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  • il y a 12 minutes
Mourad Battikh, avocat d'une partie de la famille de Delphine Jubillar, voit dans les aveux de Cédric Jubillar relayés par ses avocats une "forme de victimisation" qui est "inacceptable et inaudible". Il plaide pour maintenir le procès en appel en septembre, comme prévu.

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Transcription
00:00Votre invité est l'avocat d'une partie de la famille de Delphine Jubilard, maître Mourad Batik.
00:05Bonjour.
00:06Avocat de l'oncle de la tante dont Delphine était très proche, de cousin aussi et de son amant notamment,
00:13qui ont découvert donc hier, comme tout le monde, dans la presse, dans le journal La Dépêche,
00:18les aveux de Cédric Jubilard.
00:20Après plus de cinq ans de dénégation, y compris pendant toute la durée du procès
00:24qui a abouti à sa condamnation à 30 ans de réclusion criminelle,
00:27il admet désormais être responsable de la disparition de son épouse dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020
00:33à Cagnac-les-Mines dans le Tarn.
00:36Quelle a été tout simplement la réaction de vos clients, Mourad Batik, en découvrant ces aveux ?
00:41Ils ont été atterrés, on les a découverts comme tout le monde dans la presse le matin,
00:47c'est-à-dire que c'est un schéma qui n'est pas classique.
00:48Le principe, ça aurait été effectivement que Cédric Jubilard, par le biais, par le truchement de ses avocats,
00:53envoie ce courrier au président de la Cour d'Assise, que nous en soyons destinataires également
00:59et que par la suite, la presse en soit informée.
01:02Atterrés par la méthode, mais est-ce qu'il y a un soulagement tout de même après cinq ans et
01:07demi de dénégation encore une fois ?
01:10Est-ce qu'ils sont soulagés ?
01:11Non, il n'y a pas de soulagement. Cédric Jubilard est un énorme pervers, il manipule de bout en bout
01:17et c'est une énième forme de manipulation.
01:21Vous n'accordez aucun crédit à ce qu'il dit ?
01:22Aucun crédit à ce qu'il dit, il ne parle que de lui.
01:25En réalité, c'est toujours une mise en scène de sa propre personne.
01:29Il n'y a qu'une volonté, qu'un objectif à travers ce courrier, c'est parler de lui, faire
01:33parler de lui,
01:34qu'il soit au centre du jeu, qu'il soit au centre de tout.
01:36Finalement, ce qu'il dit, nous n'en avons que faire.
01:41La seule question à laquelle...
01:43Vous dites ce matin, mes clients n'ont que faire des aveux de Cédric Jubilard, qu'ils attendent de 2020.
01:49Que n'a-t-on dit sur ce dossier ?
01:52On nous a expliqué que ce dossier était vide depuis cinq ans,
01:55que je participais, que nous participions à une énorme erreur judiciaire,
01:59que Cédric Jubilard était innocent.
02:01Nous savions depuis le premier jour que ce dossier n'était pas vide.
02:04Il suffit d'ouvrir le dossier pour savoir qu'il y avait des éléments qui le mettaient en cause directement.
02:08Donc aujourd'hui, que Cédric Jubilard dise qu'il est impliqué dans le meurtre de sa compagne,
02:13nous le savions depuis le premier jour.
02:15Vous vous dites que ça ne change rien.
02:16La vérité, on la connaissait.
02:17Ça ne change strictement rien.
02:18La seule question à laquelle nous voulons une réponse, c'est où est le corps de Delphine ?
02:22Et cette question, nous n'avons toujours pas de réponse.
02:25Au lendemain de ce courrier, nous ne savons toujours pas où est Delphine.
02:27Et c'est la seule question qui nous intéresse aujourd'hui.
02:30Il dit qu'il est prêt à indiquer à la justice l'endroit où se trouve la dépouille de Delphine
02:34Jubilard.
02:35Mais il ne dit pas où elle se trouve.
02:37Il ne dit pas où, il ne dit pas quand.
02:39C'est une forme de manipulation de plus.
