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Originally from YouTube: En direct : Inauguration du Mémorial du Génocide contre les Tutsi à Paris

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00:00:00Thank you very much.
00:00:44Thank you very much.
00:01:00Thank you very much.
00:03:15I will finish by an extra citation from the last book of Gaëlle Fay, Jacaranda.
00:03:19The indicible is not the violence of the genocide, it is the force of the survivors to continue their existence.
00:03:28So we still have to say that the violence of this genocide is insupportable.
00:03:34And we always listen to the words of the survivors.
00:03:45This place is before all a place of memory.
00:03:48That's why it is essential to hear today, like all the 7th April to come, the words of the rescapés.
00:03:55Now we listen to the testimonial of Ms. Jeanne Ouimabazi.
00:04:22Messieurs les présidents de la République, Mme la Première dame, chers invités et chers rescapés.
00:04:33Il y a 32 ans, presque jour pour jour, le 5 juin 1994, j'atterrissais à Orly.
00:04:41Avec 31 autres enfants, nous étions grièvement blessés.
00:04:46À l'initiative de Médecins du Monde, nous avions été évacués en France
00:04:50afin de recevoir des soins médicaux dont nous avions besoin.
00:04:55Je me souviens que tout m'en semblait irréel, presque dénoué de sens.
00:05:02Ce n'était pas que j'ignorais la chance qui m'était offerte sur le plan médical,
00:05:06mais plutôt que j'étais encore plongée dans ce hors-temps propre génocide,
00:05:11où la réalité ordinaire peine à retrouver sa place.
00:05:16Je savais seulement que ce que nous venions de traverser nous dépassait.
00:05:22Nous venions de survivre au crime absolu, le génocide perpétré contre les Tutsis.
00:05:29Cette réalité ne pouvait rester confinés au silence.
00:05:35Témoigner, relevé presque d'un ultime acte de résistance contre l'oubli et l'effacement auquel nous étions promis.
00:05:44Mais comment témoigner ?
00:05:47Même 32 ans plus tard, les mots restent insuffisants pour dire ce que signifie être confronté au crime de génocide.
00:05:58C'est une expérience qui échappe à toute représentation.
00:06:03Comment se présenter ce que fait la perte d'un million de personnes à l'échelle individuelle et nationale ?
00:06:10Quel langage pourrais-je trouver pour dire le drame que constitue la perte de trois générations de ma famille ?
00:06:20Dans le même espace-temps.
00:06:23Ainsi, au contact d'une telle dévastation, les mots se retrécissent.
00:06:28Ils ne parviennent ni à restituer pleinement la violence que nous avons subie,
00:06:33ni même à mesurer l'étendue de la perte.
00:06:38J'avais 16 ans, je vivais à Kigali avec ma famille, c'était les vacances de Pâques.
00:06:45Nous préparions avec beaucoup de joie le baptême de ma petite nièce Ornella, âgée de 11 mois.
00:06:54Première petite fille de la famille.
00:06:57La férémonie devait se tenir le dimanche 10 avril.
00:07:04Le 6 avril, je devais me rendre chez ma grande sœur, dans le quartier de Niaméambo,
00:07:09afin de m'occuper de ma petite nièce et permettre à ses parents de finaliser les derniers préparatifs du baptême.
00:07:17Mais mon oncle Joseph était de passage chez nous, juste pour Nino.
00:07:22Alors j'ai reporté mon départ le lendemain.
00:07:25En fait de pouvoir passer un peu de temps avec lui, nous l'adorions.
00:07:30Si j'avais été chez ma grande sœur, probablement que je ne serais pas là devant vous.
00:07:37La soirée s'est dorée normalement, nous avons dîné puis nous sommes allés nous coucher.
00:07:42Vers 22h30, la personne qui travaillait à la maison est venue réveiller mes parents
00:07:48pour leur annoncer que l'avion du président Abiyarimana venait d'être abattu
00:07:52et que les militiers Niaméambo érigeaient déjà des barrières aux abords du quartier.
00:08:00Cet avril, très tôt, vers 5h du matin, papa nous demande de quitter la maison familiale
00:08:07parce que ça devient trop dangereux pour nous,
00:08:10pour aller nous cacher avec ma tante et sa famille dans une maison en construction
00:08:14à proximité de leur domicile.
00:08:18Lui et mon oncle Joseph restent à la maison pour la surveiller,
00:08:23pensant sans doute que la situation finirait par se calmer.
00:08:27Quelques heures plus tard,
00:08:31papa sera assassiné
00:08:34devant notre domicile
00:08:38par les militaires de l'armée rwandaise.
00:08:42Mon oncle Joseph parvient à s'enfuir.
00:08:46Nous allons prendre la fuite à notre tour.
00:08:49Et dans la panique, je perds de vue les membres de ma famille.
00:08:55Nous avions tous en tête que la seule chance de survie
00:08:58était de parvenir à gagner une des bases des militaires de l'ONU,
00:09:02la Mignoire,
00:09:04située à environ 500 mètres,
00:09:06à l'école technique officielle de l'Éto.
00:09:08A l'école technique officielle, l'Éto.
00:09:12Mais le quartier était sous le contrôle des milices
00:09:14et des militaires de l'armée rwandaise,
00:09:17rendant tout déplacement d'un jour.
00:09:20Alors je demande à une famille voisine Hutu de me cacher.
00:09:25Ils refusent.
00:09:27La suivante accepte,
00:09:30mais le lendemain,
00:09:31cette dernière me demande de partir,
00:09:35car ma présence représente une menace pour eux.
00:09:40Je tente alors de me diriger vers la base des casques bleus
00:09:44en arrivant sur la route principale
00:09:46menant à l'école de l'Éto.
00:09:48Un des casques bleus postés à l'entrée
00:09:51me fait signe de me dépêcher.
00:09:54Arrivé au collet des militaires,
00:09:56il a fallu finalement négocier
00:09:57pour qu'ils m'autorisent à entrer dans l'école.
00:10:01À partir de ce moment-là,
00:10:03j'ai la certitude que je suis sauvée.
00:10:08Mon inquiétude concerne désormais ma famille,
00:10:11qui finit par arriver également à l'école.
00:10:15Nous n'avons pas de nouvelles
00:10:16de ma grande sœur Yvonne,
00:10:18âgée de 26 ans,
00:10:19et de son mari Laurent,
00:10:21âgée de 36 ans,
00:10:22et leur petite fille,
00:10:24qui habitait dans le quartier de Niamé-Lambeau.
