00:00Quand j'ai su qu'on m'a échangé contre un bébé mort, j'étais bouche bée.
00:02Tous les jours j'y pense.
00:03Je me suis dit, c'est pas possible ça, c'est que dans les films qu'on voit des trucs
00:07comme ça.
00:07Les gens, ils n'ont pas de pitié.
00:09J'ai été adopté par des parents adoptifs marocains.
00:12Le 22 août 1978, ils ont adopté un bébé prématuré.
00:16Un jour après, il est mort.
00:17Ils sont repartis au l'hôpital et ils m'ont échangé contre ce bébé mort.
00:20Ça veut dire que je porte l'identité d'un bébé mort jusqu'à maintenant.
00:24Il y a une estimation, ils ont dit qu'il y a eu plus de 30 000 bébés volés dans
00:27les années 70 jusqu'à 85.
00:29Mais c'est une fausse estimation, il n'y en avait plus, bien plus.
00:32Quand une maman a couché, les infirmières, ils allaient la voir, ils prenaient le bébé.
00:36Ils partaient pour le laver et ils revenaient et disaient comme quoi le bébé était mort.
00:40Parfois aussi, ils ramenaient un bébé congelé qui était mort.
00:43Ils le montraient à distance comme quoi le bébé était mort.
00:46Après ce que j'ai entendu, les bébés s'étaient revendus entre 2 000 à 5 000, 6 000 euros.
00:50Ils m'ont pris, ils m'ont ramené directement en France.
00:52Mon père adoptif, je ressentais qu'il ne me donnait pas beaucoup d'amour.
00:55Ils nous ont abandonnés et moi je suis resté avec ma mère adoptif.
00:57Mais ma mère adoptif, elle était atteinte psychologiquement.
01:00En tant qu'enfant, on veut l'amour d'une maman, c'est ça le problème.
01:03Et après c'est tout le contraire.
01:04Quand j'allais vers elle, j'ai essayé d'avoir des intentions, tout ça.
01:07Elle me repoussait un petit peu.
01:09Je traînais tout seul dehors.
01:10À l'âge de 6 ans, 7 ans, des fois je parle au ciel.
01:13Je dis pourquoi ça m'arrive.
01:15Je n'ai pas demandé tout ça.
01:16Moi j'ai demandé à avoir des parents, être épanoui, avoir de l'amour, de l'affection.
01:19Surtout quand mon père adoptif est parti, on nous achetait dehors.
01:22On nous achetait dehors.
01:24Après ma mère a été écoulée par terre, a pleuré, la police est venue.
01:28Après on a zoné dans le quartier, je me rappelle toute ma vie.
01:31En tant qu'enfant on est là, on cherche un hôtel, tout était complet.
01:34Ma mère a pleuré.
01:35Et après on a dormi chez des gens dans un quartier.
01:38Comme des voisins, ils nous ont hébergés pendant 15 jours chez eux.
01:40Et après avec le temps, comme j'étais redevable, le grand il profitait de ça.
01:44Au début c'était des attouchements, c'était des frottages.
01:47Après une fois il a essayé de me pénétrer.
01:50Je n'en parlais pas, je l'ai gardé en moi.
01:52C'était pudique, c'était la honte.
01:54Après j'ai eu de la maltraitance à l'école aussi, par des maîtres et des maîtresses.
01:57Il me frappait, il s'était violent.
01:59Il n'y avait pas de protection de mes parents.
02:01Des fois je pleurais parce que je disais pourquoi je n'ai pas un grand frère,
02:03pourquoi je n'ai pas mes frères et soeurs pour me faire entendre.
02:07C'était dur.
02:08Je ne voulais pas vivre ça.
02:10C'est comme ça.
02:13Des fois ça fait du mal de parler.
02:15On en a besoin.
02:18Quand tu es enfant, tu as besoin d'un adulte qui t'écoutait.
