00:00Est-ce que vous êtes déjà demandé ce qui pouvait pousser certaines personnes à devenir serial killer ?
00:04Je vous présente Hélène Gégado, une cuisinière ayant vécu au 19ème.
00:07Et si elle a l'air sympa comme ça, sachez-le, c'est la plus grande tueuse en série de
00:11l'histoire.
00:11C'est en 1851 qu'elle est arrêtée.
00:13Dans la maison de son employeur actuel, maître Bidard de la Noé, la police vient enquêter.
00:17Et avant même que les officiers ne lui aient adressé la parole, elle crie
00:20« Je suis innocente ! »
00:22Bon, la raison c'est qu'Hélène, elle en a des choses à se reprocher.
00:25Car depuis son arrivée à Rennes, des gens, elle en a buté un max.
00:28Rien que dans la maison des Bidard, c'est trois domestiques qu'elle a empoisonnés, dont deux, sont décédés.
00:33Des meurtres qui s'ajoutent à une longue liste entamée il y a 18 ans dans le Morbihan.
00:36Et si elle a été condamnée pour seulement 5 de ces meurtres, les autres étant prescrits,
00:40bah c'est entre 30 et 60 victimes qui lui sont attribuées.
00:43Et la légende veut même que sur l'échafaud, elle ait soufflé à l'oreille de son bourreau,
00:46s'il savait tout. J'en ai tué au moins 80.
00:48Et pourtant, ouais, en termes de profil, elle ne cochait pas toutes les cases.
00:52Des profils qui ont été étudiés par une science qui est née à peu près au même moment
00:55où Gégado commençait à buter tout le monde, car à cette époque, une effervescence voyait le jour dans le monde,
01:00c'est celle qui donnera naissance à la criminologie moderne.
01:02Et parmi ceux qui se passionnaient pour l'étude des crimes,
01:04et bien il y avait le médecin César Lombroso,
01:07aka celui qui est souvent considéré comme le padre de la criminologia.
01:11Enfin ça, même si ses idées ont été depuis invalidées,
01:14car son dada, lui, c'était plus d'affirmer qu'un criminel avait plus à voir
01:17avec un être primitif slash animal sauvage.
01:20Ouais, en fait, pour lui, la criminalité, c'était un don inné qui pouvait s'observer à votre physique.
01:25C'est pas ouf ça.
01:25Une théorie qu'il avait construite après avoir observé le cerveau d'un brigand,
01:29un brigand qui présentait selon lui des caractéristiques ataviques.
01:32Du coup, à cette époque, je vous conseille pas d'avoir un regard félin,
01:35des arcades sourcières proéminentes ou encore une mâchoire carrée,
01:37car ce sont ses particularités annonçant une prédestination au crime qu'il va traquer.
01:42Son but, dresser le portrait de l'individu dangereux.
01:44Et avec en bonus, bien sûr, une bonne grosse louche de racisme,
01:47une définition du criminel né auquel Lombroso ajoutera une étude sociale,
01:51il enquête sur leur religion, leur degré d'instruction et même leur métier.
01:55Et s'il a quand même été vachement critiqué,
01:56eh bien ses travaux basés sur une analyse minutieuse
01:59ont largement contribué au développement de la criminologie scientifique,
02:02tellement que beaucoup considèrent qu'il en est le point de départ, tout simplement.
02:05Et si dans ce domaine, il a un peu bouleversé le game,
02:07son idée foireuse, par contre, il la sortait pas de nulle part.
02:09Non, c'est en grande partie à lui qu'on la doit.
02:11Et lui, c'est le médecin allemand Franz Josef Gall.
02:13Mais plus qu'un médecin, c'est vraiment un influenceur avant l'heure, le mec,
02:16car c'est lui qui est à l'origine de la phrénologie.
02:18Une discipline pseudo-scientifique qui a fait pas mal de dégâts au 19ème siècle.
02:21La raison, c'est que Gall en était persuadé.
02:24Chaque bosse du crâne humain serait en fait le reflet d'un trait de caractère.
02:27Tu sens vraiment l'idée dangereuse arriver.