00:10:28Je me rassure en pensant
00:10:30que mon beau-frère employé au PNUD
00:10:34pourrait avoir été évacué
00:10:35avec sa famille
00:10:37aux côtés de ses collègues internationaux.
00:10:41Il n'en saura rien.
00:10:45Pendant quelques jours
00:10:46que je passe à l'étau,
00:10:48nous observons les soldats de l'ONU
00:10:50effectuer des allers-retours,
00:10:52ramenant des civils occidentaux
00:10:54de leur domicile à cette école.
00:10:58Arrive le 11 avril,
00:11:00dans la matinée,
00:11:01nous voyons
00:11:02ces derniers préparer leurs affaires
00:11:05en vue d'un départ,
00:11:07y compris les religieux
00:11:08en charge de la gestion de l'école.
00:11:11L'organisation
00:11:12des départs se déroule
00:11:15avec une tension palpable.
00:11:17Certains rwandais
00:11:18en possession de passeport
00:11:20tentent de figurer
00:11:21sur la liste d'évacuation.
00:11:22Un ministre de l'opposition,
00:11:25Boniface Senghorizira,
00:11:27présent avec sa famille
00:11:29et avec nous,
00:11:30demande également de partir.
00:11:32Mais les casques bleus refusent,
00:11:35jugeant son évacuation
00:11:36trop dangereuse pour eux.
00:11:40La peur commence à gagner
00:11:42un certain nombre d'entre nous
00:11:43devant cette nervosité
00:11:45inhabituelle
00:11:46des casques bleus.
00:11:49Et nous savons,
00:11:51et ils savent aussi,
00:11:54que les miliciens
00:11:55encerclent toujours l'école.
00:11:59Nous leur demandons alors
00:12:01si eux aussi allaient partir.
00:12:03Ils nous répondent
00:12:04qu'ils vont rester encore
00:12:05trois semaines
00:12:06et que peut-être
00:12:08ils seront relevés ensuite.
00:12:11Vers 13h,
00:12:12les civils occidentaux
00:12:14montent dans les véhicules
00:12:15et partent à l'aéroport
00:12:17de Kigali
00:12:17escortés
00:12:18par les camions
00:12:19des casques bleus.
00:12:21Nous sommes environ
00:12:232 000 personnes
00:12:24réfugiées à cette école,
00:12:26essentiellement toutes-ci.
00:12:29Après leur départ,
00:12:31les militaires de l'ONU
00:12:32restés avec nous
00:12:34montent un stratagème.
00:12:37Ils nous invitent
00:12:38à entrer à l'intérieur
00:12:39des bâtiments
00:12:40en nous disant
00:12:42que le déjeuner
00:12:42allait être servi.
00:12:45Les gens ont commencé
00:12:46à entrer.
00:12:47Pendant ce temps,
00:12:48les casques bleus
00:12:49chargent leur camion
00:12:51avec une extrême nervosité.
00:12:54Une jeep militaire
00:12:56arrive à son malin
00:12:56avec trois militaires
00:12:58français à l'intérieur.
00:13:01Les militaires de la mine noire
00:13:02commencent à démarrer
00:13:03leur véhicule
00:13:05pour partir.
00:13:07À un moment de panique
00:13:09se crée,
00:13:10les gens crient.
00:13:14D'autres sont dans
00:13:16un état de sidération.
00:13:19Alors,
00:13:22nous nous mettons
00:13:23à travers
00:13:24leur camion,
00:13:25d'autres s'accrochent
00:13:26au véhicule
00:13:32et là,
00:13:33ils tirent à l'air.
00:13:35À ce moment-là,
00:13:38nous ne savons pas
00:13:39s'ils sont
00:13:39en train
00:13:40de nous tirer
00:13:41réellement dessus.
00:13:44Nous nous couchons
00:13:45par terre,
00:13:46d'autres se mettent
00:13:47à courir
00:13:48dans tous les sens.
00:13:50Un des casques bleus
00:13:51nous demande
00:13:52de les laisser partir
00:13:53et nous dit
00:13:53que les militaires
00:13:54pensaient aller rester
00:13:54avec nous.
00:13:56Ils démarrent leur camion
00:13:57tout à l'heure,
00:13:58précédés par la gique française.
00:14:00Tous s'en vont.
00:14:05Ils nous abandonnent.
00:14:09Ils avaient reçu
00:14:10l'ordre.
00:14:15Leur seule présence
00:14:19aurait suffi
00:14:20à nous protéger.
00:14:26Après un tel acte,
00:14:29il y a encore des questions
00:14:31qui sont restées
00:14:32sans réponse.
00:14:35Je me demande toujours
00:14:36quelle a été
00:14:37la chaîne de responsabilité
00:14:40pourquoi les responsables
00:14:41ont bénéficié
00:14:42d'une impunité
00:14:44totale
00:14:44et ont poursuivi
00:14:45leur carrière
00:14:46sans avoir
00:14:46à rendre des comptes.
00:14:52L'instant d'après,
00:14:53les militaires
00:14:54et les miliciens
00:14:55étaient déjà là.
00:14:57Ils nous ont d'abord
00:14:58regroupés
00:14:59près de l'usine
00:15:00de Sonatshub.
00:15:02Puis nous ont fait marcher
00:15:04jusqu'à un quartier
00:15:05qui s'appelle
00:15:06Nyanza
00:15:07à Kichkeu.
00:15:10Et là,
00:15:11ils ont fait
00:15:12le travail
00:15:14comme ils disaient.
00:15:20Tout mon monde
00:15:22s'est disloqué
00:15:23à cet endroit-là.
00:15:26J'ai perdu mes voisins
00:15:28touss,
00:15:29mes amis
00:15:30que je connaissais
00:15:30depuis la maternelle,
00:15:33les amis
00:15:34de mes parents
00:15:34et bien sûr
00:15:36ma propre famille,
00:15:38ma mère Angéline
00:15:39qui avait 46 ans,
00:15:41ma soeur
00:15:42Marie-Josée
00:15:43qui avait 19 ans,
00:15:44mes oncles,
00:15:46mes cousins,
00:15:47mes cousines,
00:15:50la liste est longue.
00:15:53Très peu de personnes
00:15:54ont survécu.
