00:00Ça veut dire qu'on se dirige vers une entité qui va pouvoir sanctionner la parole des citoyens en contournant
00:06les contraintes constitutionnelles,
00:08parce qu'on conserve quand même une liberté d'expression, c'est-à-dire que l'État ne peut pas
00:13censurer la parole d'un citoyen,
00:15sauf si, conformément aux droits de l'homme, elle est manifestement illégale,
00:19et donc il va déléguer ce pouvoir à une entité extérieure, privée, qui va malgré tout financer,
00:25et qui va pouvoir désigner des ingérences intérieures qui sont grosso modo des citoyens qui se coordonnent
00:31avec des systèmes de financement pas forcément transparents, mais ça peut être de simples organisations citoyennes,
00:37et qui ont le malheur de ne pas correspondre à ce que veut entendre le pouvoir en place.
00:42Et le pouvoir en place, aujourd'hui on le connaît, demain il sera sans doute différent,
00:46on est vraiment en train d'installer un verrou pour la liberté d'expression des citoyens ordinaires,
00:51ou de toute entité qui veut prendre la parole dans un débat public.
00:55Un think tank, une organisation militante, tout ça est menacé demain.
00:59Est-ce que la création de cet observatoire prétendument indépendant de la désinformation,
01:05est-ce que ce n'est pas se diriger vers la création quelque part d'une sorte de police de
01:09la pensée ?
01:10Vous n'avez pas prononcé l'expression, mais j'ai le sentiment que c'est un peu ce que vous
01:13me disiez.
01:15On est dans les prémices, effectivement, d'une police de la pensée,
01:17on est dans la reproduction de ce qu'on a déjà tenté d'installer dans un cadre européen,
01:22qui est le DSA, mais à un échelon national.
01:25Et on est dans un dispositif qui, j'insiste, quel que soit le pouvoir en place, représente une menace.
01:30Pour l'instant, l'intention transparaît de façon assez claire,
01:34garder le contrôle de l'opinion publique pour le pouvoir qui est en place.
01:38Mais demain, si ce pouvoir change, ça sera quelque chose de tout aussi menaçant
01:42sur la liberté d'expression des citoyens ordinaires.
01:44Et l'Union européenne, elle a eu un rôle dans tout ça pour en arriver là aujourd'hui ?
01:50En fait, la focale est différente.
01:52Le DSA est une loi d'inspiration française.
01:55C'est plutôt la France qui a une influence sur l'Union européenne que l'inverse.
01:59On est dans une philosophie de la censure qui a pour origine la France,
02:04qui a pour origine la loi Pleven.
02:06Ça date du début des années 70, à partir du moment où on a commencé à déléguer
02:11à des associations privées la capacité de poursuivre en justice des délits d'opinion.
02:16Dans les années 70, c'était quelque chose de relativement raisonnable.
02:20Ça nous a permis, dans les années 70 et 80, de lutter contre le racisme, l'antisémitisme,
02:26tout un tas de choses.
02:27Et le problème, c'est que ça n'est absolument pas compatible avec autre chose
02:32que gérer des délits dans la presse.
02:35À partir du moment où ces délits se sont retrouvés dans l'opinion publique,
02:39dans la mesure où, très concrètement, avec les réseaux sociaux,
02:42tout le monde a la capacité de s'exprimer publiquement,
02:44on est passé à toute autre chose.
02:46Et on a très largement dépassé les capacités d'une démocratie
02:51pour basculer dans quelque chose d'autre.
02:53On est dans une incompatibilité avec notre système de régulation de la parole,
02:57avec les technologies Internet et les réseaux sociaux.
03:05Merci.
Commentaires