- il y a 11 heures
Le rachat de SFR par le trio Orange-Bouygues-Free relance le débat sur l'évolution des prix dans les télécoms et replace les opérateurs virtuels au cœur de la bataille tarifaire. Stabilisateurs du marché ou premières victimes de la consolidation ?
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00:04Orange, Bouygues Télécom, Free se sont mis d'accord avec le groupe Altice pour le rachat de SFR au prix
00:10de 20,35 milliards d'euros.
00:14Ça fait quand même 25 millions de clients qui sont concernés, qui vont changer d'opérateur.
00:19Ce retour à trois opérateurs en France, déjà, est-ce que c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle ?
00:24Je vais poser la question à mes experts.
00:26On se l'est déjà d'ailleurs posé dans nos débriefs, mais plus largement, je voulais qu'on regarde ce
00:30que ça voulait dire en termes de consolidation pour le marché européen.
00:34Alors, avec moi, Stéphane Lelux en plateau. Bonjour Stéphane.
00:38Bonjour Delphine.
00:38Président du cabinet Tactis, vous êtes également le président de la Commission internationale du comité stratégique de filière infrastructure numérique
00:45et conseiller du commerce extérieur pour la France.
00:49Vous connaissez ce secteur des télécoms par cœur depuis des années et la deuxième personne qui est avec nous également,
00:57Benoît Felten.
00:58Bonjour Benoît. Merci d'être connecté avec Smartech.
01:01Vous êtes consultant, donc expert télécom s'il en est, chez Fiber Révolution.
01:07Déjà, je voulais avoir votre réaction.
01:10Quelle a été votre première réaction à chaud au moment où vous avez appris que ça y est, enfin, je
01:15dis enfin, pas par soulagement, mais depuis le temps qu'on en parle, cet accord a été signé pour le
01:20rachat de SFR ?
01:22Stéphane, déjà.
01:23Tout d'abord, comme vous le dites, c'est un long processus, donc pas une grande surprise.
01:28On s'attendait depuis longtemps à voir cet accord sortir.
01:34Et par ailleurs, il faut quand même se dire qu'on est au début d'un processus.
01:37Donc non seulement c'est un processus de négociation qui a abouti, mais nous partons pour au minimum trois années
01:44entre les autorisations en termes de consolidation au niveau France et les autorités de la concurrence française et européenne.
01:52Et puis en Suisse, il y a tout le processus aussi organique et salarial qu'il va falloir mettre en
01:58place.
01:59Donc on est au tout début du processus.
02:01Donc on va dire ni soulagement ni surprise, mais simplement, on va dire, une étape clé dans un processus qui
02:08va prendre encore plusieurs années et qui est nécessaire probablement pour le secteur pour clarifier.
02:13Parce que le pire, c'est le fait d'être en situation un peu suspendue entre deux eaux.
02:18On en parlera peut-être parce que ça a des conséquences, notamment sur l'investissement.
02:22On peut voir qu'SFR, ces dernières années, a quasiment plus investi.
02:24Donc en fait, cette situation de suspension avait des conséquences négatives.
02:29Donc quand même, ça ne pouvait pas durer beaucoup plus longtemps.
02:32Exactement.
02:33Benoît, vous vous êtes dit, ah ben quand même, ça y est, c'est une bonne nouvelle.
02:38Ou au contraire, ça vous inquiète ?
02:41Non, si j'étais un peu chafouin, je dirais que SFR se porte mal depuis qu'il se mette et
02:46racheté par Altice.
02:47Mais c'est peut-être un peu méchant.
02:50Cela dit, on sait que les conditions du rachat en LBO posaient déjà des problèmes en tant que tels.
02:55Et effectivement, comme le dit Stéphane, SFR allait mal depuis un bon moment.
03:00Donc ce n'est pas une surprise dans ce sens-là.
03:02Le point d'interrogation, il est effectivement sur comment les autorités de la concurrence vont se prononcer,
03:08que ce soit les autorités françaises ou les autorités européennes d'ailleurs.
03:12Et puis, quand même, il y a une vraie question tactique un peu sur comment se fait ce découpage,
03:18qu'est-ce qui va atterrir où.
03:21Et moi, ce qui m'intéresse en particulier, je suis sûr qu'il intéresse beaucoup Stéphane également,
03:25la partie infrastructure fibre qui ne fait pas partie de ce deal.
03:29Mais c'est intéressant aussi de savoir où ça, ça va terminer.
03:33Exact. Effectivement, ce n'est pas du tout mentionné pour l'instant.
