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00:00Le spectre d'un nouveau choc pétrolier refait surface après les déclarations de Donald Trump annonçant la fin des discussions
00:07avec l'Iran et la reprise des oscillités entre les deux pays.
00:10Les marchés ont immédiatement réagi. Le prix du Brent a abondi de plus de 6%. Les principales places boursières ont
00:16reculé et les investisseurs redoutent en retour de l'inflation.
00:20Au cœur des inquiétudes, le détroit d'Harmouz par lequel transite près d'un cinquième du pétrole mondial. Si les
00:27tensions devaient s'aggraver, les conséquences pourraient rapidement dépasser le Moyen-Orient et toucher l'ensemble de l'économie mondiale.
00:35Jusqu'où cette nouvelle crise peut-elle aller ? Quels risques pour les marchés, pour les consommateurs et pour des
00:41pays importateurs d'énergie comme le Maroc ont en parlé ?
00:44Nous avons le plaisir d'être en direct depuis Casablanca avec Murtar El Faisali, analyste des marchés internationaux. Murtar El
00:52Faisali, bonsoir et merci d'avoir accepté notre invitation.
00:57Bonsoir et c'est moi qui vous remercie.
01:01Les prix du pétrole ont bondi de plus de 6 à 7% en quelques heures. Pourquoi les marchés réagissent
01:08-ils aussi brutalement aux déclarations de Donald Trump et à la reprise des tensions avec l'Iran ?
01:15Alors effectivement la reprise des hostilités entre les US et l'Iran ravive un peu l'inquiétude de la fermeture
01:23du Détroit.
01:24Un des trois stratégiques de par le commerce international des fertilisants qui transitent. On parle de 30% des fertilisants,
01:3125% du pétrole maritime qui transitent, 20% du gaz du LNG pour être précis.
01:37Et donc il faut dire que suite à la signature du Memorandum of Understanding entre les US et l'Iran,
01:43le marché a eu un zèle d'optimisme.
01:46Où le marché considérait que le coût de la guerre devenait trop important pour Washington et que finalement ils allaient
01:53céder sur certaines demandes iraniennes,
01:55notamment le contrôle du Détroit.
01:59Ou de l'autre côté que le régime iranien allait s'assouplir justement si les Etats-Unis leur proposent un
02:05deal économique qui leur sait.
02:08Donc il faut dire que les marchés avaient normalisé fin juin suite à cette annonce du traité ou des négociations
02:18entre les deux belligérants.
02:20On a commencé à avoir des discussions plutôt tournées sur l'offre et la demande, contrairement à la fermeture du
02:26Détroit.
02:26Donc on parlait de la sortie des Émirats de l'OPEP, on parlait de l'augmentation de la production des
02:31quotas de l'OPEP, la reprise progressive du trafic.
02:36Et on parlait un peu de reconstitution des réserves stratégiques internationales parce que depuis la guerre, à peu près 250
02:44millions de barils a été consommés.
02:46Donc on a atteint des points critiques de risque stratégique pour les économies avancées.
02:54La question c'est pourquoi dès que Donald Trump fasse une déclaration pour dire que les Etats-Unis vont reprendre,
03:03aussitôt après, il y a les marchés pétroliers qui suivent avec notamment la montée des prix.
03:10Pourquoi cela ?
03:13Alors Trump nous a habitué à des déclarations et à avoir un impact sur le marché.
03:18Ici typiquement, ce qu'on redoute, c'est quoi ? C'est une reprise du risque inflationniste sur le monde,
03:25un ralentissement de la croissance internationale.
03:30On a eu des effets, on va dire, sur le dollar qui s'est apprécié justement et qui joue son
03:35rôle de devise refuge.
03:38Les pays importateurs d'énergie ont été le plus impactés parce qu'aujourd'hui, ce que le marché valorise surtout,
03:45c'est la résilience plutôt que l'optimisation et la mondialisation des chaînes économiques.
