- il y a 7 heures
Avec Andréa Gruev-Vintila, Maîtresse de conférence en psychologie sociale, autrice de “contrôle coercitif
au coeur de la violence conjugale”
Retrouvez Muriel Reus, tous les dimanches à 8h10 pour sa chronique "La force de l'engagement" sur Sud Radio.
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##LA_FORCE_DE_L_ENGAGEMENT-2026-06-28##
au coeur de la violence conjugale”
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00:00Retrouvez la force de l'engagement.
00:03Avec AJP, épargne, retraite, assurance emprunteur, prévoyance, santé.
00:10Sud Radio, la force de l'engagement, 15h, 15h30, Muriel Rius.
00:15Bonjour à toutes et à tous, merci d'être avec nous pour la force de l'engagement,
00:18l'émission qui donne la parole à celles et ceux qui font bouger la société.
00:21Aujourd'hui, nous allons parler d'un sujet encore insuffisamment compris en France,
00:25alors même qu'il est au cœur de nombreuses violences conjugales, le contrôle coercitif.
00:30Mon invitée est Andrea Grues-Ventila,
00:33maîtresse de conférence en psychologie sociale à l'université Paris-Nanterre,
00:37spécialiste reconnu des violences conjugales et des mécanismes d'emprise.
00:40Elle vient de publier chez Dunod la deuxième édition de son ouvrage,
00:44le contrôle coercitif, au cœur de la violence conjugale.
00:47Mais avant de vous donner la parole, chère Andrea,
00:49je vous propose de nous engager contre le contrôle coercitif.
00:53« Longtemps, les violences conjugales ont été pensées presque exclusivement à travers les coups,
00:57comme si la violence n'existait qu'au moment où le corps porte des traces visibles,
01:01comme si l'absence d'hématomes suffisait à effacer la domination.
01:05Mais la réalité des violences est infiniment plus complexe.
01:08Dans de nombreuses situations, la violence commence bien avant les coups
01:11et parfois, elle existe sans cela.
01:13La violence s'installe progressivement,
01:15par la surveillance, l'isolement, la peur,
01:18la micro-régulation permanente de la vie quotidienne,
01:21le contrôle des déplacements, des finances, du téléphone, des vêtements,
01:25des relations sociales, du travail et des enfants.
01:28Par cette capacité qu'a un agresseur à occuper progressivement l'espace mental d'une autre personne,
01:33jusqu'à réduire son autonomie, sa confiance, sa capacité même à penser librement.
01:38C'est cela le contrôle coercitif,
01:40un système de domination, une stratégie,
01:43un enfermement invisible,
01:45une mécanique globale d'appropriation et d'exploitation de l'autre.
01:48Et c'est précisément ce qui rend ces violences si difficiles à identifier.
01:53Parce qu'elles ne reposent pas toujours sur un événement spectaculaire.
01:56Elles s'installent dans la durée, dans l'usure, la répétition.
01:59Elles reposent sur une accumulation, une emprise progressive.
02:03La victime finit par adapter toute sa vie au risque,
02:06éviter un conflit, une humiliation, une colère, une crise, une menace, un regard, un silence.
02:12Le contrôle coercitif fabrique une prison sans barreau.
02:15Et cette réalité concerne les femmes, mais aussi des enfants,
02:19qui ne sont pas simplement témoins,
02:21mais qui deviennent souvent des outils du contrôle,
02:23des relais de la peur, des moyens de pression,
02:26des cibles indirectes d'une domination qui traverse toute la sphère familiale.
02:30L'angle mort, c'est que notre système judiciaire
02:33continue souvent à analyser ces situations acte par acte.
02:37Un SMS menaçant, une surveillance, une humiliation,
02:40une privation financière, une intimidation.
02:43Pris séparément, chaque fait peut sembler insuffisant.
02:47Mais ensemble, ils dessinent une architecture de domination.
02:51Et c'est d'ailleurs tout l'enjeu du débat actuel
02:53autour de l'intégration du contrôle coercitif dans notre droit.
02:56Plusieurs pays, l'Ecosse, l'Angleterre, le pays de Galles,
02:59ou encore certains pays nordiques,
03:00ont déjà compris qu'il fallait regarder la cohérence globale des violences,
03:03et non pas uniquement leurs manifestations les plus visibles.
