisse exercer
04:50son métier.
04:51Donc, je trouve ça normal qu'on accueille des gens comme ça, parce que c'est grand, on va dire,
04:56le chambon.
05:11Quelques années auparavant, la première fois qu'Éric Schwam a parlé de léguer sa fortune,
05:16c'était avec celle qui était alors la mère du village.
05:23C'est autour de, je pense, 2015-2016, quelque chose de ce genre.
05:28J'étais tout simplement dans mon bureau à la mairie et au standard, il y a une des jeunes femmes
05:36qui me dit
05:36« Madame le maire, il y a quelqu'un qui voudrait vous parler. »
05:40Elles me disent « C'est quelqu'un qui a été au chambon pendant la guerre. Est-ce que vous
05:46acceptez de le prendre au téléphone ? »
05:47Je lui dis « Oui, bien sûr ».
05:49Donc, ce monsieur me salue et me dit qu'il envisage de faire un leg à la commune.
05:57J'ai évidemment décidé d'aller le rencontrer.
06:02Tous sommes arrivés devant cette maison qui était une maison sans caractère particulier.
06:10C'est un joli endroit, mais enfin, c'est panoui.
06:13Il est aimable, courtois. On voit que c'est quelqu'un qui est éduqué.
06:18Donc, il me dit « Je voudrais faire un leg de ce que j'ai. Je n'ai pas d
06:22'enfant, donc je souhaite léguer mes biens à la commune. »
06:27« Est-ce que c'est possible ? »
06:28Je lui dis « Écoutez, monsieur, je pense que c'est possible. »
06:31Je ne sais pas si ça sera 5 000 euros ou si ça sera ce que c'est, c'est
06:36-à-dire 3 millions.
06:373 millions, je n'y pensais même pas.
06:38Il dit « Je veux soutenir l'avenir des enfants du chambon, comme j'ai pu moi-même bénéficier d
06:48'abord mon hébergement qui m'a sauvée dans votre commune,
06:53et ensuite la scolarisation au Collège Sévénol.
06:58Grâce à cette scolarisation, j'ai pu faire des études et une belle carrière.
07:03Et c'est en cela que je souhaite léguer ma fortune à cette commune qui m'a sauvée.
07:10Et pour moi, c'est le futur de la commune qui me mobilise.
07:25Pour savoir qui était Éric Schwamm, nous allons remonter le temps
07:29et commencer par la dernière maison dans laquelle il a vécu avec sa femme avant de mourir,
07:33à la tour de Salvagny, près de Lyon.
07:45Un monsieur qui était très réservé, qui était modeste,
07:49ne pensait pas que ce monsieur était riche comme ça.
07:53Il ne le montrait pas du tout.
08:08Alors, cette maison faisait partie de la succession d'Éric Schwamm
08:15et elle est possédée aujourd'hui par la mairie qui l'a mise en vente
08:22et un compromis a été signé.
08:25Donc, ce n'est pas la première fois que je viens dans la maison,
08:29mais c'est probablement une des dernières fois.
08:40Il restera de toi ce que tu as donné
08:42au lieu de le garder dans des coffres rouillés.
08:46Il restera de toi, de ton jardin secret,
08:48une fleur oubliée qui ne s'est pas fanée.
08:51Il restera de toi ce que tu as offert
08:54entre tes bras ouverts un matin au soleil.
08:58C'est sur ce mur que nous avons retrouvé punisé
09:01ce petit texte écrit de la main de Madame Schwamm
09:06qui est un poème de Simone Veil, la philosophe.
09:10C'était extrêmement émouvant de trouver ce texte
09:12parce que c'était exactement l'esprit de Colette et d'Éric Schwamm.
09:23C'est vrai qu'il y a peut-être un décalage
09:26entre l'intérieur de leur maison
09:28et même leur maison
09:29et puis le lègue qu'ils ont fait à la commune.
09:40Voilà, on a trouvé des actes d'État civil.
09:43C'est l'acte de naissance de sa mère
09:45et celui-ci, c'est l'acte de naissance de son père, Oscar et Malti.
09:50Un certificat de naissance d'Éric.
09:52Lui est né le 21 octobre 1930 à Vienne.
09:56Ce que l'on sait, c'est qu'ils sont autrichiens.
10:00D'ailleurs, c'était marqué papier ancien Autriche.
10:04Donc, ce sont les documents d'État civil
10:06qu'ils ont réussi à conserver pendant la guerre
10:09puisque tous les autres documents leur ont été confisqués.
10:14La première information que l'on a,
10:16c'est donc son lieu de naissance,
10:19Vienne, en Autriche.
10:28Il y passe avec ses parents
10:30les neuf premières années de sa vie.
10:35C'est dans la capitale autrichienne
10:36que l'on retrouve aujourd'hui
10:37le seul membre de la famille d'Éric Schwamm connu,
10:41Maximilian Gottsinger.
10:48Ça, c'est une photo d'Éric Schwamm.
10:51Je pense qu'à ce moment-là,
10:53il était déjà en France.
10:56Donc, Éric, c'était mon arrière-petit cousin.
11:00C'était le cousin de mon grand-père.
11:09Comment avez-vous réagi
11:10quand vous avez appris qu'il faisait ce leg
11:13à la commune du Chambon-sur-Lignon ?
11:20J'espère que je ne vais pas dire quelque chose de choquant,
11:23mais bien sûr, je suis humain.
11:25Alors je me suis dit,
11:26qu'est-ce que j'aurais fait
11:27si j'avais hérité moi de cet argent ?
11:34Mais ensuite, je me suis dit que je ne le connaissais pas vraiment.
11:38En fait, je suis triste de ne pas l'avoir connu,
11:40car comme je l'ai dit,
11:41ma famille n'est pas très grande.
11:46Ça aurait été bien de pouvoir le rencontrer
11:48au moins une fois.
11:50C'est horrible ce qui s'est passé pour lui,
11:52à un point que je ne peux imaginer.
11:55Mais d'un autre côté,
11:56je pense qu'il s'en est sorti.
11:58Il n'a pas perdu ses parents.
12:01Si je compare par exemple à Franz Spitzer,
12:05mon grand-oncle,
12:06lui a tout perdu.
12:17Je ne suis pas le seul à m'intéresser
12:19au destin d'Éric Schwamm.
