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00:00Je voulais qu'on commence notre émission par les dessins de Charlie.
00:05Et la question qu'on se pose, c'est est-ce qu'on peut être Charlie tout en critiquant Charlie
00:08?
00:08Et je ne citerai pas le nom de l'invité autour de ce plateau qui m'a dit, c'est
00:13même recommandé.
00:15Ce qui se passe autour de Charlie Hebdo et de la mère de Didier Deschamps qui est décédé,
00:19fait beaucoup de bruit, c'est-à-dire que ça heurte énormément de personnes.
00:23Parce que dans la satire, il faut qu'il y ait un message, un message politique, il faut qu'il
00:27y ait un but.
00:27Mais si c'est attaquer pour attaquer, faire mal pour faire mal, quel est le sens à tout cela ?
00:32Et pourquoi répéter ces caricatures contre la mère de Didier Deschamps qui est décédée ?
00:39Tout commence le 24 juin, au lendemain de l'annonce du décès de la maman de Didier Deschamps,
00:45où le dessinateur Félix, donc, de Charlie Hebdo, qui n'est pas connu du grand public, va publier ce dessin,
00:51je le dis aux auditeurs d'Europe 1, on voit Didier Deschamps brandir une sorte de urne funéraire
00:58avec marqué « Didier Deschamps ramène la coupe à la maison ».
01:01Ça avait heurté énormément de monde.
01:03Et notamment, vous pouvez voir sur les commentaires, sur la page Instagram de Charlie Hebdo,
01:08beaucoup de monde disait « mais où est l'humour ? »
01:12Et surtout, est-ce que vous pouvez avoir un moment de respect pour la famille de Didier Deschamps ?
01:17Visiblement, ça n'a pas plu au dessinateur.
01:19C'est-à-dire que, peut-être qu'il n'a pas supporté la critique,
01:22puisque, quelques jours plus tard seulement, nouveau dessin de ce même dessinateur,
01:28où là, il va faire un dessin d'enfant en disant « enfin, un dessin sur la mort de la
01:33mère de Didier Deschamps »
01:35qui ne choque personne.
01:37Et puis, rebelote, une troisième fois, c'était il y a 48 heures,
01:42après la rencontre France-Espagne,
01:44où là, on voit le cercueil ouvert avec la mère de Didier Deschamps
01:52qui est grimée avec un texte « je préfère encore être morte plutôt que de voir ça ».
01:58Et la question que je me suis posée, c'est pourquoi cet acharnement ?
02:02Pourquoi cette multiplication de publications ?
02:04Est-ce que c'est parce que des gens ont osé critiquer le dessinateur
02:08qu'il poursuit aujourd'hui ses dessins sur la mère de Didier Deschamps ?
02:13Où est la limite dans la stature, surtout que là, je ne vois pas le message politique ?
02:17Et je voulais vous soumettre ces trois dessins et savoir ce que vous en pensiez.
02:22On peut être Charlie tout en critiquant Charlie Hebdo.
02:24La liberté d'expression, c'est aussi de pouvoir dire
02:28« mais ces dessins, un, ne sont pas forcément drôles, il faut du talent »,
02:33ou alors, au contraire, vous pouvez vous les trouver drôles.
02:36Georges Wenech, quel regard vous portez sur ces dessins ?
02:38D'abord, je précise que je suis un défenseur de Charlie Hebdo.
02:41J'ai présidé la commission d'enquête, d'ailleurs, sur les attentats.
02:44Mais là, ça me donne la nausée.
02:46Vous me demandez à moi, moi, je vous réponds, ça me donne la nausée.
02:49On ne s'attaque pas, comme ça, à la mémoire d'une mère.
02:52Moi, je me sens plus Didier Deschamps que Charlie Hebdo aujourd'hui.
02:55Pour ceux qui ont vécu ce que c'est que la perte d'une maman,
02:58voir cette douleur s'afficher comme ça, ça n'a aucun message politique,
03:02c'est inutile, c'est vraiment, c'est ignoble.
03:07Voilà, je vous le dis, et je pense beaucoup à Didier Deschamps en ce moment.
03:10André Valigny, l'homme de gauche que vous êtes,
03:14quel regard il porte sur ces dessins ?
03:15Je disais, souvent, Charlie Hebdo, il y a un message politique,
03:19il y a une satire, mais pensez, finement pensez.