03:06Le contrôle coercitif oblige à sortir d'une vision événementielle des violences.
03:11Il oblige à regarder la continuité, la stratégie, l'intention,
03:15la domination organisée.
03:17Il oblige à comprendre qu'un féminicide ne commence pas par le jour où une femme est tuée.
03:21Il commence souvent bien avant,
03:23le jour où la liberté d'une femme est progressivement confisquée.
03:31Alors, nous sommes sur Sud Radio, avec la force de l'engagement,
03:34et aujourd'hui, pour comprendre comment fonctionne cette mécanique de domination,
03:38pourquoi elle reste si mal identifiée en France,
03:40et pourquoi elle bouleverse si profondément notre compréhension des violences conjugales,
03:44je reçois Andréa Uriels-Vintilla.
03:46Bonjour Andréa.
03:47Bonjour Muriel Raus.
03:48Alors, avant de parler de la nouvelle édition de votre livre sur le contrôle coercitif,
03:52à quel moment de vos recherches,
03:55vous avez compris que cette notion de contrôle coercitif
03:58permettait de mieux comprendre ce que vivaient réellement les victimes.
04:02Merci beaucoup de souligner ce décalage.
04:04Et peut-être avant de répondre à la question,
04:06je voudrais enchaîner sur ce que vous avez dit précédemment,
04:09qui est qu'on ne pourra ni prévenir les féminicides,
04:11ni protéger les enfants,
04:13tant que le contrôle coercitif ne sera pleinement inscrit dans notre droit.
04:18Dans aussi la formation, et ceci en métropole et en Outre-mer,
04:22c'est-à-dire sur tout le territoire français.
04:24Parce que nous avons toutes les preuves scientifiques aujourd'hui.
04:26Nous avons tous les voyants au vert,
04:28nous avons les outils juridiques,
04:30nous avons des formulations,
04:31nous avons l'expérience des autres pays,
04:32nous avons les leçons qu'on a tirées en droit européen,
04:35mais aussi ailleurs.
04:37Et très récemment aussi, avec l'Italie, la Roumanie,
04:39avec les nouvelles lois féminicides qui s'appuient sur à la fois
04:42les recherches scientifiques,
04:44celles que je présente dans le livre,
04:45le livre lui-même,
04:46et même des auditions que j'ai pu faire dans les deux pays.
04:49et qui montrent que, en fait,
04:52même en France,
04:52les voyants sont au vert,
04:54mais en fait, rien n'est encore acquis.
04:57Alors, pour moi,
04:59tout a commencé pour le contrôle coercitif
05:01exactement là où vous avez pointé le décalage,
05:03c'est-à-dire entre ce que nous pensions être
05:07les violences conjugales,
05:09c'est-à-dire ces actes qui laissent des traces physiques,
05:15et la réalité que décrivent la victime.
05:17Alors, il se trouve qu'en 2015,
05:19je dirigeais un gros projet international de recherche
05:21qui s'appelait Extremis sur la radicalisation violente
05:23et le terrorisme,
05:27suite aux attentats de 2015.
05:30Et si vous vous souvenez,
05:31il y a eu environ 150 victimes
05:33entre les trois attaques de janvier
05:35et le 13 novembre.
05:38Et puis, immédiatement après les attaques de janvier,
05:41les Français, les Français ont commencé à descendre dans la rue
05:44très vite, en fait,
05:44après le premier attaques de Charlie Hebdo,
05:47avec 4 millions lors de la marche républicaine
05:50le dimanche 11 janvier 2015.
05:53Pour moi, ce que je ne comprenais pas
05:56en tant que psychologue social,
05:57c'est comment est-ce que nous arrivons
05:59à nous mobiliser autant
06:01lorsque la violence est pensée,
06:03comprise comme ayant lieu
06:05dans l'espace public,
06:08et lorsqu'elle a lieu dans l'espace
06:10que nous pensons privé,
06:13on n'est pas autant en capacité
06:15à se mobiliser, en fait,
06:16alors qu'elle tue davantage
06:17des femmes et des enfants
06:19et que le nombre total
06:20des victimes de terrorisme 2015,
06:24c'est le nombre de féminicides
06:26et uniquement de féminicides directs
06:28auxquels s'ajoutent
06:29ce que l'Ami Prof appelle aujourd'hui
06:31les féminicides indirects,
06:32c'est-à-dire les suicides provoqués
06:33sur lesquels a travaillé El Meloul,
06:35mais aussi les homicides d'enfants,
06:37mais aussi le fait
06:39que l'auteur peut se suicider
06:41après avoir tué la femme
06:44et ou les enfants,
06:45et les rares cas
06:46où la victime du contrôle coercitif
06:49tue son agresseur,
06:52comme on l'a vu
06:53avec Jacqueline Sauvage
06:54et Valérie Bacot,
06:56entre autres en France.
