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  • il y a 6 jours
Ce vendredi 26 juin, Maneli Mirkhan, spécialiste des relations internationales et de l'Iran, co-fondatrice de Dorna, était l'invitée d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Elles sont revenues sur l'accord de paix entre les États-Unis et l'Iran qui abandonne le peuple iranien à un régime répressif renforcé par la guerre, malgré les promesses de Donald Trump. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Il faut se souvenir des promesses de Donald Trump lors des dernières répressions sanglantes en Iran
00:05quand il disait que l'aide est en route.
00:07Maintenant on n'en est quand même plus du tout là.
00:08On a eu « je vais ramener l'Iran à l'âge de pierre »
00:10et puis désormais un peuple iranien qui est totalement exclu des négociations autour de la paix.
00:15On en parle avec Maneli Mirkan.
00:16Bonjour, vous êtes spécialiste des relations internationales et de l'Iran.
00:20Vous êtes cofondatrice de Dorna.
00:22Il n'y a pas de discussion avec le peuple iranien autour de ces accords de paix aujourd'hui.
00:27Il doit y avoir, je vous pose la question,
00:30une déception, je ne sais pas si le mot est assez fort, profonde dans le peuple iranien.
00:35Totalement, parce que cette aide qui était promise au peuple iranien
00:39est venue pour le régime iranien en fait.
00:43L'aide a été transformée en une aide de survie pour le régime.
00:48Et la population, même si la population ne s'est jamais dit que le changement allait venir de l'extérieur
00:53et on l'a vu durant ces dernières décennies,
00:57ils n'ont pas hésité à se soulever.
00:59En revanche, il fallait une aide pour affaiblir le régime.
01:03Et aujourd'hui, ça se transforme en totalement l'inverse
01:05avec ces promesses financières données au régime iranien,
01:09là où il est au plus faible de sa capacité de survie financière, justement.
01:14Annalisa, le blocus d'Internet commence à être progressivement,
01:18partiellement levé.
01:19Donc, vous avez peut-être des informations du terrain.
01:21Comment vivent aujourd'hui les Iraniens ?
01:24Qu'est-ce qui a changé depuis la guerre ?
01:26Alors, évidemment, la situation économique est catastrophique.
01:29Évidemment, l'inflation est galopante.
01:31Les chiffres officiels pour le mois de mai, c'est plus de 80 % d'inflation.
01:36Et quand on parle du secteur alimentaire, ça va même jusqu'à 120 %.
01:42L'accès Internet dont vous parliez, en fait, le mouvement qu'on a eu juste avant l'ouverture,
01:47c'était une espèce de rendre l'accès Internet sélectif avec ces accès payants
01:53par des options pro que les gardiens de la Révolution ont mis en main.
01:59Il ne faut pas oublier que chaque dollar qui va en Iran
02:03et chaque secteur qui commence à refonctionner en Iran,
02:07c'est un secteur qui est régi par les gardiens de la Révolution.
02:12En termes de bénéficiaires effectifs,
02:14on estime aujourd'hui que 70 % de l'économie iranienne
02:17est dans les mains directement ou indirectement des gardiens de la Révolution.
02:21Donc, la captation, elle est directe,
02:23que ce soit sur ces fonds gelés qui vont être dégés,
02:26que ce soit sur ces fonds d'investissement, etc.
02:28Donc, la situation pour la population économiquement ne va qu'en s'empirant
02:36et du point de vue de la répression aussi,
02:40le nombre d'exécutions augmente,
02:42mais considérablement au même moment où ces négociations sont en cours.
02:47Comment vous qualifiez le nouveau régime moins islamiste mais plus dur ?
02:52C'est moins théologique ? Quel mot vous mettez derrière ?
02:56Alors, l'idéologie est toujours là.
02:59Sauf que ce n'est plus sous une façade de turban,
03:03mais plutôt sous une façade militaire,
03:05régie par ces gardiens de la Révolution,
03:07cette couche un peu oligarchique.
