00:00Mon invité ce soir, Grégory Allion, eurodéputé Renew et président d'honneur des sapeurs-pompiers de France.
00:07Bonsoir Grégory Allion.
00:09Oui, bonsoir.
00:10Bonsoir. Le feu n'a jamais été aussi près de Paris.
00:14Les incendies ne sont désormais plus un problème qui ne concerne que le sud de la France.
00:18Comment vous analysez cette situation ?
00:21Premièrement, j'ai une réaction en tant que sapeur-pompier dans le sens où
00:24on s'est tous préparés à ce type d'événements,
00:27même si aujourd'hui vous êtes surpris de voir les Canadairs écopés pour éteindre le feu.
00:31Les Canadairs s'étaient exercés, s'étaient entraînés.
00:34Le directeur de Seine-et-Marne envoyait régulièrement des cadres dans le sud de la France
00:38pour se préparer à ce type d'événements.
00:41Il y a eu des feux dans la forêt de Fontainebleau,
00:43mais qui n'ont jamais dépassé la trentaine d'hectares.
00:46Aujourd'hui, je vais dire, malheureusement,
00:51il y a cet événement qui vous fait à toutes et tous prendre conscience
00:54que le dérèglement climatique nous amène à des températures extrêmes
00:57qui conditionnent finalement notre végétation, prête à s'embraser de partout.
01:02Et aujourd'hui, nous sommes confrontés à des situations
01:04que nous pourrions connaître dans le sud,
01:06à savoir que ce feu se déplace
01:08et a une énergie qui est similaire au développement des feux
01:12que l'on connaît dans le sud de la France.
01:14Et c'est cela qui est étonnant pour tout le monde,
01:16mais finalement, on s'y était préparé.
01:18Et il y a une prise de conscience aujourd'hui.
01:202022 était un avertissement.
01:22Et dorénavant, 2026 nous montre qu'il y a une forme de constance
01:25dans les événements, dans leur intensité, dans leur récurrence.
01:29Alors, je le rappelle, vous êtes député européen.
01:31Vous avez également pris la présidence d'un intergroupe
01:33au Parlement européen pour œuvrer sur ce sujet majeur.
01:37Quelle est votre marge de manœuvre ? Comment peser ?
01:40Alors, deux choses.
01:41La première, c'est vrai, cet intergroupe est un...
01:45Le premier intergroupe créé au sein du Parlement depuis plus de 10 ans.
01:49Ça veut dire que le sujet de protection civile,
01:52le sujet des événements de nature naturelle tels que les inondations,
01:56il faut se rappeler Valence,
01:58on a souvent des épisodes méditerranéens sur notre territoire national,
02:03ces feux de forêt qui sont vraiment cataclysmiques,
02:06font prendre conscience au Parlement européen
02:08qu'il faut aborder ce sujet avec peut-être constance,
02:13avec peut-être plus d'intensité aussi.
02:16Donc, ça, c'est...
02:18Deuxièmement, vous savez que le Parlement européen
02:20n'a pas la même capacité que le Parlement national.
02:23Nous ne sommes que co-législateurs.
02:26Et en ce moment, nous œuvrons pour donner plus de moyens
02:28à cette politique de protection civile.
02:30Je le rappelle, avant 2022,
02:32avant la présidence française de l'Union européenne,
02:34le mécanisme de protection civile,
02:36c'était 500 millions d'euros à l'échelle européenne.
02:39Après la présidence française de l'Union européenne,
02:41en 2022, c'était 3 milliards d'euros.
02:44Et là, nous essayons de pousser à 12 milliards d'euros
02:47pour acquérir des moyens,
02:49donner une politique de préparation face aux risques majeurs
02:53tels que les feux de forêt.
02:55Alors, malheureusement, malgré ces chiffres,
02:57j'entends, le budget augmente.
02:59Mais la flotte de Canadair,
03:00elle a en moyenne 30 ans,
03:01avec un taux de disponibilité qui plafonne à 89%.
03:04On est loin des 4 à 18% que veut l'État.
03:07Les dashes sont vieillissants.
03:08On parle de seulement 10 ans maintenant,
03:10de durée de vie qui leur reste.
03:12Est-ce que cela met en difficulté les pompiers ?
