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  • il y a 2 jours
Virginie Schwarz, PDG de Météo France, affirme que les prévisionnistes constatent que "le changement climatique est déjà là". La fréquence des vagues de chaleur s'est accélérée ces 15 dernières années et va continuer d'augmenter à l'avenir, selon elle.

Retrouvez "L'invité de 7h50" sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50

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Transcription
00:00Bonjour Virginie Schwarz, PDG de Météo France, en première ligne donc face aux phénomènes extrêmes
00:05auxquels on assiste à nouveau cet été sous l'effet du changement climatique.
00:09Quand vous voyez ce méga-feu en Gironde, cette quatrième canicule depuis mai,
00:13cette France jaunie un peu partout par la sécheresse, vous dites quoi ?
00:16On s'y attendait ou même vous, vous êtes frappée par la violence de ce qui nous tombe dessus ?
00:22Alors on ne peut être que choquée par la violence de ces événements
00:25et avec une pensée particulière à la fois pour tous les Français qui sont impactés.
00:30Et puis pour les pompiers qui luttent au quotidien contre les feux.
00:36Mais effectivement ça s'inscrit dans une tendance qui est celle des effets du changement climatique,
00:41de l'augmentation des vagues de chaleur et du développement des feux sur le territoire.
00:46Parce qu'on se projette souvent dans une France en 2050, dans une France à plus 4 degrés à la
00:50fin du siècle.
00:51Mais là c'est maintenant et ça nous arrive dès maintenant et c'est déjà violent maintenant.
00:56Les effets du changement climatique, nous on les mesure déjà.
00:59Par exemple sur les vagues de chaleur, on a eu plus de vagues de chaleur ces 15 dernières années que
01:05pendant les 60 années précédentes.
01:08Et ça c'est effectivement quelque chose qui va se poursuivre.
01:11On attend une multiplication par 5 d'ici 2050 et une multiplication par 10 d'ici 2100 en gros.
01:17Donc ce sentiment ou cette impression qu'on peut avoir d'aggravation soudaine et d'accélération soudaine de la fréquence
01:23de ces événements,
01:24il est corroboré par vos chiffres, par vos archives, vos statistiques.
01:28Par exemple les vagues de chaleur, elles se multiplient ces dernières années.
01:31Alors la fréquence, elle est constatée, on la mesure nous tous les ans.
01:36Donc effectivement on voit d'ores et déjà cette évolution du climat.
01:39Le changement climatique, vraiment il est déjà là.
01:42Après, il n'en reste pas moins qu'il y a des différences d'une année à l'autre par
01:46rapport à un climat moyen.
01:48C'est le climat moyen qui se transforme.
01:50Et la variabilité climatique, elle nous amène à avoir des années particulièrement exceptionnelles au sein d'un climat moyen.
01:58Donc des années qui peuvent être particulièrement chaudes.
02:01Et ça va être le cas cette année.
02:03Sur les incendies, là spécifiquement, ce qui se passe en Gironde, très concrètement, comment vous Météo France participe à la
02:09gestion de la crise ?
02:11Alors très pratiquement, nous avons des prévisionnistes qui sont spécialisés sur les feux,
02:16qui sont directement dans les postes de commandement opérationnel à la préfecture à Bordeaux,
02:25pour au quotidien analyser toutes les situations de feu, à la fois de façon à prévoir là où il va
02:33y avoir les risques les plus forts,
02:35mais aussi à aider les pompiers dans la conduite des opérations.
02:39Et ça, cet appui vraiment renforcé, c'est quelque chose qu'on a dans 55 départements,
02:46donc une grosse moitié sud de la France.
02:49Et puis ailleurs, on fait aussi des bulletins de l'appui.
02:53On a aussi un prévisionniste pendant tout l'été qui anime au centre de commandement des moyens des pompiers
03:00pour aider à la répartition des moyens de lutte contre les incendies sur le territoire.
03:05Donc ça veut dire que là, à Bordeaux, en temps réel, vous pouvez dire aux pompiers, aux autorités,
03:10là le vent va changer de direction, etc.
03:13Exactement.
03:14En ce moment, on a trois prévisionnistes le jour dans ce centre de commandement,
03:20de la nuit, pour vraiment apporter l'information la plus fine possible aux pompiers.
03:26Ça, c'est ce qu'on fait sur vraiment la gestion de crise.
03:29Et puis de l'autre côté, ce qu'on fait vis-à-vis du grand public,
03:32c'est un dispositif qui s'appelle la météo des forêts.
03:35Donc publier ces cartes.
03:36Une nouvelle carte de vigilance.