03:37Je vous demandais si vous pensiez que c'était une bonne nouvelle ou si vous étiez inquiets,
03:40parce qu'il y a des voix inquiètes.
03:43Je pense à Sébastien Soriano en particulier,
03:46qui est un ancien régulateur des télécoms, puisqu'il était à l'ARCEP,
03:52et qui dit qu'il faut quand même faire attention, être vigilant quand on voit cette consolidation du marché en
03:59France.
04:00Et sans doute, va-t-il falloir imposer des contraintes ?
04:03Est-ce que vous partagez son inquiétude ?
04:06Alors, on doit toujours être prudent.
04:08Et je pense que Sébastien Soriano, qui est bien éclairé en tant qu'ancien président de l'ARCEP, le sait
04:13bien.
04:13Mais je pense qu'en même temps, il y a des retours d'expériences multiples qui montrent qu'on a
04:19des outils.
04:21Que ce soit en Espagne, quand il y a eu des opérations aussi de consolidation, ou en Italie ou ailleurs,
04:26on voit que les régulateurs et les autorités anti-concurrentielles,
04:34enfin pour la concurrence plutôt, qui se protègent de la concurrence,
04:37sont en capacité soit d'imposer, par exemple, des reventes de certains actifs,
04:43ou des modalités d'accès aux infrastructures,
04:48qui peuvent être aussi des facteurs derrière de facilité pour des concurrents.
04:55Et puis, il faut aussi se rappeler qu'on rentre dans un monde,
04:57et on en reparlera peut-être, où la concurrence vient aussi d'ailleurs.
05:01Et cette concurrence, elle va exister.
05:04On a des bouleversements.
05:05On parle beaucoup de Starlink ces derniers jours.
05:07On voit bien que finalement, on n'est plus dans les années 90-2000,
05:13début des années 95-2005-2010,
05:17où il y avait une hyper-dominance des telcos sur les secteurs.
05:22Là, on est dans un bouleversement entre les GAFA.
05:24Avec des procès pour entente, entre trois opérateurs, par exemple.
05:27Oui, début des années 2000, effectivement.
05:29Donc, on a quand même un changement complet de paradigme, de contexte.
05:33Et je pense que, oui, il faut avoir cette vigilance.
05:36Mais attention, nous ne sommes plus dans le même secteur.
05:39Il a profondément évolué.
05:41Il y a des poids relatifs des acteurs.
05:45Je citerai un chiffre.
05:46Aujourd'hui, les GAFAM investissent un peu plus de 700 milliards de dollars par an,
05:52quand l'ensemble des opérateurs européens investissent à peine 63 milliards.
05:57Mais 500 milliards, sur quoi ils investissent ?
06:00Les câbles sous-marins, les data centers, je parle d'infrastructure.
06:05Les satellites, aujourd'hui, l'IA.
06:08On a de l'infrastructure dans les cœurs de réseaux,
06:12mais aussi de la fibre optique sur les réseaux terrestres ou sous-marins.
06:16Donc, en fait, tous ces réseaux-là, aujourd'hui, vont être utilisés,
06:21et sont utilisés par d'autres acteurs que nos opérateurs.
06:24Il ne faut pas l'oublier, et on est aussi obligés de regarder cette consolidation
06:29à l'aune de cette évolution du secteur.
06:32Oui, de voir si, finalement, on est suffisamment équipés
06:35pour affronter ces défis à venir sur le numérique
06:38face à des concurrents qui sont, aujourd'hui, des géants économiques.
06:43Benoît, vous partagez cette analyse ?
06:46C'est-à-dire qu'à la fois, oui, il faut être vigilant,
06:48mais d'un autre côté, il faut aussi donner les moyens, si j'entends,
06:51à nos opérateurs d'affronter ces défis-là.
06:55Alors, je pense qu'il y a deux choses.
06:56La première, c'est qu'il faut faire attention à ce qu'on appelle les remèdes,
07:03comme, effectivement, Stéphane le disait, qu'on a eu en Espagne, etc.
07:06La vraie question, je pense, qui se pose sur le secteur télécom pur,
07:10c'est est-ce qu'on va vraiment de quatre acteurs à trois,
07:12ou est-ce que les remèdes vont réintroduire un quatrième acteur sous une autre forme ?
07:16C'est ce qui s'est passé en Espagne, par exemple.
07:17Donc, en Espagne, ils ont prélevé des fréquences de différents opérateurs
07:23pour créer un quatrième opératoire mobile,
07:25et du coup, il n'y a pas eu de véritable passage de quatre à trois.