12:25À Vienne, le correspondant du journal Le Monde
12:27s'est aussi passionné pour cette affaire.
12:39Cette histoire,
12:40elle m'a beaucoup intéressé dès le départ,
12:42j'ai lu beaucoup d'articles dans la presse française
12:44sur comment ce don était arrivé de nulle part
12:46et qui avait surpris la municipalité
12:48du Chambon-sur-Lignon.
12:49J'ai cherché notamment aux archives
12:53nationales autrichiennes
12:54est-ce qu'il y avait des éléments
12:55sur cette famille Schwamm.
12:56J'ai pu identifier qu'il y avait notamment
12:58plusieurs documents de l'époque nazie,
13:01de l'administration nazie,
13:02parce que dans leur œuvre
13:04d'appropriation des biens des Juifs
13:07et d'expulsion des Juifs
13:08et d'extermination des Juifs,
13:10ils avaient aussi une façon de le faire
13:11de façon très administrative.
13:13Voilà, tout était écrit pseudo-légalement, etc.
13:22C'est un document qui s'appelle
13:23« Déclaration de patrimoine des Juifs »
13:26à la date du 27 avril 1938.
13:30Et on voit que c'est le père d'Eri Schwamm,
13:32donc docteur Oscar Schwamm,
13:34qui est un « Practisher Arts »,
13:35donc qui est un médecin généraliste,
13:38qui le remplit en donnant leur adresse.
13:40Donc ça s'appelle
13:41« Vienne 17e arrondissement,
13:43Chadinagasse, numéro 4 ».
13:47La famille Schwamm était une famille
13:48assez bourgeoise à Vienne,
13:51c'est-à-dire qu'ils possédaient quand même...
13:53Enfin, eux deux, ils possédaient un immeuble
13:55et elles avaient la moitié d'un autre immeuble,
13:57ce qui est un bien immobilier quand même assez conséquent.
14:00Lui, il est médecin,
14:00donc on peut s'en douter
14:02que c'était quand même une famille
14:03qui avait un bon niveau de vie.
14:06Et ils passaient aussi leurs vacances
14:08à Payer Bar,
14:09qui est un lieu de tourisme montagnard,
14:12de villégiature à la montagne
14:13à une heure de Vienne,
14:14qui est très prisé par la bourgeoisie viennoise
14:16et aussi par l'éristocratier
14:17à l'époque de Habsburg.
14:26Au début des années 30,
14:28les Schwamm vivent donc
14:29dans un quartier cossu de Vienne,
14:31le 17e arrondissement.
14:34Le père d'Eric, médecin,
14:36a son cabinet à quelques dizaines de mètres de là.
14:44Là, on est typique des intérêts viennois.
14:47L'immeuble a complètement été rénové,
14:49mais il y a les 4 mètres de plafond très hauts,
14:52les moulures,
14:53le sol qui est complètement d'époque.
14:56C'est vraiment classique de l'immeuble viennois
14:59qui n'est pas bourgeois,
15:00mais qui montre quand même un certain...
15:02Enfin, voilà, de l'héritage
15:04de l'empire austro-hongrois.
15:06Vienne était une des villes les plus peuplées
15:08et les plus riches de toute l'Europe.
15:13À cette époque,
15:15la vie est douce pour les Juifs viennois
15:16comme les Schwamm,
15:18mais avec la montée d'Hitler en Allemagne,
15:21le ciel va très vite s'obscurcir.
15:30Les familles juives,
15:31pour l'essentiel d'entre elles,
15:33faisaient partie de la bourgeoisie.
15:37Elles profitaient de la vie culturelle viennoise.
15:40Pour la plupart d'entre elles,
15:41on peut dire qu'elles étaient assimilées.
15:44C'était une vie avec de l'espoir
15:46et des perspectives.
15:51Vous pouviez vivre dans un environnement serein,
15:54avec l'opéra, le théâtre et les concerts.
15:57Avec l'opéra, avec les concerts, avec le théâtre.
16:151934 marque un changement,
16:16car beaucoup de gens sont renvoyés de leur travail
16:18sous le prétexte que ce sont des gauchistes.
16:21Mais en réalité, ce n'est pas le cas,
16:23c'est parce qu'ils sont juifs.
16:26Au début de l'année 1938,
16:28ils savent déjà qu'il y a un grand danger,
16:31car Hitler veut s'emparer de l'Autriche
16:34et les Autrichiens vont se laisser faire.
16:40Et comme vous le savez,
16:42Hitler envahit alors l'Autriche.
16:46L'Anschluss est maintenant un fait accompli.
16:48Le chancelier Hitler pénètre dans son pays natal
16:50qu'il vient de rattacher au Reich.
16:52Après avoir traversé l'Inz,
16:54le cortège se dirige vers Vienne.
16:56L'enthousiasme des Asies autrichiens
16:59croit au fur et à mesure
17:00que se poursuit la marche triomphale.
17:08Et la seule réponse des Autrichiens,
17:16c'est un déferlement d'antisémitisme.
17:21Quand les troupes allemandes pénètrent à Graz,
17:24certains Juifs sont pendus à des lampadaires.
17:30A Vienne, les Juifs sont frappés.
17:34On les oblige à laver les rues.
17:39Les antisémites les attaquent constamment.
17:59À ce moment-là,
18:00les Juifs ne pouvaient pas rester dans leurs appartements.
18:02Car des voisins ou des nazis
18:05viennent et disent
18:06« Je veux ça, ça et ça. »
18:09Sous la menace,
18:11les chevames doivent quitter leur appartement
18:13et sont forcées de déménager
18:14dans le 20e arrondissement
18:16où est regroupée la majorité des Juifs.
18:19Là, on est dans le 20e arrondissement de Vienne.
18:22À l'époque de la nuit de cristal,
18:23quand les nazis sont arrivés au pouvoir,
18:24ils ont commencé à concentrer de plus en plus
18:26les Juifs de tout Vienne dans ce quartier-là.
18:28Et on sait que c'est ce qui est arrivé aux chevames aussi.
18:30C'est-à-dire qu'ils habitaient à Ernals,
18:32là où on était,
18:33qui est un quartier des faubourgs de Vienne.
18:36Et ils ont déménagé ici à l'automne 38,
18:38on ne sait pas exactement quand,
18:39mais sur les papiers en novembre,
18:40ils habitaient ici.