03:51Et donc, ça explique pourquoi on a eu plus de moins de 2% sur le CAC, on a eu
03:57moins de 2,5% sur l'Allemagne.
04:00Je crois que le Masi a fait à peu près moins 1%.
04:05On aura le marché alistique qui ouvrira dans quelques heures et on s'attend à un impact important.
04:11Pourquoi ? Parce que si on prend l'exemple de la Corée, donc la Corée, effectivement, c'est des valeurs
04:16technologiques réputées comme Samsung, SK, Enix.
04:20Mais en fin, l'économie, c'est quoi ? C'est l'énergie transformée.
04:22Donc, quand on importe de l'énergie, surtout si les flux physiques sont impactés, ce qui est le cas en
04:28Asie parce que quasiment tout le pétrole qui transite de Hormuz va en Asie, à peu près 80%,
04:33eh bien, on se pose une question sur la capacité de l'économie à être fonctionnelle.
04:39La résilience de l'économie, on aura l'occasion d'y revenir, notamment en parlant de résilience de l'économie
04:45marocaine.
04:46Mais avant cela, on reste sur le détroit de Hormuz qui concentre une part essentielle du commerce mondial du pétrole.
04:52Pourquoi ce passage est-il considéré comme l'un des points les plus stratégiques de la planète ?
04:58Alors, effectivement, ce corridor, c'est un choke point.
05:01C'est un point par lequel transite 30% des fertilisants, 25% du pétrole maritime et 20% du
05:08gaz, du LNG.
05:10Ce qui veut dire que beaucoup d'économies comptent sur les flux énergétiques qui transitent par ce corridor.
05:19Pour les transformer, on va le rajouter et donc en croissance, etc.
05:26Il y a aussi un autre...
05:28Si on veut situer un peu le choc aujourd'hui sur Hormuz,
05:32donc on est à peu près, avant la guerre, on était à 20 millions de barils qui transitaient par jour.
05:37On est passé entre 2 et 3.
05:38Et donc, si je veux situer le choc aujourd'hui en le comparant à un événement, on va dire, historique
05:43comme le choc pétrolier en 1973,
05:45donc à l'époque, les pays arabes, pour protester contre le soutien des alliés à la guerre de Yom Kippour
05:53contre les pays arabes,
05:55a réduit la production d'à peu près 4,5 millions de barils.
06:00Aujourd'hui, on parle d'à peu près 20 millions de barils qui ont disparu du supply mondial.
06:05Donc, c'est dire l'impact et l'importance de ce point névralgique.
06:10En parlant de ce point névralgique, il y a l'Iran qui menace régulièrement d'utiliser le détroit comme levier
06:17de pression.
06:18En tout cas, jusqu'ici, il parvient à chambouler le trafic.
06:22Pour combien de temps encore ? Nous l'ignorons.
06:24Mais est-ce qu'aujourd'hui, Téhéran a de réels moyens pour perturber durablement le commerce maritime mondial ?
06:34Alors, justement, le fait que les hostilités reprennent, c'est que l'Iran dispose toujours d'une capacité de nuire
06:39ou de blocage du détroit.
06:42C'est d'ailleurs une des raisons principales qui fait que les États-Unis ont souhaité négocier avec les Iraniens
06:47plutôt que de faire une all-in-war, comme ils disent.
06:52Pourquoi ? Parce que malgré le fait que les frappes, les victoires tactiques des Américains ont été, on va dire,
06:57surprenantes,
06:58dès le départ, on a eu tout le top, on va dire, tout le politique militaropolitique a été quasiment décimé.
07:07On a eu l'ancien Ayatollah Khomeini qui a été tué.
07:14On a eu une infrastructure énergétique qui a été durement ciblée.
07:17Et pourtant, l'Iran dispose de la capacité à faire pression sur le détroit,
07:23à réduire le flux énergétique et donc à faire payer le coût de la guerre à quasiment toute la planète,
07:28dont, paradoxalement, aux Américains.
07:30Et pour combien de temps encore ?
