00:00Moi, ce qui me fâche vraiment, j'ai perdu mon papa pendant la caluscule du mois de mai.
00:06Il était hospitalisé dans un très grand hôpital parisien,
00:12qui est très bien classé dans le classement, puisqu'il y a des classements maintenant des services,
00:19donc dans les meilleurs services de neurologie intensive, de neurologie vasculaire intensive d'Europe.
00:29Donc, tous les ans, il y a des vagues de chaleur à Paris.
00:32Tous les ans, il y a plusieurs canicules, et ça depuis 2003, on va dire, quand même.
00:37Et même si ce n'est pas des canicules, en été, il fait très chaud, et dans les chambres des
00:44patients.
00:44Mais c'est insupportable, la chaleur dans les chambres des patients.
00:46Même si les patients ne peuvent pas se lever parce qu'ils n'en ont plus la capacité,
00:51on ne peut pas ouvrir les fenêtres.
00:53Donc, même quand la nuit, ça se rafraîchit, on ne peut pas rafraîchir les chambres.
00:59Mon frère est décédé, il faisait 32 degrés dans sa chambre.
01:02La veille de son décès, mon frère a apporté à 23 heures, dans l'hôpital, un ventilateur.
01:10On sait que les médecins ont fait des demandes, et c'est tous les ans la même chose.
01:16Tous les ans, en été, quand le soleil donne sur les chambres, ça chauffe, et on ne peut pas les
01:21rafraîchir.
01:21Ils font des demandes, ne serait-ce que de ventilateurs.
01:25Et ça ne suffit pas un ventilateur, ça ne fait pas descendre la température.
01:28Même des ventilateurs, il n'y en avait pas un par chambre.
01:32Ça fait 20 ans, plus de 20 ans, qu'on vit des situations dans les hôpitaux où on n'a
01:37même pas un ventilateur par chambre.
01:40Donc la clim, on en est loin, c'est honteux.
01:43Les équipes, alors là, je parle des patients, où les patients, ils sont 24 heures sur 24 dans des chambres
01:48surchauffées.
01:49Ça, c'était au mois de mai.
01:51Aujourd'hui, tous les jours, je pense à ceux qui sont hospitalisés, et aux équipes qui sont en blouse,
01:59et à qui on rajoute les soins habituels.
02:02On sait que les équipes, elles n'en peuvent plus, déjà en temps normal.
02:05Et là, on leur rajoute de courir.
02:08C'est du délire pour ceux qui ne savent pas.
02:10C'est insoutenable.
02:11On leur rajoute de courir avec des glaçons pour refroidir les patients.
02:15On leur met des glaçons au niveau de laine et des aisselles, c'est-à-dire au niveau des gros
02:20vaisseaux, pour les refroidir.
02:22On est où, en fait ? On est en France, dans le meilleur service de Neuro d'Europe ?
02:28Laura, vous êtes toujours avec nous.
02:30Vous travaillez dans les systèmes hospitaliers,
02:33mais vous nous racontiez surtout qu'en mai dernier, lors de la première vague caniculaire,
02:38vous avez perdu votre papa dans un grand hôpital parisien.
02:42Oui.
02:43C'est un hôpital public ?
02:44Oui, bien sûr.
02:46Et vous expliquez que dans la chambre de votre papa, il faisait 32 degrés,
02:52et qu'à la hâte, votre frère a apporté un ventilateur la veille,
02:58mais sauf que les ventilateurs, on ne peut pas les utiliser.
03:00Enfin, ça ne refroidit pas la pièce, forcément.
03:03Non, c'est déjà bien, c'est déjà bien.
03:05Oui, c'est...
03:06Est-ce que, pardonnez-moi...
03:07Mais il n'y en a pas.
03:08Laura, pardonnez-moi de vous poser cette question,
03:10mais est-ce que vous associez la disparition de votre papa
03:16aux conditions d'hospitalisation, et notamment à cette chaleur excessive ?
03:21Non, absolument pas.
03:23Absolument pas.
03:24C'était juste des conditions indignes.
03:26Et indignes pour mon père, qui est son logement, il avait de la chance,
03:31il avait un logement assez bien isolé, qui était frais,
03:34et là, il est mort dans une chambre à 32 degrés.
03:38Il suffoquait, mais non, il serait...
03:41Il a eu un accident vasculaire cérébral qu'il a condamné.
03:46Ce n'est pas lié à la vague de chaleur, et ce n'est pas lié aux conditions.
03:49Mais ce n'est pas digne.
03:51Et sur d'autres patients, peut-être que ça...
03:54Sûrement, ça accélère leur dégradation.
03:57Parce que quand le patient a déjà du mal à réguler sa température,
04:03le malade, mais attention, un malade, avant d'être malade,
04:06il était en bonne santé.
04:07Et bien, quand on a un problème de santé,
04:09qu'on a du mal à réguler notre température,
04:11si la température extérieure est de 32 degrés,
04:14ça ne va pas le faire.
04:15Et aujourd'hui, on monte, on monte, on monte encore.
04:17Et voilà, vous avez dit, voilà les équipes.
04:21Oui, nous, on a eu des équipes absolument formidables.
04:24Et on avait de la chance, parce qu'on les a, je pense,
04:28remerciés 50 fois par jour d'être aussi formidables.
04:31Mais on était dans un service de soins intensifs.
04:33Donc il y avait un infirmier, c'est le luxe,
04:37pour 4 patients.
04:40Dans les EHPAD, des fois, c'est 1 pour 50.
04:44Oui, ça, je l'aurai.
04:46Voilà, et nous, déjà, c'était l'horreur.
04:48Ils couraient, donc, avec des glaçons.
04:51S'ils sont 1 pour 4, c'est parce que c'est des patients
04:53qui méritent énormément de soins.
04:55Donc, ils ont fait, ils ne se sont jamais pleins.
04:59Ils avaient chaud, eux aussi, évidemment.
05:01Ils ne se sont jamais pleins.
05:02Ils ont été exemplaires.
05:05Exemplaires.
05:06Voilà, et sauf que cette vague, elle avait duré 8, 6, 8 jours.
05:12Et là, on en est à combien ?
05:14Ils vont continuer comme ça pendant combien de temps ?
05:17On va avoir combien de temps, des patients, des soignants,
05:20des équipes paramédicales, médicales ?
05:24Ils vont tenir combien de temps pour s'occuper de nous ?
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