07:29Donc, la vraie question, c'est, est-ce que le modèle de cette fusion,
07:34ça va être un vrai passage de quatre à trois,
07:36et quelles seront les conséquences de ce passage ?
07:38La principale conséquence, celle qui est le plus souvent mise en avant,
07:42c'est une possible augmentation des prix.
07:44J'avoue qu'à titre personnel, et sans avoir nécessairement étudié
07:48l'aspect économique en grand détail,
07:50ce n'est pas l'élément qui m'inquiète le plus.
07:53Pour deux raisons.
07:54La première, c'est qu'aujourd'hui, j'ai regardé les chiffres ce matin
07:57pour préparer cet entretien,
07:59aujourd'hui, on voit que les services télécom,
08:02c'est à peu près 1,5% de la facture,
08:06pardon, de la dépense des foyers français.
08:11Là où les loyers, c'est de l'ordre de 25%.
08:14L'encadrement des prix, entre guillemets, des télécoms
08:18me paraît moins important que bien d'autres possibilités réglementaires
08:22qui toucheraient à des budgets beaucoup plus importants chez les foyers.
08:25Pour le dire autrement,
08:26si les prix des abonnements télécoms augmentaient de 2 à 3 euros en France,
08:30je ne pense pas que ce serait un problème systémique.
08:34Après, évidemment, il y a toujours des gens
08:36pour qui c'est un montant important,
08:39il ne faut pas le négliger,
08:40mais on a aussi des mécanismes en France
08:42de protection des consommateurs les plus fragiles
08:45et des tarifs dédiés pour ces consommateurs-là.
08:48Donc, tout ça, c'est pour moi un peu un épiphénomène.
08:51Le deuxième point qu'il faut quand même souligner,
08:52c'est qu'on a un acteur en France,
08:54Free, qui tire les prix vers le bas
08:57avec des promesses de ne pas augmenter ses prix
08:59qui font de manière répétée depuis longtemps.
09:02Ça ne veut pas dire qu'à la marge,
09:05les prix n'augmenteront pas sur des éléments annexes,
09:07des options, etc.
09:08Mais je ne vois pas Free, du jour au lendemain,
09:11dire « j'augmente les abonnements de 10 euros ».
09:15Après, le point plus général,
09:17moi je ne vois pas…
09:19Alors, je n'aime pas le terme GAFAM d'abord
09:21parce qu'il est obsolète,
09:22on devrait dire « amam »,
09:24ce qui est un peu plus moche comme terme.
09:27Mais surtout parce que ça pointe du doigt
09:30un certain nombre d'acteurs
09:31et que les choses étant très dynamiques,
09:33ces acteurs, ils ont des rôles très différents
09:35sur le marché global d'Internet.
09:40Mais surtout, le point important,
09:41c'est que pour moi,
09:44alors Starlink, c'est effectivement un cas particulier
09:46puisque Starlink et Kuiper, d'ailleurs, d'Amazon,
09:49vont être potentiellement des concurrents directs
09:51de ces réseaux.
09:52Par contre, sur le reste de l'écosystème,
09:54c'est plus des collaborateurs
09:55que des concurrents.
09:56Et je pense que le fait de dessiner ça
10:00comme un conflit, c'est une erreur
10:02parce qu'aujourd'hui, on a un écosystème
10:04qui fonctionne de manière très symbiotique
10:06et relativement efficace
10:07et remettre ça en cause au nom de…
10:10C'est-à-dire qu'il n'y a pas de rapport de force
10:14entre les géants du numérique
10:15et les opérateurs européens ?
10:18Alors, je ne sais pas ce que c'est un rapport de force.
10:20Il y a une interdépendance totale.
10:21Sans les réseaux d'accès,
10:23les acteurs du numérique ne peuvent pas atteindre leurs clients.
10:27Et sans les acteurs du numérique,
10:29les opérateurs ne vendraient pas d'accès à Internet.
10:31Donc, à un moment, il ne faut pas perdre de vue
10:34cette vérité fondamentale qui est que ces deux pans
10:36de l'écosystème sont interdépendants.
10:39Et d'ailleurs, si on regarde d'un peu près,
10:41on se rend compte qu'il y a énormément d'accords
10:44qu'on ne voit pas entre les deux,
10:46des accords de revente,
10:48des accords de collaboration.
10:49Il y a des éléments de gestion de réseaux
10:52qui sont fournis par des acteurs d'Internet.