06:57Pour moi, le décalage
06:59était impressionnant
07:00entre ce qu'on imaginait
07:02être la violence conjugale à l'époque
07:04où il y a toutes ces affiches
07:06avec les bras cassés,
07:07les visages ensanglantés,
07:09et la réalité
07:11que décrivaient
07:11les femmes et les enfants
07:13que je rencontrais
07:14en même temps que je finissais
07:15mon projet sur le terrorisme.
07:17Et ces femmes décrivaient
07:19des états de terreur
07:21énormes,
07:22totales,
07:22absolues,
07:23de captivité,
07:26et décrivaient,
07:27enfin,
07:27elles nous disaient
07:28qu'elles sont capables
07:28de déceler au rythme
07:30des pas dans l'escalier
07:31de l'agresseur
07:31au rythme de sa respiration
07:33si elles doivent prendre
07:34les enfants dans les bras
07:34et foncer avec eux
07:35dans la pièce du fond du domicile.
07:37Donc, en fait,
07:39moi, j'entends
07:39ces indicateurs
07:41qu'elles ont
07:42pour mesurer
07:43le risque
07:45opérationnel
07:45autour
07:46de l'enfant
07:47dû à l'agresseur
07:48dont elles ont appris
07:49le fonctionnement
07:51à tel point
07:52qu'elles peuvent
07:53savoir
07:54quelle variation
07:54dans le rythme respiratoire
07:57signale un danger
07:58pour les enfants.
07:59Chose que nous,
08:00tiers,
08:01nous ne pourrons
08:02jamais
08:02en tant que professionnels.
08:04Donc,
08:04j'en déduis
08:05qu'elles ont
08:05une expertise
08:06extrêmement fine
08:07et très adaptée
08:07à la réalité
08:08de cet agresseur-là
08:10en vue
08:10de réduire
08:11le risque
08:12envers les enfants.
08:13Pourquoi je dis ça ?
08:13Parce que la plupart
08:14des femmes
08:15que je rencontrais
08:15c'était des mères
08:16plus de 8 sur 10.
08:18Entre-temps,
08:19il y a eu
08:19les études du mystère
08:20de l'intérieur
08:21avec Amandine Sour
08:22du service
08:22de statistique
08:23qui nous disent
08:24qu'effectivement
08:25dans plus de 8 cas
08:26sur 10,
08:27ces situations
08:28existent
08:29ou subsistent
08:29ou se prolongent
08:30lorsque les agresseurs
08:32ont des enfants
08:33avec les victimes.
08:36Donc moi,
08:36c'est ça que j'entendais
08:37quand je leur demandais
08:38mais pourquoi
08:38vous ne partez pas ?
08:40Elle,
08:40ce qu'elle disait
08:40c'est que si elle partait,
08:43alors les enfants
08:44allaient se retrouver
08:44avec celui
08:46dont elle savait,
08:47le père
08:49en général
08:49et que s'il s'énervait,
08:52il perdait patience,
08:53elle n'allait pas
08:54être là
08:54pour faire tampon
08:56s'il devenait violent
08:57avec les enfants
08:58en fait.
08:59Et que si elle partait,
09:00aussi les enfants
09:01risquaient d'être confiés
09:02à cet homme
09:05dont elles avaient
09:06signalé la violence
09:07mais non seulement ça,
09:08dont elles connaissaient
09:09les changements très fins
09:12comportementaux
09:13à partir duquel
09:14le risque
09:15pouvait augmenter
09:16sur les enfants.
09:17Donc pour moi,
09:17il y avait ce décalage énorme
09:19que vous avez mis en évidence
09:20de façon remarquable
09:21entre ce qu'on imaginait
09:23de la violence conjugale
09:24et la réalité
09:25de terreur
09:26et de captivité
09:27qu'elle décrivait.
