Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 10 heures

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Il est midi 33 sur Sud Radio et notre grand entretien de ce midi porte sur une question qui concerne
00:05directement la place de la France en Europe.
00:08Depuis quelques années, un changement majeur est en train de se produire juste à côté de nous.
00:13L'Allemagne se réarme après des décennies de prudence sur les questions militaires.
00:17Berlin investit massivement dans sa défense et affiche une nouvelle ambition, devenir une puissance militaire incontournable en Europe.
00:24Et forcément, cela pose une question en France.
00:27Est-ce que notre pays reste la première puissance militaire européenne ?
00:31Est-ce que l'Allemagne est en train de prendre l'avantage ?
00:33Et surtout, est-ce que ce réarmement allemand est une chance pour l'Europe ou une menace pour le rôle
00:38de la France ?
00:38Car derrière les milliards investis dans les armées, c'est aussi l'avenir du couple franco-allemand qui est en
00:43jeu.
00:44Et pour en parler, nous recevons Marc Chassian, ingénieur, expert en système de défense.
00:49Bonjour M. Chassian.
00:51Bonjour.
00:52Bonjour, merci d'être avec nous sur Sud Radio.
00:54Pendant des décennies, l'Allemagne était le géant économique de l'Europe, mais pas une puissance militaire.
00:59Qu'est-ce qui a changé aussi rapidement ?
01:02Je crois que l'électrochoc de la guerre en Ukraine a enfin réveillé les esprits, a ouvert les yeux.
01:10Et l'Allemagne se trouvant en position centrale en Europe, il suffit de regarder une...
01:15Bismarck disait, la stratégie, ça se fait en regardant une carte de géographie.
01:19Donc il suffit d'examiner la carte de géographie de l'Europe pour s'apercevoir que l'Allemagne a une
01:23position centrale.
01:25Elle n'est pas finalement très très loin des frontières russes, il suffit de traverser la Pologne pour y arriver.
01:32Et puis elle a un rôle aussi majeur dans la mer Baltique.
01:36Or la mer Baltique, c'est un centre névralgique pour la défense de l'OTAN.
01:42C'est un endroit où il peut se passer énormément de choses et c'est surtout la route vers l
01:46'Arctique.
01:46Et l'Arctique va devenir aussi une zone très sensible en raison de l'ouverture prochaine des routes commerciales directes
01:56entre l'Asie et l'Europe
01:58qui éviteront au bateau de traverser le détroit de Malacca et surtout le canal de Suez.
02:04Donc on voit que simplement d'un point de vue géographique, l'Allemagne a une position centrale.
02:11Et puis il y a ce réveil stratégique avec cette nouvelle menace à l'Est que tout le monde a
02:18identifiée.
02:19Et c'est quelque chose de, évidemment, totalement nouveau.
02:22Alors, ce n'est pas totalement nouveau dans la période actuelle parce que cette menace,
02:27c'était une menace permanente entre les années 50, 60, 70, 80, puisque c'est ce qu'on appelait la
02:32guerre froide,
02:33avec en face de nous le pacte de Varsovie et l'Union soviétique.
02:37Mais c'est quelque chose que les générations d'aujourd'hui n'ont pas connu.
02:40Et donc c'est quelque chose, évidemment, de tout à fait nouveau.
02:44Et l'Allemagne, de par sa puissance budgétaire et financière,
02:49elle est en mesure de répondre à un certain nombre de problèmes
02:52et de trouver des solutions à la fois industrielles, militaires, économiques et diplomatiques.
02:59Et d'un point de vue historique aussi, il y a un changement de doctrine, disons-le,
03:02puisqu'après la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne avait pris la décision justement de ne pas investir
03:07de façon aussi massive, de par son histoire, de ne pas investir ces questions militaires.
03:11Et là, on assiste, est-ce qu'on assiste au fond à un simple rattrapage ?
03:14C'est-à-dire au fond, il s'agit de se mettre à la mesure des autres pays européens,
03:17peut-être même au niveau de la France,
03:20ou on assiste véritablement à un changement de puissance de la part de l'Allemagne ?
03:25C'est un véritable changement de puissance, soyons clairs.
03:29Alors, les gens oublient, parce que ça remonte à 40 ans,
03:33donc forcément, il faut être un petit peu vieux pour avoir connu ça,
03:35mais dans le dispositif de défense de l'OTAN face au pacte de Varsovie au moment de la guerre froide,
03:44la première armée en termes numériques, en termes de capacité,
03:50c'était l'armée allemande, c'était la Bundeswehr.