00:15:55À ce moment-là,
00:15:57je n'étais pas encore blessée
00:15:58et à la tombée
00:15:59de la nuit,
00:16:00nous avons été
00:16:00encore quelques-uns
00:16:01tentés de nous cacher
00:16:02encore
00:16:03dans le petit bois
00:16:04aux alentours.
00:16:06Puis nous ont retrouvés
00:16:07le lendemain.
00:16:13Nous avons été
00:16:13blessés
00:16:14à la machette
00:16:17et certains
00:16:20n'ont pas eu
00:16:21la chance
00:16:22de survivre.
00:16:28Le surlendement,
00:16:29allongé dans les herbes,
00:16:31nous avons entendu
00:16:31à nouveau
00:16:32des pains
00:16:32qui s'accrochaient
00:16:33de nous.
00:16:34Quelqu'un m'a touché
00:16:35la joue
00:16:38et j'ai ouvert
00:16:39les yeux.
00:16:41C'était un soldat
00:16:42du FPR.
00:16:45Ils m'ont transporté
00:16:46d'abord
00:16:46dans une maison
00:16:47située aux alentours
00:16:50et un des soldats
00:16:52prénommé Victor,
00:16:54je crois,
00:16:55est resté quasiment
00:16:57la moitié
00:16:57de l'après-midi
00:16:59à tenter
00:17:00de me nourrir
00:17:02patiemment.
00:17:07Il m'a littéralement
00:17:11insufflé
00:17:12la vie.
00:17:14Là où moi-même,
00:17:16je ne voulais plus
00:17:18y croire.
00:17:20Plus tard,
00:17:20ce sera le capitaine
00:17:22Evode
00:17:22qui se déménue
00:17:23pour trouver
00:17:25une solution
00:17:26à nos multiples
00:17:26difficultés
00:17:27avec gentillesse.
00:17:30Nous avons été
00:17:31amenés à l'hôtel
00:17:31et les vélos
00:17:32situés sur les hauteurs
00:17:33de Kigali
00:17:34requisonnés
00:17:34par le FPR
00:17:35pour y loger
00:17:36des rescapés.
00:17:38Ils nous ont donné
00:17:38des vêtements propres.
00:17:41Ils nous ont soignés
00:17:42avec les moyens
00:17:43du bord
00:17:45tout en continuant
00:17:46à se battre
00:17:47contre les genocidaires.
00:17:55Durant nos traversées
00:17:57des ténèbres,
00:17:59ils ont représenté
00:18:01à nouveau
00:18:01l'humanité.
00:18:04Ils nous ont arrachés
00:18:05de l'anéantisme.
00:18:11Alors,
00:18:12messieurs,
00:18:12le président
00:18:13de la République
00:18:13française,
00:18:15chers invités,
00:18:21pour la première fois
00:18:22depuis 32 ans,
00:18:25permettez-moi
00:18:26d'exprimer
00:18:28à messieurs
00:18:30le président
00:18:31du Rwanda
00:18:32Paul Kagame
00:18:34et ses hommes
00:18:37ma plus profonde
00:18:39reconnaissance.
00:18:53Nous vous devons
00:18:55notre vie.
00:18:57Merci.
00:19:00Par la suite,
00:19:01nous avons été évacués
00:19:03au CMD
00:19:05et puis au camp de Biomba,
00:19:06une région
00:19:07qui avait été sécurisée
00:19:08par le front patriotique
00:19:09rwandais.
00:19:11J'ai quitté donc
00:19:12cet hôpital
00:19:12début juin
00:19:13accompagné
00:19:14par le personnel
00:19:15du médecin du monde
00:19:17pour venir
00:19:17me faire soigner
00:19:18en France,
00:19:19dans le sud
00:19:19de la France,
00:19:22accueillie
00:19:23dans une famille
00:19:23d'accueil,
00:19:24devenue
00:19:25ma nouvelle famille.
00:19:27Grâce à elle,
00:19:28j'ai ainsi pu
00:19:29trouver
00:19:29des ressources
00:19:31nécessaires
00:19:32pour me reconstruire.
00:19:35Et vivre
00:19:36la vie
00:19:36pleinement.
00:19:39Comme je le disais
00:19:40précédemment,
00:19:41j'ai souhaité témoigner
00:19:42très tôt,
00:19:43dès que ma santé
00:19:44me l'a permise,
00:19:45pour que le monde
00:19:46sache.
00:19:48Mais également
00:19:49parce qu'en France,
00:19:50dès la fin du génocide
00:19:52perpétré
00:19:52contre les Tutsis,
00:19:54nous nous sommes
00:19:55heurtés
00:19:55particulièrement ici
00:19:57à un puissant
00:19:58négationnisme.
00:20:00Alors,
00:20:01nous avons témoigné
00:20:02encore et encore
00:20:04aux côtés
00:20:05de l'association
00:20:05Ivoca.
00:20:07Car un proverbe
00:20:09rwandais dit
00:20:10« La vérité
00:20:15traverse le feu,
00:20:16mais ne s'y brûle pas. »
00:20:19Aujourd'hui,
00:20:20nous éprouvons
00:20:21la foi
00:20:21et une grande
00:20:22satisfaction
00:20:23et du soulagement
00:20:24devant l'existence
00:20:27de ce mémorial
00:20:28à Paris,
00:20:29ici à Paris
00:20:30et en ce lieu même.
00:20:33Son édification
00:20:34constitue d'abord
00:20:35une forme
00:20:36de réparation
00:20:37symbolique
00:20:37face à l'entreprise
00:20:40d'un éantissement
00:20:41qu'une visée.
00:20:43Il réinscrit
00:20:44durablement
00:20:44la présence
00:20:45des personnes
00:20:46disparues
00:20:46dans l'espace public.
00:20:48Il constitue
00:20:49une œuvre
00:20:50de pédagogie,
00:20:53un espace
00:20:55de questionnement
00:20:55permanent
00:20:56adressé
00:20:57à nos contemporains.
00:21:00Il est
00:21:01une œuvre
00:21:02de transmission
00:21:04destinée
00:21:04aux générations futures
00:21:06et il offre
00:21:08aux plus jeunes
00:21:09une possibilité
00:21:10de comprendre,
00:21:12de questionner
00:21:13et d'apprendre.
