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  • il y a 10 minutes
On compte près de 4.000 cold cases en France depuis les années 70. Afin d’éviter que ces crimes non élucidés tombent dans l’oubli, des bénévoles amateurs tentent de faire avancer certains dossiers. La disparition de Julie Michel en fait partie. David Duval enquête bénévolement sur l'affaire depuis une décennie.  

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00:00On compte près de 4000 colquaises en France depuis les années 70.
00:04Afin d'éviter que ces crimes non élucidés tombent dans l'oubli,
00:07des bénévoles amateurs tentent de faire avancer certains dossiers.
00:10La disparition de Julie Michel en a fait partie.
00:13Elle avait 26 ans et voyageait seule en voiture dans les Pyrénées.
00:17C'est sa mère Betty qui contacte la gendarmerie
00:19après que sa fille ne donne plus aucun signe de vie depuis le 19 juillet 2013.
00:24David Duval enquête bénévolement sur sa disparition depuis une décennie.
00:29A chaque fois que je viens sur le site de la disparition de Julie Michel,
00:32je me plie à un rituel tous les années,
00:35c'est-à-dire poser les affiches de sa disparition.
00:40Je m'appelle David Duval, j'ai 56 ans.
00:43La première fois que je suis venu en montagne, c'était en 2015.
00:46On était en vacances à Tarascon, soir à Réage,
00:48avec ma famille, mon épouse et mes deux enfants.
00:52C'est au retour que j'ai vu la petite pancarte qui était agrafée sur un poteau,
00:56une toute petite pancarte mentionnant la disparition de Julie Michel.
00:59Donc ça m'a intrigué.
01:00Je me suis même étonnamment posé la question
01:03comment on pouvait disparaître au paradis.
01:08Il y a une mauvaise rencontre, on ne peut pas imaginer ça.
01:11Ben, ça peut arriver partout.
01:13Parce qu'on sait qu'à partir d'ici, elle a disparu.
01:17Ta voiture a été garée là ?
01:18Pas perdue dans les...
01:20Non, parce que j'ai cherché.
01:21On a beaucoup cherché tous et on n'a jamais rien trouvé.
01:24Donc il s'est passé d'autre chose.
01:25Deux jours après, je suis revenu sur site pour faire l'état des lieux,
01:28voir un petit peu...
01:29Je n'avais aucune connaissance de la montagne.
01:31Donc je voulais essayer de comprendre quelle était la difficulté,
01:36quels étaient les dangers de la montagne.
01:37Donc je me suis un peu aventuré sur la forêt que vous voyez derrière moi.
01:41Et donc là, j'ai constaté qu'effectivement, il y avait quand même pas mal de gouffres.
01:46Il y avait un terrain un peu escarpé, dangereux, un peu inquiétant.
01:51Là, je suis en train de descendre à caméra pour sonder le fond.
01:54Ce que j'ai fait de longues années.
01:55Donc la première démarche était de répertorier tous les trous proches des chemins de randonnée.
02:01Parce que j'avais su avec Betty que Julie avait de temps en temps,
02:05ou elle s'amusait à grimper sur des rochers et autres.
02:10Et malheureusement, ici, les roches, derrière les roches,
02:13vous avez des failles qui sont recouvertes par la végétation locale,
02:17donc les rhododendrons.
02:18Et si on n'y pourrait pas garder, on peut très facilement tomber dans des trous.
02:21Durant de longues années, j'ai répertorié tous les trous qui pouvaient être accidentogènes,
02:26très proches des chemins de randonnée.
02:33Il y a des méthodes.
02:34Moi, je ne les ai pas, ces méthodes-là.
02:36Donc je joue sur l'intuition.
02:38Et puis, par la forme des choses, on essaie de vérifier quand même,
02:42à tant que soit peur, sans perdre de vue qu'on n'est pas en marge de la loi
02:45et qu'on ne peut pas faire n'importe quoi.
02:54La veille de sa disparition, Julie Michel s'est rendue dans ce village.
02:58David Duval y a interrogé de nombreux habitants, à la recherche du moindre indice.
03:03On a la certitude, effectivement, que Julie est bien arrivée le 18 juillet 2013,
03:08en fin d'après-midi, sur Massat.
03:13Son téléphone a été activé un peu après 21h.
03:17C'est le premier village qu'on accède avant de passer les premières chaînes pyrénéennes.
03:22C'était un village qui a été, à une époque, très investi par le monde Ipyr,
03:29par le fait de son isolement.
03:31Un marché nocturne et un concert étaient organisés le soir où Julie Michel s'est rendue à Massat.
03:37David Duval est parvenu à obtenir des images de cette soirée.
03:41Les gens regardaient le groupe jouer.
03:44Et la personne qui disposait, avec qui on a pu avoir les photos, les vidéos,
03:47a fait un mouvement de caméra sur tous les spectateurs présents,
03:52a regardé, a assisté au concert.
03:55Et c'est là qu'on a pu faire des vérifications sur la présence de Julie.
03:59Le fait d'avoir récupéré les photos, les vidéos, c'était une grande exaltation,
04:03donc inespérée.
04:04Et finalement, le soufflet a vite dégonflé parce que Julie n'y était plus.
04:10Donc autant de travail, autant de chance d'avoir une vidéo.