03:53La Bundeswehr avait une doctrine qui était extrêmement simple,
03:57c'était ce qu'on appelait la défense de l'avant,
03:59donc l'Allemagne ne voulait pas que son territoire soit envahi par les forces du pacte de Varsovie,
04:06donc elle avait développé une très forte armée conventionnelle,
04:10elle n'avait pas l'arme nucléaire, bien sûr,
04:11mais une très forte armée conventionnelle, ça on l'oublie,
04:14donc l'Allemagne fut très forte il y a 40 ans.
04:18Elle a complètement, évidemment, baissé de pied après la chute du mur de Berlin,
04:22où tout le monde pensait qu'on allait s'embrasser et que le commerce,
04:27le doux commerce allait remplacer les irritations diplomatiques,
04:33donc elle a désarmé comme tout le monde, si j'ose dire,
04:35et là elle est en train d'essayer de retrouver peut-être le niveau qu'elle avait dans les années
04:4280,
04:42et à cette époque-là, comme tous les pays de l'OTAN,
04:46l'Allemagne consacrait entre 3 et 3,5% de son PIB à sa défense,
04:52et c'est quelque chose, c'est un niveau qu'ils essaient de retrouver aujourd'hui,
04:55je dirais, comme les autres partenaires européens de l'OTAN.
04:59Oui, c'est pour ça qu'ils sont en train de mettre les bouchées doubles,
05:01et ce qui est intéressant aussi, c'est de voir au fond le lien avec la France,
05:05avec les armées françaises,
05:06parce qu'actuellement certains disent quand même que Berlin ne veut pas seulement se développer,
05:12mais plus véritablement construire ce fameux couple franco-allemand,
05:17mais faire cavalier seul,
05:19et est-ce que cette inquiétude, selon vous, elle est justifiée ?
05:22Est-ce que Berlin n'est pas en train de développer son propre armement, son armée,
05:26pour pouvoir demain peut-être prendre le leadership européen sur la question militaire ?
05:32Alors, l'Allemagne a une nouvelle doctrine de défense, d'ailleurs,
05:36qu'elle a publiée très récemment,
05:39et tous les observateurs ont noté que pas une seule fois la France n'est mentionnée
05:44dans ce nouveau document de géostratégie.
05:48Donc ça, c'était un premier indice.
05:50Le deuxième indice, c'est que l'Allemagne,
05:53malgré tout ce que l'on peut dire sur le relatif désengagement des États-Unis
05:59vis-à-vis de l'Europe et de sa défense,
06:02l'Allemagne continue de nouer des liens extrêmement forts avec les États-Unis,
06:09et en particulier les deux industries allemandes et américaines,
06:14ont des projets en commun.
06:17Il faut savoir que depuis que la plupart des programmes
06:21qui avaient été plus ou moins sidés entre M. Macron et Mme Merkel en 2017,
06:28tous ces programmes franco-allemands se sont cassés la figure.
06:30Donc plus rien ne tient, tout a été tué.
06:34Et en fait, l'Allemagne, pour satisfaire ses besoins,
06:39elle compte d'abord sur elle-même.
06:40D'abord, elle va avoir un budget extrêmement conséquent
06:44qui vont lui permettre de développer ses propres produits dans son industrie.
06:48Et une grande partie de ce qui lui manque, entre guillemets,
06:51ou qui lui fait défaut,
06:52ou pour des raisons, encore une fois, stratégiques,
06:56va se faire avec les États-Unis.
06:57Donc il y a énormément de programmes communs en ce moment
07:00entre l'Allemagne et les États-Unis.
07:03L'Allemagne ne veut pas rompre le lien avec Washington,
07:07qu'elle considère comme absolument essentiel.
07:10Et dans cette configuration, effectivement,
07:14elle dépense énormément d'argent pour, par exemple,
07:16acheter des matériels aéronautiques américains.
07:19Il y a des dizaines de milliards d'euros
07:22que l'Allemagne va consacrer à acheter du matériel aéronautique aux États-Unis,
07:26comme des chasseurs S35.
07:28Ce qui peut être vécu par la France comme une forme de trahison, en tout cas.
07:33Au fond, est-ce qu'on assiste à la fin du fameux couple franco-allemand ?
07:37Est-ce que c'est en tout cas la plus grave crise depuis des décennies entre ces deux pays ?
07:41Alors, d'aucun dirait, a-t-il un jour existé ce couple franco-allemand ?
