00:01L'invité d'RTL Soir est Mehdi Bouzou, membre de l'association pour le droit de mourir dans la dignité.
00:08Bonsoir.
00:10Bonsoir.
00:11Merci d'être avec nous. Vous êtes d'ailleurs au siège de l'association. Je crois que vous suivez en
00:14direct les débats de l'Assemblée.
00:17J'imagine que vous attendez avec impatience ce vote solennel à l'Assemblée nationale de cette loi sur l'aide
00:24à mourir
00:24qui a connu un parcours législatif très compliqué, très chaotique.
00:30Vous êtes très impatient ce soir que cette loi soit enfin et définitivement votée ?
00:36Je pense qu'on est en train de parler des dernières minutes.
00:39Je pense que d'ici 40 minutes, on va enfin libérer des centaines de personnes
00:44et en tout cas leur donner la possibilité d'être soulagés dans leur tête
00:49et pour pouvoir justement vivre leur fin de vie décemment.
00:53Et je pense que c'est ça surtout qu'il faut retenir.
00:56C'est que dans quelques minutes, on va, je l'espère, mais en tout cas ça prend une bonne voie,
01:01on va pouvoir offrir aux gens la possibilité de choisir de la façon dont ils se font partir lorsqu'ils
01:06n'ont plus d'autres solutions.
01:07Pour bien comprendre ce qui vous anime, Mehdi Bouzou, revenons rapidement évidemment sur ce que vous avez vécu.
01:13Votre mère, Catherine Icardi, était atteinte de la maladie de Charcot.
01:16Elle avait prévu de bénéficier du suicide assisté en Belgique.
01:19Belgique, tout était prêt, je crois que le voyage s'est finalement révélé impossible à supporter.
01:24Et ce qui aurait pu, ce qui aurait dû se passer dans un cadre médical, finalement s'est déroulé dans
01:30un cadre familial, c'est ça, à la maison ?
01:33Effectivement.
01:34Maman, très vite lorsqu'elle a eu l'annonce de sa maladie,
01:38a fait tout de suite les démarches pour justement bénéficier de l'euthanasie, mais en Belgique.
01:43Alors, elle était très triste de ne pas pouvoir le faire en France,
01:47mais c'est ce qui l'a poussé à justement s'investir dans l'ADMD,
01:51qui est une association qui vraiment fait un travail exceptionnel.
01:55Et elle s'est mise à fond parce que justement,
01:57cette injustice de ne pas pouvoir partir dans son pays qu'elle est mettant, c'était très compliqué.
02:02Malheureusement, la maladie de Charcot, c'est une maladie neurodégénérative
02:04qui fait qu'on a une espérance de vie qui est de 2 à 5 ans.
02:09Et pour maman, ça a été de 2 ans, donc ça allait assez vite.
02:12Et on avait tout fait pour faire en sorte que ça se passe du mieux possible.
02:19Malheureusement, après, le corps a ses limites et elle n'était plus du tout transportable.
02:24Et lorsqu'elle s'en est rendue compte, entre le moment où elle m'a dit
02:29« Bon, j'ai eu le professeur Damas qui m'accompagnera dans l'euthanasie »
02:34où là, je l'ai vu totalement libéré, soulagé.
02:37Et ça nous a permis de vivre un an et demi en se concentrant uniquement sur son bien-être.
02:43Lorsqu'elle a compris, et c'était peut-être 4 à 5 mois avant qu'elle parte,
02:48lorsqu'elle a compris que malheureusement, elle ne pourrait plus aller en Belgique,
02:51je l'ai senti tellement mal, tellement tracassé que ça m'a fait énormément de mal au cœur.
02:57Et elle m'a dit « Mon fils, il faut que tu trouves une solution ».
03:01Malheureusement, les solutions ne sont pas évidentes.
03:03Et c'est vrai qu'on a essayé d'abord de se retourner vers le corps médical,
03:08qui, le médecin généraliste tout simplement,
03:12qui m'a dit « Votre combat, je l'aime, je le soutiens à 100%,
03:18mais à titre personnel, je n'ai pas la force et la capacité de le faire.
03:23Donc, je ne peux pas t'accompagner et je n'ai personne dans mon entourage qui peut t'aider. »
03:27Et j'ai pu, au fur et à mesure des discussions, trouver quelqu'un qui nous a aidés
03:31et qui nous a permis de respecter la volonté de ma maman.
03:36Et elle est partie dans les bras de ses trois enfants, avec le sourire,
03:42et comme elle le souhaitait.
03:44Et donc, voilà.
03:45Et depuis, effectivement, et on comprend qu'effectivement,
03:48avec ce geste d'amour, cet ultime geste d'amour de la part de ces enfants,
03:52vous impliquez aujourd'hui,
03:54vous entendez quand même la voix des opposants,
03:57pour des raisons éthiques, souvent côté médecin,
03:59des raisons philosophiques ou religieuses,
04:02notamment qui soulignent des problèmes de délai,
04:05seulement deux jours de réflexion pour le malade,
04:08ou seulement quinze jours pour la prise de décision du médecin.
04:11Est-ce que vous entendez ces critiques ?
04:13Est-ce qu'elles ont lieu d'être, selon vous ?
04:16Au même titre que cette loi, c'est une loi de la liberté,
04:20ça n'enlève rien à personne,
04:22et ça n'impose rien à personne.
04:24Je suis obligé, moi, de comprendre leur volonté,
04:28d'aller à l'encontre de leurs convictions religieuses,
04:32philosophiques, de mettre la vie au-dessus de tout.
04:34Donc, oui, je peux comprendre.
04:36Maintenant, et je suis plutôt bien placé pour le dire,
04:39tout simplement parce que moi, lorsque ma maman me l'a annoncé,
04:41je n'étais pas d'accord.
04:43Parce que pour moi, elle m'a élevé dans le combat
04:47de ne rien lâcher, jamais rien lâcher.
04:48Pour moi, j'avais senti ça comme un abandon de son fils,
04:53même si j'en ai 44, je reste son petit nubé.
04:56Mais aussi, surtout, pour moi, j'avais l'impression qu'elle a abandonné.
05:00Et en fait, ce n'était pas du tout ça.
05:02C'était juste un moyen de pouvoir nous soulager,
05:07de la voir dépérir dans des atroces souffrances.
05:11Et donc ça, je l'ai compris par différentes discussions, etc.
05:16Mais c'est surtout que j'ai senti ma maman soulagée
05:20d'avoir une porte de sortie.
05:22Et cette porte de sortie, tu ne peux pas,
05:24lorsque tu vis ce moment-là, tu ne peux pas être contre.
05:29Pourquoi ? Parce que jamais tu vas te dire,
05:31tiens, je vais accepter que ma femme, mon mari, mon enfant,
05:36parce que j'ai eu des témoignages de mère et de leur enfant,
05:39puissent souffrir indéfiniment, sans avoir d'autres solutions
05:42que de partir, comme on le proposait jusqu'à maintenant.
05:45Oui, on comprend évidemment totalement ces arguments.
05:48Merci beaucoup.
05:49Et d'ailleurs, finalement, ce qui fait aussi la force de cette loi,
05:52c'est que plus de 7 Français sur 10, effectivement,
05:55ils sont favorables.
05:56On l'a compris à travers ce témoignage.
05:58Je remercie beaucoup Mehdi Bouzou,
06:00membre de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité.
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