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  • il y a 14 heures
Ce vendredi 10 juillet, Ulrich Bounat, chercheur associé chez Euro Créative et Open Diplomacy, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils parlent de Donald Trump qui annonce autoriser l'Ukraine à fabriquer des missiles Patriot. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Donald Trump a annoncé lors du sommet de l'OTAN que les Etats-Unis vont autoriser l'Ukraine à fabriquer
00:03des missiles patriotes.
00:05Qu'est-ce que ça change dans la guerre face à la Russie ?
00:09On est avec Ulrich Bounin, bonjour, analyse géopolitique spécialiste de l'Europe centrale et de l'Est,
00:13vous êtes châcheur associé chez Eurocreative et Open Diplomatie.
00:17Cette histoire des missiles patriotes, l'objectif c'est d'intercepter des missiles balistiques russes.
00:23C'est un game changer sur le papier.
00:26Quand on regarde comment ça va être mis en place, à quel moment ils vont vraiment être sur le terrain,
00:30là ça se complique ?
00:31Ça va être beaucoup plus compliqué pour plusieurs raisons.
00:33Déjà parce que Donald Trump a fait une annonce politique mais que concrètement le contrat n'est pas signé.
00:38Politiquement c'est important, il n'y a que deux pays qui ont l'autorisation de produire des missiles en
00:44dehors des Etats-Unis,
00:45c'est l'Allemagne et le Japon.
00:46Donc le fait que l'Ukraine le devienne c'est extrêmement important politiquement, ça montre un soutien politique.
00:50En revanche effectivement les entreprises n'ont même pas été consultées, Raytheon et Lockheed Martin.
00:55Et d'autre part, la question va être de quand est-ce qu'on va construire cette usine et où
01:00on va la construire.
01:01Il est évident que si elle était construite en Ukraine, il y aura de vrais risques que la Russie la
01:04bombarde très fortement.
01:06L'Ukraine a acquis ces derniers mois une expertise remarquable sur les drones.
01:09Est-ce qu'elle pourrait acquérir une expertise similaire sur les patriotes ou alors la situation est différente ?
01:14Non, en fait ils ont déjà acquis une expérience sur les patriotes.
01:16Ils les utilisent d'une manière différente que celle des Américains.
01:20Ils sont beaucoup plus parcimonieux dans la façon dont ils l'utilisent, beaucoup plus efficaces.
01:23Parce qu'ils en ont moins aussi.
01:24Parce qu'ils en ont moins effectivement, donc nécessité fait loi.
01:28Mais par contre oui effectivement, et ça va même au-delà de ça, c'est-à-dire qu'au-delà
01:31de ce projet de patriote,
01:32il y a un autre projet qui s'appelle FREIA, une espèce de coalition de pays volontaires
01:37qui seraient prêts à investir dans de la défense anti-aérienne fabriquée par les Ukrainiens.
01:40Donc oui, les Ukrainiens développent des capacités dans un certain nombre de domaines,
01:44notamment le balistique et l'antibalistique.
01:47Encore une fois, parce que les Russes les bombardent quasiment tous les jours.
01:49Quand vous regardez le sommet de l'OTAN, vous vous dites bon sommet pour Volodymyr Zelensky ?
01:55Oui, globalement oui.
01:56En fait, surtout quand on regarde la trajectoire, il y a, on se rappelle, voilà, je ne vais pas revenir
02:00sur le 24h.
02:00Sur le bureau ovale, on a passé un petit moment difficile.
02:03Voilà, vous n'avez pas les cartes, vous avez dit merci, tout ça.
02:06Là, on a quand même un communiqué officiel de l'OTAN qui dit que l'Ukraine participe à la sécurité
02:10de l'OTAN.
02:12Donc on a quand même un changement de pied extrêmement important.
02:14On a cette promesse de Donald Trump de fournir cette licence.
02:19On a visiblement aussi une promesse de fourniture de missiles anti-aériens PAC-3, donc Patriot PAC-3, par les
02:26Américains.
02:26Donc oui, globalement, c'est relativement positif.
02:28Il y a eu aussi 70 milliards de promis pour 2027 pour l'achat militaire ukrainien.
02:31Donc oui, globalement, positif.
02:32On raconte régulièrement sur cette antenne, notamment avec Analysa, à quel point l'Ukraine, aujourd'hui, bombarde des sites en
02:40Russie, des sites notamment énergétiques.
02:41Mais il faut dire que l'inverse est également vrai.
02:44Aujourd'hui, quand vous regardez où on en est de la guerre, vous dites que c'est l'Ukraine qui
02:48est en train de basculer vers la victoire ou c'est un peu une vision européenne de dire ça ?
02:53En fait, je dirais qu'il y a différentes focales.
02:56Quand vous regardez sur ce qui se passe véritablement sur le terrain, c'est la Russie qui progresse très très
03:00lentement, mais qui progresse notamment dans la ville de Konstantinivka.
