00:00Je voudrais que l'on revienne à la fois sur la situation, la manière dont la France est, oui ou
00:05non, préparée face à ces vagues caniculaires extrêmes,
00:09mais aussi les débats que cela suscite depuis trois semaines.
00:13On en vient maintenant à cette forme de mea culpa que vous faites, François Gemmène. Bonjour.
00:18Bonjour.
00:18Et c'est suffisamment rare dans le contexte actuel pour le souligner.
00:22Vous êtes une référence en matière de climat, de lutte contre le réchauffement climatique.
00:26Vous êtes l'un des auteurs du GIEC. Ça fait des années que nous tous, journalistes, on vous reçoit,
00:31que les écologistes d'ailleurs vous prennent comme référence, et un peu moins ces derniers temps,
00:35parce que vous avez été un des seuls et un des premiers peut-être à dire attention,
00:39on s'est peut-être trompé dans notre manière aussi de lutter, c'est-à-dire lutter contre,
00:43je ne veux pas dévoiler tout ce que vous allez nous dire, mais au fond, il y a la lutte
00:48contre le réchauffement climatique,
00:49mais il aurait fallu peut-être aussi s'attaquer à l'adaptation. Et c'est ce point-là qui sans
00:54doute a péché.
00:55Je voudrais qu'on revienne sur presque l'origine de ce débat. Ça s'est passé sur ce plateau,
01:01avec Emmanuel Lechypre ici présent. C'était le 26 juin dernier, et nous avions face à nous
01:06le climatologue Christophe Cassou, et voilà comment Emmanuel Lechypre et Christophe Cassou se sont parlé.
01:13– Vous n'avez pas été très convaincants. – Attendez.
01:15– Non, juste, au sens où, effectivement, les diagnostics, il est là, mais ce qui compte aussi,
01:20c'est le relais de transmission, c'est-à-dire la pédagogie du diagnostic.
01:23Or, tous les discours qu'on a entendus, c'était des discours qui étaient très abstraits.
01:27– Je pense que c'est assez honteux ce que vous venez de dire là.
01:29De rejeter la responsabilité sur les scientifiques dans la communication…
01:32– Non, ce n'est pas rejeter la responsabilité.
01:32– Attendez, je vous ai laissé terminer.
01:34De rejeter la responsabilité sur une mauvaise communication de la part du scientifique,
01:38c'est inadmissible.
01:39– Il était extrêmement en colère, Christophe Cassou, ce jour-là,
01:43que l'on lui dise, est-ce que vous nous avez suffisamment préparés ?
01:47Vous-même, vous avez écrit, François Gemmène, une chronique, une tribune dans Les Echos,
01:53dans lesquelles vous dites, si l'on n'a pas suffisamment prêté attention aux alertes des scientifiques,
01:59c'est peut-être aussi de notre faute.
02:01– Écoutez, moi je suis non seulement chercheur, mais je suis aussi prof à l'université.
02:04Et donc, si je vois qu'à chaque examen, chaque année, tous mes étudiants ratent l'examen,
02:10il arrive un moment où je ne peux pas uniquement blâmer les étudiants,
02:13où je dois m'interroger aussi sur la manière dont j'ai enseigné le cours.
02:17Et je crois que ce qui me frappe, c'est que à chaque canicule, à chaque événement extrême,
02:22on est tous là un peu à chouiner, à dire, ah là là, on n'a pas suffisamment écouté les
02:25scientifiques,
02:26on n'a pas suffisamment prêté attention aux alertes, etc.
02:29Sans doute, et sans doute que c'est une responsabilité collective,
02:31et il ne s'agit pas du tout ici de faire porter la responsabilité aux chercheurs sur notre impréparation,
02:38mais par contre de nous interroger sur peut-être certains messages qu'on aurait dû envoyer,
02:42qu'on aurait pu envoyer et qu'on n'a pas suffisamment envoyé, notamment sur l'adaptation.