02:30Dans son idée, chaque trait de caractère correspondrait à une zone spécifique du cerveau.
02:33Et comme ce dernier influencerait la forme du crâne,
02:36bah, selon lui, c'était logique.
02:39Non.
02:39Sa méthode, la cranioscopie, qui a d'abord consisté à palper un max de crânes,
02:43des crânes d'individus au caractère bien identifiés,
02:45comme, je sais pas moi, les bagnards.
02:47Donc son objectif final, établir une carte des pulsions humaines
02:50basée uniquement sur une analyse biologique.
02:52Et bien sûr, oui, une bosse associée au crime était de la partie.
02:55Et cette dernière, elle a eu son petit succès.
02:57Car Gégado, par exemple, elle a eu droit à sa cranioscopie avant d'être exécutée.
03:00Donc des théories un petit peu éclatées sur la criminalité innée,
03:03l'histoire, elle en a plein en stock.
03:05Genre, au hasard, la théorie du portrait composite de Francis Galton.
03:08L'idée de celui qui a eu droit à sa parution dans Nature, édition 1878,
03:12créait le portrait robot de l'individu dangereux en superposant les photos de plusieurs criminels.
03:16Car ce mec en était convaincu, la criminalité, comme la pauvreté et la tuberculose,
03:20c'était une question d'hérédité.
03:22Une donne qui permettrait de la rendre visible sur le visage des individus dangereux.
03:25Du coup, je vous présente le visage moyen d'un assassin,
03:28et maintenant celui d'un voleur.
03:30Bon, heureusement, sa théorie n'est pas arrivée jusqu'à nous.
03:32Il y a tout juste 26 ans, par contre, la mode, c'est à la confusion entre le syndrome de
03:35l'X fragile,
03:36une anomalie génétique, et gêne de la criminalité qu'elle était.
03:39Un panel encore élargi dans les années 60 par le chromosome du crime.
03:42Car juste après avoir découvert que certains hommes vivaient avec un Y supplémentaire,
03:46appelé syndrome 47XYY,
03:48eh bien de nombreuses personnes ont estimé que c'était courant dans la population carcérale.
03:51Mieux, des experts étaient carrément appelés à la barre pour défendre cette thèse,
03:54mais ils n'avaient aucune preuve, donc l'affaire, elle a un peu floppé.
03:57Depuis, la science, elle continue de creuser pour essayer de trouver des causes de la criminalité,
04:00et en marge de l'explosion des neurosciences,
04:02elle a d'ailleurs pris un nouveau virage.
04:04Celui donc de la neurocriminologie, donc là évidemment tout est dans le nom,
04:07car cette science fait valoir que le crime ne peut pas être expliqué juste avec les facteurs sociaux.
04:11Non, d'après les scientifiques qui la défendent, les facteurs neurobiologiques ont également leur rôle à jouer.
04:16Une science qui a déjà été utilisée dans les tribunaux.
04:18Donc là, nous sommes en 2001 dans le Colorado, et à la barre se tient Don'ta Page.
04:21Ce qui lui est reproché, c'est carrément d'avoir violé et poignardé sa voisine.
04:25Les actes qui en font un candidat pour la peine de mort.
04:27Ouais, parce qu'à l'époque, dans le Colorado, ça existait encore.
04:29Une sentence définitive qu'il va éviter en partie grâce à un expert du nom de Adrian Rain.
04:33Un pompe dans le domaine de la neurocriminologie, qui va en fait l'emmener faire un scanner cérébral.
04:38Bilan, Don'ta Page présenterait un cortex préfrontal, ventral, un peu flémard.
04:42Et après avoir avancé qu'il s'agissait de la zone qui aidait à réguler émotion et impulsion,
04:47eh bien c'est de la prison à vie qu'il va écoper.
04:49Et non de la peine de mort du coup.
04:50Et cette discipline qui a sauvé la vie de Don'ta Page,
04:53eh bien depuis 20 ans, elle est accompagnée de plus en plus d'études.
04:55En 2013, c'est le cerveau de 96 délinquants de sexe masculin qui étaient décortiqués.