18:41Probablement, ils ont été forcés
18:42de déménager dans ce quartier
18:43parce qu'on sait que dans l'autre quartier,
18:44les nazis
18:47frappaient aux portes
18:48et forçaient les gens à partir.
18:57Dans l'immeuble dans lequel vivaient les chevames,
18:59on ne parle pas beaucoup de ces histoires du passé,
19:02mais il reste souvent un sentiment de culpabilité.
19:07Ce genre d'histoire s'est passée
19:09dans beaucoup d'immeubles de la rue.
19:11Ce n'est pas quelque chose
19:12dont les gens aiment se souvenir.
19:17Et je pense que beaucoup de gens
19:19ne veulent plus en entendre parler.
19:22Bien sûr, je me sens désolée.
19:24Ce n'est pas votre faute, hein ?
19:26Non.
19:31Mais s'ils n'avaient pas été chassés de Vienne,
19:35leur famille serait encore là aujourd'hui.
19:38Sûrement dans un plus bel immeuble
19:39que celui-là.
19:42À l'hiver 1939,
19:44il n'y a plus le choix.
19:46Il faut quitter l'Autriche.
19:47Les chevames vont alors recevoir
19:49l'aide déterminante
19:50d'un diplomate chinois.
19:52Ils partent en mars 1939.
19:54Et ce qu'on sait aussi,
19:55c'est que les autorités nazies
19:57les croyaient parties à Shanghai,
19:58en Chine.
20:00Ce qui est donc très probable,
20:01c'est qu'ils aient demandé
20:03un de ces visas
20:04qui ont été délivrés ici
20:05par le consul de Chine à Vienne,
20:08à de nombreux Juifs,
20:10pour leur permettre de fuir l'Autriche
20:12à cette époque-là.
20:13Et qu'il a fait ça,
20:14enfin c'est une histoire assez connue,
20:15il a fait ça de son propre gré,
20:17sans en référer aux autorités chinoises
20:19qu'ils ne soutenaient pas
20:20dans cette démarche,
20:21même si eux, en fait,
20:22ne sont jamais allés en Chine.
20:24Mais ça leur a permis
20:25d'avoir ces papiers
20:26pour fuir l'Autriche, en tout cas.
20:36Grâce à ces documents,
20:38Éric Schwamm et ses parents
20:39peuvent sortir du pays
20:41et décident d'aller en Belgique,
20:44où les Juifs sont encore
20:46relativement en sécurité.
20:56Nous retrouvons des traces
20:58de leur passage
20:59aux archives générales du royaume.
21:06Et donc, on voit qu'ils arrivent
21:10début 1939.
21:11Donc, ils sont trois personnes.
21:12Donc, il y a le père,
21:13Oskar Schwamm.
21:14Il y a la mère,
21:15donc son épouse,
21:16Marcy Schulman,
21:17qui est née en 1902.
21:19Et, non sans intérêt pour vous,
21:21il y a leur fils,
21:22Éric Arthur Schwamm,
21:24donc leur fils mineur d'âge.
21:25Ils déclarent,
21:26oui, on est réfugiés,
21:27on est réfugiés juifs,
21:28mais ils ne seront pas reconnus
21:30comme réfugiés politiques.
21:32Ils seront, disons,
21:33tolérés sur le territoire belge.
21:38En novembre 1939,
21:39il y a le comité supérieur de contrôle,
21:41c'est un des organes, en fait,
21:43créés au début du XXe siècle
21:45en Belgique,
21:46qui surveille, entre autres,
21:48les administrations belges
21:49et, apparemment,
21:51qui avait aussi un rôle
21:52de surveillance pour les étrangers,
21:54qui écrivent un rapport
21:56à la police des étrangers.
21:58Il ne nous revient
21:59que deux particuliers
21:59des nationalités allemandes,
22:01paraissant suspects,
22:03habitaient rue des Chapeliers,
22:04numéro 46, à Bruxelles,
22:06au-dessus d'un café.
22:07Ils effectueraient des travaux
22:09de dactylographie
22:10toute la journée
22:10dans leur appartement.
22:12Et donc,
22:13ces travaux sont considérés
22:15comme suspects.
22:18Et ils ajoutent,
22:19depuis quelques jours,
22:20un troisième particulier
22:21serait venu se joindre à eux.
22:24Les chevams sont épiés
22:26par les autorités.
22:28Ils doivent vivre
22:29le plus discrètement possible.
22:36La famille chevam
22:37est considérée
22:38comme suspecte
22:40parce que,
22:41d'obédience étrangère,
22:44ils parlent allemand
22:45et n'ont pas de documents
22:46pour pouvoir s'établir
22:47ou rester ici
22:48très longtemps encore.
22:50Des instructions
22:51sont données aux chevams
22:52afin qu'ils ne se fassent pas remarquer.
22:54Alors, on trouve ici
22:55des instructions
22:56portées sur ce mur
22:57qui sont tout à fait exceptionnelles
22:59puisqu'elles datent
22:59de l'avant-guerre.
23:01Quand les chevams
23:02arrivent ici,
23:03ils reçoivent un carnet.
23:04Dans ce carnet
23:05se trouvent
23:05les principales instructions,
23:07des cachets
23:08et des directives
23:09sont indiquées,
23:10mais aussi,
23:11donc,
23:11ces recommandations.
23:12Et voilà ce qu'il est indiqué.
23:13« Méritez l'hospitalité
23:15qui vous est accordée
23:16en Belgique.
23:17Conduisez-vous toujours
23:18de manière exemplaire.
23:20Respectez les usages du pays.
23:22Ne vous faites pas remarquer.
23:24Évitez de parler
23:25à haute voix
23:26dans les rues
23:26et en droit public.
23:28Exercez vous-même
23:28la discipline.
23:29Il s'agit
23:30de votre propre intérêt. »
23:32Ces recommandations,
23:34donc,
23:34sont l'expression
23:36d'un manuel de survie
23:37pour les réfugiés
23:39qui demandent
23:40de l'aide ici.
23:40La situation devient
23:41de plus en plus grave
23:42au fur et à mesure
23:43que le temps passe
23:44et pour la famille Schwab
23:46aussi.
23:47Donc,
23:47au même titre
23:48que ceux qui sont considérés
23:50comme des dangers potentiels
23:51étant d'extrême droite
23:52ou d'extrême gauche,
23:54les réfugiés,
23:55parlant allemand,
23:57et d'autant plus
23:58s'ils n'avaient aucun document
23:59pour pouvoir demeurer ici,
24:02étaient menacés.