03:23Là, on parle juste de la mère de Didier Deschamps,
03:26qui n'a rien à voir dans tout ça, qui est juste décédé.
03:29André Valigny, est-ce que ça vous heurte ?
03:31Est-ce que, finalement, ce n'est pas une erreur que d'en parler,
03:33parce que c'est aussi mettre la lumière sur un dessinateur
03:37qui, peut-être, n'en méritait pas autant, André Valigny ?
03:40Peut-être qu'il cherchait ça.
03:41Vous m'avez enlevé de la bouche ce que je voulais dire,
03:43à savoir que je trouve que la meilleure façon de réagir
03:47à cette indignité, le mot est fort,
03:51à ce mauvais goût achevé et indécent,
03:54c'est de ne pas en parler.
03:55Je suis heurté, comme Georges Fenech, par ses dessins.
04:00D'ailleurs, je vais vous dire une chose.
04:01Vous avez rappelé que j'étais de gauche.
04:03Je vous remercie.
04:06Parfois, on doute.
04:07Non, non, mais j'ai rarement apprécié Charlie Hebdo.
04:10Je ne l'ai jamais acheté.
04:11Je suis un fidèle du canard enchaîné.
04:13Charlie Hebdo, j'ai toujours un peu de mal,
04:15parce que c'est souvent de très mauvais goût.
04:17Pour autant, évidemment, comme Georges, je suis Charlie,
04:20et ils ont le droit d'écrire ce qu'ils veulent,
04:21et de dire ce qu'ils veulent et de passer ce qu'ils veulent sur leur journal.
04:25Mais là, vraiment, ils ont dépassé les bornes.
04:28Et j'ai commencé par ça.
04:29On peut évidemment être Charlie tout en critiquant Charlie.
04:32On peut être pour la liberté d'expression,
04:34mais ne pas supporter ces caricatures.
04:38Et surtout, c'est la question du talent.
04:40C'est un mauvais goût.
04:41Vous dites un mauvais goût, Eliott.
04:43Jules Thorez, vous dites quoi ?
04:44Il y a des nuls partout.
04:46Évidemment, je suis le premier concerné.
04:48C'est ça que vous voulez dire ?
04:50Jules Thorez, merci.
04:51C'est sympa, ce vendredi matin, vous êtes un amour.
04:53C'est vrai que c'est intéressant,
04:55puisque généralement, on dit que la génération offensée,
04:57c'est la génération Z.
04:59Et moi, ce dessin, objectivement, les deux premiers,
05:02je les trouve, même s'ils sont évidemment déplacés.
05:05Si on se met du point de vue de Didier Deschamps,
05:06évidemment, il vient de perdre sa mère.
05:08Et sans doute, je suis le moins choqué et heurté de ce plateau,
05:11parce que n'ai-je pas connu autant de drames personnels
05:13que les gens autour de ce plateau.
05:15Mais moi, ils ne m'ont pas choqué.
05:16Je trouve que ça fait partie de la caricature.
05:18Il n'y a pas forcément de message politique
05:20derrière toutes les caricatures.
05:21On a pensé cela, parce qu'évidemment,
05:23on a été confrontés ces dernières années
05:25à des caricatures et à des drames,
05:27et je pense notamment à l'attentat de Charlie Hebdo,
05:28parce qu'ils ont été tués au nom de caricatures,
05:31qui avaient justement un message politique,
05:33notamment contre les islamistes.
05:35Mais quand on ouvre Charlie Hebdo,
05:36et moi, je ne suis pas particulièrement fan de Charlie Hebdo,
05:38je pense que parfois, ils ont manqué un petit peu de courage,
05:41notamment en s'en prenant à certaines religions,
05:43mais en nous n'oubliant d'autres.
05:45Et le sujet, c'est est-ce qu'il y a une limite
05:47à la liberté d'expression, à la satire ?
05:49Moi, je fais partie de ceux qui pensent
05:50qu'il n'y a pas de limite à la liberté d'expression,
05:51qu'il n'y a pas de limite à la satire,
05:54et que la liberté, elle doit être totale.
05:56Et d'ailleurs, on est dans un pays
05:56où il y a un certain nombre de lois
05:58qui sont des lois liberticides,
05:59et qui briment,
06:00et on va peut-être en parler aujourd'hui,
06:01mais il y a un certain nombre aussi d'acteurs
06:03qui voudraient brimer la liberté d'expression.
06:05Je pense que c'est très dangereux.