07:47Ou n'était-il qu'une chimère dans l'esprit de certains Français ?
07:53Le couple franco-allemand n'a pas été vécu de la même façon de chaque côté du Rhin.
07:57Il y avait du côté français une forte conviction
08:02qui consistait à dire la France et l'Allemagne sont au centre de l'Europe
08:07et c'est elle qui finalement décide un peu pour les autres.
08:11Et à travers ce couple franco-allemand,
08:13la France voulait imprimer une véritable dynamique
08:16qui était à la fois diplomatique, industrielle, technologique, politique, évidemment.
08:24Il n'est pas certain que du côté allemand,
08:26on avait finalement cette même vision et cette même compréhension des choses
08:31de ce que devait être le couple franco-allemand.
08:34Alors aujourd'hui, que ce couple ait existé ou pas,
08:37peu importe ce qui est absolument factuel,
08:41c'est que l'Allemagne n'entend pas dépendre de la France
08:45ou demander l'avis de la France pour quoi que ce soit
08:47qui concerne sa défense et sa politique étrangère dans le futur.
08:52Alors c'est sans doute une déception côté français.
08:56Les Français comptaient beaucoup sur cette dynamique franco-allemande
08:59pour faire un certain nombre de choses.
09:00Mais aujourd'hui, objectivement et factuellement,
09:03on s'aperçoit que tout ce qui a été lancé en franco-allemand n'est plus là.
09:08Ça a été abandonné, c'est mort.
09:12La presse s'est longuement étendue sur la mort du futur avion de combat Skaf franco-allemand.
09:21Le char franco-allemand est mort aussi.
09:23Les Allemands avaient tué quelques temps avant le projet d'avion de patrouille maritime, etc.
09:31Donc tous ces projets sont tombés à l'eau.
09:33Et aujourd'hui, en fait, on s'aperçoit que les projets les plus intenses, les plus tangibles,
09:40ceux qui ont une véritable visibilité et qui sont engagés et pour lesquels il y a de l'argent,
09:46les Allemands les font soit avec les Américains, en immense majorité,
09:50soit avec d'autres pays européens, en particulier le Nord.
09:52Oui, ce qui forcément n'est pas exactement parfaitement bien vu par la France, on peut le comprendre.
09:57Écoutez, Marc Chassian, vous êtes ingénieur, expert en système de défense.
10:00On se retrouve dans un instant tout de suite et on se posera la question de savoir au fond
10:04qu'est-ce que la France risque de perdre si l'Allemagne devient réellement
10:07la première puissance militaire européenne.
10:10C'est tout de suite sur Sud Radio.
10:12Les débats de l'été, Noémie Alioua.
10:15Et il est toujours 10h46, 12h46 sur Sud Radio
10:19et nous continuons ce grand entretien avec Marc Chassian,
10:22ingénieur et expert en système de défense.
10:25Avec lui, nous essayons de comprendre ce que change le spectaculaire réarmement de l'Allemagne,
10:30pourquoi il inquiète une partie des responsables militaires français
10:32et quelles pourraient être les conséquences pour l'équilibre des forces en Europe.
10:37Et je vous pose cette question, Marc Chassian,
10:39qu'est-ce que la France risque de perdre concrètement
10:41si l'Allemagne devient demain la première puissance militaire européenne ?
10:47Alors, si on regarde un petit peu les chiffres,
10:50on s'aperçoit que d'ici 2030,
10:53l'Allemagne va avoir pratiquement un budget militaire double d'une autre.
10:57Donc cet argent, l'Allemagne va le consacrer
11:01au renforcement de ses capacités de son armée de terre,
11:07de sa marine et puis de son armée de l'air.
11:11Mais l'Allemagne n'a pas du tout la même posture géostratégique que la France
11:16puisque l'Allemagne, par exemple, n'a pas de territoire d'outre-mer à défendre.
11:20Nous, nous en avons.
11:21Et d'ailleurs, nous avons le deuxième domaine maritime du monde
11:24après celui des États-Unis.
11:26Donc ce territoire, il faut le défendre.
11:28L'Allemagne n'a pas besoin de dépenser d'argent
11:30pour défendre ce genre de territoire.
11:34Nous, oui.
11:34L'Allemagne n'a pas de dissuasion nucléaire.
11:37Et aujourd'hui, je dirais que ce qui fait que la France peut encore parler d'une voix forte,
11:44c'est parce qu'elle a cette dissuasion nucléaire.