07:35Alors, c'est une question assez compliquée.
07:41Mais si on doit analyser, on va dire, la structure politique iranienne qui est plutôt homosaïque,
07:47il est très compliqué de dire qu'une opération militaire réussie pourrait neutraliser les moyens iraniens.
07:54C'est d'ailleurs pourquoi la guerre a duré aussi longtemps
07:57et qu'ils ont pu tenir face à la puissance hégémonique qu'est les Etats-Unis.
08:04Maintenant, le scénario central, ou un des scénarios, c'est la reprise des négociations.
08:08Parce qu'il faut dire qu'on se souvient, deux jours après avoir déclaré qu'ils allaient négocier un traité
08:17de paix,
08:18on a eu justement des échanges de tir entre les Israéliens et les Iraniens.
08:22Et pourtant, les négociations ont eu lieu.
08:25Donc, un des scénarios possibles, c'est peut-être la poursuite des négociations.
08:29Et ce qu'on voit aujourd'hui, je n'ai pas envie de m'improviser à l'analyse géopolitique,
08:33mais c'est plutôt la capacité de l'errant à nuire et donc à obtenir des gains sur leur agenda
08:41géopolitique.
08:42Et les grandes puissances dans tout cela, mis à part les déclarations d'intention,
08:47est-ce qu'elles peuvent empêcher une fermeture prolongée de cette route maritime ?
08:53Alors, on a eu justement, on a eu le rôle qu'a joué le Pakistan sur ce conflit.
09:01Il est très important d'avoir des canaux d'échange diplomatique, donc c'est un peu le rôle du Pakistan.
09:07On a eu des positions dans les pays du GCC qui ont été un peu mitigées,
09:11donc on a eu des divergences entre les Émirats et l'Arbée saoudite.
09:16On sait que la Chine est une puissance, on va dire, qui privilégie la stabilité aux dépens de la guerre.
09:24On sait aussi que la Russie a profité justement d'un prix du baril élevé
09:28et qu'elle a vu son pétrole, du coup, redevenir fréquentable si on veut.
09:36Aujourd'hui, le scénario central, c'est d'ailleurs un des points qui a fait que le marché a normalisé
09:44fortement
09:45après l'annonce du Memorandum of Understanding,
09:47c'est qu'on se disait que le coût de la guerre devenait insupportable pour les Américains et leurs alliés.
09:51Ils remettaient encore leur engagement au Moyen-Orient,
09:55ils remettaient en cause les garanties, on va dire, de paix américaines dans la région.
10:01Donc, le scénario central, c'est une reprise des négociations.
10:07Après, je n'ai pas envie de donner mon avis,
10:10mais j'ai l'impression que l'Iran veut sortir vainqueur des prochains ronds de négociations
10:18justement en disant qu'on est toujours en mesure de perturber le trafic,
10:22on est toujours en mesure de faire payer le coût à quasiment toute la planète.
10:26Au-delà du pétrole, il y a aussi les marchés financiers qui reculent,
10:32les taux d'intérêt remontent et les investisseurs parlent déjà d'un retour du risque inflationniste.
10:36Pourquoi une hausse du pétrole provoque-t-elle en tel effet domino sur l'économie mondiale ?
10:42Effectivement, le risque inflationniste, on y est déjà.
10:45C'est-à-dire qu'après deux ou trois mois de guerre,
10:48généralement les chocs sur le pétrole se transmettent à l'économie quand ils sont durables.
10:54Et donc, quand on a un choc inflationniste qui va avoir un impact sur les anticipations d'inflation,
10:59forcément, on va avoir des banques centrales qui vont se diriger vers un territoire restrictif.
11:03Donc, on a déjà eu des remontées de taux.
11:06On a eu la Banque of Japan qui a remonté ses taux à 1%.
11:10On a eu la BCE qui a remonté ses taux.
11:13Tous les analystes pensent que la Fed va se diriger vers un territoire plus restrictif.