02:45– Vous avez donc bien fait, Emmanuel, d'oser cette liberté.
02:49– Je vais vous dire la vérité, je vais vous dire la vérité.
02:51– Attends, Manu, écoute, c'est très important.
02:53Dans les propos même de François Gemmène, à l'écrit, dans les échos,
02:57il dit, lorsque le journaliste Emmanuel Lechypre, un matin sur BFM TV,
03:01a osé suggérer, assez maladroitement, c'est ce que dit François Gemmène,
03:07que les scientifiques n'avaient peut-être pas été très convaincants,
03:10ce fut l'indignation générale inadmissible, lunaire, disait-on, sur les propos d'Emmanuel Lechypre.
03:15Eh bien l'interrogation d'Emmanuel Lechypre m'interroge, dit François Gemmène,
03:18parce que oui, si nous, chercheurs, n'avons pas été assez entendus,
03:21c'est aussi parce que nous n'avons peut-être parfois envoyé les mauvais messages.
03:24– Non mais il faut vous dire toute la vérité.
03:27Alors la première vérité, c'est qu'effectivement, Apolline, on peut le dire,
03:30quand on est sortis de l'émission, notre réalisateur Pierre Régaud,
03:32il m'a dit, oh là là, t'as été un peu fort, notre édacteur en chef.
03:36Mais oh là là, t'as été un peu fort, et je lui écoute, sur le fond, je ne crois
03:38pas.
03:39Et ce qui est drôle, c'est qu'en fait, d'où m'est venue cette question,
03:42d'où m'est venue cette suggestion, elle m'est venue du dernier livre de François Gemmène.
03:46Vous voyez, on est un peu dans le serpent qui se mord la queue.
03:48Donc le gars, finalement, de François Gemmène peut se dire,
03:51– Je n'ai pas fait mon cours pour rien, parce qu'il y en a un qui a peut
03:55-être écouté.
03:55– Qu'est-ce qu'il aurait fallu dire ?
03:58– Son dernier livre, c'est justement…
03:59– Parler du climat sans plomber l'atmosphère.
04:01– Et moi, c'est ça qui m'a interpellé dans ce bouquin.
04:04Et d'où ma question.
04:06– Qu'est-ce qu'il aurait fallu faire ou dire, mais faire surtout ?
04:10– Je pense que sur le sujet actuel de la canicule,
04:12il y a trois choses qu'on aurait dû davantage dire.
04:15La première, c'est qu'on aurait dû davantage insister sur l'adaptation.
04:18Il faut reconnaître que jusqu'à il y a quelques années, le discours sur l'adaptation,
04:22c'était le parent pauvre du discours sur le climat.
04:25On disait que c'est un discours de renoncement, c'est un discours de défaitisme.
04:28On le voyait même parfois comme une manœuvre des industries fossiles
04:30pour affaiblir la cause de la décarbonation.
04:33Alors qu'il faut faire les deux.
04:34Il faut à la fois décarboner l'économie et nous adapter à un climat qu'on ne connaît pas encore.
04:38Deuxième élément, on a trop communiqué, je crois, sur des valeurs moyennes.
04:42On a dit plus 1,5 degré, plus 2 degrés, même plus 4 degrés.
04:45– Et des horizons très lointains.
04:46– Et des horizons très lointains, 2100, et quand vous entendez ça,
04:49les gens se disent, attendez, même le scénario catastrophe,
04:51c'est plus 4 degrés en 2100.
04:53En 2100, justement, et de toute façon, il faisait 25 degrés l'été,
04:56il va faire 29, ce n'est pas la fin du monde.
04:59C'est un arrêt très abstrait.
05:00Je pense qu'on aurait dû communiquer beaucoup plus sur les valeurs extrêmes,
05:03sur dire, voilà le risque de canicule, il va être multiplié par X ou Y.
05:07Et c'est ça qui va tirer la valeur moyenne vers le haut.
05:09– Une cu...
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