03:37Voilà, à l'échelle départementale qui alerte sur le fait qu'il va y avoir des conditions météorologiques
03:43qui sont particulièrement risquées.
03:46Donc il faut toujours une étincelle pour qu'il y ait un incendie.
03:49Mais ensuite, l'incendie va se propager, se développer plus ou moins fort.
03:53Ça, ça dépend beaucoup de la météo.
03:55Et donc l'idée de la météo des forêts, c'est finalement d'inciter à la prudence,
03:59de dire attention, vous êtes dans un département où le risque est particulièrement fort.
04:04Pas de barbecue, pas de travaux qui peuvent créer des étincelles.
04:09Attention à vos mégots.
04:10C'est vraiment un message de prudence.
04:13Voilà, on est dans la culture du risque qu'on essaye de développer.
04:17Quatrième canicule depuis mai, je le disais.
04:19Ce matin, on va avoir 21 départements dans la journée en vigilance orange.
04:24Vous pouvez nous en dire quoi de ce quatrième épisode ?
04:26Il est quand même moins virulent que les précédents ?
04:29Si on veut chercher les petits points optimistes.
04:32Alors là, effectivement, on voit que déjà aujourd'hui,
04:36les températures les plus chaudes se déplacent vers l'Est.
04:39Demain, elles vont même se concentrer surtout dans le Sud-Est.
04:44Donc effectivement, un épisode là qui va être moins fort en particulier de ce que celui de juin,
04:52qui reste vraiment un événement exceptionnel.
04:54Mais une petite perspective d'augmenter des températures la semaine prochaine.
04:58Ah bon, alors le répit va être de courte durée.
05:00Pourquoi on n'arrive pas mieux à anticiper plus précisément ces vagues de chaleur ?
05:04En juin, juillet, on a parfois eu l'impression que même Météo France était pris de cour par la sévérité,
05:10la durée des épisodes caniculaires.
05:12Alors, la précision des prévisions météorologiques,
05:16elle dépend vraiment de l'horizon de temps auquel on se place.
05:21On ne sait pas, on ne peut pas prévoir à 15 jours, par exemple,
05:26avec la même précision en termes de localisation géographique,
05:31mais aussi en termes d'intensité,
05:32les événements que ce qu'on peut prévoir à 2 ou 3 jours.
05:35Donc, on donne des niveaux, mais qui sont plus des tendances.
05:40Par contre, on arrive bien à anticiper plusieurs jours à l'avance
05:47le fait qu'il va y avoir une vague de chaleur ou un épisode caniculaire.
05:52Là encore, l'épisode qui a commencé mardi, on l'avait annoncé dès la fin de la semaine dernière.
05:59Parce qu'une vigilance rouge, par exemple, on ne la décrète pas une semaine à l'avance ?
06:02La vigilance, elle est sur deux jours, donc le jour même et le lendemain.
06:08Parce que, voilà, la vigilance, on est sur vraiment un avertissement sur des risques météorologiques,
06:15des épisodes dangereux, et donc avec une localisation départementale qui se doit d'être précise.
06:21Ça, on ne peut pas le faire 15 jours à l'avance.
06:25En plus, la qualité de la prévision, la précision de la prévision va dépendre des phénomènes.
06:31Un orage, par excellence, c'est quelque chose d'extrêmement localisé.
06:35On ne va pas pouvoir le prévoir avec la même précision que d'autres phénomènes.
06:39Parce que si on rentre un peu dans le cœur de votre machine, comment ça marche ?
06:42Alors, en simplifiant, parce que maintenant, en plus, il y a beaucoup de choses qui circulent sur les réseaux sociaux.
06:48Vous êtes concurrencé par des météorologues amateurs, plus ou moins rigoureux aussi.
06:53Il y a plusieurs modèles, vous travaillez avec plusieurs modèles, certains plus optimistes, d'autres plus pessimistes, c'est ça
06:58?
06:58Il y a un moment où vous tranchez ?
06:59C'est exactement ça.
07:00Pour faire la météo, d'abord, on parle de l'observation.
07:03Quel temps est-ce qu'il fait aujourd'hui ?
07:07Chaque jour, on intègre près de 35 millions de données d'observation sur la France, mais aussi sur le monde
07:14entier.
07:16Ensuite, ces données, on les met dans une sorte de gros programme informatique, un modèle, un très gros modèle, 4
07:22,5 millions de lignes de code, et qui va produire des scénarios.
07:27Pas simplement une prévision, mais un ensemble, parce qu'il y a de l'incertitude sur l'observation, il y
07:33a de l'incertitude sur le modèle.
07:34Et ensuite, nos prévisionnistes, nos experts, vont prendre l'ensemble de ces scénarios.
