00:00L'éclaireur du jour dans Good Morning Market est Stéphane Koliak qui est au téléphone avec nous.
00:07Bonjour Stéphane Koliak.
00:09Bonjour Simon.
00:10Vous êtes économiste chez BNP Paribas.
00:14Un mot peut-être rapide Stéphane Koliak, de la situation politique française,
00:18on attend un Premier ministre, un non pour un Premier ministre cet après-midi ou dans la soirée.
00:23Est-ce que cela est de nature à changer la perception des marchés vis-à-vis de la France dans les prochaines heures, Stéphane Koliak ?
00:32Alors dans les prochaines heures, non, puisqu'elle a déjà changé ces deux derniers jours,
00:40après l'interview aux 20h de France 2 du Premier ministre démissionnaire,
00:46qui disait que l'option d'un gouvernement avait la priorité,
00:50et qu'il n'y avait pas forcément une majorité à l'Assemblée pour souhaiter une dissolution,
00:55le spread entre la France et l'Allemagne est revenu autour de 81-82 points de base,
01:01ce qui était son niveau avant que le risque de dissolution apparaisse.
01:06Donc les taux sont déjà revenus.
01:09Ce qu'on pourrait avoir, c'est si on n'avait pas cette nomination
01:12et que ce ne soit pas ce qui survienne, une augmentation du spread de nouveau.
01:20Mais là, la baisse du spread, on l'a déjà eue, il est revenu à peu près où il était auparavant.
01:25Oui, et puis surtout qu'il n'y a pas d'attente énorme des marchés vis-à-vis du budget de la France pour 2026,
01:32étant donné les rapports de force politique à l'heure actuelle.
01:36Donc globalement, les marchés ont déjà réagi.
01:39Maintenant, ils vont plutôt regarder du côté des publications d'entreprises
01:42ou de ce qui va se passer aux États-Unis, Stéphane Koliak.
01:45Oui, les marchés exactement ont déjà réagi.
01:48Donc tout ce qui pourrait sortir, par exemple sur la France,
01:52ce serait le budget qui serait formellement présenté.
01:57Et la Cour des comptes l'a rappelé, le Haut Conseil des Finances Publiques aussi,
02:01c'est le même président pour les deux, mais il a dit qu'on ne peut pas présenter un budget en Conseil des ministres
02:07qui soit trop différent de ce qui a été présenté au Conseil des Finances Publiques.
02:11Donc on présentera un budget avec un déficit de 4,7% probablement,
02:16et puis après il sera discuté à l'Assemblée comme ça a été dit.
02:19C'est vrai qu'aux États-Unis, on essaie d'avoir le cœur net,
02:24mais on est dans le brouillard globalement, et dans le brouillard on a besoin d'éclairage.
02:28Et comme on n'a pas eu la publication d'une non-femme payrolls,
02:31il n'y a pas eu de rapport emploi la semaine dernière, on est en shutdown,
02:34on a moins de données, donc ce n'est pas évident.
02:36Surtout pour une Fed qui a dit qu'elle serait data-dépendante dans sa politique.
02:41Donc se fonder sur les données quand elles ne sortent pas, c'est évident, pas facile.
02:47Toutefois on a vu les minutes de la Fed hier.
02:49Bien sûr.
02:50Ces minutes laissent entendre qu'on pourrait avoir une poursuite de l'assoupissement monétaire.
02:57Il y a une majorité qui semble être pour ça.
03:01Maintenant il y a quand même ce lien aux données qui reste important.
03:08Les données ADP, les données JOLS ont plutôt confirmé la faiblesse du marché du travail,
03:13mais on a besoin quand même du rapport emploi pour en juger totalement
03:18et ce dernier on ne l'a pas.
03:21Les données ADP ne suffisent pas quand on voit effectivement
03:27que si on compare sur une longue période les données qui sortent du bureau
03:30of labor statistics et les données ADP,
03:32même si les chiffres ne sont pas les mêmes, les tendances sont les mêmes.
03:35Est-ce que cela ne peut pas aider la Fed à prendre une décision de politique monétaire
03:39avec les données dont elles disposent dans ce shutdown ?
03:42Si, elle s'en contentera probablement.
03:45Mais comme on est sorti du précédent comité avec l'indication
03:50que la balance des risques avait changé et qu'elle est pointée vers le négatif,
03:53notamment sur le marché du travail,
03:55mais que les signaux, bon il y a les d'autres plots d'un côté,
03:59c'est vrai, il y a ce que disent les minutes aussi,
04:01mais ce n'était pas un signal très très clair sur une forward guidance
04:05avec 25 points de base de baisse à chaque comité.
04:08Ce n'était pas exactement ça quand même.
04:09Donc étant quand même un peu dans le brouillard,
04:13même si les tendances se rapprochent,
04:16on ne peut pas être totalement sûr du geste qui sera fait fin octobre.
04:22Maintenant, tout en n'étant pas sûr,
04:23nous on pense qu'il y aura une baisse de 25 points de base
04:25parce que effectivement ces données nous semblent suffire.
04:29Avec Stéphane Koliak, des minutes de la Fed qui montrent effectivement
04:34une majorité favorable à la dernière baisse de taux réalisée par la Fed,
04:39mais quand même ce rapport de force, ce questionnement entre soutenir l'emploi
04:43ou continuer à combattre l'inflation aux Etats-Unis,
04:46pour l'instant la lecture de ces minutes ne change pas vos scénarios
04:50d'assouplissement monétaire de la Fed si je comprends bien.
04:52Non, ça ne change pas.
