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  • il y a 3 jours
Quatre mois après l’attaque conjointe des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran, « Le Monde » revient sur les quatre éléments qui expliquent l’échec politique majeur de l’opération « Epic Fury ».

Le 28 février 2026, Donald Trump franchit un cap inédit dans la politique américaine vis-à-vis de l’Iran. Aux côtés d’Israël, les Etats-Unis lancent une vaste campagne de frappes aériennes contre la République islamique. L’objectif est double : décapiter le régime et démanteler son programme nucléaire.

En quarante jours, 24 000 frappes ont lieu, détruisant des centres de commandement iraniens. Les principaux dirigeants du régime sont tués, dont le Guide suprême, Ali Khamenei, et le Pentagone revendique alors une « victoire » militaire décisive.

Pourtant, quatre mois après le début des frappes, le constat est plus nuancé. Le régime iranien a survécu, est capable de riposter et reste aujourd’hui au cœur des négociations, déjouant les pronostics de guerre éclair de Donald Trump et Benyamin Nétanyahou.

Dans cette vidéo, des experts militaires et des spécialistes du Moyen-Orient reviennent sur les quatre principaux éléments qui expliquent cet échec.

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Transcription
00:0428 février 2026.
00:07Donald Trump diffuse une allocution très attendue sur son réseau social.
00:12Quelques minutes plus tôt, les Etats-Unis et Israël ont lancé une série de frappes massives contre la République islamique
00:19d'Iran.
00:26Dans ce discours de huit minutes, un passage est essentiel pour comprendre les motivations du président états-unien.
00:34Ici.
00:38Donald Trump invoque deux menaces pour justifier sa guerre.
00:42Le régime iranien lui-même et la possibilité qu'il acquiert l'arme nucléaire.
00:47Deux obsessions qui structurent sa politique vis-à-vis de l'Iran depuis plus de dix ans.
01:06Mais le 28 février 2026, Donald Trump a franchi une étape décisive.
01:11Une opération militaire d'une ampleur inédite, censée lui permettre d'atteindre ses deux objectifs.
01:22Pourtant, après quatre mois de guerre, au moment de signer un accord avec l'Iran,
01:27ses objectifs sont loin d'avoir été atteints.
01:30Alors, comment Trump a-t-il été mis en échec ?
01:34Dans cette vidéo, on va s'intéresser aux quatre éléments qui permettent de comprendre
01:38pourquoi l'attaque en Iran n'a pas eu les effets recherchés,
01:42comment le régime iranien a résisté,
01:45et pourquoi cet échec pourrait entacher durablement la crédibilité du président des États-Unis
01:51à l'international comme dans son propre pays.
01:58Avant le 28 février 2026, rien n'indique que Donald Trump envisage de frapper l'Iran.
02:04Dans les documents officiels énonçant les priorités militaires des États-Unis,
02:08publiées quelques mois plus tôt,
02:10l'Iran est mentionné de façon subsidiaire, après la Chine ou la Russie.
02:15Nulle part, l'Iran apparaît comme une priorité.
02:17Pourquoi ?
02:18Parce qu'en juin 2025, au cours d'une brève guerre initiée par Israël,
02:23mais que les États-Unis ont rejoint,
02:26les bombardements ont, selon Washington, anéanti le programme nucléaire iranien
02:31qui était le plus gros sujet de contentieux entre Téhéran et Washington.
02:40Mais début 2026, deux événements vont changer la donne.
02:46Une multitude d'explosions dans Caracas et ses environs.
02:50Le 3 janvier d'abord.
02:51Les forces spéciales états-uniennes pénètrent dans le centre de Caracas
02:55et enlèvent le président vénézuélien Nicolas Maduro et sa femme.
02:59Pour les États-Unis, l'opération est un succès.
03:02Il semble que cette expérience vénézuélienne,
03:05elle va quand même jouer sur la psychologie de Donald Trump
03:09et sur sa perception de ce que l'outil militaire peut produire comme résultat.
03:14À 12 000 kilomètres de là, au même moment, le régime iranien semble vacillé.
03:21Des manifestations d'une ampleur inédite secouent le pays.
03:24Et fin février, dans ce contexte,