02:42C'est une forme de perversion.
02:44Il est le maître des horloges.
02:45Il est le maître du jeu.
02:46Il est le maître de l'agenda.
02:47Il a besoin d'égrener, de feuilletonner et d'être toujours au centre de l'attention.
02:53Et donc finalement, peut-être nous dira-t-il où est le corps de Delphine avec ses conditions.
02:57Peut-être nous dira-t-il qu'il donnera la précision et la localisation du corps si et seulement s
03:03'il sort de l'isolement, si et seulement si le procès est reporté, si et seulement si dans cet intervalle
03:09il est libéré.
03:10J'en sais rien.
03:11En tout cas, ce que je sais, c'est que nous ne pouvons avoir aucune confiance en ce règle jubilard.
03:14Pour vous, c'est une stratégie dictée par ses avocats ?
03:17J'en sais rien.
03:18Je ne sais pas si c'est dicté par ses avocats.
03:19En tout cas, tout ce que je peux vous dire, c'est que c'est extrêmement maladroit et hautement questionnable
03:23sur la forme.
03:24Venir devant les médias pour expliquer aux médias, avant d'expliquer à l'institution judiciaire ce qu'il en est.
03:31C'est quoi la prochaine étape ?
03:33Taper 1 pour acquitter Cédric Jubilard, taper 2 pour le condamner.
03:36Je veux dire, ce n'est pas comme ça que notre état de droit a été construit.
03:41Ça, ça vous choque.
03:41Cette méthode, d'ailleurs, la Cour d'appel de Toulouse a indiqué hier dans un communiqué
03:47n'avoir pas reçu cette lettre d'aveu de Cédric Jubilard,
03:51qui a été transmise pour l'instant, semble-t-il, uniquement à la presse.
03:54Uniquement à la presse.
03:55Pour vous, ça c'est inédit ?
03:56C'est inédit.
03:57On est face à une forme de communication qui, moi, me choque, en qualité d'avocat des partis civils.
04:05On ne vient pas rendre justice sur les plateaux face à une conférence de presse.
04:10Les médias sont accessoires au procès pénal.
04:13On peut s'en servir quand on a besoin d'une caisse de résonance.
04:16Mais ça ne peut pas être le premier interlocuteur.
04:18Mais parlons clairement.
04:20Qu'a gagné Cédric Jubilard en menant cette stratégie, si je vous entends bien ?
04:26Ou compte à gagner ses avocats, maîtres de Buisson, père et fils ?
04:30Je ne veux pas parler de mes confrères.
04:32C'est une stratégie qu'ils ont mis en place.
04:37Ce que Cédric Jubilard a gagné dans cette façon de faire et dans cette façon d'opérer,
04:41ce que je peux vous dire en regardant dans le rétroviseur,
04:44c'est que depuis le premier jour, il a besoin qu'on parle de lui.
04:46Il se grise, il se gargarise dès lors que l'on parle de lui.
04:49Il est heureux quand il y a un reportage qui passe à la télévision qui le concerne.
04:54Qu'est-ce qui vous permet de dire ça ?
04:55C'est qu'au détenu.
04:56Ça a été acté en procédure.
04:59Dès lors qu'on parle de Cédric Jubilard et qu'il y a un reportage le concernant,
05:04il tape aux portes, il crie à travers les barreaux de sa fenêtre.
05:07Il y a un reportage sur moi.
05:08Et donc, c'est quelque chose duquel il se nourrit.
05:10Donc, le récit des avocats, selon lequel, justement, c'est cette pression médiatique.
05:15Leur récit est totalement inverse à celui que vous faites ce matin.
05:18C'est que la pression médiatique a bloqué sa parole, en plus des nombreux médicaments qu'on l'obligeait, manifestement,
05:25disent ses avocats, à prendre depuis des années.
05:27Et qu'il y a eu un déclic ces derniers mois, justement, à la faveur de l'arrêt de cette
05:32médication.
05:32Ce récit, vous n'y croyez pas ?
05:33Donc, c'est la pression médiatique qui a fait qu'on se retrouve face à cette situation.
