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  • il y a 23 heures
L'Assemblée nationale s'apprête à voter la proposition de loi sur l'aide à mourir, un texte qui pourrait transformer durablement notre rapport à la fin de vie. Une avancée majeure pour certains, un sujet toujours sensible pour d'autres, où se mêlent convictions éthiques, philosophiques et religieuses. Mehdi Bouzou, membre de l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, est l'invité de RTL Soir.

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Transcription
00:01L'invité d'RTL Soir est Mehdi Bouzou, membre de l'association pour le droit de mourir dans la dignité.
00:08Bonsoir.
00:10Bonsoir.
00:11Merci d'être avec nous. Vous êtes d'ailleurs au siège de l'association. Je crois que vous suivez en
00:14direct les débats de l'Assemblée.
00:17J'imagine que vous attendez avec impatience ce vote solennel à l'Assemblée nationale de cette loi sur l'aide
00:24à mourir
00:24qui a connu un parcours législatif très compliqué, très chaotique.
00:30Vous êtes très impatient ce soir que cette loi soit enfin et définitivement votée ?
00:36Je pense qu'on est en train de parler des dernières minutes.
00:39Je pense que d'ici 40 minutes, on va enfin libérer des centaines de personnes
00:44et en tout cas leur donner la possibilité d'être soulagés dans leur tête
00:49et pour pouvoir justement vivre leur fin de vie décemment.
00:53Et je pense que c'est ça surtout qu'il faut retenir.
00:56C'est que dans quelques minutes, on va, je l'espère, mais en tout cas ça prend une bonne voie,
01:01on va pouvoir offrir aux gens la possibilité de choisir de la façon dont ils se font partir lorsqu'ils
01:06n'ont plus d'autres solutions.
01:07Pour bien comprendre ce qui vous anime, Mehdi Bouzou, revenons rapidement évidemment sur ce que vous avez vécu.
01:13Votre mère, Catherine Icardi, était atteinte de la maladie de Charcot.
01:16Elle avait prévu de bénéficier du suicide assisté en Belgique.
01:19Belgique, tout était prêt, je crois que le voyage s'est finalement révélé impossible à supporter.
01:24Et ce qui aurait pu, ce qui aurait dû se passer dans un cadre médical, finalement s'est déroulé dans
01:30un cadre familial, c'est ça, à la maison ?
01:33Effectivement.
01:34Maman, très vite lorsqu'elle a eu l'annonce de sa maladie,
01:38a fait tout de suite les démarches pour justement bénéficier de l'euthanasie, mais en Belgique.
01:43Alors, elle était très triste de ne pas pouvoir le faire en France,
01:47mais c'est ce qui l'a poussé à justement s'investir dans l'ADMD,
01:51qui est une association qui vraiment fait un travail exceptionnel.
01:55Et elle s'est mise à fond parce que justement,
01:57cette injustice de ne pas pouvoir partir dans son pays qu'elle est mettant, c'était très compliqué.
02:02Malheureusement, la maladie de Charcot, c'est une maladie neurodégénérative
02:04qui fait qu'on a une espérance de vie qui est de 2 à 5 ans.
02:09Et pour maman, ça a été de 2 ans, donc ça allait assez vite.
02:12Et on avait tout fait pour faire en sorte que ça se passe du mieux possible.
02:19Malheureusement, après, le corps a ses limites et elle n'était plus du tout transportable.
02:24Et lorsqu'elle s'en est rendue compte, entre le moment où elle m'a dit
02:29« Bon, j'ai eu le professeur Damas qui m'accompagnera dans l'euthanasie »
02:34où là, je l'ai vu totalement libéré, soulagé.
02:37Et ça nous a permis de vivre un an et demi en se concentrant uniquement sur son bien-être.
02:43Lorsqu'elle a compris, et c'était peut-être 4 à 5 mois avant qu'elle parte,
02:48lorsqu'elle a compris que malheureusement, elle ne pourrait plus aller en Belgique,
02:51je l'ai senti tellement mal, tellement tracassé que ça m'a fait énormément de mal au cœur.