09:29Captivité qui n'était pas
09:30que psychologique,
09:31qui était très matérielle
09:32puisqu'avant...
09:33Opérationnelle, oui.
09:34Opérationnelle
09:34et même au-delà de ça,
09:35matérielle
09:36parce qu'elles sont privées
09:37de ressources,
09:39de droits.
09:40Il y a un contrôle du temps,
09:41de l'argent,
09:42il y a un contrôle
09:43de leurs activités,
09:45de leurs fréquentations.
09:46Et donc,
09:47avant même
09:49de prendre le contrôle
09:50de leur comportement,
09:51il y a un contrôle
09:52sur leur environnement.
09:54Oui, en fait,
09:55on se pose toujours
09:55cette question,
09:56pourquoi les femmes
09:57ne partent pas ?
09:57On ne se pose jamais
09:58la bonne question,
09:59c'est qu'est-ce qui a été
09:59mis en place
10:00pour qu'elles ne partent pas ?
10:01Alors, vous dites régulièrement
10:02que cette violence
10:04ne doit plus être
10:04représentée comme un conflit privé
10:06mais doit être reconnue
10:07comme une violence sociale.
10:08On en parle juste
10:09après la pause.
10:10Retrouvez la force
10:11de l'engagement
10:12avec Agipi,
10:14épargne,
10:15retraite,
10:15assurance emprunteur,
10:16prévoyance,
10:17santé.
10:19Agipi !
10:20Sud Radio,
10:21la force de l'engagement,
10:2215h, 15h30,
10:24Muriel Rius.
10:25Aujourd'hui,
10:26dans la force de l'engagement,
10:27nous parlons du contrôle
10:28coercitif avec
10:28Andréa Gruès-Vintilla,
10:30maîtresse de conférence
10:31en psychologie sociale
10:32à l'université
10:33paris-dantère
10:33et autrice
10:34du contrôle coercitif
10:36au cœur de la violence conjugale.
10:37Alors,
10:38cette phrase que vous prononcez,
10:40que j'ai lue régulièrement,
10:42la violence doit pas être
10:43appréhendée
10:44comme un conflit privé
10:45mais reconnue
10:46comme une violence sociale,
10:47qu'est-ce que ça change
10:48politiquement ?
10:50Alors,
10:50ça change tout
10:51parce que tant qu'on parle
10:52de conflit conjugal,
10:53on renvoie les femmes
10:55et le phénomène
10:56au domaine privé
10:57et dès qu'on nomme
10:58le contrôle coercitif,
10:59on reconnaît
11:00une violence
11:01qui appelle
11:01une réponse
11:03de l'État
11:03et de la société.
11:05Donc,
11:06poser un diagnostic
11:07de conflit conjugal,
11:08c'est renvoyer les victimes
11:09à l'apaisement du couple
11:11et c'est
11:12une des façons
11:14qui sont imposées
11:15aux maires
11:16notamment
11:17pour continuer
11:19à obéir
11:19aux pères
11:20et en fait
11:20cesser de signaler
11:22des violences
11:23qu'elles
11:23ou leurs enfants
11:24ont subies
11:25et j'ai à l'esprit
11:26cette fabuleuse
11:27commission d'enquête
11:28parlementaire
11:29dirigée par
11:30la députée
11:31Maud Petit
11:32et dont le rapporteur
11:33était Christian Baptiste
11:34qui fait l'état
11:36de cette question-là.
11:38En revanche,
11:38lorsqu'on pose
11:39un diagnostic
11:40de contrôle coercitif,
11:41on reconnaît
11:42une atteinte
11:42aux droits humains,
11:43c'est-à-dire
11:43une atteinte
11:44à la liberté,
11:45à l'autodétermination,
11:47c'est-à-dire
11:47à la capacité
11:48de cette femme
11:49à agir
11:50pour elle-même
11:51et par elle-même
11:51ou pour ses enfants
11:52plutôt qu'en fonction
11:54des besoins
11:54et des priorités
11:55de l'agresseur
11:56et donc c'est pour cela
11:57que le...