10:55Tout ça, c'est une interdépendance.
10:57Ce n'est pas une concurrence frontale.
10:59Alors, encore une fois, sur les satellites,
11:00là, c'est une situation différente.
11:02Et il n'y a pas de doute que ça,
11:03ça peut représenter un élément de concurrence.
11:05Je pense que ce n'est pas le sujet nécessairement d'aujourd'hui,
11:08mais c'est un sujet très intéressant
11:09sur lequel on pourrait se croire.
11:10Oui, mais c'est le sujet aussi de la capacité d'investissement
11:13qui se pose même avec cette question des satellitaires.
11:16Oui ?
11:17Je veux bien réagir sur ce que dit Benoît,
11:19parce que je suis d'une certaine manière d'accord avec lui.
11:23On ne peut pas parler de concurrence frontale,
11:25mais en réalité, il y a un rapport de force qui est caché,
11:28puisque si ce que dit Benoît, effectivement,
11:32est tout à fait juste,
11:33il y a une interdépendance,
11:34en réalité, le rapport de force a changé.
11:37C'est ça que je suis en train de décrire.
11:38C'est qu'en fait, tout ce que dit Benoît est tout à fait juste,
11:40sauf que la réalité, c'est qu'il y a 15 ans,
11:43quand un opérateur discutait avec un fournisseur de contenu,
11:47ce qu'on appelle un OTT, un fournisseur de services,
11:50il avait un rapport qui était plus en sa faveur,
11:55pouvoir équilibrer ces dernières années.
11:58Aujourd'hui, ce n'est plus le cas.
11:59Et plus ça va aller, plus un opérateur est en train de se retrouver.
12:02Moi, j'ai l'impression que ça a toujours été un problème,
12:06parce que je me souviens de l'époque où Free avait essayé de brider YouTube
12:10parce qu'il considérait qu'il ne participait pas suffisamment
12:13au financement des réseaux.
12:14Bon, finalement, cette histoire s'est terminée sans faire cher,
12:19sans modification des règles.
12:21Tout à fait.
12:21Il y a les enjeux de la neutralité du net, etc.
12:24Derrière, l'équilibre entre les différents supports
12:26et les fournisseurs de services et les opérateurs de réseaux.
12:31Mais avec les rapports de force que je décris
12:34qui sont en train de glisser en faveur, on va dire,
12:36des grands acteurs des plateformes,
12:39pour ne pas utiliser le terme GAFAM,
12:42même si on n'est pas...
12:43Les plateformes numériques, les big tech...
12:45Au sens large du terme, peu importe,
12:46parce qu'il ne faut pas oublier qu'il y a les Chinois aussi
12:47qui sont dans l'air court asiatique,
12:51qui un jour probablement franchiront le cap,
12:55même si aujourd'hui on commence à les voir plus
12:57dans les pays émergents, en Afrique, etc.
13:00Mais il n'y a pas de raison qui ne s'attaque pas un jour
13:03à nos marchés, de manière plus large,
13:05comme ils le font déjà,
13:06à travers notamment les Alibaba, etc.
13:09Donc là, ce qu'on voit, c'est que le rapport de force
13:11est en train de glisser progressivement
13:14en défaveur des telcos,
13:17qui deviennent des commodities.
13:18Et ces commodities, finalement,
13:21ils ont de plus en plus vocation à être finalement
13:23un truc quasiment d'accès gratuit.
13:25C'est-à-dire qu'en fait, aujourd'hui,
13:26on voit, on découvre Bezos ou d'autres
13:28qui disent, en gros, si vous voulez,
13:30moi, l'accès Internet, je vais vous le fournir
13:33gratuitement.
13:33Et en fait, là, on voit bien qu'on arrive
13:36au bout d'un raisonnement
13:37où finalement, ils veulent englober dans leur service
13:40l'accès.
13:41Et en fait, par un accès direct au client,
13:46en gérant la plateforme
13:47et vos abonnements,
13:50on va glisser progressivement
13:51vers un système où,
13:52même si nos opérateurs restent nationaux
13:54avec des licences,
13:55payent des fréquences, etc., etc.,
13:56ils ont l'infrastructure,
13:58ils ont la fibre,
13:58ils ont les réseaux 5G.
14:00Finalement,
14:01le client final qui est roi,
14:03c'est lui qui va décider
14:04à qui il va payer le service.