03:03Les Russes y sont à moitié, et donc cette ville va probablement tomber, les ruines de cette ville vont tomber
03:08dans l'escarcelle des Russes d'ici quelques mois.
03:11En revanche, quand vous dézoomez un peu la focale, effectivement, les Ukrainiens ont réussi cet exploit d'aller porter la
03:16guerre jusqu'au cœur de la Russie,
03:18et donc de briser cette espèce de bulle qu'avait construite Vladimir Poutine autour de la société russe qui faisait
03:23qu'il y avait la guerre,
03:24mais que cette guerre n'existait pas pour les Russes, ça, ça n'existe pas aujourd'hui.
03:27Désormais, elle existe pour les Russes ?
03:28Oui, désormais, elle existe déjà parce qu'ils voient leur raffinerie détruite, parce qu'un tiers de la population subit
03:33des restrictions dans la distribution d'essence,
03:37donc ça, c'est une réalité pour les Russes.
03:38La vraie question, c'est quel est l'impact politique que ça a sur Vladimir Poutine ?
03:42Pour l'instant, on a plutôt l'impression qu'il a envie de se radicaliser plutôt que de rentrer dans
03:46des négociations.
03:47Alors, vous avez parlé des frappes sur les sites énergétiques, ça se concentre en ce moment en Crimée.
03:53Qu'est-ce qui se passe en Crimée ? Est-ce que c'est là que se joue un peu
03:56le moment de bascule de cette guerre ?
03:58Honnêtement, je ne pense pas. Alors, ce qui se passe en Crimée, c'est très important.
04:02La Crimée a toujours été dépendante de ses approvisionnements extérieurs.
04:05Les Ukrainiens ont frappé, grosso modo, les trois points d'accès et ils continuent à le faire.
04:08Ça a plusieurs impacts, déjà militairement, tout ce qui pouvait partir, notamment en partie les avions de chasse et les
04:14navires de guerre,
04:15sont partis pour éviter d'être détruits sur place.
04:17Il y a des pénuries d'essence, il y a des pénuries d'eau, il y a des pénuries d
04:19'électricité.
04:20Donc, la bulle économique, encore une fois, de la Crimée, qui reposait beaucoup sur le tourisme, est en train là
04:25aussi de s'effondrer.
04:26On parle de 50% au minimum d'annulation de réservation dans les hôtels pour la saison estivale.
04:32En revanche, la Crimée étant de facto un peu isolée du reste de la Russie,
04:37pour l'instant, je n'ai pas le sentiment que ça impacte véritablement le reste de la Russie.
04:40Les frappes sur les raffineries au cœur de la Russie ont plus d'impact que les frappes sur la Crimée.
04:45Bon, et donc, qu'est-ce qu'on peut se dire aujourd'hui de l'avenir de l'Ukraine ?
04:52On voit aujourd'hui quand même que sur les questions militaires, on exporte des armes ukrainiennes désormais dans le monde
04:58entier.
04:58L'Ukraine a changé de place ?
05:01Oui, complètement. Elle est passée d'un consommateur de sécurité qui récupère à peu près tout ce qu'elle peut
05:06dans les pays européens
05:07à un fournisseur de sécurité pour l'Europe, pour les pays du Moyen-Orient, avec notamment ces drones qui commencent
05:11à être exportés.
05:13On voit aussi se multiplier les partenariats industriels entre l'Ukraine et les pays occidentaux.
05:17Donc, on voit bien que l'Ukraine, petit à petit, rentre en quelque sorte dans l'espace économique et militaire
05:23de l'Union européenne.
05:24Donc, ça, c'est fondamental.
05:26Ça va sans doute changer les choses dans la façon dont va être perçue l'Ukraine.
05:29Ça va aussi permettre à l'Ukraine de survivre aussi économiquement.
05:32C'est fondamental.
05:33Après, encore une fois, Vladimir Poutine, on a vraiment le sentiment qu'il a envie d'avoir ce don basse.
05:38Quoi qu'il arrive, c'est 20% qui lui échappent.
05:40Et donc, pour l'instant, on a plutôt l'impression qu'il est prêt à tout,
05:43quitte à subir des difficultés économiques, politiques, sociales en interne,
05:47plutôt que de lâcher les choses.
05:48Et ça, c'est un problème pour les Ukrainiens parce que le calcul, ce qui était sans doute fait à
05:51Kiev,
05:52c'était de se dire qu'on va bombarder en Russie,
05:54forcer Vladimir Poutine à prendre en compte un mécontentement populaire qui monte
05:58pour rentrer en négociation avant l'hiver,
06:01avant des nouvelles frappes probablement dévastatrices sur le réseau.
06:04Et la négociation ?
06:05Pour l'instant, ça semble quand même extrêmement compliqué.
06:07Au contraire, Vladimir Poutine est plutôt en train de dire
06:09« Je veux le don basse, je veux le don basse, j'aurai le don basse, quoi qu'il arrive
06:11»,
06:11plutôt que de dire « Ok, on arrête les frais et on commence à discuter ».
06:14Merci beaucoup, Ulrich Bounal est venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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