11:58à partir du moment
11:59où la violence
12:00on l'envisage
12:01comme une atteinte
12:01aux droits humains,
12:02nous sommes
12:02dans des conventions européennes
12:04et du droit français
12:06qui nous demandent
12:06de garantir
12:07ces droits
12:08en général
12:09des femmes
12:09et des enfants
12:10même là
12:10où elles sont encore
12:11violées
12:12parce qu'il y a
12:13un état dans l'état,
12:14c'est le domicile.
12:16Alors pourquoi je parle
12:16de femmes ?
12:17Parce que les chiffres
12:18sont désormais clairs,
12:20on les connaît,
12:21on ne va pas rappeler
12:22qu'on a un quart
12:22de million de victimes
12:23de violences conjugales
12:24en France,
12:25que parmi elles
12:25plus de 8 sur 10
12:27sont des femmes,
12:28que parmi ces femmes,
12:29je le disais tout à l'heure,
12:31dans plus de 8 cas sur 10
12:32les agresseurs
12:33ont des enfants
12:33avec elles
12:34et c'est bien
12:34au nom des droits parentaux
12:35et je pense que nos députés
12:36ont bien pris conscience
12:37et même certains
12:38de nos magistrats
12:39du fait que ça laisse
12:40un boulevard ouvert
12:41après la séparation
12:42pour continuer
12:42à contrôler les femmes
12:44en instrumentalisant
12:45les procédures judiciaires,
12:46il y a même
12:46des jurisprudences
12:47sur ce point,
12:49mais aussi
12:51on a des données
12:52maintenant
12:52sur les pays
12:52qui nous ont précédés,
12:53ça c'est un peu
12:54un scoop,
12:54c'est la première fois
12:55que j'en parle
12:57dans les médias,
12:58je le présente
12:59dans la deuxième édition
13:00du livre,
13:00dans les pays
13:00qui nous ont précédés
13:02de 10 ans,
13:03c'est-à-dire
13:04en Grande-Bretagne,
13:05l'Angleterre
13:05et le pays de Galles,
13:06nous avons désormais
13:08des études
13:09qui montrent
13:09que dans les affaires
13:11familiales,
13:12c'est-à-dire les juges
13:13qui doivent juger
13:14des divorces,
13:15dans 9 cas
13:17sur 10,
13:1887% des cas
13:19sont des cas
13:20des dossiers
13:21où il y a
13:21des éléments
13:22de violence conjugale
13:23et de contrôle coercitif.
13:249 cas sur 10,
13:2687%.
13:26On a les mêmes chiffres
13:28en Australie,
13:2983% des cas.
13:32Ça veut dire quoi ?
13:33Ça veut dire
13:33qu'à partir
13:34du moment
13:35où un soi-disant
13:36conflit de couple
13:36est judiciarisé,
13:38on a plus de 8
13:40risques,
13:41chances sur 10
13:42que ça soit
13:43plutôt du contrôle coercitif.
13:45Donc l'hypothèse
13:46principale
13:46quand une affaire
13:47de séparation
13:48est judiciarisée,
13:49ce n'est pas
13:49que c'est un conflit
13:51mais que c'est plutôt
13:51une situation
13:52de contrôle coercitif.
13:53Et d'ailleurs,
13:54les juges,
13:54les conseillers
13:55de cour d'appel,
13:55donc les juges
13:56qui jugent
13:57les appels
13:58qui sont correctement
13:59formés au contrôle coercitif
14:01dans plusieurs cours d'appel
14:02nous disent
14:02qu'effectivement
14:03les affaires
14:03qu'ils ont à juger
14:04en matière familiale
14:06sont pour la plupart
14:07des affaires
14:07de contrôle coercitif
14:09non identifiées
14:10par le premier juge.
14:11L'autre chiffre intéressant
14:13que nous avons
14:13de ces pays
14:15qui ont de l'avance
14:15une antériorité
14:16sur nous
14:17en matière
14:17de contrôle coercitif
14:18c'est que
14:19dans les cas
14:20de condamnation
14:21nous avons
14:23parmi les personnes
14:24condamnées
14:25pour contrôle coercitif
14:2697,5
14:28pardon
14:2995,5
14:32à 97,7
14:34donc largement
14:36plus de 9 cas
14:37sur 10
14:38les personnes
14:38condamnées
14:39sont des hommes
14:41donc c'est ce qui s'appelle
14:42une bonne traduction
14:43juridique
14:44qui est congruente
14:45avec la réalité
14:46psychosociale
14:47du phénomène
14:47et je pense que c'est là
14:48où l'Assemblée
14:50a bien avancé
14:51et c'est là
14:51où le Sénat
14:52s'est raté
14:53en France
14:54dans la formulation.