02:21Mais à l'époque il n'y avait pas d'adulte qui t'écoutait.
02:23Tu essaies de voir un maître ou une maîtresse au contraire.
02:26Tu vois qu'il te frappe, qu'il t'insulte, qu'il te milite devant l'autre enfant.
02:29Tu disais aller chez ma mère adoptive, c'était pareil.
02:31Quand tu vas à l'école, c'était pareil.
02:32Tu n'avais plus personne.
02:34J'avais une colère aussi.
02:35Je dis en fin de compte ils ont gâché ma vie, ils ont volé ma vie.
02:37Après ça m'a forgé dans ma vie.
02:39Les épreuves ça nous forge.
02:39Après quand j'étais placé à la DAS, j'ai été soulagé.
02:43Le geste des mineurs m'a placé à la DAS parce que ma mère adoptive n'arrivait plus à me
02:47nourrir
02:47parce qu'elle ne payait plus l'électricité, elle s'est fait licenciée.
02:50Et à la DAS j'étais à la foyer d'accueil d'urgence.
02:52Je suis resté 8-9 mois.
02:54Après on m'a tremblé de famille d'accueil.
02:56Ça veut dire que je n'y allais plus à l'école.
02:57Tous les week-ends j'allais chez ma mère adoptive.
02:59Et son frère, moi il était toujours alcoolique.
03:01Et j'ai vu rentrer mon nom qu'à 1h du matin.
03:03Il arrivait à temps devant la porte, il m'a attendu, il m'a dit qu'est-ce que tu
03:06fais dehors ?
03:06Après elle a commencé à me frapper.
03:07Il me frappait, il me frappait.
03:08Et j'ai réussi à me détacher, à me sauver.
03:10Et j'ai couru vers les grands, je lui ai demandé de l'aide.
03:12Et après les grands, ils ont eu peur parce que j'avais une tête qui faisait peur.
03:15On a couru, je voyais mon nom qui me courait, qui me courait derrière moi.
03:18Pour essayer de m'attraper, pour...
03:19Ouais, il voulait me tuer.
03:20Et après on est parti au commissaire de Saint-Ouen.
03:22Et le coup-ci, quand ils m'ont vu, tout de suite ils m'ont mené à l'hôpital.
03:24Comme j'étais mineur, c'est vrai qu'ils ont porté plainte contre mon oncle.
03:26Quelques temps après, à la rentrée, le directeur de la DAS a demandé une réunion d'urgence avec ma mère
03:31adoptive.
03:32Et ma mère adoptive l'a dit, ouais, Brahim Karanoui, c'est pas mon fils.
03:36Je l'ai adopté avec Ali, avec son père.
03:39En fin de compte, ouais, maintenant j'en veux plus, il me coûte trop cher, gardez-le.
03:43C'est là qu'on m'a dit, ouais, je l'ai adopté.
03:44En plus, surtout quand elle m'a dit, ouais, j'en veux plus, il me coûte trop cher.
03:47Je me suis effondré.
03:48Mon nom du cathart a titré, c'était Pierre.
03:50Et là, il s'est bouche bée, il n'arrivait pas à y croire.
03:52Je suis sorti avec lui, et après il m'a fait un câlin.
03:56Pierre m'a dit, ouais, on va essayer de retrouver ton père adoptif.
03:59S'ils veulent te récupérer, parce que déjà ma mère m'a abandonné, encore ma mère adoptif, et mon père.
04:03Et mon dictateur, il a fait une enquête, on l'a retrouvé au bout d'un an.
04:06Il est parti le voir, je suis attendu presque une heure, une heure et quart, il est revenu.
04:10Et j'ai vu dans son visage qu'il avait été triste.
04:13Il m'a dit, Brahim, en fin de compte, il ne veut plus te voir, il ne veut plus de
04:15toi.
04:15Ouais, c'est horrible quand tu entends ça.
04:17Et après, lui, il a essayé d'avoir le livret de famille, parce qu'il voulait que je devienne français.