06:06Si vous me permettez,
06:07vous dites qu'ils ont manqué de courage.
06:08Au contraire, ils ont payé très fort
06:10au prix le plus lourd,
06:12le prix du sang,
06:13le courage qu'ils ont pu...
06:15Non, non, il y a leur censure
06:16sur l'islam, justement.
06:19André Valigny.
06:19Ils n'ont pas manqué de courage,
06:20ils attaquent beaucoup la religion catholique,
06:22c'est vrai,
06:22mais sur l'islam,
06:23ils n'ont pas manqué de courage.
06:24Ils ont même fait un dessin
06:25que moi, j'avais trouvé très drôle,
06:27pour le coup,
06:28c'est envoyer Allah qui disait
06:29« C'est dur d'être aimé par des cons ».
06:31Oui, mais c'était au lendemain.
06:33On parle des islamistes.
06:33C'était au lendemain de l'attentat de Charlie Hebdo.
06:36Mais là, si vous voulez,
06:38la répétition des dessins,
06:40vous avez un premier dessin qui fait polémique.
06:42Je l'ai interprété comme ça,
06:44peut-être que je me trompe.
06:46Quelques jours plus tard,
06:47le dessinateur se moque de ceux
06:49qui ont été heurtés par ce dessin.
06:51Et il en remet une couche
06:52au moment de la défaite de France-Espagne,
06:57toujours en mettant en avant
06:59la défunte mère de Didier Deschamps,
07:01Arnaud Bénéti.
07:01On dépasse le cadre, pardonnez-moi,
07:03de la satire.
07:05C'est-à-dire qu'on ne peut pas dire
07:07qu'ils aient manqué de courage
07:07et je partage ce que dit André Valigny.
07:09Ils font partie des premiers
07:11à avoir dénoncé
07:12de manière claire, nette, précise
07:15et en sachant qu'ils prenaient des risques
07:16l'islamisme.
07:18Il faut s'en souvenir.
07:19Donc, je pense que quand même,
07:20c'est un hebdo qui,
07:22de ce point de vue-là,
07:23a été du bon côté des combats
07:24de ces dernières années.
07:27Et d'ailleurs, ils l'ont payé
07:28tragiquement.
07:28C'est ce que j'ai dit.
07:29Je l'ai rappelé.
07:30Après, la liberté d'expression,
07:32si vous voulez,
07:32la liberté d'expression,
07:33c'est en effet la possibilité
07:35et la capacité
07:37de pouvoir critiquer,
07:38y compris des journaux satiriques
07:40et de ne pas être d'accord
07:41avec des lignes éditoriales
07:42qui nous paraissent en effet
07:45blessées inutilement
07:46la morale commune.
07:47Bon, perdre une mère,
07:48en effet,
07:49c'est un père également.
07:51C'est un événement
07:53qui est très douloureux
07:54pour ceux qui,
07:55en tout cas,
07:56ont eu l'expérience
07:58de vivre ces moments.
08:00Donc, ça ne sert strictement
08:02à rien
08:02de blesser inutilement
08:06quelqu'un
08:06qui a perdu sa mère.
08:10Après, est-ce qu'il y a
08:10un message politique ?
08:11Moi, je pense que...
08:12Le message,
08:13qu'est-ce qu'il est derrière ?
08:14Le message,
08:14il est de dire,
08:14de toute façon,
08:17vos critiques
08:17n'ont pas, finalement,
08:19de prise sur nous,
08:20en l'occurrence.
08:21C'est comme ça que je l'ai dit.
08:22Et de toute façon,
08:23plus vous nous critiquerez,
08:24plus on va continuer.
08:25Plus on va continuer.
08:27Après, je pense que
08:27le meilleur moyen,
08:28c'est finalement,
08:29me semble-t-il,
08:30mais c'est personnel,
08:31ce que je vous dis là,
08:31c'est de ne pas en parler.
08:33Et donc, il faudrait,
08:34finalement, se taire.
08:36Vous êtes très attaché
08:37à la liberté d'expression,
08:39Stéphane Simon.
08:40Est-ce que vous avez
08:41une réaction
08:42sur ces dessins ?
08:44Vous êtes venu
08:44pour parler de l'affaire Générard.
08:45Oui, bien sûr,
08:46mais je peux vous dire un mot.
08:46en difficulté, bien sûr.
08:48Non, non, mais...
08:48Comme vous-même,
08:49vous êtes très attaché
08:50à cette liberté d'expression.