11:46Parce que c'est clair que du point de vue des forces conventionnelles,
11:49le rapport va être pratiquement de 1 à 3,
11:54avec un budget de 1 à 2 entre la France et l'Allemagne,
11:58duquel on pourrait retirer, nous, tout ce qui nous coûte,
12:01c'est-à-dire la défense de nos territoires d'outre-mer,
12:02la dissuasion nucléaire, le groupe aéronaval.
12:06Tout ça, l'Allemagne ne l'a pas.
12:07Et donc, elle peut consacrer toutes ces sommes d'argent
12:10au renforcement de sa force conventionnelle.
12:13Il faut bien comprendre que l'Allemagne, d'un point de vue géographique,
12:16elle a un nord et un est.
12:19Nous, en plus, nous avons un sud.
12:21Nous avons un sud avec une Méditerranée
12:23qui n'est pas forcément une zone très stable,
12:25avec une Afrique sur laquelle on pourrait parler pendant des heures.
12:30Donc, les postures géostratégiques et les menaces perçues par l'Allemagne
12:35ne sont pas celles perçues par la France.
12:37Alors, factuellement, c'est vrai,
12:38le fait qu'il y ait un rapport de 1 à 2 sur les budgets militaires
12:42va faire de l'Allemagne l'homme fort de l'Europe.
12:45C'est incontestable.
12:47De par leur position géographique, en plein milieu de l'Europe,
12:50et de par la puissance militaire qu'ils vont être capables de dégager
12:54avec le budget qu'ils sont en train de mettre en place.
12:57Mais est-ce que vous pensez que dans ce contexte-là,
12:59si ça advient véritablement,
13:01c'est-à-dire que l'Allemagne prend bien le leadership
13:03sur la question de l'armée en Europe,
13:06les Français ont raison de s'inquiéter actuellement ?
13:09Est-ce que vous pensez que les Français, au fond,
13:12doivent se méfier de cette nouvelle situation qui pourrait advenir demain ?
13:15Alors, moi, je pense qu'on a affaire à des gens intelligents
13:19de part et d'autre du Rhin,
13:20et qu'on saura trouver, je dirais, la bonne combinaison
13:26qui permet, en fait, d'avoir une capacité militaire optimale
13:31en combinant les atouts de l'Allemagne et les atouts de la France.
13:35Tout à l'heure, je disais que, par exemple,
13:37l'Allemagne n'a pas de groupe aéronavale,
13:39l'Allemagne n'a pas de porte-avions.
13:41Ce qui fait que l'armée allemande est incapable de se projeter
13:44au-delà de la Baltique, soyons clairs,
13:47c'est-à-dire dans des eaux côtières.
13:50L'Allemagne, encore une fois, n'a pas de dissuasion nucléaire.
13:53Donc, ce qui est intéressant, c'est ce qu'on appelle l'épaulement.
13:56Donc, l'épaulement, c'est quoi ?
13:58C'est rendre de plus en plus crédit de notre dissuasion nucléaire,
14:02tout simplement en s'appuyant sur des forces conventionnelles
14:05qui, elles-mêmes, déjà, ont un effet dissuasif
14:09sur l'ennemi potentiel.
14:11Et donc, tout ça, en fait, c'est cette combinaison astucieuse et intelligente
14:15qu'il faut chercher entre les capacités militaires françaises
14:18et les capacités militaires allemandes,
14:20même si, sur le papier, pour certains domaines,
14:24l'Allemagne va avoir des capacités doubles, voire triples,
14:27de celles de la France.
14:30L'avantage de la France, c'est qu'elle va pouvoir offrir à l'Europe,
14:34ou aux couples franco-allemands, appelons-le comme on veut,
14:36des capacités que l'Allemagne n'aura jamais.
14:39Et donc, c'est à travers cette combinaison
14:42qu'il faut chercher le point optimal
14:47et non pas raisonner un peu basiquement en disant
14:50l'Allemagne va être plus forte parce qu'ils ont un budget plus grand que nous
14:53et qu'ils vont avoir une armée plus grande que nous.
14:55C'est-à-dire partir à la recherche d'un échange de bons procédés,
14:59d'une alliance en bonne et due forme qui part d'intérêts communs.
15:02Mais vous parliez tout à l'heure de l'industrie de défense américaine
15:05qui est sollicité de plus en plus par l'Allemagne.
15:08Est-ce que la France ne risque pas, au fond, d'être marginalisée
15:11dans cette vente, dans cette industrie de défense
15:14avec des conséquences sur nos emplois, sur notre souveraineté ?