00:21:15Pour toutes ces raisons,
00:21:18je tiens
00:21:19à vous adresser,
00:21:20Monsieur le Président
00:21:21de la République française
00:21:22mes sincères
00:21:23remerciements
00:21:25pour avoir
00:21:26rendu possible
00:21:27la réalisation
00:21:27de ce mémorial.
00:21:36Nous savons également
00:21:37que le chemin
00:21:38de la réparation
00:21:39passe nécessairement
00:21:40par la justice.
00:21:43À cet égard,
00:21:44la condamnation
00:21:45en France
00:21:45de plusieurs responsables
00:21:47du génocide
00:21:47constitue
00:21:48une avancée importante.
00:21:50Toutefois,
00:21:51permettez-moi
00:21:52de formuler
00:21:53ici un vœu
00:21:55que les prochains
00:21:56procès
00:21:57relatifs
00:21:57aux crimes
00:21:58commis
00:22:01durant le génocide
00:22:02se déroulent
00:22:03dans les lieux
00:22:04dans lesquels
00:22:04ils ont été commis
00:22:07et devant
00:22:07les précipents
00:22:08concernés.
00:22:10Il est essentiel
00:22:11que les rescapés
00:22:12et les familles
00:22:12des victimes
00:22:13puissent assister,
00:22:15s'ils le souhaitent,
00:22:16aux procès
00:22:17des individus
00:22:17poursuivis
00:22:18pour le génocide.
00:22:21Il est difficilement
00:22:23concevable
00:22:23qu'ils se tiennent
00:22:25devant des salles
00:22:26de tribunaux
00:22:26ici en France
00:22:28parfois presque vides,
00:22:31donnant parfois
00:22:32le sentiment
00:22:32que la justice
00:22:34s'exerce à distance
00:22:35de celles et ceux
00:22:36qui ont subi
00:22:37des crimes jugés.
00:22:41La justice
00:22:42constitue aussi
00:22:43un espace
00:22:43de confrontation
00:22:44entre les faits,
00:22:46les auteurs
00:22:47et les crimes
00:22:48et les victimes.
00:22:51Et c'est de ces moments-là
00:22:52qu'ils sont privés
00:22:54si nécessaire
00:22:55à un travail de deuil.
00:23:01Je vous remercie.
00:23:16Merci Madame
00:23:17Ouimabasi
00:23:18pour ce témoignage
00:23:19poignant.
00:23:20La poésie étant souvent
00:23:21l'art de dire
00:23:23l'indicible,
00:23:23nous allons
00:23:24désormais écouter
00:23:25un poème
00:23:26lu par Gaëlle Fay
00:23:30de la poétesse
00:23:31rwandaise
00:23:32Beata Umumbieyi
00:23:33Merez.
00:24:02La poétesse
00:24:27Notre amitié
00:24:29ancienne comète
00:24:31a mis fin
00:24:33à mes ténèbres.
00:24:37La nuit s'est teintée
00:24:39de tendresse colorée.
00:24:44J'ai cessé
00:24:45de traverser
00:24:46les déserts d'oreilles.
00:24:52C'est une heureuse surprise
00:24:54au firmament,
00:24:56une nouvelle légèreté
00:24:58à l'horizon.
00:25:15Il nous aura fallu
00:25:17trente ans
00:25:18pour composer
00:25:20cette chanson
00:25:21de nos voix
00:25:23qui savent
00:25:24désormais
00:25:25apaiser
00:25:26l'incommensurable
00:25:28proie des morts.
00:25:33Sur quelques rives
00:25:35que l'on est
00:25:36accosté,
00:25:38sa mélodie monde
00:25:39saura raconter
00:25:40notre épopée
00:25:42d'enfants
00:25:43d'enfants
00:25:44échoués.
00:25:55De rive en rive,
00:25:58de rage en rage,
00:26:02nous sommes
00:26:02les pièces
00:26:03réarrimées
00:26:04d'un récit
00:26:06immense
00:26:06et généreux.
00:26:12Dans les remous
00:26:13de ce long voyage,
00:26:16nous apprenons
00:26:17à culbuter
00:26:19le malheur.
00:26:47Sous-titrage
00:26:58Thank you for this lecture
00:27:16Pleine de sensibilité
00:27:17J'invite désormais monsieur Paul Kagame
00:27:20A venir
00:27:21S'exprimer
00:27:50Sous-titrage ST' 501
00:27:53Excellency Emmanuel Macron, President of the French Republic
00:28:02Mayor Emmanuel Grégoire
00:28:07Marcel Kawanda
00:28:09President of Ibuka France
00:28:12Senior Government Officials
00:28:16Members of the Diplomatic Code
00:28:18More Distinguished Ladies and Gentlemen
00:28:24I would like to thank the survivor
00:28:29Was just
00:28:32Spoken
00:28:36Jeanne Huimbawazic
00:28:40It's not
00:28:41Part of my speech
00:28:43But let me say a small thing
00:28:47The events
00:28:49She described
00:28:53Very familiar
00:28:55To me
00:28:58In many ways
00:29:01One
00:29:03It seems in Rwanda
00:29:07There was bound to be
00:29:09A cycle
00:29:11Of 30 years
00:29:14In which
00:29:16Such a tragedy
00:29:18Would take place
00:29:21Because
00:29:22What she described
00:29:2830 years
00:29:37Before that
00:29:41We experienced
00:29:43Another
00:29:45Tragedy
00:29:48In which
00:29:50At that time
00:29:51I was
00:29:53Four years old
00:29:58And my family
00:30:02And others
00:30:05Became refugees
00:30:07In a neighboring country
00:30:10I grew up
00:30:12In a refugee camp
00:30:14For over 20 years
00:30:18So it happened
00:30:20In the 1960s
00:30:22And then
00:30:22It happened
00:30:23In 1994
00:30:28Of course
00:30:29What happened in 1994
00:30:31Has no comparison
00:30:34But I was just talking about
00:30:36The story of
00:30:38The cycle
00:30:40That
00:30:41Took place
00:30:45So
00:30:46The events
00:30:48Of the genocide
00:30:48Against the Tutsi
00:30:49Are within
00:30:52Living memory
00:30:56And so
00:30:59The work of memory
00:31:01In the story
00:31:01Begins
00:31:04With
00:31:04Their work
00:31:10Survivors
00:31:10Are living
00:31:12Memorials
00:31:13Not only
00:31:15By virtue
00:31:16Of the visible
00:31:18Scars