04:12Et finalement, pour rien en tirer, il y a une forme de frustration énorme qui surgit
04:17et avec laquelle il faut composer.
04:23Le cold case, c'est...
04:25Vous avez des affaires qui datent d'il y a 40 ans, 30 ans, 20 ans.
04:30Donc il faut envisager, lorsqu'on s'investit dans une association, sur le très long terme.
04:37Je m'appelle Nicolas Odebeau et je suis enseignant en lycée.
04:41Ça fait des années que je m'intéresse aux affaires criminelles non résolues.
04:48Il y a eu une période où je me suis inscrit sur des forums pour échanger avec d'autres personnes
04:54qui sont passionnées par ces thématiques.
04:56Et c'est comme ça que j'ai découvert la création récente de l'association Havan.
05:01Il y a un double but.
05:02C'est à la fois de ressortir de l'oubli ces affaires,
05:05mais il y a aussi un autre but, c'est de susciter des témoignages
05:09qui peuvent ensuite contribuer à l'élucidation de ces affaires criminelles.
05:16Le président de l'association, Benoît de Maillard, a choisi la femme à la bague.
05:20Donc il s'agit d'une femme qui a été retrouvée décédée au mois de mars 2008
05:27dans des conditions assez mystérieuses à Villefranche-sur-Mer, à côté de Nice.
05:33Cette femme est non identifiée.
05:36Et le choix de cette affaire s'explique parce que sur cette victime,
05:41vous avez des éléments assez significatifs
05:46qui permettraient d'élucider, en tout cas de trouver son identité.
05:51Cette femme, on a retrouvé, vous voyez, ce qui ressemble à une alliance en or
05:57et sur lequel sont gravés deux prénoms.
06:00Jean Nelly, avec une date de mariage, le 25 juin 1960.
06:05On a essayé de travailler sur les registres de mariage
06:07par rapport à la date qui est sur l'alliance.
06:11On a travaillé aussi sur les sites de données généalogiques.
06:15On a travaillé sur le lieu de découverte du corps.
06:18On a beaucoup travaillé sur la prothèse de hanche de la marque Landanger.
06:24Je me suis dit, ah ben tiens, on pourrait retrouver peut-être l'identité de Nelly,
06:30de notre femme à la bague, si elle s'appelle Nelly,
06:31en cherchant des Nelly dans la nuage.
06:33C'est un travail titanesque.
06:34Je suis venu une douzaine de journées entières pour travailler sur ces fichiers.
06:40J'ai fait tous les fichiers des années 90 et j'ai commencé ceux des années 2000.
06:44La motivation, on se motive entre bénévoles.
06:48Des fois, c'est sûr, quand on a des faux espoirs, on est plusieurs à se relancer.
06:54Heureusement, c'est le collectif qui fait la force.
06:56Au nom de cette femme, je pense qu'il faudrait lui retrouver une dignité
07:01parce qu'elle a été enterrée sous X.
07:05C'est le cas, malheureusement, de nombreuses affaires de gens qui ne sont pas identifiés,
07:11notamment parfois qui sont victimes d'homicide.
07:14Les enquêtes bénévoles permettent aussi aux familles des victimes d'obtenir un soutien
07:18que la justice n'est pas toujours en mesure de leur offrir.
07:21Dix ans après, David Duval continue à échanger régulièrement avec Betty, la mère de Julie Michel.
07:27Alors Betty, je l'ai eu au téléphone pour la première fois en 2016, je me rappelle très bien.
07:31La réception était très mauvaise.
07:32Il y avait une émotion palpable au téléphone.
07:35Donc, entrecoupé de la communication, j'entendais ses sanglots.
07:40Et donc, j'ai été touché par son histoire.
07:44Je me suis lancé, j'ai dit, écoutez, parce que je l'avais voyé à l'époque,
07:47je ferai tout pour trouver, connaître la vérité sur la disparition de votre fille.
07:54Et donc là, c'était pour moi un engagement personnel.
07:57Julie Michel, j'y pensais quasiment tous les jours, au début.
08:00Et après, ça s'est un peu estompé quand même au fil du temps.
08:03Mes proches étaient sans mots au début.
08:05Et ils ont pensé que c'était le lubi, que ça allait me passer.
08:08C'était, voilà, j'étais peut-être dans une période où j'avais une surcharge un peu mentale.
08:15Donc, j'avais besoin d'un désutoir.
08:17J'avais besoin de défouler un peu sur d'autres choses.
08:19Donc, la fichette est arrivée là.
08:21C'était le point d'orgue de mes changements d'idées.
08:24Donc, effectivement, la famille n'a pas trop compris ma démarche.
08:27Avec tout le travail qui a été fait, j'ai quand même mis dix ans de ma vie dans les
08:31recherches.
08:32Et je l'ai bien voulu.
08:33C'était mon souhait.
08:34Pas de problème.
08:36Mais en définitive, s'il pouvait ressortir quelque chose sur la vérité, sur la disparition de Julie,
08:44ce serait gratifiant.
08:46Et ce serait une forme de reconnaissance au travail que j'ai pu faire.
08:51Bien évidemment, j'ai été happé par cette histoire-là.
08:54À l'heure actuelle, il est impossible de faire marche in arrière.
08:57Ce n'est pas possible de s'arrêter à ce stade de l'histoire.
09:00Sous-titrage Société Radio-Canada
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