05:00Bilan, une faible activité dans le cortex singulaire serait associée à un plus grand risque de récidive.
05:05Et deux ans après, une autre étude démontrait que les hommes ayant une amygdale plus courte
05:09auraient un plus gros stock d'agressivité.
05:11En 2019, c'est d'autres chercheurs qui assuraient que par rapport aux auteurs d'actes violents et de délits,
05:16les meurtriers auraient une carence en matière grise.
05:18Et pas n'importe où dans les régions du cortex qui jouent un rôle dans le contrôle des émotions.
05:22La prise de décision et l'impulsivité.
05:24Et s'ils n'ont pas pu apporter de preuve de lien de causalité entre déficit de matière grise et
05:28homicide,
05:29bah quand même.
05:29Une science à laquelle certains voudraient quand même coller le mot fiction,
05:32et mieux, l'un des criminologues auxquels on a parlé pour réaliser cette vidéo,
05:35eh bien, il l'a fait en fait, tout simplement.
05:36La raison, c'est qu'en plus d'être difficilement dissociable du travail de l'ombroso sur le criminel né,
05:41bah cette discipline n'est pas hyper raccord avec les théories sociologiques du crime.
05:45Ça, même si les adeptes se défendent en rappelant que l'épigénétique, ça existe,
05:48vous savez, cette science qui étudie l'impact de l'environnement sur l'expression des gènes,
05:52s'il n'est pas fou de penser que certains gènes puissent être liés au comportement,
05:55eh bien, dans ce domaine, pas le choix.
05:56Il faut être sûr qu'on ne fasse pas dire aux statistiques plus qu'elles ne le peuvent.
05:59Exemple avec cette étude finlandaise qui a eu le droit à son lot de controverses,
06:02parce qu'en 2014, des scientifiques se sont mis une petite idée en tête,
06:05c'était donc de traquer les gènes de la violence.
06:07Et donc, au cours de leur recherche, il y a plusieurs suspects qui ont attiré leur attention.
06:10Dans leur viseur, le gène MAOA,
06:12que certains pensent donc impliquer dans l'agressivité.
06:15Et le gène CDH13 qui lui offrirait un boost d'impulsivité.
06:19C'est donc chez 800 personnes ayant commis des crimes violents ou non,
06:22et dans la population générale, qu'ils les ont traqués.
06:24Et oui, leur fréquence était plus élevée chez ceux qui aimaient se servir de leur point.
06:28Du coup, c'est bon, le gène du crime a enfin été débusqué ?
06:31Bah non.
06:31Déjà parce que d'autres gènes pourraient jouer un rôle, directement ou indirectement,
06:35et ensuite parce que ces résultats sont en fait très contrastés,
06:37car ces gènes sont en fait très présents dans la population.
06:39Le gène MAOA, par exemple, c'est carrément un individu sur cinq qui en serait porteur.
06:43Et on peut parier que parmi eux, la majorité ne passera pas par la case meurtrier ou agresseur.
06:49Ça sans oublier que chez certains individus violents,
06:51ce gène n'a pas été trouvé tout simplement.
06:53Des découvertes qui pourraient donc également prouver, selon certains chercheurs,
06:56qu'un gène ayant un impact majeur dans le comportement violent,
06:58bah finalement, il y a de grandes chances que ça n'existe pas.
07:01Du coup, vous l'avez compris, à la question comment on devient un serial killer,
07:04bah cette question, elle reste sacrément ouverte pour l'instant,
07:06la recherche continue, vraiment la science se penche là-dessus.
07:08Mais voilà, c'est vraiment pas évident comme question.
07:10Merci à Alain Bauer et Jean-Claude Bernheim,
07:12les deux criminologues qui nous ont aidés dans la rédaction de cette vidéo.
07:15Merci beaucoup.
07:15J'espère vraiment que cette vidéo vous aura intéressé, vous aura plu, vous aura rendu curieux, je sais pas.
07:19Et quant à moi, je vous dis à très bientôt à la prochaine, car la science n'attend pas.
07:22Salut, ciao !
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