00:31:19Of the body
00:31:21But also
00:31:23The indelible
00:31:26Wounds
00:31:26Of the spirit
00:31:29Which
00:31:31They transmit
00:31:32To us
00:31:34Through
00:31:34Their testimony
00:31:38The memorial
00:31:39Before us
00:31:40Is powerful
00:31:43Because
00:31:44It sets
00:31:45The truth
00:31:46In stone
00:31:47And protects
00:31:50It from
00:31:51The heartlessness
00:31:52Of time
00:31:56By
00:31:57Instructing
00:31:58The living
00:32:02It's not a validation
00:32:04Because
00:32:05Because
00:32:05None
00:32:07Is needed
00:32:11But it will
00:32:12Stand
00:32:12As a mark
00:32:13Of respect
00:32:15For the dignity
00:32:17Of Rwandans
00:32:19And our history
00:32:22However
00:32:25To witness
00:32:26To witness
00:32:27The inauguration
00:32:28Of such
00:32:28A memorial
00:32:30In a place
00:32:31Of honor
00:32:32In the city
00:32:33Of Paris
00:32:37Is anything
00:32:39But routine
00:32:41But routine
00:32:44I want to thank
00:32:47The city
00:32:48Of Paris
00:32:49And its mayor
00:32:51Emmanuel
00:32:52Grégoire
00:32:53As well as
00:32:55The former mayor
00:32:56Anne
00:32:58Hildagor
00:33:00For making
00:33:02This possible
00:33:09Confronting
00:33:10Historical
00:33:11Responsibilities
00:33:12Requires
00:33:13Real courage
00:33:14Because
00:33:16Generates
00:33:16Fierce
00:33:17Opposition
00:33:19By those
00:33:21With a case
00:33:22To answer
00:33:25You need
00:33:26A sense
00:33:27A strong
00:33:28Sense
00:33:28Of humanity
00:33:31To see
00:33:33It through
00:33:35President
00:33:36Macro
00:33:36I want
00:33:41To commend
00:33:42You
00:33:42On both
00:33:45Counts
00:33:47Courage
00:33:47And humanity
00:33:56Five years
00:33:57Ago
00:33:59You took
00:34:00A risk
00:34:01And came
00:34:03To Kigali
00:34:03Following the
00:34:04Release
00:34:05Of two
00:34:06Independent
00:34:06Reports
00:34:07One commissioned
00:34:08By your
00:34:08Government
00:34:09The other
00:34:11By Rwanda
00:34:13But arriving
00:34:15At similar
00:34:16Conclusions
00:34:20You acknowledge
00:34:21That France
00:34:22Could have
00:34:22Stopped
00:34:23The genocide
00:34:23But did
00:34:24Not
00:34:26In response
00:34:29I described
00:34:30The words
00:34:31As something
00:34:31More valuable
00:34:34Than
00:34:34An apology
00:34:37Namely
00:34:38The truth
00:34:42This door
00:34:44Was first
00:34:45Opened by
00:34:46President
00:34:46Nicolas Sarkozy
00:34:47And I wish
00:34:49To commend
00:34:50Him
00:34:50Today
00:34:57In a
00:34:58Historic
00:34:59Visit
00:34:59To Rwanda
00:35:00In 2010
00:35:02President Sarkozy
00:35:03Conceded
00:35:04Serious
00:35:05Mistakes
00:35:05By France
00:35:06And said
00:35:07That it
00:35:09Was not
00:35:09Up to
00:35:10The task
00:35:10Of stopping
00:35:11The genocide
00:35:14I also
00:35:15Pay tribute
00:35:16To the
00:35:18Dedicated
00:35:19French
00:35:20Journalists
00:35:21Activists
00:35:23And researchers
00:35:25Who never
00:35:25Withered
00:35:26In exposing
00:35:28The truth
00:35:29And many
00:35:31Are here
00:35:32Today
00:35:32Thank you
00:35:39Your efforts
00:35:40To make
00:35:42Sure
00:35:42That
00:35:42The story
00:35:44Was told
00:35:45Have saved
00:35:48Countless
00:35:50Lives
00:35:50And conferred
00:35:52Dignity
00:35:53On the
00:35:55Victims
00:35:58The genocide
00:35:59Against the
00:36:00Tutsis
00:36:01Was foreseeable
00:36:04And in fact
00:36:06Foreseen
00:36:07And France
00:36:09Was in
00:36:10Unique
00:36:11Position
00:36:12To observe
00:36:14And to
00:36:15Act
00:36:17It took
00:36:18Too long
00:36:20For France
00:36:21To come
00:36:22To terms
00:36:23With its
00:36:23Role
00:36:25Causing
00:36:26Additional
00:36:26Pain
00:36:28And some
00:36:29Points
00:36:30We still
00:36:31Have
00:36:32Not found
00:36:33Consensus
00:36:36I fully
00:36:37Understand
00:36:38The feelings
00:36:38Of those
00:36:39Survivors
00:36:39And advocates
00:36:40Who remain
00:36:42Desatisfied
00:36:44With
00:36:45The official
00:36:47Record
00:36:48But I
00:36:50Believe
00:36:50That our
00:36:52Common
00:36:52Work
00:36:52Has initiated
00:36:54A journey
00:36:55Towards the
00:36:56Truth
00:36:56Which
00:36:58Is
00:36:59Irreversible
00:37:02And
00:37:03France
00:37:03Was not
00:37:05Alone
00:37:06In falling
00:37:07Short
00:37:08Far from
00:37:09It
00:37:09Many
00:37:11Other
00:37:11Countries
00:37:12Did so
00:37:14As well
00:37:16But none
00:37:17Has gone
00:37:18As far
00:37:19As France
00:37:20In setting
00:37:22The record
00:37:22Straight
00:37:23And accepting
00:37:25Its part
00:37:26In the
00:37:27Tragedy
00:37:33We also
00:37:34Appreciate
00:37:36The notable
00:37:37Efforts
00:37:38That have
00:37:38Been
00:37:38Made
00:37:39By
00:37:41France
00:37:42To try
00:37:43Genocide
00:37:44Perpetrators
00:37:45Living
00:37:46Here
00:37:47And to
00:37:49Criminalize
00:37:49Genocide
00:37:51Denial
00:37:52That work
00:37:53Must continue
00:37:57Settling
00:37:59Scores
00:37:59On
00:37:59Traps
00:38:02Settling
00:38:03Scores
00:38:05Only
00:38:06Traps
00:38:07All of
00:38:08Us
00:38:08In the
00:38:09Past
00:38:11We
00:38:12Needed
00:38:12To walk
00:38:13Free
00:38:13From
00:38:15The
00:38:15Tongue
00:38:15Of
00:38:15Lies