07:40Nous, on en produit 250 par jour, on étudie aussi ceux des autres, donc en gros, on en a 350
07:44à regarder.
07:46Et à partir de ça, ils vont pouvoir dire, par exemple, quelle est la carte de vigilance pour les jours
07:53à venir.
07:54Nous, on a une responsabilité particulière en matière de sécurité des personnes et des biens, mais j'ai envie de
08:02dire aussi en termes de crédibilité scientifique.
08:04Donc, effectivement, si vous regardez tous ces scénarios, souvent, il va y en avoir un qui va être très, très
08:09extrême, mais il n'est pas forcément très probable.
08:13Et donc, par exemple, quand on a vu, lors de l'épisode précédent, des 47 degrés qui circulaient sur la
08:18base d'un scénario du modèle américain GFS,
08:24nos experts l'avaient regardé et ils avaient dit que ce n'est pas très crédible.
08:27Mais vous le disiez, c'est quand même toujours bien un prévisionniste qui tranche à la fin.
08:32Parce qu'il y a eu des polémiques concernant des gros bugs, des erreurs, notamment fin 2023, quand vous avez
08:37automatisé une partie des prévisions.
08:39Il y a eu des grosses anomalies sur l'appli, beaucoup de colère aussi en interne.
08:43Ça, c'est résolu et c'est toujours... Est-ce que c'est résolu, d'abord, ce qui s'est
08:48passé il y a deux ans ?
08:49Oui, aujourd'hui, on a beaucoup travaillé à la fois sur l'amélioration de l'outil et puis sur notre
08:54organisation interne et puis sur le dialogue social.
08:57Voilà, ce qui permet aujourd'hui d'avoir un outil qui fonctionne.
09:02On a une présence humaine sur cet outil.
09:06On corrige à court terme les prévisions qui sont faites par la machine.
09:11Après, on adapte aussi les moyens qu'on met en fonction des résultats, des types de bulletins qu'on produit.
09:19Quand on produit la vigilance, quand on produit, par exemple, des bulletins pour la SNCF sur le risque de neige
09:27collante, par exemple, sur les caténaires,
09:29ou quand on fait la prévision au grand public, on n'est pas organisé exactement de la même manière.
09:34Vos moyens humains, ils ont fondu 30% entre 2008 et 2024.
09:38Ça a des conséquences, ça, sur la qualité des prévisions, quand même ?
09:41La qualité des prévisions, elle s'améliore de façon constante.
09:45En gros, on dit qu'on gagne un jour tous les dix ans.
09:49Qu'est-ce que ça veut dire ?
09:50Ça veut dire que les prévisions qu'on fait aujourd'hui à trois jours, elles sont aussi bonnes que celles
09:56qu'on faisait à deux jours il y a dix ans.
09:58Donc, on a une amélioration constante de nos prévisions, ça c'est clair.
10:04Et d'ailleurs, quand on interroge les Français, on voit que 88% des Français jugent que nos prévisions sont
10:11globalement bonnes.
10:11Un mot quand même de vos prévisions bouleversées, on le disait, par le changement climatique.
10:15Sur les vigilances, par exemple, alors pour les canicules, mais pas seulement,
10:17est-ce qu'il ne faudra pas revoir les seuils de déclenchement d'une vigilance orange, d'une vigilance rouge,
10:22étant donné que ce qui était anormal il y a dix ans devient la normale, en deux mots, aujourd'hui
10:27?
10:28Sur l'ensemble des phénomènes sur lesquels on a des vigilances,
10:32on prévoit effectivement de travailler avec les ministères.
10:36Parce qu'il faut se souvenir que sur la vigilance, en fait, on est juste l'opérateur des pouvoirs publics.
10:42Et donc, on prévoit effectivement de travailler avec eux pour regarder les positions nécessaires des seuils.
10:47Parce que s'il y a trop de vigilance orange, si on la banalise, on ne l'écoute plus la
10:50vigilance, on ne la regarde plus.
10:51Et à l'inverse, il faut qu'on se demande aussi, comment on parle aux Français, des phénomènes les plus
10:57extrêmes.
10:57On l'a vu avec les inondations terribles qui avaient lieu à Valence, en Espagne.
11:02On peut être confronté, dans le cadre du changement climatique, à des événements qu'on n'a jamais vus.
11:09Et donc, comment est-ce qu'on alerte sur le fait qu'on a un événement qui est non seulement
11:14un événement très grave,
11:15mais même un événement totalement exceptionnel ?
11:18Merci beaucoup Virginie Schwarz, patronne de Météo France et invitée d'Inter ce matin.
11:21Bonne journée.
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