05:38Et on va expliquer ça face aux médias.
05:40Ça vous paraît parfaitement cohérent.
05:43D'expliquer que les médias sont la résultante et les mots de toute cette situation.
05:49Et on va expliquer ça devant les médias.
05:51Je veux dire, à un moment, c'est absurde.
05:52Et puis, quant à la question des médicaments, on est face à une forme d'indécence pour tous ceux qui
05:57sont vraiment drogués.
05:59On a parlé de soumission chimique ces derniers mois, ces dernières semaines.
06:01Je crois qu'il ne faut pas pousser l'indécence jusque-là.
06:04Moi, j'étais au procès et Cédric Jubilard, il était tout sauf drogué.
06:08Si on en revient à l'essentiel, tout de même, Maître Mourad Batik,
06:11si demain, dans les prochains jours ou les prochaines semaines,
06:14Cédric Jubilard indique effectivement où se trouve le corps de Delphine Jubilard ?
06:18Est-ce que vos clients, donc une partie, encore une fois, de la famille de la victime,
06:23pourront enfin avoir le soulagement qu'ils attendent depuis cinq ans et demi
06:28et commencer à faire leur deuil ? Est-ce que ce n'est pas là l'essentiel ?
06:31Bien évidemment, après, les conditions dans lesquelles ils pourront faire leur deuil
06:34seront quand même des conditions assez contestables.
06:37Que va-t-on retrouver de Delphine Jubilard cinq ans, cinq ans et demi après les faits ?
06:41Qu'est-ce qui va rester de Delphine Jubilard ?
06:44Et évidemment, ce qui restera de Delphine Jubilard permettra d'avoir un lieu de recueil,
06:50d'avoir une tombe et de pouvoir pleurer, se recueillir et procéder à cette phase de deuil
06:56qui est une phase importante et fondamentale pour la famille.
06:59L'essentiel aussi, l'essentiel des débats désormais, maintenant que ces aveux sont là,
07:03noir sur blanc, et que Cédric Jubilard va pouvoir manifestement s'exprimer
07:08s'il va jusqu'au bout de sa démarche devant la justice,
07:11c'est la version qu'il donne et qu'ont donné ses avocats hier,
07:16à savoir une énième dispute conjugale qui a mal tourné.
07:20Ses avocats parlent même de « crime passionnel ».
07:22Qu'est-ce que vous pensez de ce terme ?
07:26Écoutez, merci pour ce voyage dans le temps.
07:28On est revenu aux années 60, on a expliqué que quand on émet trop, on peut tuer.
07:33Donc ce crime passionnel, c'était un terme qui a été utilisé dans les années 60,
07:37qui a mal vieilli dans les années 70, qui a été peu utilisé dans les années 80.
07:41Et aujourd'hui, en 2026, on vient nous expliquer qu'un homme a tué passionnellement sa femme
07:47parce que finalement, il l'émet trop.
07:49À l'heure de la prise de conscience aujourd'hui sur les féminicides,
07:52c'était inacceptable d'entendre ça pour vous ?
07:54C'est absolument inacceptable, c'est hors de propos, c'est parfaitement anachronique.
07:59Enfin, je veux dire, tous les qualificatifs sont bons pour expliquer à quel point
08:02ce terme n'aurait pas dû être utilisé.
08:05Et donc finalement, il y a une forme de victimisation de Cédric Jubilard
08:09où finalement, il est presque plus auteur, il est victime.
08:12Il est victime parce qu'on l'a drogué, il est victime parce qu'il a trop aimé.
08:15Et donc finalement, cette inversion des valeurs, elle est inacceptable, elle est inaudible.
08:20Un tout dernier mot, Maître Mourad Batik, pour vous, hors de question d'accepter un report du procès en appel
08:26qui doit commencer le 21 septembre.
08:28On ne va pas se laisser dicter l'agenda par Cédric Jubilard, absolument pas.
08:32Le procès, il doit se tenir au mois de septembre et il se tiendra au mois de septembre.
08:35Merci d'être venu ce matin sur France Inter.
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