03:27Trump semble soudain convaincu qu'un changement de régime est à portée de main.
03:36Mais quatre éléments vont enrayer ces plans.
03:39Le premier, c'est le choix, dès les premières heures,
03:43d'une campagne militaire par les airs et uniquement par les airs.
03:47En près de 40 jours, 24 000 frappes ont lieu
03:51sans qu'aucun soldat soit déployé au sol.
03:54Il y a toujours aux Etats-Unis le souvenir des guerres sans fin.
03:58Guerres sans fin en Irak, en Afghanistan,
04:01qui se sont accompagnées d'un nombre élevé de victimes.
04:04Et donc, la priorité, c'est si possible d'éviter les troupes au sol
04:07pour éviter de perdre trop de soldats.
04:10Cette stratégie n'est pas nouvelle.
04:11Depuis les années 1920,
04:13des penseurs militaires défendent l'idée qu'une attaque aérienne
04:17massive au cœur d'un État suffirait à provoquer l'effondrement du régime.
04:21Et dans les premières heures du 28 février,
04:24tout semble leur donner raison.
04:32Les plus hauts dirigeants iraniens,
04:34dont le guide suprême Ali Rahmenei,
04:36sont éliminés et des centres de commandement sont détruits.
04:44Sur le plan militaire, le succès paraît total.
04:48Mais le choix d'une opération exclusivement aérienne a des limites.
04:52Si l'adversaire résiste aux frappes,
04:54les moyens d'action sont vite restreints.
04:56Et malgré la mort des principaux dirigeants iraniens,
04:59c'est précisément ce qui va se passer.
05:02On voit pratiquement poste pour poste,
05:05déremplaçant prendre les affaires en main et camper sur des lignes aussi radicales que leurs prédécesseurs,
05:12voire plus radicales encore.
05:13Alors, comment le régime iranien a-t-il pu survivre face à une telle force militaire ?
05:18Eh bien, parce que depuis 20 ans, Téhéran se prépare à ce scénario.
05:22La prise de Kaboul s'est faite pratiquement sans combat.
05:26Bagdad aux mains des Américains après trois semaines de guerre.
05:30Début des années 2000.
05:31À l'Est, les États-Unis renversent le régime des talibans en quelques semaines.
05:36À l'Ouest, le régime de Saddam Hussein s'effondre en 20 jours.
05:40L'Iran, pris en étau entre ces deux guerres, observe et imagine une stratégie pour survivre en cas d'attaque
05:48similaire centralisée sur son commandement.
05:51L'Iran a commencé à développer une stratégie de défense qui est connue maintenant de la défense mosaïque.
05:59Elle a décentralisé son commandement et contrôle, a dispercé ses opérations militares à travers le pays.
06:07Au total, 31 cellules de commandement sont créées.
06:11Une dans chaque province de l'Iran.
06:13Chacune d'entre elles dispose d'une véritable armée avec son arsenal et son propre système de commandement.
06:19Et dans les jours qui suivent, le 28 février, alors même que les principaux dirigeants iraniens ont été tués,
06:26c'est sept organisations en mosaïque qui permettent à l'Iran de contre-attaquer.
06:31Et ce qui est encore plus intéressant, c'est la stratégie que ces unités de commandement vont adopter pour riposter.
06:38C'est le troisième élément qui a permis de mettre en échec les États-Unis.
06:42Et il s'est révélé particulièrement efficace.
06:44La guerre qui commence le 28 février est une guerre immédiatement asymétrique.
06:48On a des moyens d'un côté qui sont hyper puissants,
06:51et de l'autre côté un outil militaire qui a été dégradé par des frappes israéliennes pendant toute l'année
06:572024,
06:58également en 2025, et qui ne peut pas donc rivaliser avec les mêmes moyens.
07:02Dans sa stratégie de riposte, l'Iran ne cherche pas à empêcher les frappes.
07:06Il n'en a pas les moyens.
07:07À la place, il trouve une autre façon de rivaliser.
07:11Bombarder les pays alliés des États-Unis.
07:15Dès les premières heures du conflit,
07:17le régime iranien frappe des bases militaires étatsuniennes qui se trouvent dans les pays du Golfe,
07:23mais aussi des infrastructures énergétiques et des centres urbains.
07:28C'est une stratégie que le chercheur Daniel Sobelman appelle la « coercition triangulaire ».
