00:00Paul Conge, vous avez travaillé sur ce réseau qui s'appelle Matrioshka et qui est derrière les attaques dont Gabriel
00:08Attal a été l'objet.
00:11Expliquez-nous qui ils sont, comment ça fonctionne.
00:14C'est Matrioshka, effectivement, comme les poupées russes.
00:17Gabriel Attal est la dernière victime de ce réseau parce que Matrioshka a été détecté depuis le mois de septembre
00:232023 par Viginium,
00:25le service de l'État spécialisé dans la détection des ingérences numériques étrangères.
00:29C'est une campagne pro-russe, malveillante, qui a l'oeuvre depuis trois ans, qui cherche à affecter de manière
00:34récurrente le débat public français en décrédibilisant par exemple des personnalités.
00:38Ces derniers mois, par exemple, la DGSI a été visée, la Banque de France a même aussi usurpé l'identité
00:45d'un groupuscule d'extrême droite.
00:46Alors, comment ça marche ? D'après Viginium, il y a trois étapes, toujours les mêmes.
00:50D'abord, Matrioshka fabrique de faux reportages, de fausses unes en usurpant l'identité visuelle de médias, comme BFM par
00:56exemple.
00:57Pour Gabriel Attal, vous l'avez dit, c'était par exemple une fausse une du Parisien qui lui attribuait des
01:02liens avec des trafiquants de drogue.
01:04Ensuite, une fois que ces contenus sont fabriqués, il y a un premier groupe de comptes anonymes sur les réseaux
01:08sociaux qui les diffuse largement.
01:10Et ensuite, un deuxième groupe prend le relais et va les relayer en interpellant des médias, des personnalités avec des
01:16hashtags,
01:17ce qui fait que ça va prendre un peu d'ampleur et ça va prendre de la visibilité.
01:19Donc, c'est coordonné, ça se fait en quelques minutes.
01:22D'après Viginium, au moins 500 comptes sont utilisés par Matrioshka.
01:26Dans le cas de Gabriel Attal, c'était quatre.
01:27Ça ne fait pas toujours beaucoup d'audience, ce n'est pas toujours très bien fait.
01:31200 000 vues à peu près pour la campagne Visan Attal.
01:33Mais vous voyez, on en parle, donc ça fait du bruit et puis ça occupe l'espace médiatique.
01:38Dernière question qu'on peut se poser, c'est comment sait-on que c'est un réseau pro-russe ?
01:42Eh bien, Viginium a décelé que les contenus en question sont systématiquement publiés en amont sur des comptes télégrammes russophones,
01:49ce qui laisse assez peu de doute sur leur origine.
01:51Oui, donc si on comprend bien, la logique de tout cela, c'est que des médias traditionnels tombent dans le
01:56panneau,
01:57s'emparent d'une actualité, la développent pour finalement se rendre compte que c'est un fake.
02:02Oui, mais généralement, les médias ne tombent pas ou plus dans le panneau
02:05parce que maintenant, les méthodes, les modes opératoires sont connus, récurrents.
02:10Et d'ailleurs, Viginium, qui dépend directement du Premier ministre,
02:14alerte en général assez rapidement les médias et même les personnalités visées,
02:17ce qui évite qu'on se prenne les pieds dans le tapis.
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