14:55Alors on a quand même
14:55plusieurs magistrates
14:57magistrates
14:57la plupart du temps
14:58qui expliquent
14:58que le contrôle coercitif
14:59leur a permis
15:00de relire différemment
15:01des dossiers entiers
15:01de violences conjugales
15:02est-ce que vous pensez
15:04qu'on assiste
15:04quand même
15:05ou néanmoins
15:05à une transformation
15:06profonde
15:07de la culture
15:07judiciaire française ?
15:09Oui mais je voudrais dire
15:10qu'il y a aussi
15:10des magistrats fabuleux
15:11je pense à Éric Corbeau
15:13je pense à Clément
15:14Berger-Mestrinaro
15:15à Benjamin Alla
15:16il y en a
15:17un certain nombre
15:19et il est clair
15:20que quelque chose
15:20est en train de bouger
15:21parce que de plus en plus
15:22de magistrates
15:23et magistrats
15:23donc de Poitiers
15:24à Papette
15:25de Bordeaux
15:26à Nouméa
15:26et à Douai
15:29disent que
15:29les recherches scientifiques
15:31je présente
15:32dans le livre
15:33dans l'édition 2023
15:34et donc augmentée
15:36là dans l'édition
15:372026
15:38leur ont permis
15:39d'appréhender autrement
15:41des dossiers entiers
15:41c'est-à-dire des comportements
15:42qui autrefois étaient
15:43justement perçus
15:44comme des conflits
15:45ou des tensions
15:46apparaissent comme un système
15:48de captation
15:48d'isolement
15:49et de menaces
15:49continuent
15:50et j'ai à l'esprit
15:51un dossier
15:52qui m'a été
15:54partagé
15:55par
15:56une magistrate
15:57de la cour
15:58d'appel de Douai
15:59un divorce
16:00dans lequel
16:01monsieur avait poussé
16:02madame dans l'escalier
16:03donc madame
16:04signale qu'il y a
16:05des violences
16:05en fait récurrentes
16:06monsieur dit
16:07non en fait
16:07il y a un seul événement
16:09je l'ai poussé
16:09c'est elle qui m'a provoqué
16:10donc
16:11on est sur un cas
16:12assez classique
16:14à la fois
16:14d'événements
16:17de déclencheurs
16:18qui est
16:19présenté différemment
16:20par une partie
16:21et l'autre
16:22à cette différence près
16:23que cette magistrate
16:24fabuleuse
16:25qui a été
16:25avec laquelle
16:26on a travaillé
16:27pendant un long moment
16:28qui est même intervenu
16:29dans nos formations
16:30à l'université
16:31paris-denter
16:32explique
16:32qu'elle a compris
16:34qu'il fallait
16:35activer dans ce cas
16:36l'hypothèse
16:36du contrôle coercitif
16:37donc elle a demandé
16:38qu'on lui renvoie
16:39toutes les pièces
16:40de ce dossier
16:41en première instance
16:42et là où
16:44une des parties
16:46en l'occurrence
16:46monsieur alléguait
16:47un seul incident
16:49en fait il y en avait
16:50plusieurs
16:51en fait elle a réussi
16:51à documenter
16:52tout un ensemble
16:53de comportements
16:54de contrôle
16:56de surveillance
16:57de la part de monsieur
16:58sur madame
17:00certains en présence
17:01de l'enfant
17:02et je rappelle
17:03que les violences conjugales
17:04en présence de l'enfant
17:05depuis le 3 août 2018
17:08c'est une circonstance
17:09aggravante
17:09donc justement
17:10les enfants
17:11vous en parlez
17:12régulièrement
17:12on voit bien
17:14que ces enfants
17:14vivent sous un régime
17:15de peur
17:16ils vivent sous un régime
17:17de contrôle
17:17est-ce que vous pensez
17:19qu'on a évolué
17:20un petit peu là-dessus
17:21ou est-ce qu'on est
17:22toujours en train
17:22de minimiser
17:23les conséquences
17:24psychostraumatiques
17:25des enfants
17:26de ces violences
17:28sur les enfants
17:28pardon
17:28ça dépend
17:32à qui on pense
17:33je pense qu'il y a
17:34un certain nombre
17:36de magistrats
17:38pionniers
17:39qui sont
17:40très à l'aise
17:41avec la question
17:42du psychotrauma
17:43complexe
17:44de l'enfant
17:44dans cette situation
17:45avec les mécanismes
17:46du contrôle coercitif