02:57Et elle m'a dit « Mon fils, il faut que tu trouves une solution ».
03:01Malheureusement, les solutions ne sont pas évidentes.
03:03Et c'est vrai qu'on a essayé d'abord de se retourner vers le corps médical,
03:08qui, le médecin généraliste tout simplement,
03:12qui m'a dit « Votre combat, je l'aime, je le soutiens à 100%,
03:18mais à titre personnel, je n'ai pas la force et la capacité de le faire.
03:23Donc, je ne peux pas t'accompagner et je n'ai personne dans mon entourage qui peut t'aider. »
03:27Et j'ai pu, au fur et à mesure des discussions, trouver quelqu'un qui nous a aidés
03:31et qui nous a permis de respecter la volonté de ma maman.
03:36Et elle est partie dans les bras de ses trois enfants, avec le sourire,
03:42et comme elle le souhaitait.
03:44Et donc, voilà.
03:45Et depuis, effectivement, et on comprend qu'effectivement,
03:48avec ce geste d'amour, cet ultime geste d'amour de la part de ces enfants,
03:52vous impliquez aujourd'hui,
03:54vous entendez quand même la voix des opposants,
03:57pour des raisons éthiques, souvent côté médecin,
03:59des raisons philosophiques ou religieuses,
04:02notamment qui soulignent des problèmes de délai,
04:05seulement deux jours de réflexion pour le malade,
04:08ou seulement quinze jours pour la prise de décision du médecin.
04:11Est-ce que vous entendez ces critiques ?
04:13Est-ce qu'elles ont lieu d'être, selon vous ?
04:16Au même titre que cette loi, c'est une loi de la liberté,
04:20ça n'enlève rien à personne,
04:22et ça n'impose rien à personne.
04:24Je suis obligé, moi, de comprendre leur volonté,
04:28d'aller à l'encontre de leurs convictions religieuses,
04:32philosophiques, de mettre la vie au-dessus de tout.
04:34Donc, oui, je peux comprendre.
04:36Maintenant, et je suis plutôt bien placé pour le dire,
04:39tout simplement parce que moi, lorsque ma maman me l'a annoncé,
04:41je n'étais pas d'accord.
04:43Parce que pour moi, elle m'a élevé dans le combat
04:47de ne rien lâcher, jamais rien lâcher.
04:48Pour moi, j'avais senti ça comme un abandon de son fils,
04:53même si j'en ai 44, je reste son petit nubé.
04:56Mais aussi, surtout, pour moi, j'avais l'impression qu'elle a abandonné.
05:00Et en fait, ce n'était pas du tout ça.
05:02C'était juste un moyen de pouvoir nous soulager,
05:07de la voir dépérir dans des atroces souffrances.
05:11Et donc ça, je l'ai compris par différentes discussions, etc.
05:16Mais c'est surtout que j'ai senti ma maman soulagée
05:20d'avoir une porte de sortie.
05:22Et cette porte de sortie, tu ne peux pas,
05:24lorsque tu vis ce moment-là, tu ne peux pas être contre.
05:29Pourquoi ? Parce que jamais tu vas te dire,
05:31tiens, je vais accepter que ma femme, mon mari, mon enfant,
05:36parce que j'ai eu des témoignages de mère et de leur enfant,
05:39puissent souffrir indéfiniment, sans avoir d'autres solutions
05:42que de partir, comme on le proposait jusqu'à maintenant.
05:45Oui, on comprend évidemment totalement ces arguments.
05:48Merci beaucoup.
05:49Et d'ailleurs, finalement, ce qui fait aussi la force de cette loi,
05:52c'est que plus de 7 Français sur 10, effectivement,
05:55ils sont favorables.
05:56On l'a compris à travers ce témoignage.
05:58Je remercie beaucoup Mehdi Bouzou,
06:00membre de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité.
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