14:05Et dans les prochaines années,
14:07c'est encore une fois là où je ne suis pas d'accord
14:09avec Benoît,
14:09il y a un glissement qui va se faire
14:11où va se situer
14:13mon opérateur réel, global.
14:15Et ça, on est dans une situation
14:17de rapport de force
14:18qui devient extrêmement...
14:19Vous pensez qu'on n'est pas loin
14:20de cette situation ?
14:22Je pense qu'on s'en rapproche
14:23d'année après année.
14:24Après, la confrontation directe
14:26qu'évoquait Benoît,
14:28par exemple, avec Starlink,
14:29typiquement, la France,
14:30nous, on est protégés.
14:30Pourquoi ?
14:30Parce qu'on parle de moins de 2%
14:33des foyers qui n'ont pas la fibre
14:34ou qui n'ont pas la 5G.
14:35D'accord ?
14:36Donc la réalité n'est pas la même.
14:38Justement, parce que parlons de ça,
14:39parlons des réseaux.
14:41Cette consolidation peut-elle
14:43avoir un impact sur l'investissement
14:45dans les infrastructures ?
14:47Parce qu'on peut considérer
14:48qu'en étant plus puissants,
14:50ils auront plus de capacités
14:51d'investissement,
14:52mais ce n'est pas certain.
14:53Ils peuvent être aussi plus puissants
14:54et décider de faire autrement
14:56et d'échapper même
15:00à certaines contraintes de...
15:02Il faut se remettre en perspective.
15:03On est parti il y a 15 ans...
15:05Et on va réagir au bout après.
15:06Excuse-moi.
15:07Donc, on part d'à peu près
15:096 milliards en France d'investissement
15:11il y a une quinzaine d'années
15:12en tendance annuelle.
15:14On est passé à un cap maximum
15:16vers 2020, juste après le Covid,
15:18à 13 milliards.
15:19Donc, on a à peu près doublé
15:20les capex annuels.
15:21Je parle hors des coûts d'achat
15:23des fréquences.
15:23Vraiment de l'investissement
15:25dans le dur, c'est-à-dire
15:26la fibre optique
15:27et les réseaux mobiles.
15:30Donc, les passages de 4G, 5G, etc.
15:32Ça, on a doublé par an
15:34le rythme d'investissement.
15:35Ce qui fait que d'ailleurs,
15:36la France est située
15:37comme le champion de l'investissement
15:39dans les capex,
15:41dans les investissements
15:43dans les infrastructures.
15:44Puisqu'en fait, en gros,
15:45la France représente
15:46à peine 10%
15:47du nombre d'utilisateurs
15:49de l'Europe.
15:49Et on était à 20%
15:51de l'investissement
15:52dans les opérateurs.
15:54Donc, à peu près
15:5612 milliards,
15:5713 milliards
15:58à cette période 2020-2023.
15:59Et là, on est en train
16:00de descendre tout doucement
16:01chaque année de 5%.
16:02On est à peu près
16:03à 10 milliards aujourd'hui.
16:05Et alors,
16:05il y a un phénomène
16:06contre-intuitif
16:07qui va se produire
16:08dans les 5 prochaines années
16:09ou 3 prochaines années minimum.
16:10C'est qu'on va rebondir.
16:11Pourquoi ?
16:11Parce que la consolidation
16:12a un coût
16:14avant d'avoir un profit.
16:15C'est-à-dire qu'en fait,
16:16le profit,
16:16on l'estime à peu près
16:17à 2 milliards,
16:18mais le coût,
16:19on l'estime à peu près
16:20à 6-7 milliards.
16:21Donc, en fait,
16:22vous allez avoir
16:22un phénomène
16:23de croisement de courbe.
16:24Et puis,
16:24on n'a pas fini
16:25de déploiement de la fibre.
16:26Oui.
16:27Malgré...
16:27Et on a un retard
16:28sur la 5G native.
16:30Voilà.
16:34Pierre, là-dessus,
16:34sur cette consolidation
16:35et l'impact
16:36que cela peut avoir
16:37sur les investissements
16:38en infrastructures.
16:40Alors,
16:41la consolidation elle-même,
16:43elle est censée
16:45réduire les montants
16:45d'investissements.
16:46Effectivement,
16:46comme le dit Stéphane,
16:47il faut absorber
16:49la consolidation
16:50et ça,
16:50ce n'est pas
16:51complètement transparent.
16:53Ceci dit,
16:54moi,
16:54je soulignerai
16:55un certain nombre
16:55de tendances.