15:17Alors, moi, ce que je constate, c'est qu'aujourd'hui,
15:20la France exporte énormément, et c'est un fait nouveau pour nous,
15:25la France exporte de nouveau énormément en Europe.
15:28Ça signifie que nous ne sommes pas en décrochage.
15:33La France a vendu de magnifiques sous-marins aux Pays-Bas il n'y a pas très longtemps.
15:38Elle a vendu des frégates en Suède.
15:41Elle vend des systèmes antiaériens au Danemark.
15:43Elle est sur le point de vendre des systèmes terrestres à Chypre, en Irlande.
15:49Elle en a vendu en Belgique.
15:50Donc, il n'y a pas véritablement de décrochage.
15:54Encore une fois, il faut chercher la complémentarité.
15:56C'est-à-dire que nous avons des domaines industriels et technologies
15:59dans lesquels nous sommes très forts.
16:01Ces domaines sont reconnus par nos voisins et alliés européens.
16:06Vous pouvez nous les rappeler ?
16:07Peut-être que c'est l'occasion de rappeler
16:08quelles sont les grandes forces françaises en termes de défense.
16:12Qui sont j'amusées d'ailleurs par nos alliés européens.
16:15Nous sommes excellents dans le domaine aéronautique.
16:18On vend des rafales.
16:19Aujourd'hui, factuellement, la France est le seul pays européen
16:23qui est capable de fabriquer de A à Z un avion de chasse de nouvelle génération.
16:27Il n'y a pas d'autre pays que la France qui est capable de faire ça.
16:29Donc, on a le rafale qui a été vendu en Europe.
16:31Il a été vendu en Serbie, en Croatie, en Grèce.
16:35Bon, il peut y avoir d'autres prospects sur le domaine.
16:38Nous avons une très forte industrie navale
16:40avec des produits magnifiques comme les sous-marins Barracuda,
16:43comme les frégates FDI qui sont vendus en Europe.
16:47On a d'excellents missiles.
16:50Nous avons d'excellents missiles qui sont capables de faire tout un tas de choses.
16:54Des missiles de croisière, des missiles anti-aériens.
16:57On a un système complètement équivalent aux Patriotes qui s'appelle le Mamba
17:00que le Danemark vient d'ailleurs d'acheter face aux Patriotes.
17:04Donc, ce qui prouve que nous avons des produits et des technologies qui sont au top.
17:10Donc, on n'a pas de raison de ronger notre frein en disant
17:16« les autres nous sont supérieurs ».
17:18Absolument pas.
17:20Et il y a tout un tas d'autres contrats qui se font dans le domaine, par exemple,
17:24alors c'est des choses qui ne sont pas forcément très connues,
17:25mais dans lesquelles l'industrie française excelle.
17:28C'est tous les systèmes radars, les systèmes de vision nocturne.
17:33L'Allemagne d'ailleurs a acheté des systèmes de vision nocturne pour toute son infanterie,
17:37des systèmes de vision nocturne français.
17:39Voilà, donc, encore une fois,
17:43alors d'abord, on ne peut pas être bon partout et on ne peut pas exceller partout
17:46parce que de toute façon, il faudrait des budgets gigantesques pour le faire.
17:49Même les Américains n'en sont pas capables, pour vous dire,
17:52avec leur budget de 1 500 milliards de dollars, ils ne sont pas bons partout.
17:55Bon, donc on ne voit pas pourquoi la France serait bonne partout.
17:59Il faut chercher les niches d'excellence.
18:01Il faut chercher les endroits d'abord où il y a une attente du marché.
18:06Là, on est en train de monter en puissance dans le domaine des drones.
18:09Voilà, on a des drones français qui sont en service sur le front ukrainien.
18:14Ces drones ont été, par exemple, achetés par l'armée britannique.
18:17Voilà, donc il y a tout un tas de domaines dans lesquels nous excellons
18:22et dans lesquels nos alliés européens attendent de nous des réponses et des solutions
18:28aux problèmes concrets capacitaires qui se posent à eux.
18:31Oui, et l'autre atout dont vous avez parlé brièvement,
18:34qui est un atout majeur puisque nous sommes les seuls en Europe
18:37à l'avoir de façon totalement indépendante,
18:40c'est l'arme atomique.
18:41D'ailleurs, c'est un héritage du général de Gaulle
18:45qui a voulu justement que la France ait une souveraineté totale
18:49sur cette question du nucléaire.