00:38:16And
00:38:17We
00:38:18Have
00:38:20Then
00:38:21As
00:38:22Now
00:38:23France
00:38:24Serves
00:38:25As a
00:38:25Pain
00:38:26Holder
00:38:26For
00:38:27African
00:38:28Affairs
00:38:28At
00:38:29The
00:38:30United
00:38:30Nations
00:38:30And
00:38:32In
00:38:33Other
00:38:33Forums
00:38:33As
00:38:35A
00:38:35Result
00:38:36France
00:38:37Will
00:38:39Naturally
00:38:39Be
00:38:40Held
00:38:41To
00:38:42A
00:38:42Higher
00:38:43Standard
00:38:45Factually
00:38:46And
00:38:47Morally
00:38:48Whenever
00:38:50The
00:38:51Equals
00:38:52Of
00:38:52History
00:38:52Intrude
00:38:53On
00:38:53Current
00:38:53Affairs
00:38:54On
00:38:56Our
00:38:56Continent
00:38:58I
00:38:59Hope
00:39:00That
00:39:01France
00:39:02Realizes
00:39:03The
00:39:04Weight
00:39:04And
00:39:04Meaning
00:39:05Of
00:39:06The
00:39:07Special
00:39:07Responsibility
00:39:09It
00:39:10Is
00:39:10Not
00:39:11Easy
00:39:11But
00:39:13It
00:39:13Is
00:39:13Vital
00:39:14Important
00:39:16And
00:39:17This
00:39:18Memorial
00:39:19Symbolizes
00:39:21Those
00:39:22Higher
00:39:24Expectations
00:39:27Rwanda
00:39:28Imagined
00:39:28From
00:39:28The
00:39:28Experience
00:39:29Of
00:39:29Genocide
00:39:31And
00:39:32The
00:39:32International
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00:42:31Messieurs
00:42:31J'invite
00:42:32Maintenant
00:42:32A la
00:42:33Tribune
00:42:33Monsieur
00:42:34Le Président
00:42:34De la
00:42:35République
00:42:42Applaudissements
00:43:10Monsieur le Président de la République du Rwanda,
00:43:16cher Paul Kagame, Madame la Première Dame,
00:43:22Mesdames et Messieurs les Ministres,
00:43:26Madame la Secrétaire Générale de l'Organisation Internationale de la Francophonie,
00:43:30Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
00:43:35Monsieur le Délégué National de l'Ordre de la Libération,
00:43:39Monsieur le Maire de Paris, Mesdames et Messieurs les Élus,
00:43:43Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités,
00:43:47chers rescapés, chers amis.
00:43:55Ce monument est un aboutissement.
00:43:59Il inscrit désormais le génocide des Tutsis au Rwanda au coeur de notre
00:44:04capitale et de notre histoire.
00:44:11Il est l'aboutissement d'un long et patient travail de vérité que nous avons
00:44:19collectivement fait nôtre et qui s'appuie sur des décennies de témoignages,
00:44:28d'écrits, de travaux, d'une mobilisation acharnée.
00:44:38Et merci pour les mots à l'instant prononcés, Madame, avec courage.
00:44:45La lumière devait être faite, les mots devaient être posés,
00:44:48la reconnaissance devait être accomplie.
00:44:55A Kigali, en mai 2021, au mémorial de Guizosi, j'ai reconnu au nom de la France les
00:45:06responsabilités de notre pays dans un engrenage qui a conduit à mener au génocide des Tutsis.
00:45:17J'ai dit alors ce que notre nation a fait, a laissé faire, a dit ou n'a pas dit.
00:45:26Je n'entends rien retrancher de ces mots qui sont autant de pierres ajoutées à l'édifice de
00:45:32vérité que nous voulons bâtir.
00:45:37Je n'ai oublié aucun de ces mots.
00:45:42Je n'ai pas oublié non plus votre regard dans ces instants, Président, votre attention,
00:45:52puis vos propres mots, comme toujours, choisis, pudiques, mais qui accueillaient cette reconnaissance.
00:46:11Et je veux ici, aujourd'hui, à Paris, vous remercier infiniment pour cela.
00:46:26En cela, j'entends demeurer fidèle à notre volonté de respecter les leçons de l'histoire toujours et partout,
00:46:33comme nous le faisons et comptons continuer de le faire avec l'Algérie, comme nous l'avons fait au Cameroun,
00:46:39au Sénégal, en Haïti, moment toujours arrasé par le sel des silences, de l'injustice, de l'absence trop longue
00:46:52de reconnaissance.
00:46:55Et soyez ici assurés de notre détermination à poursuivre cette œuvre de vérité et de justice.
00:47:04Oui, notre nation regarde son histoire en face, devoir pour elle-même, devoir envers autrui,
00:47:14lorsque les actes commis en son nom s'écartent de l'idéal qui est le sien, devoir envers les victimes,
00:47:21les survivants, leurs enfants et les enfants de ceux qui ne sont plus,
00:47:28de ceux qui, durant ces jours et ces nuits, ont vécu la terreur,
00:47:34comme vous l'avez admirablement rappelé.
00:47:39La France le doit aussi au regard des liens fraternels qu'elle entend nouer
00:47:43avec les peuples amis au premier rang desquels le peuple rwandais.
00:47:48Elle le doit enfin, car dire et nommer le passé permet d'ouvrir l'avenir.
00:47:56Depuis ces mots prononcés, depuis ce moment pour les présents et les absents,
00:48:04depuis lors, un rapprochement inédit s'est dessiné entre le Rwanda et la France.
00:48:14Et votre présence aujourd'hui à Paris, Monsieur le Président, Madame,
00:48:20donne à ce moment un sens profond et une portée historique.
00:48:28Cette reconnaissance a été permise dans l'ombre et la persévérance
00:48:33par des esprits courageux.
00:48:35Et je veux ici saluer, comme vous l'avez fait, le travail des associations,
00:48:40et en particulier celui d'Ibuka France, cher Marcel Cavanda,
00:48:51sans lequel ce monument n'existerait pas.
