00:00Les grandes vacances ont commencé, certains d'entre vous ont peut-être la chance de prendre la route.
00:05Le premier réflexe, évidemment, va être de suivre probablement le GPS.
00:08Mais comment faisait-on avant l'invention du GPS ?
00:11Eh bien, on utilisait une carte routière.
00:14Bonjour Jean-Claude Raspien-Jas.
00:15Bonjour.
00:16C'est à l'histoire de ces cartes que vous consacrez votre dernier livre,
00:20intitulé « La France à la carte, édition Équateur ».
00:23C'est absolument passionnant et je précise que vous êtes journaliste et écrivain.
00:26Alors, tout d'abord, je me mets à la place des jeunes générations de voir la télé ce matin,
00:29qui se disent « On est à l'ère du Jurassique ».
00:32Rappelez-nous en deux mots ce qu'on trouvait sur ces cartes routières et notamment les cartes Michelin.
00:36Ce qu'on trouvait sur les cartes routières, c'était l'étendue de la cartographie du pays
00:42et puis surtout toutes les possibilités de se déplacer, de choisir soi-même son trajet,
00:48de ne pas s'en remettre à une machine qui vous indique de façon combinatoire ce qu'il faut faire.
00:52Et là, on voit du rouge, donc il y avait des codes couleurs, c'est ça ?
00:55Il y avait les nationales, il y avait…
00:57Oui, oui, c'est les nationales, les rouges et puis surtout, vous le voyez là,
01:02des cartes vertes qui sont… des routes vertes qui sont les routes pittoresques
01:05et donc vous êtes assuré, si vous les suivez en ce moment, de tomber sur des îlots de fraîcheur.
01:10Ah oui, absolument.
01:11Elle raconte quoi, toutes ces cartes de la France ?
01:14Elle raconte d'abord votre histoire personnelle, dès que vous ouvrez la carte, vous retrouvez votre passé,
01:19vous retrouvez votre enfance, vous retrouvez vos évasions et surtout, vous voyez un pays
01:25qui est avec des veines et des artères dont le cœur est à Paris, on en pense qu'on veut,
01:30mais le cœur est à Paris, on le voit bien et c'est des veines et des artères qui parcourent
01:34le pays
01:34avec des affluents qui sont ces routes pittoresques.
01:36Par contre, par exemple, source d'engueulade, non ?
01:38Moi, j'ai souvenir de mes parents, engueulade à chaque fois que la carte est ouverte.
01:41Mais non, il fallait tourner à gauche, mais si !
01:43Mais ça, c'est le classique, c'est le classique des familles, c'est les engueulades autour des cartes routières.
01:49Évidemment, le GPS a… s'il y a un bienfait du GPS, voilà.
01:52Alors, on va y revenir dans un instant de ce que le GPS a changé, mais on va voir une
01:56photo de frères.
01:57Ils se prénomment Charles et André Michelin.
01:59On découvre dans votre livre qu'ils sont pratiquement à l'origine de toutes ces cartes.
02:04Ils sont à l'origine de beaucoup de choses.
02:06C'est-à-dire qu'ils ont d'abord popularisé le pneu, parce qu'au départ, il y a le
02:10pneu.
02:10C'était tout par-delà.
02:11Pneu pour le vélocipède et ensuite pour la voiture.
02:14Alors, pneu, c'est-à-dire qu'on roule sur…
02:15Il y avait des pneus avant, mais on roule sur de l'air.
02:17Et ça, c'était la grande révolution.
02:19Et à partir du moment où ils ont popularisé ça, c'est devenu une explosion des déplacements.
02:24Alors, du coup, pourquoi c'était mercantile ?
02:27C'est-à-dire que les frères Michelin voulaient vendre des pneus.
02:30Donc, pour vendre des pneus, il fallait les user, il fallait rouler.
02:33Donc, les cartes, c'est né comme ça ?
02:35C'est exactement ça.
02:36C'est-à-dire qu'en effet, pour vendre des pneus, il faut que ça roule.
02:39Donc, tous les moyens étaient bons pour faire rouler.
02:41Et donc, il y avait le guide rouge en 1900, les cartes routières, Michelin,
02:45ils n'étaient pas les seuls.
02:46Entre 1910 et 1913, ils cartographient toute la France.
02:49Et puis, ils vont imposer ça.
02:51Ils vont faire le guide vert.
02:52Ils montent le bureau des itinéraires.
02:54Vous téléphonez.
02:55Mais c'est ça, vous racontez dans le bouquin.
02:56En fait, à l'époque, vous envoyez ou vous écriviez, vous téléphoniez.