04:20Et jusqu'à maintenant, je n'ai pas pu avoir l'unité française à cause de ça, à cause de
04:23mes parents adoptifs.
04:25En dirait que j'étais, je ne sais pas, un paquet qu'on m'a appris.
04:28On a essayé, après on m'a déposé.
04:30Moi, j'avais 14 ans et demi, tout s'écroule.
04:33C'est là que j'ai commencé à fumer, à boire.
04:35Des fois, je pensais au suicide.
04:37Quand tu arrives à 18 ans, ça y est, tu es majeur, tu dois retourner chez toi.
04:41Quand je suis rentré chez ma mère adoptif, c'est là que tu commences à vendre de la drogue.
04:44Mais je vendais déjà en tant que mineur.
04:46Après, j'ai fait comme j'étais dans l'alcool, tout ça.
04:49Je faisais la drogue, je volais dans les sociétés avec des potes.
04:52Après, je me suis fait attraper.
04:54Après, j'ai fait 8 ou 7 mois de prison, je ne vais pas me voler la face.
04:58C'est grâce à Dieu que j'ai pu m'accrocher.
05:00Peut-être que j'aurais tué, j'aurais fait des conneries.
05:01Je serais parti encore plus loin.
05:03C'est ça qui m'a sauvé.
05:04C'est ça que j'ai arrêté l'alcool, j'ai arrêté le shit.
05:07C'est ça qui m'a aidé le plus.
05:08La prière, jusqu'à maintenant.
05:11Et après, à la prison, je suis sorti, je vivais le jour le jour.
05:14C'est ça qui était dur.
05:15Parce qu'après, on n'est personne, on est tout seul.
05:16On a l'abandon, tu vois, ta mère de petit-fait, elle ne travaille pas.
05:19On faisait un studio, un salubre.
05:20Pas d'eau, j'allais apporter que mon cours pour me doucher.
05:23J'avais une douche municipale pour les SDF.
05:25Une fois, deux fois par semaine, j'allais là-bas.
05:27Mais je suis quelqu'un de protecteur.
05:29Je me disais, si je l'abandonne, elle va se retrouver dans la mer toute seule.
05:32Je ne pouvais pas la laisser toute seule.
05:34Je cherchais cet amour que je n'avais pas eu.
05:35Mais après, j'avais comme de la pitié.
05:40Son prénom, ça finit tout le temps.
05:41Quand j'avais 21 ans, 22 ans, je crois, j'avais posé des questions à ma mère de petit.
05:45Après, elle m'a raconté des histoires.
05:46Comme quoi, mes vrais parents biologiques sont dans un accident de voiture.
05:49Après, elle m'a raconté comme quoi.
05:50Elle travaillait pour nous dans la maison à Belkène.
05:52Fin de mes d'âge, tout ça.
05:53Elle est tombée enceinte.
05:54Et après, elle t'a donné.
05:56Tu sais quoi, une fois, elle m'a dit, on lui a donné 200 dirhams.
05:5920 euros, on t'a pris.
06:03Je vaux 20 euros.
06:04Quand j'ai su qu'on m'a échangé contre Abbé Bors, j'étais bouche bée.
06:07Tous les jours, j'y pense.
06:10C'est dans les films qu'on voit des trucs comme ça.
06:12Les gens, ils n'ont pas de pitié.
06:14J'ai fait un courrier, j'ai écrit au procureur.
06:16J'ai eu une réponse, ils m'ont dit qu'on ne pouvait rien faire pour moi.
06:18Après, j'ai dit, je vais faire comment ?
06:20Après, ils m'ont dit, je ne sais pas.
06:21Après, ils m'ont dit, essayez de voir en France
06:22s'il n'y a pas une association sur les droits
06:24ou d'essayer de porter plainte en France.
06:26Parfois, parce que je suis en fin de compte,
06:27pour le moment, je suis rentré illégalement en France.