00:48:56Ce monument est l'enfant de cette persévérance et de cette reconnaissance.
00:49:03L'œuvre de l'artiste, ce dialogue entre deux masses formant un jardin
00:49:08où chacun peut prêter voix au souffle du temps, cette œuvre,
00:49:12nous la devons à Grada Quilomba.
00:49:16Ces archives, c'est leur nom, ont quelque chose du calme bloc ici-bas,
00:49:24je suis d'un désastre obscur pour évoquer ma armée.
00:49:29Ce désastre, c'est celui du génocide où les Tutsis furent massacrés pour ce qu'ils étaient.
00:49:37Ce désastre est formé des appels à la haine, des nuits de massacres ininterrompus,
00:49:44des corps amoncelés sous la besogne des bourreaux.
00:49:47Le désastre, c'est celui de l'absence, de la nuit perpétuelle de l'anéantissement,
00:49:55de l'épouvante au cœur des survivants.
00:49:58Cette œuvre incarne cette puissance du désastre où se fige la haine et l'esprit de mort.
00:50:09Cette œuvre relève aussi d'un mouvement inverse,
00:50:14celui de la mémoire à travers les mots inscrits en français, en anglais, en Kinyarwanda, en Swahili.
00:50:24Ces blocs sombres ne sont pas seulement un mausolée, mais un livre ouvert et qui, comme les livres,
00:50:31restent et traversent le temps par de l'aube et le crépuscule.
00:50:37Et dans ces pierres imaginées se dessine la résistance de la vie à l'oubli, à la mort.
00:50:45Comme l'a dit Esther Mujawayo,
00:50:48survivre, c'est apprendre à vivre avec les absents.
00:50:53Près de ce mausolée, les absents sont là.
00:50:58Ils sont dans le cœur des vivants et dans ces blocs, avec nous, ici pour toujours.
00:51:06Je veux remercier en cela l'artiste, l'ensemble de ceux qui ont œuvré pour l'édification de cette œuvre,
00:51:13qui dit avec force, calme et beauté, la permanence pour nous du souvenir.
00:51:20Et je veux remercier M. le maire de Paris, M. Grégoire et sa prédécesseur, Mme la maire Anne Hidalgo,
00:51:29pour avoir voulu ici cette œuvre, l'avoir portée et nous avoir accueillis par vos mots, M. le maire.
00:51:43Mais ce monument, s'il est un aboutissement, il n'est pas une fin.
00:51:47C'est un jalon sur un chemin que nous avons ouvert.
00:51:54Nous avons collectivement, ces dernières années, beaucoup travaillé.
00:51:58Vous, vous avez beaucoup lutté pour que des mots soient prononcés en 2021.
00:52:04Comme je l'ai dit, Président, vous les avez accueillis avec beaucoup de courage.
00:52:10Et je ne sous-estime pas qu'il y avait beaucoup de gens pour vous dire que ça n'était
00:52:16pas assez,
00:52:16que ça aurait dû arriver plus tôt.
00:52:20Et cela d'autant plus que vous, vous aviez combattu.
00:52:25Mais par ce travail de tous, par ces mots prononcés,
00:52:28par ce que vous les avez accueillis, nous avons ouvert des chemins.
00:52:35Ils sont fragiles, ces chemins encore, mais nécessaires.
00:52:40Et le rassemblement d'aujourd'hui doit nous rappeler aussi tout le soin que nous devons y mettre.
00:52:48Chemin de vérité.
00:52:51Dans un monde où les empires parfois ont la tentation de falsifier l'histoire,
00:52:55dans ce moment aussi où le passé est un champ de bataille,
00:53:00dire la vérité est plus que jamais nécessaire.
00:53:04C'est la condition de la paix.
00:53:07Et tous ceux qui y compris aujourd'hui encore, dans votre région,
00:53:14nie cette vérité, prennent le risque du retour de la guerre.
00:53:21D'abord, nous devons continuer d'écouter la parole des survivants.
00:53:27Je pense aujourd'hui aux rescapés, aux témoignages bouleversants que nous venons d'entendre,
00:53:36à l'innocence du quotidien opposée à la mécanique du crime de masse,
00:53:43à celles et ceux qui ont vu disparaître leurs proches,
00:53:46à celles et ceux qui ont traversé ces mois atroces
00:53:48et qui ont pourtant trouvé la force de témoigner, de transmettre, de reconstruire.
00:53:55Je pense à tant d'écrits, de romans, de témoignages.
00:54:00Je pense aux récits brûlants de Jean Hatzfeld, dont je me souviens encore,
00:54:06et les voix des rescapés de Nyamata, aux livres, aux textes de Gaël Fay et de tant d'autres.
00:54:14Je pense aussi à la diaspora rwandaise de France,
00:54:18à celles et ceux qui portent en eux le deuil, la survie,
00:54:22parfois l'attente longue, difficile de la justice.
00:54:29Ensuite, ce chemin de vérité, nous le ferons en donnant aux historiens
00:54:34les moyens de travailler, en écoutant leurs recommandations,
00:54:38en continuant chaque fois qu'il le faut d'accompagner cette œuvre scientifique.
00:54:44Et je veux ici remercier M. Duclair et tous les membres de la Commission sous sa direction.
00:54:59Merci, cher Vincent, vous et tous vos collègues,
00:55:01pour le travail mené avec rigueur, courage,
00:55:05par la Commission de recherche sur les archives françaises.
00:55:10Pour nous, la vérité se fonde et se fondera toujours sur le dialogue,
00:55:14la recherche historique, l'ouverture des archives,
00:55:17le travail des historiens menés dans le silence des livres,
00:55:22aux côtés des sources et des traces de l'histoire.
00:55:26L'histoire prend ainsi sa juste place.
00:55:30Elle donne aux témoignages, aux traces,
00:55:34elle accueille les mémoires, elle fait justice.
00:55:39Elle permet la vérité et la reconnaissance.
00:55:45Chemin de justice, ensuite.
00:55:49Ces dernières années encore, la justice française a poursuivi son travail.
00:55:52Il le fallait.
00:55:54Mais ce que vous avez dit pour conclure tout à l'heure, madame, est juste.
00:55:59Et nous allons y veiller.
00:56:01Les procès se sont tenus.