03:14Oui, vous avez raison.
03:16Cette flotte est vieillissante.
03:17Elle est entretenue de manière magnifique
03:19par des mécaniciens qui œuvrent toute l'année,
03:22nuit et jour,
03:23par des pilotes qui sont des ases du ciel.
03:25Parce que j'ai d'autres missions,
03:27et je suis toujours pompier volontaire,
03:28et j'ai beaucoup de respect pour les collègues
03:31qui se mettent dans ces conditions-là.
03:33Mais aujourd'hui, il y avait une problématique aussi,
03:35c'est que sur le territoire européen,
03:37sur le territoire français notamment,
03:39et européen,
03:39il n'y avait pas de fabricants.
03:41On était tenus par des fabricants
03:43d'avions bombardiers d'eau
03:45outre-Atlantique en l'espèce au Canada.
03:48Donc on n'avait pas une grosse marge de main d'oeuvre.
03:49Dorénavant,
03:50non seulement on a des hélicoptères
03:51qui sont fabriqués en Europe,
03:52qui peuvent faire du bombing,
03:54faire des bombardiers d'eau,
03:55mais aussi,
03:56on a des entreprises qui innovent
03:58et qui vont nous permettre certainement
04:00d'être souverains.
04:01C'est peut-être la raison pour laquelle
04:01je me suis élevé très récemment
04:03en demandant à l'Europe,
04:05en demandant à la France
04:06de commander,
04:07de soutenir la commande publique
04:08auprès d'entreprises qui innovent,
04:10qui créent des avions bombardiers d'eau
04:13à partir d'avions de ligne.
04:19L'air, le Canadair, je le rappelle,
04:20c'est une marge bombardier d'eau en Philly,
04:23donc d'avoir notre propre avion européen,
04:25et ça, c'est peut-être un tournoi.
04:28– Bon, on a un petit problème technique,
04:30monsieur Allion,
04:31on va retrouver Grégory Allion dans un instant.
04:35Georges Fenech,
04:36est-ce que ça vous fait réagir,
04:37ce sujet des Canadaires ?
04:38Est-ce que vous avez le sentiment
04:39que la France est dépassée ?
04:40– Oui, ça me fait réagir
04:42parce que ce n'est pas la première année
04:43qu'on est confronté
04:45à des incendies extrêmement ravageurs,
04:48et que, moi j'ai le souvenir,
04:49c'est d'il y a deux ou trois ans,
04:50c'était déjà la même chose,
04:51d'autant plus que nous avons des incendies
04:59de plus en plus précoces,
05:01on le sait,
05:01le réchauffement climatique
05:02qui est sans doute pour quelque chose,
05:04bien sûr,
05:05et dans de plus en plus de régions.
05:07Ce qui est en train de se passer
05:08à Fontainebleau,
05:09c'est sans précédent.
05:10On voit bien que le Nord, aujourd'hui,
05:12n'est pas épargné
05:13à une époque où jamais
05:14il y avait d'incendies à cette époque-là.
05:16Donc, on n'a pas anticipé suffisamment,
05:18même s'il y a eu des efforts,
05:19c'est incondéniable,
05:20vous l'avez rappelé,
05:22en nombre de canadaires,
05:23d'hélicoptères bombardiers d'eau également,
05:25les tributaires quand même de l'étranger.
05:28Nous devons avoir aussi
05:29une solidarité européenne.
05:30On nous annonce des budgets en hausse,
05:32mais pour l'instant,
05:33on ne voit pas arriver vraiment les choses.
05:35Donc, j'ai une certaine colère,
05:37parce que c'est quand même
05:39notre patrimoine
05:40qui est en train de partir.
05:41Et alors, Georges,
05:42vous avez la parole,
05:43je vous propose de la garder.
05:44On a retrouvé Grégory à Lyon.
05:46Qu'est-ce que vous pouvez demander
05:47à l'eurodéputé Réunion
05:49et sapeur-pompier volontaire ?
05:50– D'abord, le féliciter aussi
05:53pour le travail qu'il fait.
05:54Nous le savons,
05:55c'est un connaisseur,
05:57lui-même étant pompier volontaire.