16:56La première,
16:56c'est que la France,
16:58comme l'Espagne d'ailleurs,
16:59sont plutôt en avance
17:00par rapport
17:00au reste de l'Europe
17:02sur leurs investissements
17:03dans l'infrastructure.
17:05On parle beaucoup
17:06de la 5G stand-alone,
17:09mais la réalité du marché,
17:10c'est qu'aujourd'hui,
17:11il n'y a pas énormément
17:11de demandes
17:12et que, du coup,
17:13les opérateurs,
17:13ils sont frileux,
17:14pas parce qu'ils n'ont pas
17:15les moyens d'investir,
17:16mais surtout parce qu'ils ne voient pas
17:17la rentabilité
17:18de cet investissement.
17:20Et donc,
17:21on peut s'attendre,
17:22sans que ce soit
17:23une mauvaise nouvelle,
17:24à ce que les montants
17:26de CAPEX en France,
17:28dans la décennie qui vienne,
17:30ils aillent plutôt
17:31à la baisse,
17:32même s'ils resteront
17:33importants,
17:33parce que des réseaux,
17:34ça se maintient
17:35et ça se renouvelle.
17:38Ceci étant dit,
17:39on voit bien
17:39qu'il y a des hésitations
17:40sur la 6G,
17:41on ne sait pas
17:42comment la définir trop,
17:43les opérateurs ont du mal
17:44à voir les bénéfices
17:45qu'ils vont pouvoir en tirer,
17:46ils ont été très échaudés
17:47par leurs investissements
17:48sur la 5G.
17:49Donc,
17:49tout ça fait qu'aujourd'hui,
17:51la perspective
17:53de rentabilité
17:54des opérateurs,
17:56français et espagnols
17:57en particulier,
17:58et d'ailleurs,
17:58je reviendrai dessus
17:59en une seconde,
18:00mais français en particulier,
18:01elle est plutôt positive,
18:02on voit ça dans
18:03tous les documents
18:04d'analyse financière
18:05qui circulent.
18:07La raison pour laquelle
18:08la France est encore mieux
18:10placée que l'Espagne,
18:11c'est qu'en France,
18:11on partage le réseau fixe,
18:13ce qui n'est pas le cas
18:14de l'Espagne,
18:15et que du coup,
18:16on a une utilisation du réseau
18:18qui est bien plus importante
18:19en proportion,
18:20et donc une bien meilleure
18:22rentabilité
18:22de cet investissement réseau.
18:25Le deuxième point
18:26qu'il ne faut pas perdre de vue,
18:27c'est que…
18:28Très rapidement,
18:29Benoît.
18:29Oui.
18:30Très rapidement.
18:32Ah, pardon.
18:32Le deuxième point
18:33qu'il ne faut pas perdre de vue,
18:34c'est que
18:37le trafic Internet
18:38croît encore,
18:39mais il croît
18:40de moins en moins vite,
18:41et on est maintenant
18:42sur des tendances
18:43où on peut anticiper
18:44qu'à horizon 2 à 3 ans,
18:45on va être sur un trafic plat.
18:48Et ça,
18:48c'est à mon avis
18:49un point
18:50que les opérateurs eux-mêmes
18:51refusent de voir,
18:52ils continuent de dire
18:53dans leur communication
18:54que le trafic croît,
18:56ils utilisent souvent
18:56le terme exponentiel
18:57qui est complètement inadapté.
19:00Moi,
19:01je pense qu'il y a
19:02une vraie question systémique
19:04qui va se poser
19:04quand on verra
19:06à horizon 2 à 3 ans
19:07que le trafic ne croît plus.
19:09Et du coup,
19:10la question qui se posera,
19:12c'est
19:12les investissements pertinents
19:14pour générer des revenus
19:15dans un monde
19:16où l'utilisateur
19:17est à peu près
19:18saturé d'informations,
19:20c'est quoi ?
19:21Et je ne sais pas
19:22s'ils ont la réponse.
19:24Ce sera une question
19:25qu'on se posera
19:25une prochaine fois.
19:26On arrive à la fin
19:27de ce talk
19:28et la fin de cette émission.
19:30Merci beaucoup
19:30à tous les deux
19:32d'y avoir participé.
19:33Merci à tous
19:34de nous suivre.
19:35C'était Smartech
19:35que vous regardez
19:36sur la chaîne Bsmart.
19:37On se retrouve dès demain.
19:38Sous-titrage Société Radio-Canada
19:47Sous-titrage Société Radio-Canada
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19:49Sous-titrage Société Radio-Canada
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