08:51Absolument.
08:51Ça m'intéressait aussi
08:52d'avoir votre regard.
08:53Je crois que, tout simplement,
08:54Charlie Hebdo,
08:55depuis quelques années,
08:56a pris l'habitude
08:56d'aller flirter
08:58avec l'intolérable.
08:59Et il voit que ça marche
09:00assez bien,
09:01puisqu'à chaque fois
09:01qu'ils le font,
09:02qu'ils heurtent le bon goût,
09:04on va dire,
09:04ils ont des reprises,
09:06on parle d'eux.
09:07Et c'est un journal
09:07qui, par ailleurs,
09:09n'est plus, évidemment,
09:11aussi vendeur
09:12qu'à une certaine époque.
09:13On se souvient qu'il y a eu
09:14des tirages en 2015
09:15après la vague d'attentats.
09:18C'était 2 millions
09:19d'exemplaires vendus.
09:20On n'est plus du tout
09:21dans ces eaux-là.
09:22Donc, il faut bien relancer,
09:23je dirais,
09:24régulièrement la machine à buzz.
09:26Et c'est ce que fait Charlie.
09:27Je pense que s'il y a
09:29trois dessins,
09:29c'est parce que le premier
09:30a fait beaucoup parler.
09:32Exactement, Stéphane Simon.
09:33Et puis après,
09:33il faut se souvenir quand même
09:34que Baudelaire avait une phrase
09:36qui était assez jolie.
09:37Il disait,
09:37il y a quelque chose de bien
09:38dans le mauvais goût,
09:39c'est ce goût aristocratique
09:41de déplaire.
09:42Et de ce point de vue-là,
09:44Charlie Hebdo déplaît
09:45depuis tant et tant d'années.
09:47Ils ne ménagent personne.
09:49Effectivement,
09:49ils ont cogné peut-être
09:50un peu plus fort
09:51sur la religion catholique
09:53que sur l'islam.
09:54Mais d'une manière générale,
09:55on ne peut pas dire
09:56qu'ils aient épargné
09:57grand monde.
09:58Y compris notre film
09:59que l'on a sorti
10:00il y a peu de temps,
10:01L'Abandon,
10:02qui parlait de l'affaire
10:03Samuel Paty.
10:04Eh bien, ça ne l'aura pas plu.
10:06Ils nous ont démontés.
10:07Voilà.
10:08Donc, ce qui veut dire
10:08qu'ils ne respectent absolument rien,
10:10y compris le combat
10:11contre l'islamisme.
10:12J'entends,
10:13mais pardonnez-moi,
10:14je ne vois pas...
10:15Vous savez,
10:16il y a eu aussi
10:16cette caricature
10:17sur les morts
10:19du Grand Montana.
10:20Tout à fait.
10:20Qui avait été là aussi
10:23heurtante
10:23pour bon nombre
10:25de personnes.
10:27Lorsqu'il y a
10:27un message politique,
10:29lorsqu'il y a un lien
10:30avec une personnalité
10:33qui est active
10:34qui est active
10:35dans la vie médiatique,
10:37politique, sociale,
10:38française,
10:38j'entends.
10:39Mais là,
10:40on parle simplement
10:41de la mère,
10:42défunte mère
10:43du sélectionneur
10:44de l'équipe de France.
10:45Ça veut dire que maintenant,
10:46on peut tout se permettre.
10:49Mais ça dit peut-être,
10:50et là, vraiment,
10:50on prend un peu de hauteur,
10:53ça dit aussi peut-être
10:54du rapport à la mort
10:56et à la vie
10:56qu'on a dans notre société.
10:58C'est peut-être,
10:59normalement,
10:59vous avez un temps
11:02qui accélère la mort.
11:04C'est pour ça
11:04que je vous dis
11:05que peut-être
11:05que si peu
11:08vont en parler
11:09ce matin,
11:10c'est parce que finalement,
11:11c'est passé
11:11dans le commun,
11:14la norme.
11:15Ce n'est pas si grave.
11:17Voilà ce qu'on pouvait dire.
11:18Et effectivement,
11:18on en a parlé en longueur.
11:20Je trouvais que c'était intéressant
11:21aussi de parler
11:21de la liberté d'expression
11:22et la liberté
11:24d'être Charlie,
11:25c'est aussi la liberté
11:26de dire à Charlie
11:27quand on considère
11:28qu'ils vont trop loin.
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