03:10Vous savez, schématiquement, les gardiens de la Révolution
03:12ont une partie idéologique qui est directement liée
03:14au système de la République islamique et au guide suprême,
03:18et une partie, d'ailleurs, de plus en plus influente,
03:23corrompue, qui sont cette partie oligarchique.
03:27Et aujourd'hui, c'est cette partie-là qui est en train de négocier
03:30avec les Américains, c'est cette partie-là qui est en train
03:32d'essayer de résumer les problèmes,
03:35un problème économique pour le pays,
03:37et de rassembler ces troupes, j'allais dire,
03:41plutôt de les mettre au service de l'économie et de la reconstruction,
03:45même si, encore une fois, c'est dans les mains des gardiens de la Révolution,
03:48plutôt que l'aspect idéologique.
03:50Par exemple, on peut voir des images des femmes qui se dévoilent
03:52dans les grandes villes.
03:53Évidemment, le régime est en train de donner,
03:56ou en tout cas, ne pas provoquer la population,
03:58là où il y a un risque de soulèvement massif
04:01par rapport au problème, justement, de répression et de l'économie.
04:04Mais sociologiquement, il y a toujours cette vision
04:08sur la place des femmes, sur la place des jeunes,
04:12sur le fait d'être une société soumise, ça, ça ne bouge pas.
04:16Écoutez, tant que la constitution de la République islamique reste la même,
04:21ça ne change rien.
04:23C'est-à-dire qu'il peut y avoir une façade construite
04:24pour calmer un peu les esprits pendant quelques temps,
04:27mais dans la constitution iranienne,
04:29il est écrit que la vie d'une femme
04:30veut la moitié de la vie d'un homme.
04:32Donc, tant que ça, ça ne changera pas,
04:34l'effet d'aller-retour est toujours là.
04:36Analia ?
04:37Justement, vous avez mentionné les manifestations
04:38du début d'année, du mois de janvier,
04:40manifestations qu'on n'a pas vues pendant la guerre,
04:42parce que la répression était telle que c'était impossible.
04:45Vous pensez que ça peut arriver à nouveau,
04:47ce genre de manifestations ?
04:48C'est tout l'enjeu pour le régime
04:50et c'est tout ce qu'ils veulent éviter.
04:52Alors, ils l'évitent comment ?
04:54D'une part, par la répression très forte aujourd'hui.
04:57Chaque photoprise, chaque communication avec l'étranger
05:00est réprimée.
05:01Et puis, de l'autre côté, ils misent sur le fait
05:03que l'arrivée massif de l'argent injecté peut-être
05:08dans un premier temps pour calmer les esprits,
05:11même si là-dessus, on a énormément de réserves,
05:14parce qu'on a vu l'exemple des accords de 2015
05:17sur le nucléaire, où il y a eu ces levées de sanctions,
05:20où il y a eu ces dégels d'avoirs,
05:22et on a vu l'effet sur l'économie.
05:25L'inflation n'a pas bougé.
05:27Il y a eu effectivement une espèce d'euphorie
05:29dans la société pour dire
05:30l'économie va repartir,
05:31ce qui n'est jamais reparti.
05:33En revanche, ce qui est reparti
05:35et ce qui a été développé,
05:36c'est le budget de l'armement
05:37qui a été multiplié par deux,
05:38c'est le budget du Hezbollah
05:39qui a été multiplié par quatre à l'époque,
05:41et c'est toutes les activités régionales
05:43du régime qui ont été démultipliées.
05:45Donc, sans conditionnement,
05:47sans conditionner ces dégels d'avoir,
05:50la situation économique ne changera pas
05:52et le soulèvement potentiel est toujours là.
05:57Merci beaucoup Madeleine Mirkan
05:58d'être venue ce matin
05:58dans la Matinat de l'économie.
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