04:54C'est vrai qu'il y a une tension entre les deux objectifs.
04:57Maintenant, il faut voir de quel risque on parle.
05:01Sur le marché du travail, on a une dégradation,
05:04donc ça elle est objective.
05:06On pense qu'elle va durer 6 à 9 mois globalement.
05:10Pourquoi ?
05:11Parce qu'on devrait maintenant avoir un contre-coût
05:13et on commence à avoir un contre-coût suite au choc tarifaire.
05:17Je m'explique.
05:18La croissance américaine a été forte au deuxième trimestre.
05:22Le GDPR de la Fed d'Atlanta pointe vers une croissance
05:25autour de 1% non annualisée encore au troisième trimestre.
05:29Donc ça veut dire qu'on a continué d'être sur un rythme élevé
05:33et on a produit, on a stocké énormément de choses
05:40et ce n'est pas tout à fait cohérent avec le rythme auquel vont les indicateurs.
05:47Donc nous, on pense que le quatrième trimestre va marquer un net ralentissement
05:50et ce net ralentissement, c'est probablement ce que reflète
05:54d'ores et déjà le marché du travail.
05:56En face de ça, il y a les risques inflationnistes.
05:59Donc les risques inflationnistes, quelle nature ils sont
06:01et de quelle amplitude surtout ?
06:03Notre impression, c'est qu'on va aller autour de 3,6%
06:06sur l'analyse des prix de la consommation, le CPI,
06:11d'ici au milieu de l'année prochaine.
06:14Donc ce n'est pas un risque démesuré,
06:16c'est une accélération d'inflation relative.
06:20Il y a des comportements de marge probablement dans les entreprises.
06:24Donc tout le choc tarifaire ne se transmet pas à l'indice des prix.
06:27Donc certes, on s'attend à 0,7 point de plus encore sur l'inflation,
06:32mais de façon assez graduelle.
06:34Donc le risque sur le marché du travail apparaît plus fort à court terme.
06:38Maintenant, il ne fait pas aller sur un cycle très très long de baisse de taux
06:43parce qu'on pense qu'à un certain moment, cet atterrissage de l'économie américaine,
06:47ce contre-coût, il dure quelques trimestres,
06:51mais après ça se stabilise et le taux de chômage reste pas loin
06:55du taux de chômage du plein emploi finalement, au bout du compte.
06:57Donc d'où, à partir du deuxième trimestre 2026,
07:03un arrêt du cycle d'assouplissement aux Etats-Unis.
07:05Un mot de la situation européenne également, Stéphane Koliak,
07:09quand on voit la Commission européenne rehausser ses droits de douane
07:13de 50% vis-à-vis de l'acier, des mesures de protection de l'industrie de l'acier européenne,
07:18quand on voit des constructeurs automobiles qui voient leurs résultats reculer
07:22en lien avec des ventes moins fortes que prévues en Chine
07:25ou une concurrence accrue de voitures chinoises,
07:31est-ce que les relations commerciales comme celles entre les Etats-Unis et la Chine
07:34ont tendance à évoluer du côté de l'Union européenne et de la Chine ?
07:39Ça évolue dans le sens d'un déficit plus élevé bilatéral entre l'Europe et la Chine
07:45qui s'explique beaucoup par la dégradation du sol extérieur de l'Allemagne avec la Chine.
07:50Parce que d'autres pays avaient déjà un déficit avant,
07:53mais l'Allemagne n'avait pas un tel déficit avant la période Covid
07:57et il y en a un beaucoup plus important maintenant.
08:00Donc nous, ce qui nous pénalise, et particulièrement les Allemands,
08:04c'est la stratégie chinoise qui était le premier exportateur mondial
08:08et qui malgré tout a adopté une stratégie de substitution en importation
08:12pour développer encore plus de secteurs.
08:14Et donc ça affecte l'automobile, de fait.
08:17Donc il y a un nouvel acteur qui est entré, qui est le premier producteur mondial de voitures
08:22alors qu'il y a quelques années, ce n'était pas du tout le cas.
08:25Et donc, comme la consommation automobile n'augmente pas tellement,
08:30c'est le moins qu'on puisse dire,
08:32faire de la place à ce nouvel acteur, forcément,
08:34ça pénalise ceux qui étaient déjà présents et qui avaient des parts de marché importantes.
08:38Donc ça, on ne pourra pas, disons, au niveau global, on ne pourra pas faire sans.
08:46Ensuite, il y a la question des relations entre Europe et Chine,
08:49les flux entre les deux zones.
08:52Là, l'accroissement du déficit européen
08:56montre une augmentation des importations chinoises en Europe
09:02qui est dans plusieurs secteurs et qui est pénalisante
09:06et qui, en plus, se fait à des prix qui ne sont pas du tout les prix du marché mondial.
09:11Donc il y a objectivement des subventions,
09:13on peut qualifier ça de dumping,
09:15et donc il est normal de se protéger.
09:18Donc ça a été le cas sur l'automobile l'année dernière,
09:20c'est le cas sur l'acier maintenant,
09:22et probablement que ce n'est pas la dernière mesure qui sera mise en place.
09:26Et c'est vrai qu'en parallèle, il faudra se préparer aux mesures de rétorsion chinoise,
09:31puisque quand on a mis les taxes sur l'automobile,
09:33ça a été fait sur les spiritueux, de la part de la Chine.
09:36Merci Stéphane Colliac de nous avoir accompagné dans l'éclaireur.
09:39Je rappelle que vous êtes économiste chez BNP Paribas.
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