17:47elles sont tout à fait
17:48capables de donner
17:49des cours là-dessus
17:50et en tout cas
17:50elles appliquent
17:51dans les décisions
17:52de justice
17:53en revanche
17:54d'autres non
17:54et la situation
17:55est encore plus grave
17:56dans la protection
17:57de l'enfance
17:58où on commence
18:00à être sollicité
18:01sur la question
18:01du contrôle coercitif
18:02je pense par exemple
18:03à l'association
18:04Olga Spitzer
18:04dans le 94
18:06mais là le gouvernement
18:07s'attache
18:08apparemment
18:08il y a
18:09ces derniers jours
18:10on a eu
18:11une mobilisation
18:12du gouvernement
18:13sur la protection
18:15de l'enfant
18:15sur la ZEU
18:16est-ce que vous y croyez
18:17est-ce qu'on peut
18:17enfin y croire
18:18à cette mobilisation
18:19gouvernementale
18:20sur la protection
18:21des enfants
18:22alors je pense
18:22que le garde des Sceaux
18:23s'est très bien entouré
18:26qu'il y a
18:27des membres
18:28de son cabinet
18:29qui ont très bien compris
18:31ce que vivent
18:32les enfants
18:32qui ont très envie
18:33d'avancer là-dessus
18:34et d'avancer
18:35de manière claire
18:37malheureusement
18:38pour moi
18:38en tant que scientifique
18:39qui travaille
18:39sur la question
18:40de la violence
18:40contemporaine
18:41la fragmentation
18:42des violences
18:44enfin le fait
18:45qu'on ait une proposition
18:45un projet de loi
18:46je pense qu'en termes
18:48de pensée
18:48c'est une erreur
18:49de continuer à fragmenter
18:50entre les violences
18:51subies par les enfants
18:53et les autres violences
18:55dans la société
18:56notamment
18:57subies par les femmes
18:58parce que ces violences
18:59on les connaît
19:00on les a identifiées
19:01depuis longtemps
19:01et tout le chapitre
19:02le premier chapitre
19:03du contrôle coercitif
19:04du livre
19:05porte sur cette continuité
19:07de violence
19:07à travers l'espace
19:08et le temps
19:10et le fait
19:10que c'est une violence
19:11qui est masculine
19:13des violences conjugales
19:14à la violence
19:15exportée dans l'espace public
19:16puisque le vécu
19:17des violences
19:19intrafamiliales
19:19par les enfants
19:20est un précurseur
19:21du fait
19:22pour les garçons
19:24de devenir auteurs
19:25plus tard dans la vie
19:26et aussi pour les petites filles
19:27de redevenir victimes
19:28alors ce n'est pas
19:29une relation directe
19:30une détermination causale
19:32mais nous avons
19:33des études très sérieuses
19:34qui ont été
19:36diffusées par l'organisation
19:37mondiale de la santé
19:38depuis une dizaine
19:39d'années maintenant
19:39et elles sont certaines
19:41donc il est clair
19:42que les enfants
19:43doivent être
19:44une priorité absolue
19:45en revanche
19:48pour éviter des phénomènes
19:49de reconduction
19:50oui mais je pense
19:51que la vraie question
19:52c'est la violence masculine
19:53qui touche aussi bien
19:54les femmes que les enfants
19:55et aussi certains hommes
19:59alors qu'est-ce que
20:01on va arriver
20:02pratiquement au bout
20:03de cette conversation
20:03qu'est-ce que
20:04qu'est-ce que
20:05que seraient vos recommandations
20:06alors évidemment
20:07elles sont très nombreuses
20:08dans le livre
20:09que j'invite tout le monde
20:10à lire
20:11mais est-ce que
20:12qu'est-ce que vous
20:12nous diriez
20:14sur la façon
20:15dont il faudrait repenser
20:16la formation
20:17de toute la chaîne
20:18par exemple
20:18policiers, magistrats,
20:20médecins, travailleurs sociaux
20:21pour mieux détecter
20:22et puis aussi
20:23pour mieux détecter
20:25pour mieux analyser
20:26et pour aider
20:27la justice
20:28à réellement
20:29prendre en compte
20:29ce phénomène
20:30de contrôle coercitif
20:31qu'est-ce qui manque
20:32en fait ?