24:03La situation devient
24:05intenable en 1940
24:06lorsque la Belgique
24:07est attaquée par l'Allemagne
24:08et vaincue en quelques jours.
24:10Lors de l'invasion allemande
24:11qui a eu lieu
24:12le 10 mai 1940,
24:14la décision du gouvernement belge
24:15a été de déplacer tous
24:16dans des trains
24:17vers le milieu de la France.
24:21Dès le matin du 10 mai,
24:23commence au Luxembourg
24:24et en Belgique
24:25le douloureux exode
24:27sous la menace
24:27des bombardements aériens
24:29qui,
24:29toute la nuit passée,
24:31ont en Belgique
24:32et en France surtout,
24:34incendiés et massacrés
24:35en attentats inexpiables
24:37contre villes ouvertes
24:38et villages.
24:41Les Schwamm doivent de nouveau fuir,
24:43non seulement parce qu'en tant
24:44que juif,
24:45ils craignent les nazis,
24:46mais ils sont aussi allemands
24:47et donc considérés
24:49comme des ennemis
24:49par les Belges.
24:54À 98 ans,
24:56Herbert Traube vit aujourd'hui
24:57paisiblement sur la côte d'Azur.
25:00Juif autrichien lui aussi,
25:01il a fait exactement
25:02la même route
25:03que les Schwamm
25:04et a quitté la Belgique
25:05dans le même convoi qu'eux.
25:07Alors nous avons un parcours
25:09tout à fait similaire
25:10depuis Vienne
25:12jusqu'à Bruxelles.
25:15J'étais assez heureusement surpris
25:19du fait que cet homme-là
25:21allait guider sa fortune
25:23à Chambon-sur-Lune.
25:25Donc je connaissais,
25:26je connaissais ce village-là
25:28et ça,
25:29ça m'avait beaucoup impressionné
25:30et je me suis dit
25:32voilà,
25:32un gars bien,
25:34un mensch comme on dit.
25:41Je l'ai dit,
25:42mais le jour de l'invasion
25:44de la Belgique
25:45et des Pays-Bas,
25:46toutes les personnes
25:47de nationalité allemande,
25:49parce qu'à l'époque
25:50nous n'étions plus autrichiens,
25:52nous n'étions allemands à l'époque.
25:54J'ai un passeport allemand.
25:56Tous les amants
25:58devaient se signaler
26:01au commissariat de police.
26:02C'est ce que mon père a fait
26:04et ils étaient tous retenus
26:06comme ressortissants
26:08d'un pays ennemi.
26:09C'est-à-dire qu'ils étaient considérés
26:11comme des espions potentiels.
26:14On est allé le lendemain
26:15ou le surlendemain,
26:16je ne sais pas si c'était
26:17le 11 ou le 12,
26:18mais on est allé,
26:20on a pris un train
26:22sur Bondé, Bondé, Bondé
26:24qui quittait Bruxelles
26:26où beaucoup de Belges
26:29quittaient Bruxelles
26:30par crainte de l'arrivée
26:31des Allemands.
26:32Madame Schwam,
26:34sa mère et son fils
26:36ont dû être dans ces trains-là.
26:38Où il y avait des Belges,
26:41des Belges-Belges,
26:42si vous voulez,
26:43des Espagnols,
26:44des Espagnols
26:45et des Juifs comme nous.
26:47On est arrivés,
26:48je suppose,
26:49en même temps
26:49que la famille Schwam,
26:51au Condé-Rizaï,
26:52qui était considérée
26:54comme un centre
26:55de regroupement familial.
26:57Mais c'était pareil,
26:58c'était un camp d'internement
26:59avec des fils de fiets
27:01à barbellés autour.
27:03À ce moment-là,
27:04la famille est séparée.
27:06Oscar, le père,
27:07est envoyé au camp des Mille
27:08près d'Aix-en-Provence.
27:10Tandis qu'Éric et sa mère
27:12vont être internés
27:12au camp de Rives-Altes.
27:15C'est un endroit
27:16où sont regroupés
27:17des réfugiés
27:17de différentes origines.
27:19Ils vont y rester
27:20un an et demi.
27:35Une fois que les internés
27:36arrivaient,
27:37ils étaient systématiquement
27:38enregistrés
27:39avec un système
27:40qui a un petit peu
27:40fluctué en fonction
27:41des périodes.
27:42On a une entrée
27:43pour Erich Schwam
27:43le 25 août
27:44le 29 mai 1941.
27:46Pour sa mère,
27:47sa première date d'entrée
27:48n'est pas mentionnée
27:49sur les fiches.
27:50Ils vont d'abord
27:51être internés
27:51à l'îlot Q,
27:52puis être transférés
27:53à l'îlot B
27:54et finalement,
27:56se retrouver sur l'îlot K
27:57qui va être l'îlot
27:58sur lequel on rassemble
27:59les populations juives
28:00qui vont être progressivement
28:03internés
28:03sur une même zone
28:04qui va être doublement
28:07protégés
28:07et qui va être l'îlot
28:08des juifs
28:09sur la période
28:10de la fin de l'année 1942.
28:31Éric Schwam et sa mère Malsi
28:33rentrent dans le camp.
28:34Ils vivent dans ce type
28:35de baraque
28:36avec une très grande
28:37promiscuité.
28:38Les conditions
28:39sont extrêmement difficiles
28:40et surtout,
28:41il y avait de gros soucis
28:43de malnutrition
28:44dont les enfants,
28:45bien sûr,
28:45vont être les premières victimes.
28:47Donc,
28:48très peu d'alimentation,
28:49100 grammes de pain,
28:50quelques grammes
28:51de matière grasse protéinée
28:52et puis une cuillère
28:53de confiture.
28:54C'était à peu près
28:54le repas par jour.
28:56Ensuite,
28:57il faut aussi partir
28:57d'un principe,
28:58c'est qu'on manquait de tout.
28:59Les internés,
28:59en fait,
28:59arrivaient avec quoi ?
29:00Une simple valise.