05:58Je voudrais savoir,
05:59est-ce qu'on va finalement avoir,
06:02un jour ou l'autre,
06:03d'après lui,
06:03une véritable mutualisation européenne
06:05avec une souveraineté européenne
06:08et nationale, bien entendu ?
06:10– Écoutez, Georges Fenech,
06:13merci de cette question.
06:14Oui, merci de cette question,
06:16Georges Fenech.
06:17C'est mon combat.
06:18C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
06:19il y a deux sujets.
06:20Premièrement, la solidarité
06:21en termes de troupes,
06:23en termes de mobilisation.
06:24Et l'Europe, depuis 2022,
06:26se mobilise.
06:26Et à savoir qu'il y a plus
06:28de 800 sapeurs-pompiers
06:29qui sont prédisposés
06:30avant qu'il n'y ait des événements.
06:31C'est-à-dire qu'aujourd'hui,
06:33notre système de protection civile européen
06:35prédispose des sapeurs-pompiers
06:37dans les territoires à risque
06:38avant qu'il y ait un événement.
06:40Et nous avions des troupes
06:41roumaines, italiennes, grecques,
06:44visiblement, en France
06:45avant qu'il y ait ces feux.
06:46Ça, c'est le premier point.
06:47Et deuxième point en matière
06:48de souveraineté,
06:49nous militons, nous voulons
06:50un avion bombardier d'eau,
06:52plusieurs même des typologies
06:53d'avions bombardiers d'eau
06:54qui soient fabriqués
06:55sur le sol européen.
06:56Et là, on aura gagné.
06:57À savoir autre chose aussi.
06:59Ce qui est important,
07:00et le feu de Fontainebleau
07:01est un vrai virage.
07:03Malheureusement, il aura fallu
07:04le feu de Notre-Dame
07:05pour comprendre que typiquement,
07:07on avait des robots
07:08qui nous servaient
07:09à atteindre les feux.
07:10Ces robots-là, en ce moment,
07:11sont en Ukraine
07:12pour d'autres dispositifs.
07:13Donc cette économie duale
07:15en matière de protection civile
07:16est aussi utile
07:17sur d'autres aspects.
07:18Et en ce moment même,
07:19ce feu de Fontainebleau
07:21nous fait comprendre
07:21qu'il nous faut des hélicoptères,
07:23qu'il nous faut des avions
07:23bombardiers d'eau.
07:24Et ça aussi,
07:25c'est de l'industrie duale.
07:26C'est-à-dire que c'est l'industrie
07:27qui peut servir en temps de paix,
07:29mais qui peut servir à autre chose
07:30et surtout, surtout,
07:31à maintenir des compétences
07:32et du PIB,
07:33de la richesse
07:34sur notre territoire français
07:35et européen.
07:35Alors Grégory Allion,
07:37je voulais vous poser
07:37une question également
07:38sur l'intelligence artificielle.
07:41Alors, dans les caméras,
07:42dans les drones,
07:43on sait que ça oeuvre
07:44notamment à la détection
07:45des feux
07:46et on sait que maintenant
07:46on est beaucoup plus performant
07:47là-dedans,
07:48notamment grâce
07:49à l'intelligence artificielle.
07:50Est-ce que ces nouvelles technologies,
07:52elles sont purement opérationnelles
07:53ou ça reste encore
07:54un petit peu
07:54une promesse du futur
07:56et ça ne concerne
07:56que quelques cas en France ?
07:58Alors, il y a quelques cas
08:00en France où on innove
08:01à savoir quand même
08:02que les sapeurs-pompiers
08:02utilisent l'intelligence artificielle,
08:05la data, la donnée
08:06pour avoir des systèmes prédictifs.
08:09On utilise toutes les données
08:10que ce soit en matière
08:10de réception des appels,
08:12en matière d'occurrence d'événements
08:13pour prédisposer,
08:15prévenir là où il peut y avoir
08:16le plus possible d'événements
08:18pour agir immédiatement
08:20sur les événements.
08:21Ça, c'est le premier point.
08:22En revanche,
08:22l'IA,
08:23les drones,
08:24les robots,
08:24ce n'est pas du futur,
08:26c'est de l'utilisation au quotidien
08:27et moi, je pense que dans les deux
08:29à trois ans à venir,
08:30nous aurons même des drones
08:31avec des charges d'eau dessous
08:33pour pouvoir aller larguer
08:34très rapidement
08:35sur le moindre départ de feu.