20:33Alors c'est un point central
20:34parce que si la police
20:35la justice
20:35la santé
20:36le médico-social
20:37ne repèrent pas
20:38le contrôle coercitif
20:39nous allons continuer
20:40à passer à côté
20:41des victimes adultes
20:42donc en majorité des femmes
20:43et des enfants
20:44même quand nous sommes
20:45de bonne foi
20:46donc pour
20:47ce qu'il nous faut
20:48c'est d'abord
20:48une loi
20:49qui nomme
20:50le contrôle coercitif
20:51qui l'intègre
20:53dans tous les domaines
20:54du droit
20:54où il doit être intégré
20:55et nous avons écrit
20:56des amendements
20:57avec mes collègues juristes
20:58Benjamin Moron-Puech
20:59professeur de droit
21:00et ma collègue Alice
21:01de Jean de Labattie
21:02qui est également
21:03professeur de droit
21:05pénal
21:05et donc
21:07on a besoin
21:08d'une loi
21:08pour que l'Etat
21:10crée les conditions
21:11d'une compréhension
21:12claire
21:12de ces violences
21:14à partir
21:14du contrôle coercitif
21:16mais il faut également
21:17pour vraiment
21:18appliquer la loi
21:18que chaque professionnel
21:20de terrain
21:20que ce soit un policier
21:21un juge
21:22un médecin
21:22une assistante sociale
21:23sache poser
21:24l'hypothèse du contrôle
21:25coercitif
21:26la vérifier
21:26la confirmer
21:28ou l'infirmer
21:28parce que c'est pas
21:29parce qu'on l'affirme
21:30que c'est du contrôle
21:31coercitif
21:31moi je suis prête
21:32à m'engager
21:33dans le débat
21:34parce que le contrôle
21:35coercitif
21:35n'est pas un simple
21:36sujet psychologique
21:37ou de recherche scientifique
21:38c'est un enjeu
21:39de santé
21:40d'égalité
21:41et de sécurité
21:42d'ailleurs le rapport
21:43auquel vous avez
21:43brillamment contribué
21:44au conseil
21:45à l'égalité
21:46entre les femmes
21:47et les hommes
21:47qui nomme le contrôle
21:48coercitif
21:49en 2026
21:50fait aussi le lien
21:51avec le masculinisme
21:52et les mouvements
21:53soi-disant des pères séparés
21:55qui instrumentalisent
21:57à la fois
21:57la cause des enfants
22:00contre les droits
22:01des femmes
22:01et aussi
22:02contre la justice
22:03dans un état de droit
22:04donc on est sur un phénomène
22:06qui est beaucoup plus
22:08étendu que cela
22:09et il nous faut
22:10une politique publique
22:11une loi
22:12et une politique publique
22:12claire
22:13pour protéger les victimes
22:14dans cette génération
22:15et la suivante
22:16Merci Andréa
22:18dans le contrôle
22:18coercitif
22:19il nous oblige
22:19à changer profondément
22:20notre regard
22:21sur les violences conjugales
22:22il nous oblige
22:23à comprendre
22:23que la domination
22:24ne résume pas
22:25à un acte violent
22:26isolé
22:27qu'elle peut devenir
22:28un système total
22:29un système qui organise
22:30la peur
22:31l'isolement
22:31la dépendance
22:32et l'effacement
22:33progressif
22:34de l'autre
22:34Merci Andréa
22:35d'avoir été avec nous
22:36cet après-midi
22:37La Force de l'engagement
22:39c'est chaque dimanche
22:40à 15h
22:40sur Sud Radio
22:41vous pouvez retrouver
22:42l'intégralité des émissions
22:43sur sudradio.fr
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22:46je vous donne rendez-vous
22:48dimanche prochain
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22:49même énergie
22:50excellent dimanche
22:52C'était La Force de l'engagement
22:54avec AJP
22:56Épargne
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23:02Sous-titrage Société Radio
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