00:56:03D'autres enquêtes se poursuivent.
00:56:06Personne n'est ni ne sera au-dessus des lois.
00:56:09Et à celles et ceux qui pensaient avoir trouvé sur notre sol
00:56:12le refuge du temps ou l'abri de l'oubli,
00:56:16la justice française s'est trouvée les moyens de répondre.
00:56:20Aucun crime contre l'humanité ne peut bénéficier
00:56:23de la prescription ou de l'impunité.
00:56:26Aucun.
00:56:28Et je le redis avec force, justice sera rendue.
00:56:40Et je salue à ce titre le travail inlassable
00:56:43des associations de parties civiles,
00:56:45qui jouent un rôle fondamental dans ce processus.
00:56:48Le travail des avocats, le travail des magistrats.
00:56:54Chemin de vigilance aussi.
00:56:57Ces blocs irrécusables sont devant nous aussi
00:57:00comme des injonctions.
00:57:01Injonctions à ne jamais nous accommoder,
00:57:05ne jamais oublier que ces masses obscures
00:57:07renferment aussi ce que l'esprit humain
00:57:09peut avoir de barbare.
00:57:12Ne cédons rien à la haine raciste de tous les jours.
00:57:16Et comme le dit l'auteur rwando-canadien Benjamin Céhen,
00:57:20le génocide commence quand on regarde son voisin
00:57:25comme un étranger.
00:57:27C'est vrai.
00:57:29Le seul remède à cet abandon de chaque jour,
00:57:32à ce mal qui n'est jamais banal mais qui devient courant,
00:57:35est un devoir de fraternité.
00:57:37Et comment ?
00:57:39Comment imaginer que le risque a disparu ?
00:57:42Comment ne pas s'épouvanter devant la force de frappe,
00:57:45aujourd'hui, des propagandes en ligne ?
00:57:48Il y a, derrière nos écrans, d'autres radios mille collines.
00:57:54Ouvrons les yeux.
00:58:03Et soyons lucides aussi sur les logiques ethniques racialistes
00:58:08qui fleurissent ici ou là.
00:58:11Les mots peuvent varier, les masques changer.
00:58:14La logique, à la fin, demeure.
00:58:17Haine de l'autre.
00:58:19Haine de tous les autres.
00:58:20Haine totale et implacable qui conduit au meurtre de masse.
00:58:26La logique de ce crime de masse a été parfaitement décrite,
00:58:30là aussi, par plusieurs historiens,
00:58:33Stéphane Audouin-Rouzeau et plusieurs autres,
00:58:35qui ont montré cette continuité,
00:58:37le retour de ces cycles dont vous avez parlé, président.
00:58:42Ceci nous oblige.
00:58:45Ce monument est donc aussi un enseignement
00:58:49qui commence à haïr l'autre en raison de sa couleur de peau,
00:58:53de son identité, de son origine, de son ethnie,
00:58:59enclenche une mécanique qui emporte tout.
00:59:02Une soif de meurtre qui tonaille les esprits
00:59:05et le jour venu frappe, massacre.
00:59:09Et face.
00:59:12Chemin de vigilance.
00:59:14Car le génocide est un crime contre l'humanité
00:59:17et par son caractère systématique,
00:59:19sa barbarie, sa volonté d'anéantissement et d'oubli,
00:59:23il est une offense que les bourreaux commettent
00:59:27contre tous les hommes.
00:59:30Une blessure faite à la conscience universelle.
00:59:35Oui, ce génocide porte en lui la mémoire de tous les autres génocides,
00:59:40dans leurs différences particulières et irréductibles,
00:59:44sans hiérarchie, sans confusion,
00:59:47avec la même indignation, la même douleur,
00:59:51la même résolution aussi à ne pas laisser se commettre le pire.
00:59:56Et notre conception de l'universel revient à dire cela.
01:00:01Nul ne peut être en paix dans le secret de sa conscience
01:00:04si l'humanité, quelque part, est prise pour cible.
01:00:11Chemin d'action, ensuite.
01:00:16Car toute cette histoire nous oblige
01:00:18à toujours œuvrer pour la paix, le dialogue,
01:00:22pour que les armes cessent et que la mécanique des crimes
01:00:26ne se réenclenche plus jamais.
01:00:29À ce titre, être là nous oblige à vouloir la paix pour tous,
01:00:34le respect de chacun et de toutes les souverainetés
01:00:37dans ce drame en cours depuis trop longtemps
01:00:39dans la région des Grands Lacs.
01:00:43Chemin d'espérance, enfin.
01:00:47Comment ne pas souhaiter que la mémoire
01:00:49n'est-ce pas ?
01:01:05Sous-titrage Société Radio-Canada
01:01:48... et d'avancer ensemble.
01:01:53Rien n'est acquis.
01:01:56Rien n'est conquis.
01:01:58Rien n'est achevé.
01:02:03Mais ces blocs sont là pour nous rappeler ce passé,
01:02:10pour nous dire ce qui est désormais reconnu,
01:02:15et pour nous permettre ensemble ce chemin.
01:02:20À nous de transmettre avec rigueur,
01:02:24dignité et fidélité ce message,
01:02:27de redire vos mots,
01:02:31de dire ces poèmes,
01:02:33de porter ensemble avec courage cette histoire.
01:02:39Tuibukke, tuibukka.
01:02:50Se souvenir, bâtir ensemble.
01:02:56Et nous serons là.
01:02:58Je vous remercie.
01:03:00Applaudissements.
01:03:10Nous allons à présent procéder au geste inaugural.
01:03:14J'invite M. le Président de la République du Rwanda
01:03:17et M. le Président de la République
01:03:19à venir déposer une gerbe.
01:03:21Nous observerons ensuite une minute de silence,
01:03:26suivi des hymnes nationaux.
01:03:38dans la République de la République au thé时 par Iran,
01:03:38qui collecte une sorte d'écologues dans le jardinage
01:03:44d'orthopier aux mots qui restent Les Statniers du Turpin.
01:03:44N'importeah d'huile,
01:03:45Etут ceux qui ont dodentاد la paix et couche ici.
01:03:45Et maintenant,
01:03:47il est antibiotique du Rwanda-plan de M. le Président de la République
01:03:48permet de Espélisation des visiteux par le statu.
01:03:48Chartues sous les pieds dans la 문циère du Rwanda
01:14:23Thank you very much.
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