08:36Mais, moi, je voulais le dire,
08:39au-delà des moyens,
08:40au-delà de l'innovation
08:41sur laquelle on travaille tous,
08:43à savoir que le comportement
08:44de nos concitoyens,
08:46à savoir avoir le bon geste,
08:48avoir la bonne attitude
08:49en masser et forestier,
08:50ne pas jeter son bégo
08:52par la fenêtre de sa voiture,
08:54ne pas faire de barbecue,
08:55à avoir une capacité
08:57à s'engager
08:58parce qu'il ne faut pas croire
08:59que le service public
09:00pourra seul
09:02contrarier tous ces événements.
09:04Il faut un engagement,
09:05une mobilisation
09:05de l'ensemble
09:06de chacun d'entre nous
09:07et tout cela permettra
09:09justement de juguler.
09:10Il n'y a pas que l'innovation,
09:11il n'y a pas que les matériels,
09:12il y a aussi l'engagement
09:12des populations
09:13et c'est la raison pour laquelle
09:15le mandat de l'Union européenne
09:16en ce moment
09:17est basé sur ce qu'on appelle
09:19la préparnesse,
09:20la préparation des populations européennes
09:22pour affronter deux défis
09:23du XXIe siècle.
09:24Le premier défi,
09:25c'est le dérèglement climatique
09:26et on en voit au quotidien
09:28et on écoute sur vos ondes
09:29les événements qui nous arrivent
09:30et le deuxième défi,
09:32c'est un monde géopolitique bougeant
09:33et qui engendre nécessairement
09:35et qui nécessitera forcément
09:37la mobilisation de nos concitoyens
09:40si jamais on devait connaître
09:41des situations
09:41telles que les connaissent
09:42les Ukrainiens.
09:43Merci beaucoup Grégory Allionne,
09:45merci d'avoir été avec nous,
09:47évidemment tout notre soutien
09:48aux sapeurs-pompiers,
09:49aux professionnels,
09:50aux engagés,
09:51une pensée également
09:52pour les familles évacuées.
09:53Intéressant cette réflexion
09:54Jean-Claude Dacier
09:55sur la responsabilité collective.
09:57C'est vrai qu'en fait,
09:58tout n'est pas de la faute
09:59de l'État.
09:59Il y a un moment donné,
10:00il y a aussi des Français
10:01qui parfois créent des feux,
10:02même par accident,
10:03mais ça reste de la responsabilité
10:04qui va probablement reprocher,
10:05peut-être à juste raison,
10:07à juste titre,
10:08à l'État d'avoir manqué
10:09d'anticipation,
10:11confronté à...
10:13Je ne sais pas si nous aurons
10:14une canicule tous les ans,
10:15j'en sais rien,
10:16personne ne le sait d'ailleurs.
10:18Néanmoins,
10:18on voit bien que posséder
10:2010, 12 ou 13 avions
10:23porteurs d'eau
10:24qui sont pour la moitié d'entre eux
10:26en difficulté
10:27parce que leur avenir
10:29n'est pas garanti absolument
10:31et que ça sera difficile.
10:32Bon, néanmoins,
10:35ce qu'on a entendu là
10:36de Bruxelles
10:37est important.
10:38On a le sentiment,
10:39peut-être,
10:40peut-être me trompais-je,
10:41mais on a le sentiment
10:42que la défense de lutte
10:45contre les incendies
10:46sera peut-être
10:47au plan européen
10:48plus facile à bâtir
10:50et à construire
10:51que la défense...
10:52Militaire.
10:54Militaire.
10:55Toute bête,
10:55toute simple.
10:56En théorie,
10:57en réalité,
10:58nous savons que c'est
10:58très compliqué.
10:59Quand on entend par exemple
11:01qu'on commence
11:02à réfléchir
11:03et on envoie déjà
11:04sur le terrain
11:04des avions européens,
11:06des jets européens
11:07capables de bombarder
11:09et d'aider
11:10à lutter contre
11:11les incendies,
11:12c'est quelque chose
11:13qui va absolument
11:15dans le bon sens.
11:16dans le bon sens.
11:16On a le bon sens.
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