00:00Il semble loin le temps des doutes, vous savez, de la prudence, des dilemmes moraux insurmontables
00:05qu'Emmanuel Macron mettait en scène, par exemple lorsqu'il rentrait du Vatican
00:08ou quand il s'adressait aux participants de la Convention citoyenne sur la fin de vie.
00:12Le sujet jurait ses conseillers, l'empêchait même de dormir.
00:15Sa majorité jurait de n'aborder le débat parlementaire qu'avec l'extrême gravité que commande cette question vertigineuse.
00:21Le gouvernement lui-même n'irait pas de gaieté de cœur.
00:23Sébastien Lecornu, disait-on, comme François Bayrou avant lui, serait farouchement opposé à la loi.
00:27Et pourtant, c'est avec une décontraction sidérante que le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifousse,
00:34fait donner à son hôtel de Clermont une petite sauterie estivale
00:36pour fêter à grand renfort de champagne et de petits fours le vote de cette loi mercredi prochain.
00:41Lui ne semble pas hanté par le basculement anthropologique que peut représenter ce texte.
00:46Au fond, le bluff était vanté. On nous avait promis une loi de compromis.
00:49Un moindre mal, voter presque à contre-cœur pour faire face à des situations humaines très douloureuses.
00:53Tu parles, cette loi sera un trophée, un totem de plus pour ceux qui rêvent d'inscrire leur nom aux
00:58côtés d'une loi qui fera date.
00:59Ils contempleront mercredi dans leur vote leur propre reflet en train, pensent-ils, de faire avancer l'histoire
01:05et les râles des malades en fin de vie ou la détresse des personnes qui les accompagnent seront loin de
01:09leurs oreilles.
01:10Quant à l'histoire, il n'est même pas impossible qu'elle les juge.
01:13Ce qui est indécent, c'est aussi de prévoir de fêter une loi alors qu'elle n'est même pas
01:16votée.
01:17Ils enjambent le vote.
01:17Les parlementaires savent à quoi s'en tenir par rapport à leur ministre des Relations avec le Parlement.
01:22Ils savent le peu de cas qui fait de leur vote.
01:23Alors, il est manifestement gêné, Laurent Pannifousse.
01:25Il dit dans un message posté cette nuit qu'il ne s'agit ni d'un cocktail ni d'une
01:29célébration.
01:29Ce sont pourtant les mots qu'employait le CESE qui invitait les conventionnels sur la fin de vie à se
01:33rendre à cette sauterie.
01:35Mais le destin de la loi, lui, n'est pas encore tout à fait écrit.
01:37Gérard Larcher a promis hier dans le Figaro de saisir le Conseil constitutionnel,
01:41jugeant que plusieurs points du texte sur lesquels le Sénat avait donné l'alerte n'ont pas été pris en
01:47compte
01:47et seraient inconstitutionnels, notamment l'absence de liberté pour les établissements,
01:51par exemple, qui voudraient refuser de pratiquer l'euthanasie en leur sein pour un certain nombre de raisons.
01:56Ceux qui ont été oubliés en chemin, ce sont les soignants, Paul.
01:59Que voulez-vous ?
02:00Les pelouses des hôtels particuliers du 7e arrondissement sont sûrement pas assez vastes pour les recevoir tous.
02:05Tant pis pour eux.
02:05Alors, le courrier du ministre qu'on a pu consulter demande à ses invités de préciser s'ils ont des
02:10allergies alimentaires.
02:11Ça signifie que dans les jours qui viennent, le cabinet de Laurent Panifou sera davantage préoccupé
02:14par le fait de savoir si les convives souhaitent manger leur foie gras sur un toast avec ou sans gluten
02:18que par le désarroi des soignants qui, eux, ont alerté en vain sur la dénaturation de leur profession pendant des
02:23années.
02:24Dans une semaine, on va trinquer dans les ministères pendant que le personnel des services de soins palliatifs,
02:30les aidants, les soignants, les proches, tous ceux qui accompagnent des malades en phase terminale,
02:33qui, eux, continueront de montrer aux personnes vulnérables ce que la République aura cessé de leur dire,
02:37à savoir que chaque vie compte, et ce, jusqu'au dernier souffle.
02:40Sous-titrage Société Radio-Canada
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