11:20On se pose la question au Maroc, mais ça, c'est un autre débat.
11:24Mais effectivement, l'inflation, on y est déjà.
11:27Pour répondre à votre question, pourquoi l'inflation est impactée ?
11:33Quand les chocs sont suffisamment longs sur le pétrole,
11:36on a ce qu'on appelle une contagion vers le reste de l'économie,
11:40portée par les anticipations de hausse des prix, les négociations salariales, etc.
11:45Ce qu'on appelle l'effet de second ordre.
11:46Donc, c'est un peu l'effet qui est redouté par les marchés.
11:49Et quand les taux sont plus élevés,
11:52l'économie a un moins de flexibilité sur tout ce qui est investissement privé, etc.
11:58On peut avoir des problèmes au niveau des États.
12:02Parce que quand on a des taux élevés et qu'on a du mal à avoir de la croissance,
12:07qu'il y a un des risques probables de cette guerre, c'est la stagflation,
12:10c'est-à-dire une stagnation et une inflation,
12:12eh bien, on peut avoir ce qu'on appelle une spirale stagflationniste,
12:16où on aura un poids de la dette qui est plus élevé,
12:20des déficits budgétaires difficilement tenables,
12:24un risque de solvabilité, un risque de coûts de financement, etc.
12:27Donc, ça crée une spirale pour les États qui est relativement complexe
12:31et qui peut impacter les investissements publics et privés.
12:33– En tout cas, avant cela, il y a les banques centrales
12:36qui espéraient pouvoir poursuivre progressivement la baisse des taux,
12:39mais une nouvelle flambée de l'énergie pourrait, on va le dire,
12:42remettre en cause ce scénario.
12:44Est-ce qu'il faudra craindre une nouvelle période de stagnation,
12:47de la croissance combinée à une inflation persistante ou pas ?
12:52Vous avez répondu à cette question.
12:53Mais il y a aussi le Maroc,
12:55le Maroc qui importe l'essentiel de ses besoins énergétiques.
12:58Cette hausse des coûts internationaux pourrait donc se répercuter
13:02sur les prix des carburants dans le Royaume,
13:05mais le Royaume a multiplié, on va le dire,
13:09ces dernières années les investissements dans les énergies renouvelables
13:13et la diversification de ces approvisionnements.
13:15Cette stratégie permet-elle aujourd'hui
13:18de mieux absorber ce type de choc international ?
13:23– Alors, le Maroc, effectivement,
13:27on n'est pas impacté sur la chaîne de livraison physique
13:30parce qu'on importe, on va dire, peu de pétrole
13:33depuis le d'être dormus du fait de notre géographie.
13:38Par contre, on est impacté sur les prix des benchmarks internationaux.
13:41Et donc, forcément, le Maroc aura un impact sur le prix à la pompe
13:46et si le choc dure suffisamment longtemps,
13:49eh bien, en fait, ça va avoir un effet de second ordre
13:52sur le reste de l'économie.
13:55Effectivement, vous avez parlé d'un point très intéressant,
13:57c'est la transition énergétique.
13:59Donc, on constate effectivement, et c'est le cas au Maroc aussi,
14:02que le pétrole, dans le mix énergétique,
14:06prend de moins en moins de place,
14:08ce qui fait que les économies arrivent à générer,
14:11on appelle de l'output ou de la richesse,
14:13avec moins d'énergie ou de pétrole qu'avant.
14:17Et on peut dire que les chocs pétroliers aujourd'hui
14:21ont moins d'impact que ce qu'ils auraient eu il y a 20-30 ans.
14:25Donc, on peut dire que le Maroc est aujourd'hui plus résilient
14:29qu'il ne l'était lors des précédentes crises énergétiques ?
14:35Je dirais que oui, et c'est un peu le cas
14:38pour toutes les économies qui sont dans cette course
14:40à transition énergétique.
14:44Merci pour toutes ces précisions.
14:45Merci d'avoir répondu à nos questions.
14:48C'est moi qui vous remercie.
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