06:28Après, je dis, ouais, c'est compliqué.
06:30Comme je n'ai pas l'esté français, je suis une carte de séjour.
06:32Ils ne vont pas m'écouter.
06:33Après, je dis, je veux faire le pire et pas vélo.
06:35Je voulais faire de Paris à Rabat.
06:37J'ai eu l'idée, parce que j'avais rencontré le roi plusieurs fois sur Paris.
06:40Je lui ai dit, voilà, ma majesté,
06:42j'ai écrit un livre qui s'appelle L'enfant éguerré.
06:44J'aimerais votre aide, parce que j'essaie de retrouver mes parents biologiques.
06:47Il m'a regardé, il ne m'a dit pas aujourd'hui, tout ça.
06:49Et plusieurs fois, il m'a dit la même réponse.
06:51Après, les gens me disent, ouais, le roi, il ne peut rien faire.
06:53Si, il n'y a que lui qui puisse donner l'ordre d'ouvrir une enquête.
06:56J'étais fier de moi, parce que je suis arrivé jusqu'au bout,
06:58parce qu'il y avait beaucoup de gens qui ne croyaient pas que j'allais le faire.
07:00Et ouais, franchement, j'étais un peu triste.
07:02J'étais super dégoûté.
07:03J'ai dit, putain, j'ai fait 2400 km.
07:06Après, je dis que ce n'est pas grave.
07:07Vraiment, j'ai fait, comment dire, on gagne une petite bataille.
07:09Après, c'est mon destin, il faut que j'accepte.
07:11Peut-être, voilà, il faut que je passe à autre chose.
07:13Je sais qu'il y aura peut-être une petite porte qui va s'ouvrir tout au tard.
07:15Il n'y a que l'ADN qui peut me sauver encore.
07:17C'est pour ça que j'avais fait le périph',
07:19je voulais demander qu'on fasse un bureau administratif et une banque d'ADN.
07:22Je ne suis pas là pour faire la guerre contre le Maroc.
07:23Le Maroc, c'est mon pays.
07:25Il y a la France et le Maroc.
07:26Mais au contraire, j'ai contacté M. Macron.
07:28J'ai écrit un courrier, puis qu'il puisse m'entendre,
07:30qui s'allie avec le Maroc,
07:31pour qu'on puisse aussi en France faire quelque chose,
07:33un bureau administratif, une banque d'ADN,
07:35qu'on puisse retrouver nos origines.
07:37Je trouve que c'est important.
07:38Je veux retrouver mes parents, parce que, tu vois,
07:40quand tu es né sous X, tu sais que c'est ta mère qui t'a abandonnée,
07:42elle l'a fait d'elle-même.
07:44Là, tu te dis, bon, c'est elle l'a fait d'elle-même,
07:45elle ne veut pas de moi, je ne vais pas faire de recherche.
07:48Mais là, tu sais qu'on t'a échangé contre un bébé mort.
07:51Je pense que ma mère, elle pense que je suis mort.
07:54Tant que je ne connais pas l'histoire,
07:55ce qui s'est vraiment passé, je ne peux pas abandonner.
07:57Je pense que si je les retrouve, ils seront heureux.
07:59Au fond de moi, je ne pense pas que je serai déçu.
08:01Après, peut-être qu'ils sont morts, je ne sais pas,
08:03mais je pense que non.
08:03J'ai un doute.
08:04Je pense que ma mère, elle est encore vivante.
08:05Je ressens, ouais.
08:06Pour retrouver des réponses,
08:07quand j'ai fini mon mari, je suis reparti en France.
08:09Et c'est mes enfants.
08:11C'est ça qui m'a reboosté le moral.
08:14J'en ai tout leur donné.
08:15Même mon rêve, c'est de faire le tour du monde avec eux.
08:17Tous les trucs que je n'ai pas faits,
08:18en tant qu'enfant, je viens de les faire avec eux.
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