18:51Et aujourd'hui, vous avez notamment l'Allemagne
18:53qui nous demande d'être sous le sous-parapluie nucléaire français.
18:59Oui, alors le président Macron a lancé l'idée de ce qu'on appelle la dissuasion avancée,
19:04c'est-à-dire que ça permettra un certain nombre d'opérations
19:10qui aujourd'hui étaient strictement réservées aux armées françaises
19:14et pratiquement sur le territoire français,
19:16mais qui, par exemple, dans l'hypothèse d'une crise,
19:19c'est de montrer notre détermination face à un ennemi
19:24en, par exemple, projetant des rafales nucléaires
19:27sur des bases en Pologne, en Norvège, en Allemagne,
19:32pour dire, attention, nous sommes là
19:36et nous n'avons pas l'intention de céder d'un pouce.
19:39C'est ce que j'ai appelé tout à l'heure l'épaulement,
19:41c'est-à-dire qu'on a besoin des forces conventionnelles
19:44des autres pays européens pour crédibiliser
19:46notre propre dissuasion nucléaire.
19:48Voilà, c'est tous ces éléments qui font qu'aujourd'hui,
19:52justement, grâce à cet armement nucléaire,
19:55qui est extrêmement crédible, je rappelle,
19:57puisque la France fait très régulièrement
19:59des démonstrations de cette capacité nucléaire
20:01à travers des tirs de missiles balistiques,
20:04à travers des exercices que mène l'armée de l'air,
20:07pour montrer la pleine efficacité
20:09de cette organisation nucléaire.
20:12Et ça, évidemment, ça crédibilise complètement.
20:15Nos amis européens le savent, parce qu'ils l'observent,
20:17et donc, effectivement, ils sont très tentés par un appui
20:22et un soutien nucléaire qui viendrait de la France.
20:24Alors après, évidemment...
20:25Oui, ça crée beaucoup de polémiques.
20:28Une partie de l'opinion publique est assez hostile à cette idée.
20:32Alors, parce que la grammaire,
20:35ce qu'on appelle la grammaire nucléaire,
20:36n'est pas forcément très facile à comprendre.
20:39La grammaire nucléaire, ça s'appuie sur l'ambiguïté
20:41et sur le fait de laisser l'ennemi dans le doute.
20:44Voilà, c'est toute la clé de la dissuasion nucléaire
20:47repose sur le doute que vous créez chez l'ennemi.
20:50Voilà.
20:51Alors, ce doute, il y a différents moyens de le créer,
20:56avec différentes opérations et manifestations,
20:59de démonstration de force,
21:01de crédibilisation de votre outil nucléaire.
21:06Voilà, c'est une panoplie assez complète.
21:11Ce qu'on appelle la grammaire nucléaire.
21:13Mais, en fait, tout ça,
21:16ça ne tend que vers un seul but,
21:18faire douter l'ennemi.
21:20Voilà, il n'y a pas d'autre but que ça.
21:22Et ça, c'est quelque chose qui est parfaitement maîtrisé
21:25du côté français,
21:26parce qu'on a une doctrine extrêmement solide,
21:28cette doctrine, elle est reconnue par nos alliés,
21:31en particulier en Europe.
21:33Et c'est pour ça qu'ils se disent
21:35qu'il vaut mieux quand même avoir les Français avec nous
21:37que contre nous.
21:38Voilà.
21:39C'est quand même plus rassurant de les avoir avec nous,
21:41dit autrement.
21:42Voilà.
21:43Et oui, effectivement,
21:45vive nos armées françaises.
21:46Merci beaucoup, Marc Chassian.
21:47Je rappelle que vous êtes ingénieur,
21:49expert en système de défense.
21:50Merci d'avoir été avec nous sur Sud Radio.
21:52Merci pour votre éclairage sur ce sujet
21:54qui concerne directement l'avenir de la France
21:56et de l'Europe.
21:57Une chose est sûre,
21:58le réarmement de l'Allemagne marque un tournant.
22:00Reste à savoir s'il ouvrira une nouvelle étape
22:02dans la coopération avec la France
22:03ou une nouvelle forme de concurrence.
22:06Merci d'avoir été notre invité.
22:08Je vous souhaite une excellente fin de journée.
22:10Il est bientôt 13h sur Sud Radio.
22:12Dans un instant,
22:13vous retrouverez chaque P6
22:14avec son invité David et Jonathan.
22:17Passez un excellent après-midi
22:18et rendez-vous demain
22:19dès 10h sur Sud Radio.
Commentaires

Recommandations