07:35You see this phenomenon quite often in TV series, right?
07:39So the same phenomenon happens in international relations,
07:43where actor A, that does not have sufficient leverage over actor B,
07:48harnesses the vulnerability of a third party.
07:52By doing this, actor A shifts the balance of vulnerability
07:56between himself and the ultimate target,
08:00rendering it vulnerable and more susceptible to the manipulation stratégique.
08:05En frappant les pays du Golfe, alliés des États-Unis,
08:09l'Iran les inclut de force dans le conflit.
08:13L'objectif, qu'ils fassent pression pour faire cesser la guerre.
08:17Et cette stratégie atteint son apogée le 18 mars.
08:21Ce jour-là, l'armée israélienne bombarde le changazier de South Park en Iran.
08:26Le régime réplique alors, en bombardant Ras Lafane au Qatar,
08:31le plus grand gisement de gaz de la planète,
08:34ainsi que des raffineries au Koweït et en Arabie Saoudite.
08:38Pour ses alliés des États-Unis, s'en est trop.
08:41Donald Trump doit alors désamorcer.
08:43Les États-Unis n'étaient pas au courant de cette attaque en particulier.
08:48Israël ne mènera plus aucune autre attaque.
08:51Même si les frappes mutuelles se poursuivent,
08:53l'escalade semble atteindre un plafond.
08:55Ce bombardement israélien du 18 mars et la riposte iranienne
09:00constituent une sorte de tournant dans la guerre.
09:03En fait, on observe une inversion du rapport de force
09:06avec un régime iranien qui a tenu,
09:10qui a encaissé la première salve de bombardement américain
09:14et qui, en se contentant de résister,
09:19prend la main et prend l'avantage.
09:20Grâce à sa défense en mosaïque, le régime tient bon.
09:24Et ses frappes sur les pays du Golfe
09:26lui permettent d'équilibrer le rapport de force face aux États-Unis.
09:30Mais pour amener Donald Trump à la table des négociations,
09:34l'Iran va dégainer une nouvelle arme,
09:37le détroit d'Hormuz.
09:38Dès les premiers jours du conflit,
09:40l'Iran bloque et attaque des navires qui s'y trouvent.
09:45Ici, c'est entre 20 et 25% du commerce pétrolier maritime mondial qui transite.
09:51Résultat, les prix de l'énergie grimpent
09:53et le commerce mondial est fortement affecté.
09:56En jouant sur la fermeture d'Hormuz,
09:58les Iraniens se donnent d'une nouvelle arme,
10:00une arme de dissuasion vis-à-vis, cette fois-ci,
10:03des opinions publiques mondiales
10:04et notamment l'opinion publique américaine.
10:07Parce qu'ils savent que l'opinion publique
10:09ne peut que forcer Donald Trump
10:11à trouver une issue le plus rapidement possible
10:13à la guerre qu'il a déclenchée
10:14et qui se transforme en bourbier.
10:17Donald Trump est mis en échec.
10:19Le régime résiste,
10:21la fermeture d'Hormuz fait monter la pression économique
10:24et le choix d'une opération militaire sans troupes au sol
10:28limite sa marge de manœuvre.
10:31Le 18 juin 2026,
10:34près de 4 mois après le début de la guerre,
10:37il se résout à signer un protocole d'accord avec l'Iran.
10:41Pourtant, la République islamique est toujours en place.
10:44Et si dans ce texte en 14 points,
10:47elle s'engage à ne pas développer d'armes nucléaires,
10:51rien ne garantit comme par le passé
10:53qu'elle ne continuera pas à le faire en secret.
10:56C'est en fait pour Donald Trump
10:57se contenter d'un succès
10:59qui serait la réouverture du détroit d'Hormuz.
11:02Évidemment, tout le monde doit lui faire valoir
11:03que ce détroit d'Hormuz,
11:04il était ouvert avant la guerre.
11:06Donc comment revendiquer un succès ?
11:08Cette guerre choisie par Donald Trump
11:10le laisse dans une position inconfortable.
11:13Le régime iranien, certes affaibli,
11:16a trouvé un moyen de lui résister.
11:18Et à quelques mois des élections de mi-mandat,
11:21une question demeure.
11:23Comment justifier, pour Trump,
11:25cette guerre coûteuse
11:26qui a déjà fait, fin juin 2026,
11:29plus de 3000 morts en Iran ?
11:40Sous-titrage Société Radio-Canada
11:43Sous-titrage Société Radio-Canada
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