29:02Donc,
29:02très rapidement,
29:03au gré des mois
29:04d'internement,
29:05on n'a plus de vêtements
29:06donc on va récupérer
29:07les couvertures
29:08pour faire des vêtements
29:08et puis,
29:09d'autre part,
29:10il faut imaginer
29:10en plein hiver
29:11un froid très intense
29:12puisque les murs,
29:12en fait,
29:13c'est une caserne,
29:13ce n'était pas voué
29:15vraiment à l'habitation,
29:17évidemment,
29:17à la résidence.
29:18Donc,
29:18on a quelques bras zéros
29:19comme ça
29:20qui sont de fortune,
29:21quelques poêles aussi
29:22dans certaines baraques
29:23mais pas dans toutes.
29:24Donc,
29:24il faut imaginer
29:25vraiment des conditions
29:26d'existence
29:26très très dures.
29:32Le camp est tenu
29:33par les autorités françaises
29:34mais,
29:35pour aider les internés
29:36à survivre,
29:37il y a le Secours Suisse,
29:39une organisation humanitaire
29:40qui s'est installée ici.
29:43L'une de ses membres
29:45change de destin
29:45des chevames.
29:48Donc,
29:48en fait,
29:48il y a une personne
29:49qui va être décisive
29:50dans l'itinéraire
29:51des Schwams,
29:52dans la vie des Schwams,
29:53y compris dans le camp
29:54de Rivesalte.
29:54C'est Fridl Bonnyreiter,
29:56c'est une équipière
29:57du Secours Suisse
29:57aux enfants.
29:59Concrètement,
29:59elle décide
30:00de venir aider
30:01en fait
30:02tous ces réfugiés
30:03dans le camp de Rivesalte.
30:04Elle a laissé un livre
30:05très précieux,
30:06son journal intime
30:07en fait,
30:07qu'elle a écrit
30:08à Rivesalte
30:09entre 1941 et 1942
30:11qui s'appelle
30:12Le journal de Rivesalte
30:13dans lequel,
30:14effectivement,
30:15elle égrène
30:15comme ça son quotidien
30:17jour par jour.
30:18Elle y évoque
30:19les personnes
30:19qu'elle rencontre
30:20dont Madame Schwam.
30:21On sent qu'il y a
30:22quand même
30:22une très grande affection,
30:24une grande amitié
30:25qui va véritablement
30:27se nouer
30:27entre ces deux femmes.
30:29Le 25 mars 1942,
30:31Friedel Bonnyreiter écrit
30:32« Que de brutalité,
30:33que d'humiliation
30:34les internés
30:35ont-ils à nouveau
30:35à subir ?
30:36À Lilo Bay,
30:37on leur prend
30:37tous leurs habits
30:38et la literie
30:38pour les désinfecter.
30:40Au foyer Bay,
30:41notre bonne Madame Schwam
30:42vit dans la crainte
30:43de se faire subtiliser
30:44notre matériel.
30:45Il faut disposer
30:45d'une bonne dose
30:46de détermination
30:47pour pouvoir garder
30:48ses affaires.
30:48Ceux de la direction
30:49du camp n'y vont pas
30:50par quatre chemins
30:51et mettent la main
30:52sur tout ce qu'ils trouvent.
30:53Les gens du Bay
30:54doivent remettre
30:54toutes les paillasses
30:55et jusqu'à ce qu'elles
30:56soient remplacées,
30:57ils dorment
30:57sur les chalilles.
30:59Je suis souvent saisie
31:00d'une immense rage
31:01quand je vois
31:02comment on traite
31:02les gens ici
31:03et de quels droits. »
31:05En 1942,
31:07le camp de Rivesalt
31:08regroupe de plus en plus
31:09de Juifs étrangers.
31:10Ils sont près
31:11de 5 000.
31:13À cause de la politique
31:15de collaboration
31:15de la France,
31:16près de la moitié
31:17d'entre eux
31:18vont être envoyés
31:19et exterminés
31:20à Auschwitz.
31:22Ce n'est pas
31:22le cas des Schwannes
31:24qui étaient pourtant
31:24sur la liste
31:25de ceux
31:25qui devaient être déportés.
31:27En août 1942,
31:29Eric Schwamm
31:30et sa mère Malsi
31:31sont censés
31:32faire partie
31:32d'un convoi
31:32de déportation
31:33vers Auschwitz.
31:34Deux jours auparavant,
31:36effectivement,
31:36ils sont exemptés
31:37de ce convoi
31:38et ce sont donc
31:41des personnes
31:42qui vont être sauvées
31:42notamment par
31:43Friedel Bonnyreiter
31:44au nom de la Croix-Rouge Suisse.
31:45Très concrètement,
31:47Friedel Bonnyreiter
31:47a sauvé la vie
31:48de Eric
31:49et de sa mère Malsi
31:50puisqu'elle les a
31:52effectivement rayées
31:53de la liste
31:54concrètement
31:55qui était
31:55la liste
31:56de convoi de déportation.
31:58Les Schwamm
31:59ont une nouvelle fois
32:00échappé au pire.
32:02Quelques semaines plus tard,
32:03Eric et sa mère
32:04sont rejoints
32:05à Rivesalte
32:05par Oscar.
32:07À l'automne 1942,
32:09la famille est autorisée
32:10à quitter le camp
32:10qui est en train
32:11de fermer.
32:12Ils ne savent pas
32:13où elle est.
32:13Ils vont finalement
32:14suivre Friedel Bonnyreiter
32:16qui les emmène
32:17au Chambon-sur-Lignon.
32:20La famille Schwamm
32:21va quitter le camp
32:22pour se réfugier
32:23au Chambon-sur-Lignon
32:25très certainement
32:26par l'entremise
32:27également de Friedel Bonnyreiter
32:29encore une fois
32:29puisqu'il se retrouve
32:31dans une maison
32:32qui est tenue aussi
32:33par le secours suisse
32:34qui est tenue
32:35par son fiancé
32:36en fait
32:36qui est Auguste Bonny
32:38qui deviendra d'ailleurs
32:39son mari par la suite.
32:40Et c'est clair
32:42qu'ils ont été
32:43très certainement
32:44comment dirais-je
32:45accueillis
32:46parce que Friedel aussi
32:47les connaissait
32:47et donc c'était un peu
32:48dans la logique
32:49en fait
32:50de sa volonté
32:51de libérer cette famille
32:52de l'internement
32:54et rendre cette famille
32:55à la liberté
32:56en fait.
