00:00Samuel Jansky, comment ça va ?
00:02J'arriverai pas à improviser toujours sur votre nom de famille au bout de quatre jours.
00:07Ça nous fait un air-tasketch par émission, c'est cool.
00:09Oui, oui, oui, enfin je le sens.
00:10Ça gratte deux minutes sur la grille, mais c'est pas grave.
00:13Est-ce que vous avez le sens de l'improvisation Samuel Jansky ?
00:16Oui, tellement, tellement que je vais faire cette chronique en total impro.
00:19Voilà, je vous le dis, Eva, vous savez quoi ?
00:21Donnez-moi un thème, un personnage, je joue. Là, j'y vais.
00:23Ok, alors est-ce que vous pourriez jouer genre un jeune, la vingtaine, plutôt beau mec,
00:29et qu'il y a eu des graves problèmes de serrurie récemment ?
00:32Alors là, c'est trop marrant ce que vous dites, Eva, parce que c'est vraiment moi que vous décrivez,
00:35quoi.
00:36Ah oui, et c'est absolument pas une manière totalement pas subtile de détourner le sujet de cette chronique
00:40pour parler de mes problèmes perso.
00:43Mais bon, on va y aller tous ensemble, du coup.
00:45Non, parce qu'en ce moment, je suis obligée, pour tout vous avouer,
00:49de squatter chez une amie à moi qui m'a laissé ses clés.
00:52Il y a deux jours, je rentre chez elle et les clés restent bloquées dans la serrure à l'intérieur.
00:56J'arrive pas à m'en sortir, je tente tout, je mets de l'huile, une burrata, je fais une
00:59salade, carrément.
01:01Et du coup, je décide d'improviser, je décide de faire appel à une catégorie de personnes
01:05auxquelles je n'avais jamais été confrontée dans ma vie de jeune adulte, les serruriers.
01:09Et là, je découvre des gens, mais sans foi ni loi, et je le dis, et j'assume, je les
01:14déteste.
01:15Voilà, faut pas faire de généralité dans la vie.
01:17Not all serruriers, je m'en fous totalement.
01:20Là, franchement, dans ma tête, ils sont devenus top 1 ennemis publics de mon quotidien.
01:24Ils ont réussi carrément à doubler les dentistes.
01:27Le gars arrive, il regarde la serrure et il me dit, bon, là, on en a pour minimum 1 000
01:31euros.
01:31Je me dis, bon, au point où j'en suis, mardi 22h30, on va y aller.
01:35Il me montre le catalogue, la serrure coûte 2500 euros.
01:39En effet, 1 000 balles, c'était un minimum minimum à ce stade-là.
01:43Je me dis, c'est pas possible, où sont les caméras qu'on en finit ?
01:46Il s'enlève cette fausse paire de lunettes, François Damienz.
01:48Je sais pas, il m'explique que c'est une porte fichée, en fait, et qui est donc ultra sécurisée
01:52en cas de cambriolage.
01:54Et c'est pour ça qu'elle coûte très cher.
01:57Alors qu'en vrai, moi, je sais dans quel studio je suis.
02:00C'est l'appart de ma pote intermittente.
02:02Ce qu'il y a de plus cher dans l'appart, c'est la serrure.
02:05En vrai, le cambrioleur, il vient, il casse la porte.
02:08Il a perdu ce qu'il y avait le plus de valeur.
02:11Parce que passer l'entrée, c'est que des bouquins de Tchékov trouvés dans des boîtes à livres, en bourse,
02:16et du papier qui a moins de valeur financière que du PQ.
02:19Non, pardon, je m'emporte un peu, mais j'ai besoin d'extérioriser sur cette soirée.
02:22C'était vraiment il y a deux jours.
02:24C'est plus une chronique, ça devient une séance de psy.
02:26Vous savez quoi ?
02:27Tant qu'on y est, je cherche un appart à Paris, un tramuros, budget 850 euros, s'il y a
02:30des propriétaires qui écoutent.
02:32Au point où j'en suis, cette chronique m'a coûté 3000 balles, je rappelle.
02:35C'est ma carte blanche la moins rentable de la semaine.
02:38Et le mardi, du coup, je me suis retrouvée à passer 4 heures avec des serruriers.
02:42Et je me suis surtout rendu compte de quelque chose, c'est que je suis trop nulle pour faire la
02:45conversation.
02:46Alors que je fais du stand-up, parler aux gens, c'est mon taf.
02:49Mais dans la vie, c'est terrible, je n'ai aucun skills en conversation fluide.
02:53C'est là qu'on voit que m'adresser aux gens, c'est vraiment devenu mon métier.
02:55Parce que quand je ne suis pas payée, je le fais mal.
02:59Et ça m'a quand même permis de me rendre compte que tout ce qu'on fait, tout ce qu
03:02'on dit la plupart du temps,
03:03c'est un peu de l'improvisation.
03:04Par exemple, Eva ?
03:05Oui ?
03:05Voilà, ça c'était de l'impro. Mauvaise, c'était de l'impro.
03:09Vous ne m'avez pas beaucoup aidé, mais ce n'est pas grave.
03:11Et en fait, c'est ça.
03:12C'est vrai.
03:13Quoi qu'il se passe, on est toujours dans la réaction spontanée de tout ce qu'on ne maîtrise pas
03:18autour de nous.
03:19Le vivant, c'est ça.
03:20C'est une grosse troupe de théâtre d'impro qui fait comme elle peut pour s'en sortir.
03:23Parce qu'on est beaucoup trop sur scène.
03:25Alors, on joue tous une pièce qu'on écrit un peu sur le tas en s'inventant un personnage.
03:29Certains sont saxophonistes, d'autres chroniqueurs, d'autres conduisent des bateaux.
03:33Et même si l'histoire n'est pas toujours écrite, que c'est dur de dire qui joue les gentils,
03:37qui joue les méchants,
03:38on aura toujours un ennemi commun et c'est les serruriers.
03:42Merci Samuel, merci beaucoup.