03:00Vous disiez, j'habite à Paris, je veux aller à Lonce-le-Saunier.
03:04Et donc, il y avait un service chez Michelin qui vous préparait l'itinéraire.
03:08Oui, jusqu'à 120 personnes.
03:09Donc, beaucoup étaient licenciés en histoire et en géographie
03:11et qui faisaient kilomètre par kilomètre votre parcours.
03:13Et sur certains parcours, vous pouviez recevoir jusqu'à une centaine de pages.
03:17Et alors, ça a été une explosion de demandes.
03:20Si bien qu'en 1925, ils ont 155 000 demandes.
03:24Et là, c'est là qu'ils lancent le guide vert, le guide touristique.
03:26Donc, ils ont un trépied.
03:27Enfin, ils ont les pneus, ils ont les guides, rouge et vert.
03:31Ils ont les cartes routières.
03:32Et voilà, c'est parti.
03:33Vous savez que même en piéton, moi, quand je suis arrivé à Paris il y a 30 ans,
03:36j'avais systématiquement dans la poche une carte de Paris.
03:39Ça se dépliait par arrondissement.
03:40Mais j'ai eu ça aussi.
03:41Et oui, et on l'avait toujours sur soi.
03:43Vous nous confirmez, ou étais-je le seul, que pour déplier la carte, c'était facile,
03:48pour la replier, c'était une autre paire de manches ?
03:50Oui, oui, c'est ça.
03:51Ça demandait une grande dextérité.
03:53Et c'était évidemment la source de conflits.
03:57On a des chiffres dans votre livre.
03:59Donc, 20 millions de cartes routières vendues en 1990, 1 million aujourd'hui.
04:03Évidemment, on a compris que c'était sur une pente très descendante.
04:07Qui, encore aujourd'hui, utilise des cartes routières ?
04:09Déjà, les professionnels de la route.
04:10Les routiers, étrangement, ils ont 2 à 3 GPS dans leur camion.
04:16Mais à chaque fois qu'ils ont un souci, ils s'en remettent à la carte routière.
04:19C'est ce qui fait foi.
04:20Les informations sont vérifiées, elles sont actualisées, elles sont annualisées.
04:24Ils changent d'ailleurs les cartes tous les 2 ou 3 ans.
04:26Donc voilà, les professionnels de la route, et on peut s'en remettre à leur expertise,
04:29si c'est utilisé la carte routière, c'est qu'il faut l'utiliser.
04:32Et vous, vous l'utilisez ?
04:33Bien sûr, oui.
04:35Ben oui.
04:36Mais d'abord, c'est un plaisir esthétique.
04:38Je peux me permettre de la prendre, parce que celle-ci, c'est une carte qui a…
04:41Oui, des années 30.
04:42Ah oui, années 30, donc c'est là, on en prend soin.
04:45Le seul truc que cette carte n'indique pas, c'est les embouteillages.
04:48Ça, c'est…
04:50Merci pour les transitions, Frédéric.
04:51Donc, qu'est-ce qu'objectivement le GPS a apporté de bien ?
04:56Et qu'est-ce que vous regrettez avec l'invention du GPS ?
04:58Alors, bon, le GPS est devenu indispensable, on ne va pas… c'est vraiment nécessaire.
05:02On l'utilise d'ailleurs 5 à 10 fois par jour, sans même s'en rendre compte.
05:05Pour venir à votre studio, j'ai pris un GPS, même dans la rue, pour me diriger.
05:09Donc, c'est très important pour les villes, pour l'entrée dans les villes et à l'intérieur des villes.
05:13En revanche, ça nous a privé de beaucoup, beaucoup de choses, et notamment d'une source de connaissances et d
05:18'histoire.
05:18Le GPS n'a pas de mémoire, le GPS, il vous entraîne dans le pur présent de votre regard, il
05:25vous perd, il a annihilé le sens de l'orientation.
05:29Et même se tromper de route, c'est pas mal parfois aussi, se tromper de route.
05:31Et puis surtout, il a un rapport avec vous qui est combinatoire.
05:33Tournez à droite, tournez à gauche, faites demi-tour, la carte ne vous fera pas ça.
05:36Et on est d'accord que le GPS y parle en durée, alors que les cartes routières, c'était en
05:41distance, et ça change tout.
05:42Et en kilomètres.
05:42Et vous le racontez dans ce livre, c'est passionnant, vous l'avez compris.
05:44Ça s'appelle La France à la carte, édition Équateur, signé Jean-Claude Raspien-Jas.
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