33:29On va les retrouver
33:30en début février 1943
33:33arrivant au Chambon-sur-Lignon
33:35et là on en a la preuve
33:36puisqu'ils apparaissent
33:38sur le registre
33:39des étrangers
33:40qui sont enregistrés
33:42en bonne et due forme
33:43à leur arrivée au Chambon.
33:44En revanche,
33:45Oscar,
33:46le père,
33:47lui,
33:47a disparu très vite
33:49après son arrivée
33:50au Chambon
33:50parce que
33:51les risques d'arrestation
33:53étaient plus grands
33:54pour les hommes
33:55et donc c'est à ce moment-là
33:56qu'il va aller se cacher
33:57dans différentes fermes
33:59du plateau.
33:59On sait que Eric
34:00est accueilli
34:01à Faydoli
34:02qui est justement
34:03l'une des maisons
34:03du secours suisse
34:04c'est une vie
34:07de pensionnaire
34:08sauf que lui
34:09il a la chance
34:09d'avoir sa mère
34:10qu'il peut probablement
34:11voir assez régulièrement
34:12alors que la plupart
34:14des autres enfants
34:15n'ont pas leurs parents
34:16et pour certains
34:17ils n'ont plus
34:18leurs parents
34:19et peut-être
34:20qu'ils ne le savent pas
34:21à cette époque
34:21mais la plupart
34:22sont déjà orphelins
34:23puisque les parents
34:24ont été souvent déportés.
34:50cette maison
34:51c'est Faydoli
34:52rien n'a changé
34:53les volets sont les mêmes
34:54le pilier qui soutient
34:56le balcon
34:56est le même
34:58elle est restée
34:59dans son jus
35:00si on ose dire.
35:01c'est là où Eric
35:02est accueilli
35:03à partir de février 1943
35:11bonjour
35:14il fait meilleur ici
35:20ce qui est formidable
35:21c'est que
35:22c'est la première preuve visuelle
35:24que nous avons
35:26d'Eric Schwam
35:28présent à Faydoli
35:29il est là
35:30appuyé sur la rambarde
35:33il n'y avait jamais
35:34que des enfants juifs
35:35il y avait des enfants
35:35qui étaient là
35:37parce que les parents
35:38les avaient mis ici
35:40pour des raisons de santé
35:41mais c'était aussi
35:42des enfants
35:43dont les familles
35:44habitaient Saint-Etienne
35:45avaient peur des bombardements
35:47et les mettaient
35:48à l'abri ici
35:48c'était très mélangé
35:51si l'on peut dire
35:52et c'est la raison
35:53pour laquelle
35:54on ne savait pas
35:55si les enfants
35:55étaient juifs
35:56ou pas juifs
35:57le nouveau propriétaire
35:58voudrait en faire
35:59une résidence
36:00où vivront en colocation
36:01des personnes
36:02de différentes générations
36:03on a vraiment eu
36:04un coup de coeur
36:05pour cette maison
36:05mais voilà
36:07on ne connaissait pas
36:08l'historique en fait
36:10là où je suis
36:11je suis aussi content
36:12c'est qu'on poursuit
36:13un petit peu
36:14avec cette maison
36:16on veut faire
36:16une maison de partage
36:18et d'accueil
36:18et c'est tout à fait
36:19dans l'esprit
36:20de cette maison
36:22dans l'esprit
36:23du chambon
36:24qui a toujours été
36:25une terre d'accueil
36:39pour brouiller
36:40les pistes
36:40en cas de rafle
36:41des allemands
36:42les chevams
36:43ne peuvent pas
36:44rester longtemps
36:44au même endroit
36:49il y a au moins
36:49un autre lieu
36:50où ils ont été cachés
36:51la maison
36:52du grand-oncle
36:53de cet homme
36:54Guy Laforie
37:00oui j'ai entendu
37:01qu'il y avait
37:02l'héritage
37:02et monsieur
37:04le maire du chambon
37:07qui faisait une demande
37:09aux gens
37:10qui auraient connu
37:12ceux qui avaient hébergé
37:13la famille Svan
37:15et ça s'est trouvé
37:16que c'était
37:17un membre de ma famille
37:18mon grand-oncle
37:19c'était un petit paysan
37:20qui avait trois vaches
37:23c'était une petite ferme
37:26et sa femme
37:27Fanny
37:27était couturière
37:31mais
37:32c'était des gens
37:35des gens simples
37:36très simples
37:52bonjour
37:53comment allez-vous
37:54bonjour
37:55madame
37:55bonjour monsieur
37:56je fais pas chaud aujourd'hui
37:59vous allez vous mettre au chaud
38:01c'est bien
38:05c'est une source de fierté
38:07de savoir que cette maison
38:09accueillit
38:09des gens persécutés
38:11voilà
38:12et de savoir
38:13que les anciens propriétaires
38:15étaient des gens droits
38:16courageux
38:17c'est en regardant
38:18au dos de cette photo
38:19de famille
38:19que Guy Laforie a compris
38:21le nom des chevames
38:22y est écrit
38:23j'ai pris la photo
38:25et j'ai vu que ça s'écrivait
38:26celle-là de photo
38:27oui celle-là de photo
38:28j'ai vu que ça s'écrivait
38:29pareil
38:30c'est comme ça
38:30que j'ai contacté
38:31Denis Vallard
38:32j'ai trouvé que
38:33ce qu'avait fait
38:34mon grand-oncle Hippolyte
38:35c'était bien quoi
38:36moi ce qui me frappe
38:37c'est que vraiment
38:38il risquait gros
38:39en accueillant comme ça
38:40ces familles juives
38:41c'est des gens
38:42qui n'écoutaient
38:42que leur conscience en fait
38:44ouais ouais
38:46ça se disait
38:47même pas
38:47dans la famille
38:48moi je l'ai appris très tard
38:50je suis fier
38:51de ce qu'a fait
38:52mon grand-oncle Hippolyte
38:53et sa femme Fanny
39:02c'est au deuxième étage
39:05que la famille chevame
39:05aurait été cachée
39:08un grenier
39:09à l'abri des regards
39:17alors évidemment
39:18ce grenier
39:19est devenu un dortoir
39:21aménagé
39:22avec des boxes
39:23donc il faut essayer
39:24d'imaginer ce qu'il était
39:25à l'époque
39:26où les chevams
39:26ont été accueillis
39:27ma mère m'a expliqué
39:29que la famille Spann
39:31était au grenier
39:42les chevams avaient
39:43la possibilité
39:44de surveiller
39:45ce qui se passait
39:45à l'extérieur
39:46bien sûr
39:46donc de pouvoir
39:47donner l'alarme
39:48éventuellement
39:49enfin
39:50c'est ce qu'on peut
39:50imaginer
39:56dès son arrivée
39:58au chambon
39:58le petit Eric Schwamm
40:00est scolarisé
40:01il n'a que 13 ans
40:02mais 80 ans plus tard
40:04son ancien camarade
40:06de classe
40:06garde un souvenir
40:07très précis
40:07du personnage
40:10mon fils était
40:11sur la table
40:12de la salle de séjour
40:14il ouvre le journal
40:15il dit
40:16il y a un réfugié juif
40:18qui vient de mourir
40:18à Lyon
40:19et qui donne
40:19toute sa fortune
40:20au chambon
40:21alors j'ai dit
40:22comment il s'appelle
40:23parce que j'en connaissais
40:25pas mal
40:25Eric Schwamm
40:26et j'ai dit
40:28mais c'était
40:29mon copain
40:31il dit
40:32c'est pas vrai
40:32et si
40:34alors je leur ai raconté
40:42c'était un garçon
40:43qui était calme
40:45qui était posé
40:46qui était
40:49gentil
40:51je revois arriver
40:53dans la cour de l'école
40:54tous les jours
40:55calmement
40:56paisiblement
40:58il était habillé
41:00simplement
41:01avec une certaine
41:04une certaine élégance
41:05d'ailleurs il avait
41:05une élégance naturelle
41:08vous savez
41:09il y a une de
41:09une de mes anciennes
41:12camarades d'école
41:13avec laquelle on s'est trouvé
41:14cet été
41:15qui l'a connue
41:16et elle disait
41:17mais il était beau garçon
41:20au chambon
41:21il a trouvé
41:22la quiétude
41:23la paix
41:26après
41:26ces tribulations
41:27à travers la France
41:29dans plusieurs camps
41:32je pense qu'il avait trouvé
41:34la paix au chambon
41:35et la sécurité
41:43en 1944
41:45la fin de la guerre
41:46approche
41:47les chevams vont enfin
41:48pouvoir vivre au grand jour
41:57donc fin 1944
41:58l'immense majorité
41:59des réfugiés sont partis
42:01il n'en reste
42:02que quelques-uns
42:03qui vont partir
42:04souvent en 1945
42:05ou un petit peu plus tard
42:07et les seuls
42:08pratiquement
42:09qui restent
42:09à notre connaissance
42:11ce sont les schwams
42:12qui donnent l'impression
42:13de vouloir
42:13d'après ce que l'on sait
42:15de vouloir rester en France
42:17après la guerre
42:17c'est le moment aussi
42:19où Eric
42:19est inscrit au collège
42:21Chevenol
42:21il passe son bac
42:22en 1949
42:23il a 19 ans
42:24nous sommes en pleine forêt
42:26sur le plateau
42:27de la haute loire
42:28à quelques kilomètres
42:29du chambon
42:30sur l'ignan
42:30monsieur Theis
42:32vous qui en êtes
42:32le fondateur
42:33dans quel esprit
42:34dirigez-vous ce collège
42:35cet esprit
42:37cet idéal
42:39nous l'avons résumé
42:41dans cette devise
42:45éducation chrétienne
42:46internationale
42:48pour la paix
42:49vous avez fondé
42:50ce collège
42:51en 1938
42:52avec 15 élèves
42:53maintenant
42:54vous en avez 500
42:55quelle a été
42:56l'évolution
42:57le collège
42:59a été
43:00tout petit
43:01au début
43:02pendant la guerre
43:04le collège
43:06a augmenté
43:07de 80
43:09à 100 élèves
43:10chaque année
43:11et jusqu'en 1949
43:13officiellement
43:14ils sont domiciliés
43:16au chambon
43:17et sur
43:18le registre
43:20des étrangers
43:20leur départ
43:21est indiqué
43:22je crois
43:22en septembre 1949
43:24et c'est le moment
43:25où Eric
43:26quitte le chambon
43:27pour aller à Lyon
43:28pour démarrer
43:29ses études
43:30pour débuter
43:31ses études
43:31de pharmacien
43:35les paranges femmes
43:36retournent en Autriche
43:39Eric lui
43:40reste en France
43:41pour débuter
43:42ses études
43:42de pharmacie
43:43et il va devoir
43:45batailler
43:45pour obtenir
43:46la nationalité française
43:54en regardant
43:55sur l'annuaire
43:56des anciens internes
43:57j'ai vu
43:58qu'il était
43:58ancien interne
43:59et donc
43:59je me suis adressé
44:02aux 11 anciens internes
44:03qui étaient
44:05présents
44:06à l'époque
44:07et j'ai pu retracer
44:08son parcours
44:16il a commencé
44:18son stage
44:19en pharmacie
44:19en 1950
44:20et à cette époque-là
44:22les études de pharmacie
44:23duraient
44:244 ans
44:24après le stage
44:25et on terminait
44:26par un examen final
44:28et avant
44:29cet examen final
44:30en 1953
44:31il a passé l'internat
44:32et il a réussi
44:33et ce qui ensuite
44:34il a fait 3 ans
44:35l'internat
44:37et il a eu son diplôme
44:40en 1956
44:41mais qui n'a été validé
44:42qu'en 1957
44:43quand il a pu obtenir
44:45la nationalité française
44:46pour laquelle
44:47il a été obligé
44:47de faire de nombreuses démarches
44:49elles ne lui étaient pas accordées
44:50et j'ai ici
44:53une lettre
44:55qu'il a écrite
44:55au ministre
44:56de la santé
44:57pour pouvoir obtenir
44:58la nationalité française
44:59c'est assez émouvant
45:01il explique
45:02ayant fait mes études
45:03en France
45:04je peux affirmer
45:05que je ne connais pas
45:06d'autres cultures
45:07que celles
45:08qui m'ont été enseignées
45:09dans les établissements français
45:10et la langue française
45:12est en réalité
45:14ma langue maternelle
45:15monsieur le ministre
45:16je ne désire plus
45:17retourner en Autriche
45:18d'où j'ai été chassé
45:20en 1939
45:21pour des raisons raciales
45:23et où actuellement
45:24plus que jamais
45:25fleurit un nazisme
45:27qui n'est pas officiel
45:29et qui est du moins
45:31aussi répandu
45:32qu'en 1938
45:33la nationalité
45:35est pour moi
45:36une affaire d'existence
45:38pour la vie
45:38on ne lui a pas donné
45:40comme ça
45:40la nationalité française
45:41alors qu'il était
45:42depuis 12 ans
45:43en France
45:52au chambon sur lignon
45:53la mairie veut maintenant
45:55faire vivre
45:55la mémoire
45:56d'Eric Schwamm
45:58et doit gérer
45:59l'argent du leg
46:01ce montant
46:02de 3 millions d'euros
46:03est extrêmement
46:04important
46:05pour notre commune
46:09bien entendu
46:10nous respecterons
46:11ces souhaits
46:13en premier lieu
46:14celui d'aider
46:15les jeunes chambonnets
46:16ou les jeunes du plateau
46:18à faire des études supérieures
46:22bien sûr
46:23nous respecterons
46:24ces souhaits
46:25en rénovant
46:26nos écoles
46:27et en favorisant
46:29les installations
46:30sportives
46:32mais soyez sûrs
46:34que nous respecterons
46:36ces souhaits
46:36en faisant
46:38perdurer
46:38cette tradition
46:40d'accueil
46:40qui est la nôtre
46:42et en apprenant
46:44aux générations futures
46:46que face
46:47à la conspiration
46:48du mal
46:49le bien
46:51peut vaincre
46:53merci
46:58parler d'Eric Schwamm
46:59en honneur
46:59de qui nous sommes
47:00réunis aujourd'hui
47:01n'est pas chose aisée
47:02si Eric Schwamm
47:04n'a pas eu la vie
47:04à laquelle il était
47:05selon toute vraisemblance
47:06destinée
47:07à savoir
47:07une vie en Autriche
47:10peut-être
47:11dans les pas
47:12de son père Oscar
47:14c'est que l'histoire
47:14du milieu du XXème siècle
47:16dans sa phase
47:17statue hideuse
47:18est venue bousculer
47:19sa trajectoire familiale
47:20comme cela fut le cas
47:22hélas
47:22pour tant d'autres
47:24le grand regret
47:25que nous avons
47:26c'est de ne pas pouvoir
47:26le remercier
47:27ce qui est un comble
47:29puisqu'il a vécu
47:30jusqu'à une époque
47:31très récente
47:32lui dire
47:33toute notre gratitude
47:35pour son geste
47:36nous ne pouvons
47:37qu'honorer sa mémoire
47:38c'est ce que modestement
47:39nous avons tenté
47:40de faire
47:40avec cette exposition
47:43applaudissements
47:45applaudissements
47:52Sous-titrage
47:54Sous-titrage
48:39Sous-titrage
49:09Sous-titrage
49:13Au collège du village
49:14on apprend désormais
49:15l'histoire d'Eric Schwab
49:17il faut transmettre
49:19afin que perdure
49:20la tradition d'accueil
49:21et les valeurs
49:22qui ont permis
49:23de lui sauver la vie
49:28alors essayez-vous
49:35il faut peut-être
49:36que je vous dise
49:36quelque chose
49:37c'est que Eric Schwab
49:37n'a jamais raconté
49:38son histoire
49:40jamais
49:42et quand
49:43il faut revenir
49:44à ce que tu as dit
49:45c'est-à-dire
49:46que ce vieux monsieur
49:47à 90 ans
49:48est décédé
49:49et il a laissé
49:50sa fortune
49:50à la commune
49:51du chambon
49:52Alors comment il a fait
49:53pour avoir
49:53autant d'orlons ?
49:55Alors
49:56il a fait des études
49:58de pharmacie
49:58et après
50:00il va travailler
50:02dans un laboratoire
50:03ce petit laboratoire
50:05obtient
50:05la possibilité
50:06de développer
50:07et de vendre
50:09un médicament
50:09et il va être vendu
50:11dans le monde entier
50:12et ça va permettre
50:14à ce laboratoire
50:15de se développer
50:16et il semblerait
50:17qu'Eric Schwab
50:18ait été l'une des personnes
50:20qui va aider au développement
50:21donc il gagne
50:22très bien sa vie
50:23et il a laissé
50:24sa fortune
50:25à la commune
50:26du chambon
50:26il ne remercie pas
50:28parce qu'il a été sauvé
50:29avec ses parents
50:31il remercie
50:32parce que
50:33à partir de 1943
50:35jusqu'en 1949
50:36quand il passe
50:37le baccadoriat
50:37il va retrouver
50:39des études
50:40tu voulais ajouter
50:41quelque chose ?
50:42Déjà je ressens
50:43de la fierté
50:44pour notre village
50:46et là
50:47il a retrouvé
50:48le réconfort
50:49en fait
50:49il pouvait
50:50en quelque sorte
50:51revivre
50:52malgré ce qu'il avait vécu
50:54d'accord
50:54d'accord
50:57merci
50:58merci
50:59merci
51:00merci
51:00merci
51:01merci
51:01merci
51:01merci
51:02merci
51:03merci
51:03moi ça m'a beaucoup touchée
51:07de voir comment
51:07les enfants d'aujourd'hui
51:09réagissent à une histoire
51:10qui est pourtant
51:11une histoire très ancienne
51:12ce vieux monsieur
51:13qui a donné de l'argent
51:14en insistant
51:15uniquement sur un point
51:16c'est-à-dire l'aide
51:17qu'il a reçue
51:19comme il dit
51:19dans le domaine éducatif
51:20c'est-à-dire
51:20qu'il voue une reconnaissance
51:23extrêmement forte
51:24à ces personnes
51:27ces instituteurs
51:28ces professeurs
51:29qu'il a eus ici
51:30et qui visiblement
51:32lui ont permis
51:32de vivre
51:33et de survivre
51:34ce qui a été le plus important
51:35pour lui
51:36c'est qu'il a été un enfant
51:37parmi d'autres
51:38il n'a pas été
51:39un enfant particulier
51:41c'était un enfant
51:43qui a réussi
51:44à se fondre
51:45dans le groupe
51:46et il était redevenu
51:49un enfant parmi d'autres
51:52il n'y a pas été
51:53c'est un enfant qui a été
52:53...
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